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La Corse veut structurer son industrie touristique

À la Une | publié le : 01.05.2015 | Dernière Mise à jour : 01.05.2015

Auteur

  • Catherine Mautalent

Stratégie Renforcement des liaisons aériennes, construction de golfs, modernisation des stations de ski… La Corse veut attirer une clientèle toute l’année. Dans cet objectif, l’agence de tourisme a présenté un “livre blanc” exposant 30 mesures destinées à moderniser et structurer son secteur touristique d’ici 2020. Décryptage.

Répondre collectivement aux nouvelles attentes nées d’une concurrence accrue entre destinations, d’une conjoncture difficile, de structuration de l’offre, d’accès au produit et à la destination: c’est l’objectif d’un “livre blanc” présenté par l’agence de tourisme de la Corse (ATC). A partir d’un état des lieux et des enjeux, le document liste pas moins de 30 propositions pour le tourisme de l’île de beauté à l’horizon 2020. “Le moment est venu de se rapprocher des territoires, des acteurs pour écouter et mobiliser, élus et non élus autour des problématiques liées à l’activité touristique, explique Vanina Pieri, présidente de l’ATC.Le tourisme corse a bien grandi, mûri, et doit trouver par ses différences une place de choix dans le concert des destinations touristiques”.

Forces, faiblesses et enjeux

Le tourisme est le premier contributeur à la création de richesse du secteur privé en Corse, souligne en préambule le “livre blanc”. L’île de beauté accueille annuellement 3,2 millions de touristes et totalise 30 millions de nuitées. Sans oublier 700 000 croisiéristes avec 81 % du trafic concentré sur Ajaccio.

La clientèle française est majoritaire (57 %), tandis que 70 % des séjours se répartissent sur cinq mois de l’année (de mai à septembre). L’observation du flux des passagers sur une décennie “amène à un double constat: une croissance quasiment constante, et une perte de vitesse du maritime au profit de l’aérien”, relève le document. Reste que la Corse bénéficie “d’une bonne notoriété”, elle est spontanément associée à une nature préservée à la douceur de son climat à son identité et son terroir. Ses destinations concurrentes directes: l’Italie, le sud de la France, les îles méditerranéennes, notamment la Sardaigne et les Baléares et dans une moindre mesure les îles grecques et l’Europe du Sud. La Corse est jugée comme une destination avec “un bon rapport qualité/prix”, déployant “un accueil satisfaisant” (les touristes craignent surtout la météo et la sur-fréquentation estivale). Mais avec des points faibles: la perception du coût du transport, l’accessibilité à l’île et le coût de la vie sur place.

Sur la base de ces constats, le “livre blanc” prône pour une “destination proposant un modèle alternatif”, loin du tourisme de masse qui domine le bassin nord-ouest méditerranéen. Comment? En définissant des seuils d’acceptabilité environnementaux, économiques et sociaux, en faisant de l’identité une ressource au service du développement en termes d’avantages concurrentiels sur les marchés (classement au patrimoine mondial d’un site, par exemple), en passant d’une économie saisonnière à une économie à l’année, et enfin en faisant de la Corse une destination accessible en permanence. L’une des tendances fortes de l’offre touristique réside dans le développement de propositions ciblant une grande diversité de “niches”. Des propositions “agrotouristiques, liées aux activités de nature, de découverte culturelle ou encore de bien-être…”, liste le document.

