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Comme une ballade irlandaise

Destination | publié le : 01.03.2015 | Dernière Mise à jour : 01.03.2015

Auteur

  • Stéphane Jarre

Côte sauvageLe succès du Wild Atlantic Way, près de 2 500 km de route qui suivent le tracé déchiqueté du rivage de l’Atlantique du nord au sud de l’Irlande, ne doit rien au hasard: c’est l’Irlande authentique qui s’offre aux touristes, celle des nuages filant dans le vent, des verts paturages remplis de moutons blancs, des landes et des pierres qui résistent depuis longtemps, des îles et des falaises, des villes aussi, où tout est si vivant. Galway, Sligo, Westport sur fond de Connemara.

C’est assez irrésistible, en Irlande, cette envie de filer vers l’ouest, comme tant d’émigrants autrefois partaient pour l’Amérique. C’est une autre forme d’eldorado toutefois que les touristes peuvent rechercher en s’éloignant de Dublin où leur avion s’est posé: une terre tranquille, où les paysages révèlent quelques trésors, où la nature s’impose en reine, où le temps n’est jamais tout à fait celui qu’on attend. La côte est sauvage, mais ses habitants tellement accueillants. Car les villes aussi ont un parfum d’authenticité, celui que tout visiteur espère de l’Irlande, un brin d’histoire, de bonnes vieilles légendes, des pubs toujours vivants, de la musique folk qui s’échappe ici et là, par une fenêtre, une porte. En route pour Galway, Westport, Sligo et le Connemara.

Si whisky nous était conté

L’Irlande n’étant pas que côtes, il y a toujours une étape intéressante en chemin, bien dans les terres. Cette fois c’est la distillerie de Kilbeggan(1) qui permettra de se restaurer de mets locaux tout en permettant de tout savoir sur le whisky irlandais, sa fabrication, ses petites et grandes histoires. La visite, en français, par un Français installé ici, est nourrie d’explications où l’on apprend à faire la différence entre les produits local et écossais. Une des différences tient au côté « fumé » apporté à la boisson. En Irlande, le whisky « n’est pas tourbé, sauf dans le Connemara ». Mais le plus important, et c’est aussi une marque distinctive, reste l’eau. Elle est fournie par la rivière Brosna, qui longe les murs de la distillerie, et réputée pour sa pureté depuis longtemps. La proximité du cours d’eau permet en outre de fournir de l’énergie aux diverses pompes et machines grâce à une énorme roue à aubes. Jusqu’en 1880, tout reposait sur elle, avant que d’autres sources d’énergie n’entrent en service. La distillerie de Kilbeggan est la plus ancienne à avoir été autorisée en Irlande. Elle a reçu sa licence en 1757, mais deux cents ans plus tard, la prohibition de l’alcool qui était en vigueur aux États-Unis a eu raison de cette longévité. Fermée en 1957, elle a été reprise ultérieurement par une autre compagnie qui a ramené de l’activité à Kilbeggan, une petite production de whisky d’orge malté tandis que le vieillissement, au minimum trois ans et un jour de par la loi, s’effectue à proximité. Une fois qu’on a compris que le whisky de malt est à base d’orge germé, que le whisky de grains est à base de blé et de maïs et que le mélange des deux donne un blend whisky, il n’y a plus qu’à déguster. Ou à reprendre la route pour Galway, les deux ne faisant pas tellement bon ménage.

