Stratégie Les offices de tourisme sont de plus en plus nombreux à dépasser leur périmètre communal en matière de promotion et de commercialisation touristiques. D’autres fusionnent pour entrer dans le cadre d’une logique de destination… À l’occasion du rendez-vous annuel, destiné à la presse, rassemblant une trentaine de structures institutionnelles, Tourisme de groupe fait le point.
C’est un rendez-vous traditionnel. Tous les ans, en février, des offices de tourisme français se retrouvent à Paris dans le cadre d’un workshop presse organisé par leur fédération. Cette année, ils étaient 38 à avoir répondu présents pour venir dévoiler tous les attraits, les angles de découvertes thématiques, ainsi que les nouveautés touristiques de leur ville (voir encadré)… et au-delà de leur périmètre communal. Une situation de plus en plus courante. Tandis que parallèlement se développe le phénomène de fusions.
Mais, à l’heure où l’organisation territoriale de la France va connaître de profonds changements, des questions se posent, et notamment en terme d’organisation touristique. Petit rappel historique.
Tout a commencé au moment de la loi de décentralisation du 2 mars 1982, relative aux droits et aux libertés des communes, des départements et des régions, qui a ouvert la voie à un profond bouleversement de la répartition des pouvoirs au profit des acteurs locaux. L’État a fait le choix de transférer au profit des collectivités territoriales certaines compétences et les ressources correspondantes. Le deuxième acte s’est joué le 23 décembre 2012 (récemment modifiée dans le Code de Tourisme). La loi a réparti les compétences dans le domaine du tourisme. Elle a établi le principe de concertation entre la commune, le département et la région afin de faciliter la définition d’objectifs cohérents, et de privilégier les procédures contractuelles pour une meilleure coordination de leurs actions. Et – entre autres – oblige le département à créer un comité départemental de tourisme dont il choisit librement le régime juridique, et donne la possibilité à la commune de créer un office de tourisme, en choisissant également librement son régime juridique.
Le troisième acte est plus récent puisqu’il date du 27 janvier 2014. C’est la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles. Le texte prévoit de clarifier les conditions d’exercice de certaines compétences des collectivités territoriales en instaurant des chefs de file. Et puis tombe le projet de loi de la réforme territoriale (la Nouvelle organisation de la République – NOTRe), concernant la répartition des compétences des collectivités.
Pour Jean Burtin, président de la fédération Offices de tourisme de France: « qu’importe le nombre de régions, l’essentiel est de savoir ce qu’on y met dedans! Nous ne sommes pas contre les intercommunalités à condition que les stations classées puissent garder leurs identités, leurs notoriétés ». En fin d’année dernière, Jean Burtin a d’ailleurs été reçu par Carole Delga, secrétaire d’État chargée du Commerce, de l’Artisanat, de la Consommation et de l’Économie sociale et solidaire. « Nous avons sensibilisé la secrétaire d’État à la problématique posée par un transfert général de la compétence tourisme des communes à toutes les formes d’intercommunalités, a-t-il indiqué. Notre fédération nationale a a insisté sur la nécessité d’organiser des dérogations dans le cas des communes stations classées, de montagne ou de littoral. Ces dernières, en collaboration étroite avec leur office de tourisme ont développé une attractivité touristique parfois internationale qui risquerait d’être diluée au sein de communautés de communes parfois peu enclines à la culture tourisme ».
Le débat est donc encore loin d’être terminé.
Début février, la commission des lois de l’Assemblée a rétabli le projet du gouvernement. Mais, elle a repris certaines propositions du Sénat. Les députés ont notamment accepté de laisser les départements et les intercommunalités intervenir sur le tourisme, la région obtenant simplement un rôle de chef d’orchestre.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, la commission poursuivait l’examen du texte, fixant la répartition des compétences entre les régions, les départements, les communes et les intercommunalités. Le projet était débattu dans l’Hémicycle en deux temps, d’abord du 17 au 20 février, et ensuite après la pause d’hiver, du 3 au 5 mars.
