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Le nouveau temple de la musique

Bon plan | publié le : 01.03.2015 | Dernière Mise à jour : 01.03.2015

Auteur

  • Catherine Mautalent

ParisLa Philharmonie de Paris a ouvert ses portes le 14 janvier dernier. Elle réunit le nouveau bâtiment conçu par Jean Nouvel et l’actuelle Cité de la Musique. Un nouveau pôle culturel qui se visite en groupe, entre découverte architecturale, expositions temporaires et musée de la Musique.

Après cinq ans de travaux, d’élans de coeur autant que de critiques, la Philharmonie de Paris a ouvert ses portes le 14 janvier dernier, porte de Pantin dans le XIXe arrondissement de Paris, en présence de François Hollande, Président de la République. Si la salle de 2 400 places était prête pour accueillir le concert inaugural des musiciens de l’Orchestre de Paris, en hommage aux victimes des attentats de Charlie Hebdo et de Vincennes, les finitions du très complexe bâtiment conçu par Jean Nouvel nécessiteront encore des semaines de travaux. La Philharmonie de Paris, c’est une histoire mouvementée. Elle commence en 2006 lorsque le projet est confirmé par le Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin. L’année suivante, Jean Nouvel remporte le concours d’architecture. Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, donne son aval. Le début des travaux préliminaires démarre en juillet 2009. Ils sont interrompus en 2010, avant de reprendre l’année suivante. En 2012, celle qui est encore ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, acte la poursuite du projet. Estimée à 204 millions d’euros en 2007, la facture finale devrait tourner autour de 385 millions d’euros. Une fausse note due à l’ambition d’un projet financièrement sous-estimé. Entre hesitations des politiques, querelles des financeurs, arrêt des travaux pendant un an et critiques incessantes… “S’il fallait expliquer en une phrase la raison d’être de la Philharmonie de Paris, je dirai qu’elle correspond à la nécessité de redistribuer les cartes d’une offre musicale qui, trop souvent, conforte la fausse évidente suivante: le “classique” pour les personnes plus âgées et aisées; les formes dites actuelles pour le divertissement ou les jeunes, explique Laurent Bayle, son Président. Il devient urgent de sortir de ce clivage pour rassembler ce que, dans de nombreuses pratiques culturelles, les usages sociaux séparent”.

Une architecture de pointe

De loin, le bâtiment minéral haut de 52 m aux allures de butte intégré au parc de la Villette dénommé la Philharmonie 1 (la Philharmonie 2, elle, regroupe l’actuelle Cité de la Musique*), présente sans contexte des formes novatrices. Ses tournoiements d’aluminium brillant qui enserrent la salle de concert contrastent avec son enveloppe générale mate, aux angles élégants. “Le public pourra se promener sur son toit situé à 37m de haut offrant une vue panoramique”, indique Anna Ajoubaire, chargée du développement du tourisme. En entrant, on est un peu surpris par un vaste et lumineux hall d’accueil, relativement étriqué et sans aucune décoration. Il dessert différentes salles dédiées aux ateliers de musique de 20 à 30 personnes maximum. Il faut ensuite déambuler dans – là encore – de vastes couloirs, sobres, que réhaussent de larges baies vitrées donnant à voir sur les alentours… jusqu’à la tour Eiffel. Un parcours en forme d’escargot qui mène à la fameuse grande salle. Et là, changement d’ambiance! Elle est toute en rondeur et les teintes boisées rompent quelque peu la monotonie du blanc. Visuellement, il n’y a rien à redire. Ici, l’innovation est à la fois architecturale, scénographique et acoustique. La répartition de ses 2 400 fauteuils (et jusqu’à 3 600 personnes pour des concerts nécessitant des configurations spéciales), entre parterre, arrière-scène et balcons flottants autour de la scène centrale de 283 m2 impressionne. “Le spectateur le plus éloigné ne se trouve qu’à 32 m du chef d’orchestre, contre 40 à 50 m dans la plupart des grandes salles symphoniques, souligne Anna Ajoubaire. La configuration enveloppante a été conçue pour immerger le public dans la musique. Le son se développe harmonieusement dans un vaste volume acoustique (30 500 m3, ndlr) grâce à des matériaux choisis et traités”. Dans cette grande salle trône également un orgue grandiose de 15 m de haut. La programmation liste pas moins de 250 concerts jusqu’à juin prochain (70 % d’entre eux seront dédiés à la musique classique), tandis que parallèlement, la Philharmonie I a réservé 800 m2 d’espaces pour accueillir des expositions temporaires. Deux d’un genre tout à fait différent sont programmées pour cette année: l’une dédiée à la figure iconique de la pop David Bowie à travers plus de 300 objets (“David Bowie is”, jusqu’au 31 mai), l’autre au compositeur de musique contemporaine Pierre Boulez (du 17 mars au 28 juin), une rétrospective à l’occasion de son 90e anniversaire. Et à partir d’octobre 2015 et jusqu’au 24 janvier 2016 sera présentée “Chagall et la musique”.

