Entreprise C’est en Bretagne, et plus exactement en Ille-et-Vilaine, que s’est installée la famille Orain en 1938. Trois générations s’y sont succédé pour développer des activités de transports de marchandises (Transports Orain), de voyageurs (Voyages Orain) et de tourisme (Delora Tourisme). Une dernière activité qui se partage entre, d’une part la distribution classique, et d’autre part la production autocar et avion… mais exclusivement à destination des groupes constitués.
En 1938, Eugène et Anne-Marie Orain s’installent à Messac (Ille-et-Vilaine, à une quarantaine de kilomètres au sud de Rennes) et créent les Transports… Orain. Ils achètent leur premier camion, qu’ils utilisent pour assurer une ligne postale, qui deviendra ensuite un service de messagerie. Quelques années plus tard, l’achat d’un premier autocar type Citroën U23 permet à Anne-Marie, d’effectuer une ligne régulière Messac/Bain-de-Bretagne, puis ce sera Messac/Rennes… Auxquelles s’ajoutera le transport de personnel. Début des années 60, l’acquisition d’un Citroën UADI 46 viendra positionner l’entreprise sur le transport scolaire, tout en intervenant parallèlement sur le transport touristique, mais sans production. En 1978, la société se structure autour de deux entités distinctes: les marchandises (Transports Orain) et les voyageurs (Voyages Orain). Deux ans plus tard, Gérard – l’un des quatre enfants d’Eugène et d’Anne-Marie – vient remplacer son père, développe l’entreprise pour lui donner son image actuelle. En 1982, il rachète notamment les Transports Prioul et crée en 1983 une société de transports autocars, Hermes Voyages, à Bain-de-Bretagne (toujours en Ille-et-Vilaine). C’est à cette époque que l’entreprise prend un véritable essor avec le développement en parallèle des activités voyageurs, et notamment dans le secteur du transport scolaire, et des activités marchandises au travers des marchés de la VPC et de la sous-traitance pour Citroën. C’est aussi dans les années 80 que sous le nom de Delora Tourisme sont ouvertes trois agences de voyages afin de développer la production touristique. La première à Bain-de-Bretagne, la deuxième à Rennes, et enfin la troisième à Redon (cette dernière, qui avait axé son activité sur les voyages en autocar à l’étranger, a depuis fermé ses portes, faute de rentabilité sur la distribution en raison notamment de la présence d’autres agences). Parallèlement, à la fin des années 80, pour développer le produit autocar, Delora Tourisme rejoint le réseau 400 Tours, regroupement d’autocaristes, et ce jusqu’à sa disparition. Vingt ans plus tard, au regard de l’accroissement de l’activité et du parc de véhicules, les deux structures (Transports Orain et Voyages Orain) quittent leurs locaux historiques de l’avenue de la gare à Messac pour s’installer sur la zone artisanale de Bonabry à… Messac. En 2008, suite au décès brutal de Gérard à 61 ans, ses frères et sœurs prennent la direction de l’entreprise: Brigitte, directrice des agences de voyages, ainsi que Sylvain et Bruno, co-directeurs des Transports Orain.
Lorsqu’est créée à Bain-de-Bretagne la société de transport autocar Hermes Voyages dans les années 80, “nous avons commencé à concevoir et proposer quelques excursions à la journée en autocar auprès des clubs du troisième âge”, se souvient Catherine Bouchard, en charge des groupes. Mais, c’est l’ouverture – également à Bain-de-Bretagne – en 1985 de l’agence de voyages Delora Tourisme (Delora reprenant les trois premières lettres du nom d’épouse de Brigitte, DELahaie, et les trois suivantes de son nom de jeune fille, ORAin), qui permettra de renforcer cette production maison. “Ce n’était pas dans les projets de l’entreprise d’ouvrir une agence, confie Catherine Bouchard, mais comme nous avions de plus en plus de demandes de voyages de la part de nos clients, nous avons franchi le pas”. À l’activité de production s’ajoute donc celle de la distribution classique, permettant aussi de développer parallèlement une clientèle individuelle. L’agence est membre du réseau Thomas Cook, un choix motivé « par la volonté d’apporter à l’image bien ancrée de l’autocariste celle de voyagiste », explique Catherine Bouchard.