Ils sont 2 800 offices de tourisme (et 12 000 salariés) implantés sur le territoire hexagonal, structures instituées par la volonté de la collectivité locale de laquelle ils dépendent. Et c’est cette collectivité qui a la « compétence tourisme ». Si les offices de tourisme ont des missions basiques (accueillir, informer, promouvoir…), ils ont aussi la possibilité – sans obligation – de concevoir et de commercialiser des produits dans le respect de la loi Novelli de 2009 sur l’organisation et la vente de voyages et de séjours. Une dernière mission franchie chaque jour « par de plus en plus d’offices de tourisme », relève Yannick Bertolucci, chargé des relations institutionnelles au sein de la fédération Offices de tourisme de France.
À l’exemple du tout nouvel office de tourisme de l’Ile d’Oléron-bassin de Marennes, créé en janvier dernier, que nous avons rencontré lors de ce rendez-vous annuel. « Nous avons déposé récemment notre demande d’immatriculation auprès d’Atout France, que nous espérons obtenir dans le courant de cette année, suite à la création d’un service commercial, explique Cécile Chartier, en charge des relations presse. Nous étions auparavant Maison du tourisme, qui n’était en fait qu’un pôle administratif regroupant 11 offices de tourisme ». La nouvelle structure institutionnelle fonctionnera sous un statut associatif. « Cinq personnes forment la nouvelle équipe commerciale, qui s’attachera notamment à développer une production groupes auprès des autocaristes », ajoute-t-elle.
L’activité de commercialisation est nécessairement annexe à la mission de service public. À noter également que la commercialisation ne peut avoir lieu que s’il existe une carence du secteur privé, une carence s’appréciant tant sur le plan quantitatif (existence ou non de la concurrence) que qualitatif (existence de concurrences mais qui ne présentent pas exactement les mêmes services ou produits). En théorie. Car dans la pratique, c’est tout autre chose, d’autant que la loi Novelli de 2009 est venue assouplir la commercialisation hors du territoire des compétences des offices de tourisme. Certains ont, de fait, pris certaines largesses territoriales.
Créées à l’origine pour promouvoir leur commune, ces structures institutionnelles l’ont aussi « vendue », avant de la « packager » à d’autres villes (ou sites) hors de leur frontière urbaine. Avec pour objectif de l’inscrire dans une logique territoriale (et a fortiori touristique) de proximité. La notion de commune est passée à l’intercommunalité, puis l’intercommunautaire et la métropole depuis cette année 2015 (Bordeaux, Brest, Grenoble, Lille, Montpellier, Nantes, Rennes, Rouen, Strasbourg et Toulouse). À été également créée une nouvelle collectivité territoriale, la métropole de Lyon, qui se substitue sur son territoire au département du Rhône! Des métropoles dotées de larges compétences.
Aujourd’hui, il ne s’agit plus de vendre « sa » ville seule, mais la resituer dans un espace géographique plus vaste, prétexte à développer une offre touristique plus conséquente. Plus attractive. Et fort logiquement plus rentable.
Au début de l’année 2014, la ville de Reims avait étendu son périmètre urbain, en passant en agglomération. « La réforme des collectivités territoriales avait déjà entraîné des regroupements d’offices de tourisme, explique Guy Valembois, directeur général de l’office de tourisme de l’agglomération de Reims. Les élus ont souhaité que la compétence tourisme soit étendue d’autant que, par ailleurs, plusieurs communes n’avaient pas d’offices de tourisme ».
En 2014 également, l’office de tourisme du Grand Roanne (Loire), jusqu’alors intercommunal, est passé office de tourisme intercommunautaire. Objectif: être rattaché à des villes de plus de 100 000 habitants pour exister (touristiquement parlant) sur le plan territorial. Aujourd’hui, l’office de tourisme de Roanne Agglomération – son nom désormais – rassemble pas moins de 40 communes.
