Sibérie Derrière sa réputation de terre hostile, cette vaste région blanche et déserte en hiver est aussi surprenante que ses impénétrables habitants. Dans une atmosphère surréaliste, la nature gelée s’expose sur 13,1 millions de kilomètres carrés. Une découverte organisée par Pouchkine Tours.
Bercée de légendes chamanistes à la croisée des cultures russe et mongole, la Sibérie emmène loin des destinations prisées. Cette région fait à elle seule 20 fois la France, et abrite l’équivalent de 60 % de la population de l’Hexagone. Le chaland croisera peu d’étrangers dans les rues des rares villes, et aura le plaisir d’échanger quelques gargarismes avec certains locaux, qui loin d’être francophones, sont assez peu à comprendre l’anglais. Les Russes du Sud ne sont pas pour ainsi dire chaleureux. Il faut admettre que les températures qui oscillent entre 0o C et – 0o C rendent peu fantasques.
Bien équipés (trois couches de vêtements conseillées!), le froid sibérien reste toutefois supportable, et n’enlève rien au plaisir de découvrir les joyaux de Dame Nature sous son immense manteau ouaté. La forêt locale, ou taïga, conjugue épicéas, pins, cèdres et boulots saupoudrés de neige (jusqu’à un mètre) sur des kilomètres. S’il est déconseillé d’aller réveiller l’ours endormi dans les profondeurs des bois à cette fraîche saison, il est possible de percer les rangs de boulots à Krasnoïarsk, dans la réserve naturelle de Stolby.
Les Russes se rendent en famille dans ce parc gratuit et ouvert à 14 % au public, le reste du terrain étant réservé aux chercheurs et à la faune sauvage. Une fois les piedshabitués aux pentes neigeuses, les visiteurs plongent dans une carte postale. Entre des centaines de troncs rectilignes s’offrent les « pilons », des rochers caramel saupoudrés de neige. Ces étranges sculptures naturelles, parfois dressées en lames verticales, avoisinent les 100 m d’altitude. Sur les parois tantôt lisses, tantôt tranchantes, quelques grimpeurs chevronnés offrent un spectacle improvisé au promeneur. Plus loin cependant, c’est le désert. Seules les balises colorées qui strient un arbre ça et là rappellent la présence humaine. Et le reste n’est que silence, joues roses, souffle fumant, et pas feutrés sur un tapis vierge et moelleux. Dans ce décor surréaliste, les animaux, fuyant les sentiers battus, se font rares eux aussi. Les touristes attentifs n’apercevront guère plus qu’un petit-gris aux oreilles fourchues.
À quelques kilomètres de cette réserve féérique, Krasnoïarsk, dérivée de krasnia ou falaise rouge (« rouge » signifie « beau » en russe), porte mal son nom. Cette jeune ville fondée au XVIIe siècle souffre aujourd’hui de son héritage industriel. En la traversant, de nombreuses usines désaffectées, stigmates de l’ère soviétique, viennent assombrir le paysage, particulièrement sur la rive droite du fleuve Ienisseï qui pourfend la ville et, au passage, les parties occidentale et orientale de la Sibérie.
À 1 000 km au Nord-Est de Krasnoïarsk, Irkoutsk, capitale historique de la Sibérie orientale, est plus préservée. Abreuvée de soleil 300 jours par an, cette ville de 600 000 habitants, accrochée à l’Angara, rivière affluente du célèbre lac Baïkal, est une vitrine de la fameuse architecture en bois sibérienne.
Le long des traditionnelles « rue Lénine » et autres « rue Karl Marx », de veilles bâtisses distordues par l’humidité, isbas si elles sont faites de rondins, lui donnent une teinte authentique. Dans les rues d’Irkoutsk, les femmes emmitouflées dans d’épais manteaux de fourrures assortis à leurs chapkas (ce qui ne les empêchent pas de préférer les jupes aux pantalons) révèlent une facette embourgeoisée de ce « Paris de la Sibérie », selon l’expression du dramaturge Anton Tchekov.