À partir du printemps, la Philharmonie de Paris proposera aux groupes constitués une visite guidée du site, poursuit-elle. Elle sera l’occasion de retracer l’histoire du projet, les étapes de construction ainsi que le projet artistique”. Les salles de répétition seront également accessibles à la visite. Par ailleurs, un restaurant, “Le Balcon”, d’une capacité de 150 couverts sera en mesure d’accueillir les groupes en service à table. Une cuisine française traditionnelle y sera servie. Situé au 6e étage, il doit ouvrir ses portes ce mois de mars. Enfin, “il est prévu d’aménager des places de stationnement pour les autocars”, ajoute Anna Ajoubaire. Un dépose-minute est mis en place devant la Philharmonie de Paris, le stationnement s’effectuant à ce jour boulevard Serrurier ou boulevard Jean-Jaurès.

Un musée à écouter

La Philharmonie 2, quant à elle, regroupe la Cité de la Musique avec ses deux salles de concert, sa médiathèque et son musée de la Musique (ouvert en janvier 1997). Ce dernier, qui propose un parcours musical traversant quatre siècles d’histoire à travers la présentation de 1 000 instruments, “ne sera plus le cadre d’expositions temporaires qui se tiendront désormais dans la Philharmonie 1, explique Anna Ajoubaire. L’espace ainsi récupéré abritera prochainement un nouveau lieu thématique consacré aux musiques urbaines et populaires du XXe siècle”. Le musée de la Musique s’est constitué à partir d’une collection nationale de plus de 7 000 instruments, oeuvres d’art, archives et objets divers, dont l’origine remonte à la creation du Conservatoire de Paris en 1795. Il présente un riche éventail de témoignages de la vie musicale en Occident du XVIIe siècle à nos jours, en quatre temps, un cinquième étant consacré aux principales cultures musicales du monde. Particularité du lieu: le musée se visite… en musique! En effet, grâce à un audioguide, les visiteurs peuvent devant chaque vitrine (ou devant des écrans vidéo diffusant témoignages et concerts, qui ponctuent le parcours) écouter le son de l’instrument ou des extraits musicaux. Par ailleurs, tous les jours, un musicien (ce n’est jamais le même) donne vie à la découverte du lieu. Il joue, parle de son instrument et de son répertoire, répond à toutes les questions relatives aux techniques de jeu ou de fabrication…

Et puis, dans chacune des cinq salles thématiques est proposée l’animation “Touchez la musique”, offrant une approche multi-sensorielle des instruments à travers un dispositif interactif (viole, orgue, trompette…). Cinq espaces, sur différents niveaux, rythment le parcours: le XVIIe siècle avec la naissance de l’Opéra, le XVIIIe siècle et la musique des Lumières, le XIXe siècle à travers l’Europe romantique, le XXe siècle et l’accélération de l’histoire et enfin les musiques du monde. Un parcours jalonné de tableaux et de maquettes de lieux de concerts. Visite guidée.