“En tant que producteur, notre objectif était de proposer des forfaits autocar à la journée, uniquement à destination d’une clientèle de groupes constitués, avec toujours pour cible les clubs du troisième âge (au fil des ans viendront s’ajouter les associations, puis les comités d’entreprise, ndlr), poursuit-elle. On éditait de façon artisanale cette offre avant de passer à la parution de petites brochures rassemblant des idées de sorties à la journée”. Pour des programmes plus longs, en autocar ou en avion (et plutôt sur du court et moyen-courriers, représentant 10 % de l’activité de l’agence), Delora Tourisme, travaillait – et travaille toujours – sur mesure. Même si l’agence a été amenée à éditer des feuillets mobiles qu’elle insérait dans une pochette sur des programmes autocar en France et en Europe, voire aériens. Ces clubs étaient basés principalement dans le département d’Ille-et-Vilaine, mais dans un espace géographique qui restait toutefois à proximité de l’agence de voyages. Les brochures, dont le coût était aussi supporté par certains partenaires/fournisseurs à travers des bandeaux publicitaires, étaient envoyées par courrier aux clients. « Il y a dix ans, nous avons arrêté l’édition de ce type de document, dit Catherine Bouchard. D’abord par souci d’économie, mais aussi parce que les excursions proposées étaient difficilement renouvelables d’une année sur l’autre. Sauf nouveautés, changement de prestataires ou remaniements de programmes”. Même si au fil des ans la production s’était développée au-delà du seul département d’Ille-et-Vilaine, mais couvrait aussi la Bretagne, comme la Manche, la Loire-Atlantique ou encore le Maine-et-Loire. D’où l’idée d’opter pour le principe d’un “classeur Delora Tourisme” dans lequel peuvent être gardées, mais aussi retirées ou ajoutées, et ce chaque année des fiches. Avec un choix d’une centaine de propositions d’excursions journées (une excursion, une fiche) répartie sur 13 départements: Côtes d’Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Morbihan, Loire Atlantique, Maine-et-Loire, Orne, Manche, Calvados, Mayenne, Sarthe, Vendée et Deux-Sèvres. Ce classeur a été distribué à tous les clients, puis les nouvelles fiches sont envoyées tous les ans par courrier, “ou données en mains propres puisque nous essayons aussi de prendre le temps d’aller les rencontrer”, précise Catherine Bouchard (trois personnes travaillent au sein de l’agence, dont deux en charge des groupes). « Lorsque nous allons voir les clients, poursuit-elle, nous mettons à jour le classeur car certains produits ne sont plus d’actualité, les menus, par exemple, ont changé. Ce sont des idées de programmes que l’on donne, rien n’est évidemment figé, tout est modifiable ». Aux côtés des formules journées classiques sont aussi positionnés des produits thématiques (à l’exemple des parcs d’attractions) ou des offres événementielles (Floralies, spectacles…). Toute cette offre n’est pas consultable sur le site internet de l’entreprise. Un choix délibéré. « Nous travaillons essentiellement avec une clientèle, des décideurs groupes, de proximité, très fidèle que nous préférons rencontrer sur le terrain. Nous n’avons aucune activité sur le GIR, un marché hétérogène, moins facile à capter pour une structure comme la nôtre », justifie Catherine Bouchard. Des rencontres sur le terrain, ou dans le cadre de workshops d’une journée qu’organisait Delora Tourisme.
Des workshops qui n’étaient cependant pas forcément renouvelés chaque année (“c’était assez contraignant en terme d’organisation”, glisse Catherine Bouchard). Y étaient rassemblés des prestataires régionaux, fournisseurs de l’entreprise dont un tour-opérateur spécialiste de l’étranger (une quinzaine environ participant financièrement). Etaient invités uniquement des décideurs groupes basés en Ille-et-Vilaine, mobilisant généralement deux autocars. Une animation pouvait être proposée pendant le déjeuner ou une visite de site. Après la formule workshop, Delora Tourisme a misé sur l’éductour, organisé comme les workshops en septembre ou en octobre. À destination des responsables de clubs du troisième âge et d’associations. “L’éductour proposé est une excursion d’une journée issue de notre programmation, précise Catherine Bouchard. C’était gratuit au début de la mise en place, mais nous avons choisi ces dernières années de demander une participation à nos clients (elle est de 25 euros, ndlr), somme que nous remboursons dès le premier voyage acheté”. Un autocar est généralement mobilisé sur ce type d’opération, qui là encore n’est pas systématiquement mise en place tous les ans. “Nous avons également organisé des éductours sur plusieurs jours, mais faute d’un nombre suffisant de participants, nous avons arrêté, poursuit Catherine Bouchard. Nous avons même proposé une année un éductour « scolaire » à l’attention des instituteurs et des professeurs pour découvrir le parc du Futuroscope, mais il n’a pas eu le succès escompté. Nous n’avons donc pas renouvelé l’expérience ». A contrario, l’offre soclaire mise en place fin 2013 (une première pour Delora Tourisme) « a eu un bon écho auprès des écoles, elle a plutôt bien marché », dit Catherine Bouchard. Une vingtaine de produits (séjours et journées) présentés sous forme de fiches rassemblées dans une pochette a ainsi été proposée à une centaine d’établissements scolaires de la région. « Comme nous faisons du ramassage scolaire, des écoles nous ont demandé si nous pouvions également leur proposer des sorties, nous avons donc ici répondu à une demande », explique-t-elle. Et puis, il y a quelques années, l’entreprise a fait l’acquisition d’un autocar destiné à « faire voyager de petits groupes de handicapés moteurs, ajoute Sandra Orain, responsable de l’agence de voyages Delora Tourisme à Rennes. L’autocar peut être aménagé pour accueillir des fauteuils roulants comme des lits ». C’est là encore en réponse à des demandes que l’entreprise a fait ce choix. « Nous effectuons, par exemple, des voyages à destination de Lourdes, et nous proposons parallèlement des prestations type visites et hébergements, en France comme à l’étranger », précise-t-elle. Une personne des Voyages Orain a en charge cette clientèle spécifique, et démarche régulièrement les associations de personnes handicapées. Cette activité est encore marginale pour l’entreprise. « Nous essayons de la développer, même si ce n’est pas toujours facile de trouver les prestations adaptées, et en particulier au niveau de l’hébergement. Cela demande du temps que nous n’avons pas toujours en raison de nos autres activités », souligne Sandra Orain.
