Au soir du 9 novembre 1989, un mur qu’on ne franchissait pas, sinon à ses risques et périls, est tombé… Le 3 octobre 1990, l’Allemagne est unifiée officiellement dans ses frontières d’après-guerre. Ving-cinq ans plus tard, les touristes, qu’ils soient Allemands ou autres, n’en finissent pas de découvrir et redécouvrir ce pays, bien plus divers qu’on ne l’imagine, bien plus riche en curiosités qu’on ne le pense. L’Allemagne compte 39 biens culturels inscrits au Patrimoine mondial de l’Humanité, autant que la France. Et son ascension touristique est continue. Elle s’est aujourd’hui hissée parmi les grandes destinations d’Europe, disputant à la France et à l’Espagne leurs places au sommet. Statistiques officielles à l’appui. L’Allemagne a enregistré l’an dernier 75,6 millions de nuitées de touristes étrangers, soit 3,5 millions de plus que l’année précédente et une hausse de 5 %. La tendance demeure largement positive puisqu’en décembre dernier, l’augmentation du nombre de nuitées était encore de 9 %, confortant ainsi un cinquième record consécutif pour la destination.
Les Français y contribuent, mais plus mollement que d’autres. Elle demeure néanmoins le septième marché émetteur vers l’Allemagne avec 3,2 millions de nuitées en 2014, en progression de 2,4 % par rapport à 2013. Au regard de l’attrait du pays, des marges de progression existent. C’est par exemple l’avis de Blandine Vignals, de Step Travel, nouveau tour-opérateur orienté vers l’Europe de l’Est, mais qui croit fortement dans le potentiel touristique de l’Allemagne. « Il y a beaucoup à explorer dans ce pays, en plus des grandes villes déjà très courues comme Berlin ou Munich », assure la responsable commerciale. De fait, Step Travel mise beaucoup sur cette destination pour soutenir le lancement de ses activités, avec l’appui notamment d’Air Berlin et des hôtels Steigenberger et InterCity. De nombreux rendez-vous à venir avec ce pays peuvent d’ores et déjà être programmés, à même de séduire les goûts touristiques les plus variés.
Les férus d’histoire sont particulièrement gâtés. L’Allemagne, au cœur de tous les grands événements – et des grandes tragédies aussi – du XXe siècle, témoigne de manière vivante et multiple de cette époque à travers de nombreux sites, monuments et musées (voir encadré). Le XXe siècle mais avant aussi, la Prusse, la ligue hanséatique, Luther ont aussi marqué l’Histoire. La culture au sens le plus large est omniprésente: des musées réputés qu’il s’agisse d’égyptologie, de l’Antiquité grecque et des arts d’Orient au Pergamon, de peinture à la Gemäldegalerie ou d’art contemporain dans l’ancienne gare berlinoise de Hambourg. La scène musicale, depuis toujours et encore aujourd’hui, est exceptionnelle, qu’on suive Bach à Leipzig, Wagner à Bayreuth, Beethoven à Bonn, des orchestres acclamés partout comme celui de la Philharmonie de Berlin, les chants du Thomanerchor, chœur de garçons de Leipzig qui a fêté ses 800 ans en 2012, les nombreux festivals de pop, de rock et même le plus gros rendez-vous des amateurs de musique Metal au monde, celui de Wacken au cœur de l’été.
Les paysages eux-mêmes, de l’île de Rügen avec ses plages et falaises blanches aux sommets de Bavière, en passant par la Lorelei et les méandres du Rhin, des édifices industriels de la Sarre, comme l’ancien site sidérurgique de Völklingen classé par l’Unesco, aux ports hanséatiques de Brême, Lübeck ou Rostock, de la mine de charbon du Zollverein, sur la liste du patrimoine mondial également, dans la Ruhr, aux vignobles de la Moselle, le dépaysement est garanti.