Parcours musical chronologique

Les luths, connus depuis l’Antiquité et de toutes tailles ouvrent le parcours face à des claviers italiens. En proches voisins d’étranges cornets à bouquin, issus de la corne d’animal à laquelle on a ajouté des trous au XVe siècle et utilisés dans la musique européenne jusqu’au XVIIIe siècle. Les formes sont ovales ou épousant le corps de serpent. Sous le regard d’un buste de Jean-Baptiste Lully, une maquette du château de Versailles, tandis que cinq claviers flamands richement décorés en imposent face aux violons et violoncelles. Instruments à cordes qui servent de prélude pour évoquer les origines de la guitare dont la mode se répand dans l’aristocratie française sous Louis XIV à l’initiative de Mazarin. Avant de laisser la place au maître à danser et ses violons de poche. On croirait des jouets pour enfants! Rien à voir avec la viole et la basse de viole, imposantes, dont le compositeur Marin Marais est l’un des spécialistes. Changement de décor avec les hautbois dont l’origine, là encore, remonte à l’Antiquité. Courts, longs, arrondis, il y en a pour tous les goûts et tous les sons. Les instruments utilisés pour la chasse et de la Grande Ecurie (musiciens et militaires à cheval) ne sont pas oubliés. Plus légères, voici les flûtes à bec, de près de deux mètres comme la flute à bec contrebasse à à la petite flute alto d’une vingtaine de centimètres. Des flûtes traversières aussi, originaires d’Asie et qui arrivent en Occident au Moyen-âge.

Au XVIIIe siècle, la musique ne sert plus la gloire du roi mais devient un art apprécié par un large public. La musique instrumentale prend son essor, et la pratique des concerts se répand. Des clavecins français alignés sagement sont suivis d’un ballet de harpes. Entre eux deux, une vitrine insolite donne le ton sur les instruments de musique pastorale à travers la présentation de vielles à roue et de musettes. Face aux harpes, clarinettes et trompettes font bon ménage en vitrine. Avant de revenir aux guitares, qui après une période de désaffectation, retrouvent des adeptes à la Révolution française tandis qu’elles se dotent d’une sixième corde.

Un siècle plus tard, le langage musical est influencé par les mouvements littéraires germaniques, et témoigne d’un goût marqué par l’expression des sentiments, de mysticisme et de surnaturel. Le célèbre violon de Stradivarius ouvre cette période, l’occasion d’évoquer les origines de l’instrument. Cette fois, c’est sous le regard de Beethoven que sont évoquées les fêtes révolutionnaires (avec un étrange basson russe à tête de serpent) avant de découvrir un large espace consacré à toute la gamme de pianos romantiques qui s’imposent au XIXe siècle. Et en rythme, si l’on en croit les différents modèles de métronomes qui leur font face, parmi lesquels s’est glissé un étonnant chirogymnaste permettant d’effectuer un programme complet d’exercices de la main. Quelques mots sur le Conservatoire national de musique, avant de s’arrêter devant la reconstitution d’un ensemble de 18 instruments, nécessaires à la création de La Symphonie fantastique de Berlioz. Le compositeur sera d’ailleurs l’un qui s’attachera à accroître les possibilités des instruments en puissance. Comme en témoigne le gigantisme de l’octobasse exposé (3,87 m!), qui fait face aux saxophones d’Adolphe Sax. Tout près, l’ensemble instrumental de la tétralogie Der Ring des Nibelungen de Wagner n’attend plus que l’arrivée des musiciens… Au XXe siècle, l’avénement de l’électricité et de l’électronique offre aux compositeurs des instruments inédits leur permettant d’explorer les ressources infinies du champ sonore. Le studio et l’ordinateur constituent les nouveaux outils du compositeur. À partir des années 80, la révolution numérique conduit à la miniaturisation, voire à la dématérialisation de l’instrument. Claviers reliés par des fils multicolores à des écrans, reconstitution d’un studio de musique électroacoustique, présentation du premier instrument électroacoustique par Léon Theremin en 1920… sont ici présentés. A la fois étonnant et amusant, quand on pense à ce qu’il est possible de faire aujourd’hui…