Un an après l’ouverture de l’agence de voyages à Bain-de-Bretagne, soit en 1986, un second point de vente Delora Tourisme s’installe à Rennes, dont Sandra (auparavant agent de voyages à Nice et qui a épousé Bruno Orain) prendra la charge. “L’idée était à la fois de disposer d’une vitrine pour l’entreprise, d’y exercer une activité de distributeur, mais aussi de se positionner sur une clientèle de minigroupes ou de groupes constitués, et plus particulièrement sur du long-courrier, donc sur une programmation avion,” explique Sandra Orain. Une programmation réalisée sur mesure, et notamment conçue à la demande des entreprises. En d’autres termes, une activité tourisme d’affaires et incentive. « Je fais du voyage haut de gamme, dit Sandra Orain. Je passe soit par des réceptifs, soit des grossistes, voire des tour-opérateurs, dès lors que je ne connais pas suffisamment la destination. Mais sur le Canada, par exemple, j’ai déjà mon réseau de prestataires avec qui je travaille en direct ».
Cette clientèle d’entreprises, Sandra Orain, souligne qu’elle « ne l’a pas spécialement démarchée », mais qu’elle s’est « développée via le bouche à oreille ». Une clientèle « de proximité, fidèle, prête à mettre le prix, et intéressante à travailler parce qu’elle nous permet de sortir des sentiers battus à travers des prestations souvent peu communes ». Aucune brochure ne vient matérialiser cette production, qui représente à ce jour 30 % de l’activité de l’agence. « Je ne fais que du sur mesure, martèle Sandra Orain, je privilégie la qualité à la quantité ». Quitte à faire moins de voyages, mais en être, d’abord et avant tout, l’artisan.
Voyages Orain (autocars)
• CA 2014: 5,344 millions d’euros dont 3,546 millions d’euros en transport scolaire.
• Lignes scolaires sur le département d’Ille-et-Vilaine.
• Un parc de 120 autocars de marques Iveco et Mercedes-Benz, dont 5 dédiés au Grand Tourisme (Mercedes Benz).
• 110 salariés dont 95 conducteurs.
• Siège social: Messac (35)
Delora Tourisme
• CA 2014: 212 000 euros dont 92 000 euros via les groupes.
• Deux points de vente , l’un à Rennes ( TourCom), l’autre à Bain-de-Bretagne (Thomas Cook).
• Siège social: Bain-de-Bretagne (35).
Transports Orain (marchandises)
• CA 2014: 18,909 millions d’euros
• 202 salariés
• Un parc de 150 véhicules
• Siège social: Messac (35).
“Pour que voyager ne soit plus un handicap”, les Voyages Orain ont choisi en 2009 d’acquérir un véhicule spécialement équipé pour le transport des personnes handicapées et à mobilité réduite. Cet autocar – baptisé « l’Albatros » – permet à la fois d’accueillir les voyageurs en fauteuil, en lit ainsi que leurs accompagnants. L’équipement spécifique et particulier comprend: un élévateur électrique pour fauteuils et lits, des toilettes avec accès aménagé pour fauteuils roulants, un coin cuisine avec four à micro-ondes, chauffe-eau, cafetière, deux réfrigérateurs, des prises de courant électrique pour la recharge des batteries des fauteuils roulants, la climatisation, une caméra de route avec écran, un GPS photo.
Une trentaine de véhicules (camions et autocars), témoins de l’histoire des Transports Orain, ont été entièrement restaurés ces dernières années. Tous sortent régulièrement (traversée de Paris, tour de Bretagne…), et sont utilisés dans les reportages ainsi que dans les tournages de films. Ils sont également disponibles à la location auprès de particuliers pour tout type d’événement.