Et puis les coutumes et traditions, thématiques mises en avant cette année par l’office national allemand du tourisme pour rappeler à quel point elles sont toujours bien vivantes, et pas seulement à Munich pour l’Oktoberfest. Les Français aiment les commémorations, les Allemands aiment la fête. Du carnaval, particulièrement dans les pays rhénans, aux marchés de Noël de Berlin, Nuremberg ou Dresde, de la fête du printemps à Stuttgart, du 18 avril au 10 mai cette année, à la nuit de Walpurgis, dans le Harz, du festival des lumières de Leipzig, le 9 octobre prochain, à la fête des harengs de Wismar, durant la seconde quinzaine de mars, de la fête de l’oignon à Weimar, le deuxième week-end d’octobre, aux événements organisés tout au long de l’année par Europa-Park, notamment pour Halloween, toutes les occasions sont bonnes pour s’amuser et faire la fête. La gastronomie est ouverte à tous les goûts, y compris traditionnelle comme les saucisses de Thuringe ou de Francfort, les asperges de Münster ou de Basse-Saxe, les poissons de Hambourg ou du Schleswig-Holstein, le célèbre Forêt noire ou encore le Bretzel du Jura souabe… et les bières, de partout, et les vins, des Länder du sud-ouest, pour faire passer le tout.
Bref, il y a tous les jours de bonnes raisons de franchir le Rhin… et de faire grimper les statistiques touristiques!
Les 500 ans de la naissance du peintre et graveur Lucas Cranach le jeune sont commémorés par de nombreuses expositions à travers la Saxe-Anhalt et en Thuringe. Wittenberg (Lutherstadt), sa ville natale, passe l’année avec l’artiste en enchaînant les événements et les expositions. Weimar (jusqu’au 14 juin 2015 au Schiller Museum), Gotha (jusqu’au 19 juillet 2015 à l’Herzogliches Museum), Erfurt (du 27 juin au 20 septembre 2015) ou encore la forteresse de la Wartburg (jusqu’au 19 juillet 2015) examinent l’œuvre considérable et la vie de Cranach le jeune de manière exhaustive.
Jusqu’en 2017, qui sera le point d’orgue des célébrations, l’Allemagne, essentiellement l’Est du pays, commémore Luther et la diffusion de la Réforme en terres germaniques. Le 31 octobre 1517, l’affichage sur la porte de l’église de Wittenberg des 95 thèses de Luther, va transformer durablement le monde occidental et offrir aux chrétiens d’occident une autre voie religieuse que le catholicisme. Les célébrations qui débutent dès 2015 avec une exposition présentée au château de Hartenfels, à Torgau, se poursuivront tout au long des deux prochaines années dans plusieurs dizaines de villes. Eisleben sa ville natale, Erfurt où il était moine au couvent des Augustins, Wittenberg, où il enseigna la théologie, comptent parmi les principaux lieux à visiter pour tout savoir de Martin Luther et du protestantisme.
De l’Allemagne divisée à l’Allemagne unifiée, vingt-cinq ans nous séparent et des transformations sans fin aussi. Berlin continue d’être rénovée, modernisée, développée, mais d’autres lieux aussi rappellent cette histoire allemande qui appartient à tous tant la guerre froide a marqué l’Après-guerre. Tournée de quelques lieux à ne pas oublier, pour ne pas oublier.
À Berlin, bien sûr, le Reichstag, la porte de Brandebourg et les tombes des civils abattus en fuyant la RDA portent le message politique de l’événement. Le mirador de la Potsdamer Platz, le Centre d’information de la Bernauer Strasse, Checkpoint Charlie donnent encore à voir un peu de l’ancien Mur de Berlin. Pour un retour au temps de l’Allemagne de l’Est, à la manière du film Goodbye Lenin, une visite au musée de la RDA s’impose (
Les traces de ce passé vieux d’une génération à peine sont aussi visibles ailleurs dans le pays, tout au long de l’ancienne frontière, devenue « ceinture verte » après avoir été un no man’s land de la guerre froide. Des pistes cyclables sont peu à peu tracées pour suivre aussi ce parcours. L’unification allemande marque aussi la restauration du très riche patrimoine historique de l’ex-Allemagne de l’Est. Dresde a retrouvé la grandeur de son baroque, Leipzig a gardé le souvenir des manifestations de 1989 et la Thuringe son charme d’avant.