Galway, urbain et plein d’entrain

On dirait d’autres villes qu’elles sont alanguies le long de leur fleuve ou du rivage. Pas de Galway(2), vibrionnante à souhait. La cité de près de 80 000 habitants est à la tête de la quatrième agglomération d’Irlande du Sud. C’est une ville universitaire. Elle est aussi chargée d’histoire depuis l’époque où 14 familles anglo-normandes ayant conquis la région s’étaient installées à l’intérieur des remparts, laissant à l’extérieur la population gaëlique qui vivait déjà là depuis l’an 1124. De fait, le centre-ville médiéval a conservé un vrai charme sous sa parure de pierres grises. Prospère port de commerce, notamment avec la France et l’Espagne, la ville jumelée avec Lorient s’est aussi laissée influencer par quelque style hispanique d’alors, comme en témoigne l’arc espagnol. La cathédrale, elle, a reçu le meilleur des marbres italiens, acquitté au prix fort par la population irlandaise. À l’intérieur, une curiosité: sur les six piliers en colonne, l’un d’entre eux se distingue par des formes particulières. L’apprenti-maçon qui l’a réalisé a si bien réussi son chefd’oeuvre que ses compagnons, fous de jalousie, l’ont assassiné par dépit. Ce n’est qu’une des nombreuses anecdotes qui alimentent l’histoire de Galway et que Fiona Brennan aime à glisser dans son tour de ville(3). On ne révélera pas tout, mais le mot lyncher est né ici. Le fond de l’affaire n’est pas vraiment rose, forcément, mais la famille Lynch est passée à la postérité dans bien des langues. Qu’on y perde la raison par jalousie ou la tête par amour, Galway ne fait pas dans le tiède. La ville côtière, exposée sudouest, est aussi la seule cité à défier directement les puissances de l’Atlantique sur la côte sauvage irlandaise.

La nature fait de la résistance

Plus à l’ouest, dans le Connemara(4), c’est la nature qui fait de la résistance. L’extrême-ouest du comté de Galway offre à l’Irlande des péninsules déchiquetées et des îles faites de ténacité, des paysages austères dont les couleurs changent au gré du temps, selon le bon vouloir des vents, plus ou moins puissants. Mais en ces terres de bout du monde, la météo sait aussi se montrer magnanime pour offrir un instant de grâce, un trou dans les nuages, un rayon de soleil après la pluie et avant la suivante, une lumière au bon moment. Des instants magiques s’il en est, qui mériteraient qu’on leur dédie des poèmes, à la manière de WB Yeats dont on fête les 150 ans de la naissance cette année, ou même une chanson, si Michel Sardou ne l’avait déjà définitivement fait!

Difficile en effet de ne pas être envoûté par tant de pureté austère. Nul or, nulle exhubérance, l’âpreté de la vie, sa simplicité surtout, y compris à l’abbaye de Kylemore(5) dont les façades grises surplombent un lac tapi dans un écrin de verdure qui passe en un coup de vent du noir profond au bleu sombre. Là encore, une foule d’histoires accompagne la visite de cette belle demeure, perdue au jeu par un ancien duc de Manchester, récupérée en 1920 par une congrégation de soeurs bénédictines qui, ellesmêmes, avaient tout perdu dans les bombardements d’Ypres durant la Première Guerre mondiale. Elles y ont tenu école jusqu’en 2010 avant de la réserver entièrement aux visites touristiques tout en étant encore quelques unes à y demeurer. Des possibilités de restauration particulièrement adaptées aux groupes sont proposées à proximité immédiate de l’abbaye, rendant la visite encore plus indispensable surtout qu’une boutique adjacente vend à prix raisonnables les produits locaux de la gastronomie et de l’artisanat, notamment textile.

Récolter la tourbe

Pour tout savoir sur le Connemara, le Centre d’Histoire et du Patrimoine(6) ouvert à Lettershea est tout indiqué. Outre l’occasion d’une pause café ou thé, il permet d’entrer de plain pied dans la vie locale en expliquant toute l’utilité et la richesse de la tourbe, longtemps principale source d’énergie de la région. Les groupes peuvent s’essayer à son extraction, tout en profitant des explications fournies par le père de famille qui a transformé cette ancienne ferme en un petit écomusée. Il poussera même la chanson tout en faisant visiter la minuscule bâtisse où les familles d’antan s’entassaient… ou maudissaient la famine et la dureté de la condition humaine dans une Irlande sous tutelle.

Difficile de quitter le Connemara, quand il prend les teintes mordorées de l’automne, tout comme Galway quand les rhododendrons et les fuchsias éclatent de couleurs au printemps.

Serpentant le long de lacs à travers vallées et montagnes rabotées, la route du nord conduit à la pimpante Westport, une ville côtière du comté de Mayo.

