Marché Le dernier European International Business Travel Market (EIBTM), qui s’est tenu fin novembre 2014 à Barcelone, a procuré aux professionnels du secteur du tourisme d’affaires et des activités du Mice, en particulier, une légère brise d’optimisme pour l’année qui démarre. Notamment, les études prospectives fournies par l’un des spécialistes du secteur, American Express, sont non seulement appréciées, mais aussi plus ou moins confirmées, ou partagées, par la plupart des spécialistes.
Lors du dernier European International Business Travel Market (EIBTM), qui s’est tenu à Barcelone, en novembre 2014, a été présentée par American Express une étude sur les perspectives 2015 concernant le tourisme d’affaires et le Mice. Une présentation qui a redonné le moral aux acteurs de ces secteurs présents à Barcelone, jusqu’alors confrontés à une conjoncture plutôt morose en raison de l’incertitude de l’évolution de l’économie mondiale. « Notre étude montre surtout qu’en amont de nos activités, l’environnement des décideurs dans les entreprises est en train d’évoluer. L’aversion aux prises de risques diminue et la visibilité de leurs activités ainsi que de leurs actions s’améliore », explique Saskia Gentil, directrice pour la France et la Suisse d’American Express Meetings & Events. Un environnement plutôt propice à l’organisation d’événements, donc. Concrètement, et pour le continent européen, les prévisions d’American Express, pour cette année 2015, font état d’un léger accroissement de 0,4 % du nombre d’opérations, de réunions et conventions, même si cette évolution est associée à un tassement du nombre de participants. La situation varie selon les pays. Pour la France, le nombre d’opérations devrait augmenter conformément à la moyenne européenne, mais le nombre de participants verrait, lui, son score diminuer de 2,9 %. Des opérations plus nombreuses, donc, mais d’un effectif inférieur. Et avec une durée moyenne de 3,2 jours, la France enregistre la meilleure performance européenne. L’Allemagne, à la deuxième place mondiale derrière les États-Unis, selon le classement de l’International Congress and Convention Association (ICCA), aurait une évolution contraire, avec un nombre d’opérations en baisse de 1,1 % pour un nombre de participants en hausse de 0,5 %. Quant à l’Espagne, l’évolution – positive – serait respectivement de 1,8 % et de 0,3 %. Ces perspectives sont appréciées de façon plus ou moins nuancées par les différents acteurs présents à l’EIBTM.
Parmi les plus convaincus, Monaco. En dépit de sa taille modeste, la principauté occupait en 2013, la 81e place mondiale au classement de l’International Congress and Convention Association, avec la tenue de 13 manifestations internationales. Le tourisme d’affaires représente, ici, entre 18 et 27 % du poids du tourisme global et, en 2014, le taux d’occupation des hôtels (64,5 %) était en hausse de 2 %. Le frémissement annoncé par American Express est donc, à Monaco, largement constaté: « sur cet hiver 2014/2015, le portefeuille des groupes affaires a doublé, avec un nombre confirmé en hausse de 50 %, par rapport à la saison d’hiver précédente », précise même Ugo Delory, responsable du marché Meetings & Events à la Société des Bains de Mer. Une façon de rendre pertinents les formidables investissements engagés par ce consortium pour la période 2014/2018, à hauteur de 680 millions d’euros. Parmi ceux-ci figurent les réaménagements de l’Hôtel de Paris, du Sporting d’Hiver… et aussi du Grimaldi Forum. Cet équipement continue à accueillir des groupes prestigieux comme, par exemple en fin d’année dernière, le 83e congrès Interpol (avec près de 1 500 participants) ou le 127e Congrès international olympique. Le Grimaldi Forum fêtera son quinzième anniversaire le 20 juillet prochain, en arborant son nouveau logo et en bénéficiant d’un tout nouveau site internet. Des manifestations qui arrivent principalement des marchés lourds de la principauté: France, Royaume-Uni, États-Unis et Allemagne. C’est aussi le cas de l’Écosse de ressentir de bonnes sensations pour l’avenir: « c’est simple, sur l’édition de l’EIBTM de 2013, nous avions 102 rendez-vous pré-enregistrés alors qu’en 2014, nous en avons comptabilisé 173 », se réjouit Amanda Ferguson, directrice Marketing Meeting & Incentive à Visit Scotland. L’activité des groupes affaires et du Mice pèse, en Écosse, près de deux milliards de livres et pourrait même les dépasser prochainement. « Environ le tiers de cette activité provient de l’international, dont l’Europe, mais les États-Unis et l’Allemagne sont nos marchés les plus dynamiques », ajoute Amanda Ferguson.