Repenser l’outil régional

La Corse dispose d’un réseau de 33 offices de tourisme et syndicats d’initiative. L’agence du tourisme de la Corse (créée en 1991 sous forme d’Epic) “est en prise directe avec ce réseau qu’elle soutient ainsi que sa Fédération régionale des offices de tourisme et syndicats d’initiative”. Un fonctionnement différent des régions françaises, et ce pour deux raisons: d’une part, une relation de proximité ancienne entre les structures institutionnelles et le chef de file régional, et d’autre part une absence de strate départementale (la totalité de la compétence tourisme étant dévolue à la collectivité territoriale). Ces caractéristiques ont conduit l’ATC à créer neuf territoires en “pôles touristiques” dans lesquels se regroupent les offices de tourisme et syndicats d’initiative pour mettre en œuvre un projet de territoire. Il s’agit du Pays d’Ajaccio, d’Ouest Corsica, du Centre Corse, du Pays de Bastia, du Sud Corse, du pôle Taravo-Sartenais-Valinco, de la Corse orientale, du Pays de Balagne et du pôle Castagniccia Mare e Monti. Pour accomplir ses missions, l’agence du tourisme de la Corse dispose d’un budget moyen de 12 millions d’euros. Elle a créée en 2010 la marque “Corsica Made” destinée à valoriser l’identité corse au travers de la gastronomie, la culture, l’art de vivre, le patrimoine… Comme en témoigne la nouvelle brochure dédiée “proposant de parcourir notre île au travers de thématiques qui illustrent la diversité de notre territoire”, souligne Vanina Pieri. Engager l’économie touristique de la Corse sur les voies d’un modèle de développement alternatif devrait conduire l’ATC à repenser son mode de gouvernance comme sa méthodologie de travail. “Rechercher, identifier de nouvelles pratiques collectives, de nouvelles formes d’actions publiques en s’appuyant sur le partenariat, le dialogue, la négociation”, résume le “livre blanc”.

Trente propositions à l’horizon 2020

À la suite de nombreuses concertations avec les élus et les professionnels ont émergé pas moins de 30 propositions. Elles ont été définies en fonction de trois axes: structuration de l’offre, accès à la destination et accès au produit. Parmi ces propositions, il est question de développer l’activité golf. De nouveaux parcours intégrés devraient être construits. Par ailleurs, en raison de l’important enneigement des montagnes de l’intérieur de l’île en hiver, le “livre blanc” prévoit aussi l’extension et la modernisation de deux stations de ski fonctionnant en Corse du Sud et en Haute-Corse, ainsi que la réouverture de celle d’Asco (Haute-Corse) actuellement fermée. Autre proposition: miser sur les événements organisés sur les territoires touristiques hors période estivale “parce que l’événementiel est un élément structurant des politiques de désaisonnalisation de l’activité touristique”, justifie le document.La mise en place d’un contrat de destination printemps/automne est envisagé.

Pour permettre également à la Corse d’être attractive en dehors de cette période estivale, il y a “nécessité de résoudre la question de l’accès aérien”. Aujourd’hui, les compagnies aériennes mettent en place des plans de vols “excluant toute prise de risque sur des périodes qui ne leur semblent pas garantir la rentabilité nécessaire. Il est du rôle des pouvoirs publics de créer des conditions du développement lorsque celles-ci n’existent pas”. La Collectivité territoriale de Corse doit ouvrir la voie en contractualisant l’ouverture ou le confortement d’un certain nombre de lignes prioritaires sur une durée minimale de sept mois à raison de trois rotations par semaine durant trois ans. “Au-delà de cette durée, la preuve de la rentabilité de la ligne aura été faite, et l’opérateur aérien sera en capacité de la maintenir sans contribution publique” , relève le “livre blanc”. A ce jour, l’île de beauté est accessible en vols directs depuis 33 villes françaises et 36 villes européennes. En 2014, Air Corsica a offert 400 000 sièges supplémentaires…

Les compagnies maritimes, elles, desservent la Corse avec des rotations régulières toute l’année depuis la France et l’Italie.

Enfin, l’idée d’une taxe sur les autocars extérieurs à la Corse a été émise. “Ce qui a été exprimé se réfère au modèle des villes italiennes, notamment Rome et Florence, dans lesquelles les autocars de tourisme doivent s’acquitter d’une taxe pour pouvoir circuler sur une durée déterminée, peut-on lire sur ce “livre blanc”. Si une transposition de ce modèle italien s’avère possible, il reste à définir si la taxation portera sur toute la Corse, ou seulement sur un certain nombre de sites, et si les autocaristes insulaires peuvent espérer en être exonérés”.