Afrique, Amériques, Asie, Océanie…

Place à présent aux musiques du monde, dernier espace du musée, tout en s’arrêtant quelques instants auparavant devant trois petites vitrines installées en balcon. Clins d’oeil inattendus dans ce parcours à Brassens, Brel et au Rock’n Roll dont la vague déferle en France dès la fin des années 50. Quelques pièces emblématiques de la collection qui sera présentée dans le futur espace dédié aux musiques populaires du XXe siècle (jazz, chanson, rock)…

À l’instar de l’Occident, la grande diversité des traditions musicales qui se développent à travers le monde résulte d’une histoire faite de rencontres, de convergences et d’emprunts. Savantes ou populaires, sacrées ou profanes, ces musiques sont le plus souvent transmises oralement. Dès 1867, les Expositions Universelles sont l’occasion de découvrir les instruments de musiques des contrées lointaines. Et ils sont nombreux à être exposés ici. Anciens et nouveaux.

Comme une vielle d’Égypte de 1845, une Harpe luth du Sénégal de 1848, une flûte en forme de corps humain du Cameroun de la première moitié du XXe siècle, une flûte nasale d’Indonésie du XIXe siècle, un xylophone marimba du Mexique de 1956…Tous présentés en vitrines, contrairement à l’orchestre de Steelband, dont les tambours d’acier appelés « Steeldrum » ont été déclarés instruments national de la République de Trinidad-et-Tobago (Caraïbes) en 1992, et qui occupent la scène centrale. Sans rapport avec un tambour à fente Garamut de la Papouasie-Nouvelle Guinée de la fin du XIXe siècle, début du XXe siècle, long de six mètres et large de deux mètres, qui vient clore ce parcours musical à la fois occidental et mondial, sans fausses notes.

(*) Les deux bâtiments – Philharmonie 1 et Philharmonie 2 – composant la Philharmonie de Paris.

Pratique

La Philharmonie de Paris

La Philharmonie est située au 220, bd Jean Jaurès, Paris XIXe. Pour les concerts et spectacles, et selon les catégories, 15 % de réduction sur le prix public sont appliqués sur les billets vendus aux professionnels du tourisme. Les expositions temporaires se visitent librement (réservation obligatoire pour les groupes). Pour “David Bowie is”, le tarif appliqué est de 9,60 euros/ pers. (au lieu de 12 euros); il est de 5,60 euros/ pers, pour l’exposition consacrée à Pierre Boulez (au lieu de 7 euros).

Des visites guidées sont également proposées (forfait de 300 euros pour Bowie; 200 euros pour Boulez).

Des journées (à dates fixes) pour des groupes de 25 pax sont suggérées. Par exemple: visite guidée de l’une des deux expositions + un concert.

La Philharmonie de Paris édite un document dédié aux professionnels du tourisme. Contact au 01 44 84 44 84 groupes@ philharmoniedeparis.fr

Le musée de la Musique

Accessible du mardi au dimanche, il ouvre ses portes chaque matin en semaine à la visite des groupes (le grand public n’a accès qu’à partir de 14 h). “Il est, bien sûr, possible de recevoir les groupes les après-midis, sur réservation, et même en nocturne, indique-t-on à l’accueil du musée. Mais, pour leur proposer un meilleur confort de visite, nous leur réservons la matinée”. Des visites classiques (découverte générale du lieu, par exemple) et thématiques (“à la cour du roi Soleil”, “le romantisme”, “le gigantisme”, “les nouveaux langages musicaux”…, sur les compositeurs avec Mozart, Lully, Beethoven…) sont proposées. Quelle que soit la visite, chacune dure 1 h 30 (les groupes peuvent aussi visiter librement le musée via un audioguide). Pour les scolaires, des offres spéciales ont été conçues, avec notamment des ateliers (comptez deux heures). Un tarif dédié aux professionnels du tourisme a été défini (5,60 euros/ pers. au lieu de 7 euros). Pour les visites guidées, un forfait est appliqué (220 euros). Des journées sont également suggérées (à dates fixes). Par exemple: visite guidée du musée de la Musique + un concert.

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