De son côté, l’office de tourisme de Carpentras, aujourd’hui communal, « devrait devenir intercommunal d’ici la fin de cette année 2015 », annonce sa directrice, Lucile Clemençot, tandis que celui d’Epinal a depuis 2013 la compétence tourisme pour 38 communes… « L’idée de mettre en place des offices de tourisme de pôle est intéressante car il y a nécessité, aujourd’hui, de se regrouper, estime Christine Tavernier, directrice de la structure institutionnelle. L’objectif est de promouvoir (et défendre) un territoire touristique plus vaste, plus porteur ». Face à des frontières administratives jugées « obsolètes » par les touristes, de plus en plus en plus d’offices de tourisme choisissent de se regrouper, de fusionner, et ce afin de travailler pour une plus grande visibilité où la notion de destination prend toute son ampleur.
« Mais, prévient la fédération des Offices de Tourisme de France, regrouper ces structures pour simplement les regrouper, sans aucune vision stratégique, n’apportera aucune efficacité en terme de développement local. Il faut s’orienter vers la mise en place d’une marque touristique du territoire ». Un message entendu par nombre de structures institutionnelles.
Deborah Reichert, directrice de l’office de tourisme de Luxeuil-les-Bains: « D’ici la fin de cette année, début 2016, l’office de tourisme sera rebaptisé et portera le nom de Luxeuil-les-Bains-Vosges du Sud. Dans la pratique, nous « récupérons » la structure institutionnelle de Fougerolles ainsi que la compétence tourisme de la communauté de communes. La démarche se fera en plusieurs étapes ».
Pour la directrice, il y a avait nécessité de se regrouper pour constituer un territoire touristique plus pertinent. « Aujourd’hui, il s’agit d’être dans une logique de destination touristique dans laquelle s’inscrit l’ensemble des acteurs sur un projet commun », poursuit-elle.
À l’image aussi d’une Maison du Tourisme du Sud de l’Aisne, constituée l’an passé, et qui a fusionné trois offices de tourisme (Château-Thierry, Fère-en-Tardenois et Charly-sur-Marne) et un syndicat d’initiative (Condé-en-Bruie). « Une réorganisation pertinente et qui s’imposait, lance d’emblée Fatah Nekhili, son directeur. Cette décision a été prise dans l’objectif d’une logique d’optimisation des moyens, de mutualisation de l’offre touristique, mais aussi avec la volonté de donner une meilleure visibilité touristique de notre territoire ». Mais, selon lui, réforme territoriale ou pas, cette restructuration devait se faire.
Du côté de Cherbourg (Manche) a été lancée l’idée de créer un « office de tourisme du Cotentin », le syndicat mixte du Cotentin qui fédère – entre autres – neuf offices de tourisme de la Presqu’île, dont celui de la communauté urbaine de Cherbourg, y réfléchit, mais pour l’instant se préserve de toute annonce dans ce sens. Avec, cependant la volonté d’anticiper sur la future carte à 13 régions, qui réunit les deux Normandie. Avec cet « office de tourisme du Cotentin », cela permettrait à ce territoire du nord de la Manche de « faire valoir ses spécificités touristiques dans une identité normande ». Certaines structures institutionnelles ont déjà fusionné, et ont été rebaptisées, par exemple, office de tourisme de la Pointe du Saire (Saint-Vaastla-Hougue et Quettehou) ou encore office de tourisme de la Baie du Cotentin (Carentan et Sainte-Mère-Église). Exit les noms des villes, place à des marques territoriales…
Ce passage à la vitesse supérieure est pris par de plus en plus d’offices de tourisme, qui parallèlement restent partagés sur la question de la réforme territoriale.
Il y a des questions, bien sûr, (« comment exister dans la réforme? », « Quel impact aura-t-elle au niveau local?…), mais aussi de l’optimisme (« nous n’avons pas à avoir peur, il faut cependant rester vigilant surtout face aux comités départementaux de tourisme »; « les offices de tourisme ont un rôle sur le territoire et un atout: la proximité du terrain »…). La fusion des régions a, sans conteste, ouvert de nouveaux débats, de nouvelles perspectives aussi. Mais, finalement, cela génère beaucoup plus d’attentisme qu’autre chose.