Des lieux incontournables

Troisième plus grande île de la Méditerranée occidentale après la Sicile et la Sardaigne, la Corse (8 722 km2 dont plus de 1 000 km de côtes) a pour premier atout sa nature préservée. L’île de beauté possède un Parc Naturel Régional couvrant les deux tiers de sa surface. Falaises vertigineuses plongeant dans la mer, villages accrochés à flanc de montagne, gorges taillées dans la pierre, collines de châtaigniers et d’oliviers… Des sommets dont le plus haut est celui de Monte Cinto (2 710 m).

En Corse, les touristes peuvent passer des plages à la haute montagne, comme par exemple en Balagne, autour de Calvi ou du côté du Cap Corse. Au Sud: les falaises rouges du Golfe de Girolata et celles toutes blanches de Bonifacio.

Bonifacio, une des villes parmi d’autres, à ne pas manquer. Edifiée sur un site exceptionnel, elle est la plus méridionale de l’île. Enfermée dans ses fortifications, la vieille ville juchée sur un étroit et haut promontoire de calcaire modelé par la mer et le vent, domine une ria longue de 1 500 m au fond de laquelle fleurit une marine. Jadis havre sûr des vaisseaux de guerre… Ajaccio, l’impériale, ville natale de Napoléon conserve le souvenir de “l’enfant prodige de la gloire”. Mais, la capitale du sud de la Corse, siège de l’Assemblée territoriale corse, a d’autres atouts: sa situation au fond d’un golfe, les collections du musée Fesch, le marché du square César-Campinchi, le port Tino-Rossi (un autre enfant du pays dont la maison natale se trouve dans la même rue que le musée Fesch), la route des Sanguinaires (corniche “ajaccienne”)…

Bastia, préfecture de la Haute Corse, a gardé un aspect typiquement méditerranéen. Il faut la découvrir pour la qualité de ses monuments et pour le pittoresque des rues de sa ville ancienne composée de Terra-Vecchia et ses ruelles, et de Terra-Nova, la citadelle, réparties autour du vieux port où le gouverneur génois Leonello Lomellini choisit en 1380 d’établir une bastiglia (place forte).

Fièrement campée en vigie sur sa baie, Calvi offre une ville haute (ou citadelle) et une ville basse, la marine, aux maisons blanches et où règne l’ambiance d’une station balnéaire. À Calvi, il faut ajouter l’île Rousse, autre site phare de la Balagne en raison de ses plages, bien sûr, ses sentiers de randonnée, mais aussi pour la découverte de ses villages (Corbara, Monticello, Pigna et Santa Reparata).

Corte, elle, masse ses demeures de shiste sombre coiffées de toits rouges sur un mamelon altier, dressé au cœur d’un cirque montagneux. Corte fut la capitale de l’éphémère période d’indépendance de l’île de beauté (1755-1769), Pascal Paoli à sa tête.

Troisième ville de Corse, Porto-Vecchio, dont l’économie reposait autrefois sur l’exploitation du sel, du bois et du liège, est devenue aujourd’hui une station balnéaire attractive grâce à son littoral et ses plages de sable fin dont certains font partie de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio. Au cœur de la haute ville: la citadelle. En contrebas: la marine. A 900 m d’altitude: le massif de l’Ospedale offrant une vue panoramique sur le littoral, et particulièrement le golfe de Porto-Vecchio, surplombé par les calanques de Piana, classées au Patrimoine mondial de l’Unesco. Leurs formations rocheuses rouges plongeant dans la mer en font sans conteste, l’un des plus beaux sites corses.

Une palette d’offres

Les attraits touristiques de l’île de beauté ne s’arrêtent, bien sûr, pas là. On pourrait, par exemple, évoquer Sartène (à une cinquantaine de kilomètres de Bonifacio), ville aux maisons de granit. Elle est aussi connue pour sa procession du Vendredi Saint. Un parcours de pénitent évoquant le calvaire du Christ, long de deux kilomètres, et durant lequel il faut porter des chaînes de 15 kg ainsi qu’une croix de 30 kg, des “accessoires” que les touristes peuvent voir dans l’église Sainte Marie. De la place centrale, il ne faut pas manquer la rue des Voûtes, ces dernières relient des maisons datant des XVIe et XVIIe siècles, serrées les unes contre les autres, de face comme de côté. De petits escaliers en pierre et un four à pain au centre renforcent le cachet pittoresque de ce quartier ancien.

