Dans la foulée de sa nomination comme ville hôte de l’exposition universelle de 2020, Dubaï a lancé un plan qui lui permettra d’accueillir durant les six mois que dure cette manifestion les 25 millions de visiteurs attendus. La spirale est d’ores et déjà bien lancée entre transporteurs aériens et hébergeurs. Le phénomène fait penser à la course-poursuite que la montagne française a connue ces dernières décennies entre kilomètres de pistes et de remontées mécaniques d’un côté, capacités d’hébergement de l’autre. Mais l’histoire de Dubaï depuis cinquante ans apporte un cinglant démenti aux Cassandre qui voient dans cette course-poursuite une fuite en avant. Le plan Vision 2020 établi par les autorités dubaïotes entend bien maintenir le rythme effréné du développement touristique de l’émirat tout en l’organisant. A Dubaï où l’ambition est une seconde nature, le jeu se joue bien d’abord entre sièges d’avions et chambres d’hôtels, chacun à tour de rôle nourrissant l’autre: plus il y a de lits plus il faut remplir les avions de touristes, plus les avions sont remplis, plus il faut de lits pour héberger leurs passagers. D’où le cri du coeur lancé l’an dernier lors d’un débat organisé dans le cadre de l’Arabian Travel Market (ATB) par Neal Jones, directeur commercial et marketing de la chaîne hôtelière américaine Marriott: « Nous devons continuer à créer une demande pour Dubaï et pour ce faire nous devons travailler avec les compagnies aériennes ». A elle seule, Marriott ambitionne de gérer 10 000 chambres d’hôtel à l’horizon 2020 dans la ville-État. Thierry Antinori, vice-président exécutif de la compagnie nationale dubaïote Emirates, a eu tôt fait de le rassurer: au cours des deux dernières années 58 nouveaux avions ont rejoint la flotte d’Emirates. Elle propose actuellement 1,2 million de sièges par semaine à bord de ses avions et vise les deux millions à l’horizon 2020. Elle compte bien transporter du même coup 70 millions de passagers dans moins de cinq ans. « De 197 avions en commande en 2013, Emirates est passée à 374 l’année suivante! », rappelle encore Thierry Antinori. Et cet appétit n’est pas isolé parmi la soixantaine de compagnies qui desservent l’émirat. Ghaït al Ghaït, qui dirige FlyDubaï, « compagnie low cost haut de gamme », comme il la définit, indique que « 50 avions avaient été commandés par sa compagnie avant même d’avoir vendu le premier billet ». L’an dernier FlyDubaï desservait, avec sa centaine d’avions, déjà 75 destinations. Moins de quatre ans après son lancement en juin 2009, elle doublait sa commande auprès de Boeing pour la porter à exactement 111 appareils. Mais l’implantation d’une low cost, même de luxe, à l’aéroport de Dubaï est aussi le signe d’un infléchissement: la destination est appelée à s’ouvrir à un public de visiteurs moins exclusivement tourné vers le luxe. Et à se démocratiser. Et c’est aussi ce qui est encouragé par le plan Vision 2020 qui vise à développer en accéléré toutes les infrastructures. Le cap des 70,5 millions de passagers internationaux passant par l’aéroport de Dubaï a été franchi l’an dernier, hissant la plateforme aéroportuaire dubaïote au premier rang dans le monde, devant Heathrow qui a dû lui céder la première place. Les autorités du pays entendent aussi développer sérieusement l’offre d’hébergements de moyenne gamme, sans toutefois casser la croissance des hôtels haut de gamme. L’actualité de ces derniers mois montre que le cap est effectivement tenu. Accor a inauguré le Sofitel Dubaï Downtown, 350 chambres de luxe face à la tour Burj Khalifa, son troisième cinq étoiles à Dubaï début novembre dernier. Sheratonlui a emboîté le pas quelques semaines plus tard en ouvrant son Grand Hotel cinq étoiles de 654 chambres dans le quartier d’affaires, Taj Dubai, un autre cinq étoiles de près de 300 chambres, propose ses prestations haut de gamme depuis le mois dernier, tandis que le Hard Rock Dubaï Marina, cinq étoiles également, s’installera sur 33 étages de la deuxième tour la plus haute de Dubaï, la Marina 101, vers la fin de 2015. Mais l’implantation annoncée avant 2020 de dix Rove Hotels de catégorie moyenne gamme contrebalance quelque peu le développement d’une offre hôtelière haut de gamme. Néanmoins, sur 70 000 chambres actuellement, encore la moitié relèvent des catégories supérieures et luxe. Cette nécessité d’ouvrir la destination à des visiteurs moins fortunés profite bien évidemment aussi aux groupes.De fait, on trouve aujourd’hui des offres particulièrement attractives tant pour se rendre à Dubaï que pour s’y loger. Les tour-opérateurs proposent des forfaits à même de capter une clientèle moins fortunée, mais qui a le mérite de faire tourner la machine du tourisme. Cette option largement abordée à l’ATM l’an dernier n’est pas la seule mise en oeuvre. La stratégie consiste aussi à faire visiter Dubaï par les voyageurs en transit entre l’Europe et l’Afrique ou l’Asie du Sud-Est, en les incitant à descendre de l’avion pour y séjourner pendant deux ou trois jours. En parallèle, la ville ne cesse de se développer et, pour occuper les touristes après les avoir attirés à elle, de multiplier les attractions, à l’image des futurs parcs Legoland, Bollywood et Hollywood dont l’ouverture est attendue dans les deux prochaines années. Dubaï espère ainsi dépasser Paris par le nombre de visiteurs d’ici quelques décennies et elle s’en donne tous les moyens.
La 22e édition de l’Arabian Travel Market se tiendra à Dubaï du 4 au 7 mai 2015. Reed Travel Exhibition qui l’organise s’attend à ce que ce salon gagne encore en importance cette année. La précédente édition, début mai 2014, a attiré plus de 23 600 visiteurs, en hausse de 12 %, essentiellement des professionnels du tourisme. La plupart sont venus des pays du golfe arabo-persique (65 %) et des Emirats arabes unis (12 %). Le petit quart de visiteurs restant sont arrivés du reste du monde, portant à 131 le nombre de nationalités différentes arpentant les 24 000 m2 du salon. L’Arabian Travel Market présente un intérêt aussi bien en inbound qu’en outbound. L’Europe arrive au deuxième rang des centres d’intérêt des visiteurs de l’ATB, juste après le Moyen-Orient et nettement avant les autres pays asiatiques. L’Afrique, l’Amérique et l’Océanie semblent moins courtisées. Pour les accueillir, plus de 2700 stands présentaient leurs offres en 2014. Ce nombre devrait être supérieur cette année. Très classiquement, des conférences sont organisées en parallèle pour débattre des préoccupations du moment. L’an dernier, le plan Vision 2020, qui organise le développement du tourisme d’ici l’exposition universelle de fin 2020 à Dubaï, a particulièrement été questionné. L’édition 2015 s’intéressera avant tout au marché des familles, mais le tourisme d’affaires, le luxe et le bien-être ainsi que les nouvelles technologies employées dans le tourisme constituent autant de thématiques qui seront abordées.