En octobre, et aussi en été, elle semble peuplée d’enfants qui trouvent ici régulièrement quantité d’animations et de divertissements. À commencer par la visite du manoir le regard ébloui et de son magnifique parc à l’anglaise en petit train(7). Avec ses 6 000 habitants, cette ville de villégiature par excellence a été conçue selon les plans de l’architecte James Wyatt au XVIIIe siècle sur une commande de Lord Sligo. Rien d’étonnant à ce que le manoir de la marquise de Sligo occupe un vaste territoire communiquant avec le centre-ville, sa rue principale et la campagne.

Se tremper dans les algues

Plus à l’ouest, plus au nord, Mulranny est une autre petite ville tranquille entre Westport et la presqu’île d’Achill. Là, les touristes goûtent aux plaisirs des activités de plein air, en parcourant à vélo quelques kilomètres qui longent la côte sauvage(8), en empruntant la voie d’un ancien chemin de fer à travers paturages et murets de pierres. Dûment emmitouflés si nécessaire, assurément ébahis de s’approcher au plus près des paysages sévères de ces terres lointaines, les touristes savourent l’exercice, facilement accessible à presque tous les âges, d’autant que vaches, chevaux et moutons viennent à leur rencontre ou s’en détournent blasés.

Un petit saut à Strandhill, toujours dans le comté de Mayo, et le réconfort est servi chaud, dans des bains aux algues marines ramassées localement, en respectant les procédés naturels, par la société Voya Seaweed Baths(9). Les algues ne manquent ni de vertus ni de marées pour les enrichir. L’entreprise se félicite des succès qu’elle rencontre à l’exportation, autant que de la venue de touristes intéressés par ses produits et ses soins. Elle est installée face à la baie, en forme de coquille Saint-Jacques, orientée plein sud. Une promenade à cheval à marée basse, ou à pied face ou dos au vent s’avère bien revigorante. Avec les archéologues de Seatrails(10), la plage se met à parler, et raconte les naufrages de bâteaux de guerre espagnols emportés par une tempête en 1588, les fossiles dont les plus anciens remontent à 330 millions d’années abandonnés là parmi d’autres trésors cachés dans les dunes.

Stop à Sligo

Le Wild Atlantic Way poursuit vers le Nord jusque dans le Donnegal, mais c’est à Sligo(11) que l’itinéraire sur la côte sauvage prendra fin après quatre jours par monts et par vaux, soleil et rares embruns. Sligo, deuxième ville de la province de Connacht après Galway, a l’animation d’un gros bourg de 20 000 habitants perdu au milieu de campagnes sans fin. Jumelée avec Crozon, autre celtique, elle est animée par ses commerces et ses pubs, ses musiciens et ses footballeurs professionnels. L’Irlande simple et vivante encore une fois, joyeuse, fêtarde et savoureuse s’exprime jusque tard le soir. Le lendemain, il n’est plus question de filer vers l’Ouest, mais bien vers l’Est, et Dublin.

À reculons, croyez le bien!

(1) www.kilbeggandistillery.com

(2) www.galwaytourism.ie

(3) www.galwaywalkingtours.com

(4) www.connemara.ie

(5) www.kylemoreabbeytourism.ie

(6) www.connemaraheritage.com

(7) www.westporthouse.ie

(8) www.greenway.ie

(9) www.voyaseaweedbaths.com

(10) www.seatrails.ie

(11) www.sligotourism.ie

Pratique

Où dormir?

Au Galway Bay Hotel, un peu à l’écart du centre-ville de Galway mais pas loin d’un quartier animé, cet établissement quatre étoiles de 153 chambres au charme raffiné et confortable donne sur l’océan.

www.galwaybayhotel.net

À Westport, le Plaza Hotel allie élégance traditionnelle et modernité. Ses 88 chambres sont d’un confort remarquable.

www.westportplazahotel.ie

À Sligo, le Glasshouse Hotel est situé sur les bords du canal en plein centre-ville. Modernes, colorées, toniques et reposantes à la fois, ses 116 chambres offrent un extraordinaire confort.

www.theglasshouse.ie

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