Au côté d’un vaste patrimoine historique et culturel, la Corse peut aussi se prévaloir d’être un vaste “terrain de jeux” pour de multiples activités: randonnées pédestres à travers des sentiers balisés, randonnés équestres sur des pistes dédiées, VTT au cœur de forêts sauvages, plongées à la découverte des coraux marins, rafting, canyoning… À moins de préférer détente et bien-être lors d’un séjour en thalassothérapie ou en balnéothérapie. Il faut aussi compter sur ses festivals (particulièrement en période estivale) ou foires, dont celle de la châtaigne à Bocognano (Feria di a castagna) est la plus grande organisée sur l’île en raison du nombre d’exposants présents (150 environ). On y trouve, bien sûr, beaucoup de produits à base de châtaignes mais aussi des fromages, du pain, des livres, des cosmétiques, etc. Elle se tient chaque année le premier week-end de décembre. Et pour terminer ce tour de Corse, restons dans le gustatif avec la gastronomie locale, qui tient une place importante. Les amateurs auront le choix parmi les nombreux produits du terroir: charcuterie, (coppa, figatellu, lonzu…) fromages (brocciu…), vins (muscat du Cap corse…), liqueurs (myrte…) ou encore miel…

Réforme territoriale: une Collectivité Unique de Corse

En décembre 2014, l’Assemblée de Corse a adopté un projet de réforme de l’organisation territoriale de l’île visant à fusionner la Collectivité territoriale et les conseils généraux des deux départements insulaires. Le 6 février 2015, en déplacement à Ajaccio, Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur et Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation ont approuvé ce projet. Et le 20 février, l’Assemblée nationale a entériné la création d’une Collectivité Unique de Corse à compter du 1er janvier 2018. Celle-ci se substituera alors à la Collectivité territoriale et aux deux conseils généraux, avec un nombre d’élus territoriaux qui passera de 51 à 63. La nouvelle institution aurait des compétences élargies en matière de fiscalité et d’adaptation législative et, surtout, s’accompagnerait de la création d’un établissement public territorial appelé “chambre des territoires”, siégeant à Bastia et composé d’une trentaine de membres, pour moitié issue de la Collectivité Unique et pour moitié élus au sein des intercommunalités. Sa mission serait de décliner au plus près du terrain les décisions et les crédits décidés par la Collectivité Unique à Ajaccio. Le projet, qui a eu le mérite de réunir l’ensemble de la classe politique corse, bute toutefois sur un obstacle: l’organisation d’un référendum auprès de la population. Le 13 avril dernier, une délégation corse devait s’entretenir sur ce sujet avec Bernard Caseneuve et Marylise Lebranchu…

Le saviez-vous?

En 1970 est créée la région Corse. Cinq ans plus tard, l’île de beauté sera séparée en deux départements, la Haute Corse et la Corse du Sud. En 1981-82, la première Assemblée corse est élue au suffrage universel. En 1991, une “collectivité territoriale” aux pouvoirs très étendus voit le jour.

Patrimoine et équipement

• 273 monuments et édifices protégés

• 76 villes et villages remarquables

• 21 musées

• 50 manifestations culturelles

• 32 foires rurales

• 7 sites archéologiques et historiques

• 6 réserves naturelles

• 5 sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco

• 1 500 km de randonnées

• 4 golfs

• 3 stations de ski

• 477 hôtels (28 500 lits)

• 217 établissements dans l’hôtellerie de plein air, 5 500 emplacements nus et 17 500 équipés

• 741 résidences de tourisme (30 000 lits)

• 26 villages de vacances (15 000 lits)

• 2 892 meublés de tourisme (11 900 lits)

en chiffres

• Plus de 3 millions de touristes par an

• 4 000 entreprises touristiques

• Un chiffre d’affaires de 2,5 milliards d’euros

• 13 % du PIB

• 4 000 emplois permanents (hors transport maritime et aérien)

• 20 000 emplois saisonniers

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