Pour la Tunisie, les sensations sont un peu plus partagées: « nous avons en tout atteint le chiffre des six millions de touristes en 2014. Nous visons cette année les sept millions, mais le marché français reste encore loin du million de visiteurs qu’il connaissait en 2010 », relève Rakia Tarifa, responsable du secteur Mice à l’office national du tourisme tunisien, à Tunis. En particulier, pour les groupes affaires, les régions sahariennes, qui disposent pourtant de remarquables équipements, n’ont pas encore retrouvé leur stabilité. Une situation qui n’a pas empêché six responsables de l’offre tunisienne à faire le déplacement de Barcelone, pour une quinzaine de rendez-vous pré-programmés au quotidien. En matière d’infrastructures, le pays reste dans l’attente du centre de Congrès de Tunis, d’une capacité de 3 000 places, dont la livraison est repoussée régulièrement. L’enjeu de ces activités de tourisme d’affaires, dont l’essentiel repose sur des groupes, est d’une importance stratégique pour l’activité touristique globale, que ce soit pour le territoire hexagonal mais aussi pour l’Europe, dont ce continent est la première zone réceptive du monde (voir encadré). En effet, selon Atout France, si les voyageurs d’affaires ne représentent que 10 % du total du nombre des visiteurs internationaux qui arrivent annuellement en France, ils génèrent environ 35 % des dépenses effectuées sur le territoire. Un voyageur d’affaires dépense en moyenne, entre deux et demi et trois fois plus qu’un touriste de loisirs. Toujours selon Atout France, les retombées économiques sont ainsi estimées pour ce secteur, à 7,4 milliards d’euros pour les foires, salons, congrès et réunions d’entreprise, soit plus de 30 milliards d’euros par an, en incluant les retombées indirectes.
Atout France a choisi le cadre de l’EIBTM, à Barcelone, pour annoncer la région et la ville qui accueilleront la troisième édition du France Meeting Hub. Ce seront l’Alsace et Strasbourg, du 2 au 7 octobre 2015. France Meeting Hub est une manifestation dédiée à promouvoir le tourisme d’affaires sur les marchés internationaux. Une activité qui génère près de huit milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, mais qui pour plus de 40 % est située en Île-de-France. D’où la tenue de ces manifestations dans les régions: à Marseille pour la première en 2013, puis à Nantes en 2014. Le tourisme d’affaires est aussi au sein d’Atout France l’un des clusters les plus importants avec 116 structures adhérentes. À travers France Meeting Hub, l’idée est de faire découvrir une région et d’organiser un workshop pour faciliter les échanges entre les représentants de l’offre nationale et les acheteurs invités. Ceux-ci viennent de la dizaine de pays qualifiés « de prioritaires » et qui figurent dans le plan marketing d’Atout France: Allemagne, Belgique, Brésil, Chine, États-Unis, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Russie et Suisse. Il s’agit aussi de maintenir les positions de la France dans ce domaine et, si possible, les améliorer: « sur ce secteur, nous sommes en quatrième place mondiale derrière, les États-Unis, l’Allemagne et l’Espagne, et nous avons pour objectif à moyen terme d’accéder à la troisième marche de ce podium », ambitionne Clémence Baret, responsable du département Tourisme d’affaires, chez Atout France. Cette année, le voyage de découverte se déroulera à Colmar et Mulhouse, le workshop lui à Strasbourg. Un événement qui précédera ainsi l’extension et la modernisation du Centre de Convention, attendues pour 2016, dans cette ville siège du Parlement européen.