À 70 km de là, en longeant l’Angara, le village de Listvianka s’étend sur les rives du lac Baïkal. Plus modeste qu’Irkoutsk (à peine 2 000 habitants), il permet aux touristes de poser bagages pour mieux explorer les environs.
Ils peuvent ensuite sillonner l’éternelle taïga en chiens de traîneau ou en motoneige, et arpenter les allées sombres du marché local, où les commerçants exposent des guirlandes bigarrées de bijoux, les très célèbres matriochkas ou poupées russe en bois laqué, des bébés phoques en peluche ou encore de mugs à l’effigie de Poutine.
Mais l’attraction la plus saisissante reste le lac Baïkal. Surnommé la « perle de Sibérie », il constitue la plus grande réserve d’eau douce du monde. Totalement ou partiellement gelé, selon la période de l’hiver, le Baïkal dort paisiblement sous un millefeuille de matières, de l’âpreté du verglas à la douceur des flots plats, en passant par le glaçage d’une pellicule de neige. À partir de seulement 20 cm de glace, les touristes peuvent même se promener en toute sécurité sur sa surface translucide.
Encore plus remarquable sous les tons orangés du jour naissant, le lac Baïkal se pare d’une nappe brumeuse lorsque se lève la chaleur matinale.
Depuis les îlots de glace fumante, un son cristallin et chevrotant amène une douce musique à cet imprenable paysage. Lors de l’Epiphanie en janvier, les Russes, orthodoxes très pratiquants, viennent y puiser de l’eau, en raison de sa pureté chimique. Sur fond de chants religieux, les plus pieux vont jusqu’à se tremper trois fois dans des sortes de piscines creusées dans la glace, en forme de croix orthodoxes, baptisées « jourdains ».
Mélange de froide mélancolie empreinte d’un passé saillant et de folklore dépaysant, ce pays cohabite fort bien avec l’hiver.
Cette région solitaire est propice à la contemplation, et offre aux amateurs des grands espaces un magnifique aperçu d’une vie presque sauvage.
Le TO Pouchkine Tours, filiale du groupe Salaün, s’est placé sur les circuits de Russie et des républiques de l’ex-URSS, incluant la Sibérie, depuis 1999. En plus de trois autres circuits suivant le trajet du Transsibérien, dont le tour-opérateur est spécialiste, Pouchkine Tours propose dans sa programmation 2015 un circuit inédit de 14 jours de Moscou à Oulan-Oudé, en passant par Kazan, Krasnoïarsk, Irkoutsk et le lac Baïkal, pour des groupes de dix à 28 personnes. « Il s’agit d’un produit assez compliqué à organiser », reconnaît Michel Salaün, Pdg du groupe éponyme. Le Transsibérien représente toutefois 75 % des ventes en Russie, et près de 5 % du volume d’affaires total.
Très loin de l’Orient-Express, le Transsibérien évoque davantage nos TER. A bord de ce train mythique qui parcourt près de 9 000 km entre Moscou et Vladivostok pour la partie russe, le confort n’est pas maître-mot. Les cabines quadruples permettent cependant de contempler la blancheur d’un paysage sauvage et apaisant, lentement bercé par les secousses du train. En Sibérie plus spécifiquement, il relie Krasnoïarsk à Irkoutsk en une petite journée (ou une partie de la journée et une nuit), laissant aux touristes le loisir de flâner entre les compartiments, reliés par des sas givrés d’où l’on peut apercevoir les rails.
La cuisine sibérienne est simple, mais efficace. Les spécialités locales sont à base de bœuf, comme le Stroganov, assaisonné de crème et de champignons, ou le bortsch, une sorte de bouillon couleur rouille où baignent betteraves, chou, et autres pommes de terre. Les Russes affectionnent tout particulièrement la « salade Olivier » en entrée, qui mêle pommes de terre, carottes, petits pois, mayonnaise et des ingrédients variables, comme la betterave ou l’omoul, un poisson très fin du lac Baïkal. Peu portés sur la pâtisserie, les Russes servent des petites crêpes accompagnées de confiture d’orange en dessert. Enfin, les locaux restent fidèles à leur réputation de grands buveurs de vodka pour ponctuer les repas.