Les territoires n’ont forcément le choix qu’entre deux attitudes: soit anticiper, soit attendre. Et la fédération des Offices de Tourisme de France de rappeller que « les offices de tourisme figurent parmi les plus gros contributeurs à la politique de la France à hauteur de 500 millions d’euros par an. Ces structures s’inscrivent aujourd’hui dans une dynamique de promotion et de commercialisation des destinations françaises ». À la fois diverses et uniques.
ARLES
(Bouches-du-Rhône)
Deux expositions annoncées: une de dessins de Van Gogh à la Fondation Vincent Van Gogh (du 12 juin au 20 septembre); l’autre au musée départemental de l’Arles antique (« l’Antique et vous » à partir du printemps).
AVIGNON
(Vaucluse)
Dès le 12 août (et jusqu’au 3 octobre), le Palais des Papes présentera la troisième saison de son spectacle « les luminessences » dans la cour intérieure; le Carré du Palais, complexe œnotouristique, ouvrira ses portes fin 2015 en plein cœur de la ville.
CASSIS
(Bouches-du-Rhône)
Le 17 mai, la matinée sera festive à Cassis qui fêtera son vin (messe et danses folkloriques seront au programme), tandis que les Vendanges étoilées, qui feront la part belle à la gastronomie en accord avec les vins, se tiendront du 19 au 27 septembre.
CHERBOURG (Manche)
Des objets du Titanic s’invitent à La Cité de la Mer (du 28 mars au 15 novembre). La manufacture des parapluies a pris ses nouveaux quartiers sur les quais de la ville dans un bâtiment du XIXe siècle. Une boutique, un musée dédié aux parapluies et des visites de la manufacture sont proposés.
MOULINS (Allier)
Deux expositions au Centre national du costume de scène, l’une sur l’opéra comique (jusqu’au 25 mai), l’autre consacrée au ballet Preljocaj (du 20 juin 2015 au 3 janvier 2016).
NÎMES (Gard)
Le musée de la Romanité expliquera le patrimoine antique de la ville. Implanté sur le forum des arènes, il présentera des sites romains actuels et disparus, ainsi que les collections du musée Archéologique. La construction démarre cette année pour une ouverture annoncée en 2018.
PAYS DE MEAUX (Seine-et-Marne)
Le nouveau spectacle historique de Meaux, « le guetteur de lumière » portera un regard neuf sur l’histoire de la ville (20 et 26 juin; 3, 4, 11 et 18 juillet; 28 et 29 août; 4, 5, 11, 12, 18 et 19 septembre).
REIMS (Marne)
Les 6 et 7 juin, Reims se transformera en ville du Moyen-âge, au rythme des artisans, troubadours et seigneurs.
ROUEN ( Seine-Maritime)
L’Historial Jeanne d’Arc ouvrira le 25 mars, et un nouveau spectacle son et lumière sur la cathédrale Notre-Dame en deux thèmes (« Jeanne » et « Vikings, fondateurs de la Normandie ») sera présenté.
STRASBOURG (Bas-Rhin)
La ville célèbrera le millénaire des fondations de sa célèbre cathédrale. Au programme: manifestations spirituelles, musicales et culturelles, qui sont proposées tout au long de cette année 2015.
VERSAILLES (Yvelines)
Le château de Versailles présentera l’exposition « le roi est mort », du 26 octobre 2015 au 21 février 2016. Elle commémore la mort de Louis XIV il y a trois cent ans.
SAINT-ÉTIENNE (Loire)
Classé monument historique depuis janvier 2011, le nouveau Puits Couriot a ouvert ses portes à deux pas du centre-ville. Un voyage au cœur de la mine sur le site d’un des plus grands sièges d’extraction du XXe siècle avec trois nouveaux espaces d’exposition permanente sur 1 000 m2.