Initiative Si proposer des visites guidées reste nécessaire, la formule n’est peut-être plus forcément suffisante pour satisfaire les groupes. Pour qu’ils soient pleinement séduits, on peut agrémenter par diverses activités faisant ainsi la part belle au « participatif ».
Atelier « algues » à Haliotika, sur la chaux au Musée des maisons comtoises, d’enluminure à la Commanderie d’Arville, d’impression textile au musée des Tissus de Lyon, de fabrication de fibule gauloise à Bibracte, d’initiation à l’art à la RMN-Grand Palais… Ce sont autant d’activités proposées lors de visites en groupe par un certain nombre de sites.
À un groupe satisfait d’une première visite guidée, pourquoi ne pas lui proposer une autre offre? Le décideur groupe connaissant déjà l’intérêt des lieux, et le groupe lui-même peut apprécier de revenir dans un endroit qu’il a apprécié. Par le biais des ateliers, on peut aussi attirer notamment les seniors actifs. Ainsi Pauline Fiammingo, du Réseau Empreintes (regroupant 40 sites culturels et naturels hauts-savoyards) a-t-elle constaté qu’avant la mise en place d’une offre « active », « c’était surtout des groupes seniors, pour l’aspect culturel, qui étaient accueillis ». Alors qu’aujourd’hui, des groupes composés de « contemplatifs » admiratifs de la nature, des seniors actifs notamment, le sont aussi. « Et si on a dans un même groupe les deux types de visiteurs, précise-t-elle, rien n’empêche, pour satisfaire tout le monde, de scinder le groupe et de proposer visite guidée pour l’un, et visite-atelier pour l’autre ». Autre cible de ce type d’offre: les groupes peu enclins à la découverte de sites culturels et jugeant les visites guidées parfois ennuyeuses. C’est pourquoi Cécile Demoncept, du musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon, insiste sur la nécessité de présenter ces ateliers comme des « initiations à… ». Leur but: mettre tous les participants au même niveau et vulgariser la thématique. Cet aspect participatif, les « tribus familiales » peuvent également l’apprécier, comme c’est le cas à Bibracte, dans le cadre de l’offre « journée gauloise ». Quant aux groupes affaires, les ateliers sont l’occasion de motiver, de souder les équipes.
Et rendre les visiteurs, acteurs, c’est le défi que se lancent certains sites de visite. À travers des offres comme s’initier à la fabrication de vitrail ou exécuter des pas de danses médiévales. Des activités qui apportent aux visiteurs un autre point de vue, plus insolite, plus original, sur le site. « La visite active, assure Aurore, de l’Abbaye de Fontdouce où l’on peut s’essayer à la taille de pierre, c’est une demande de nos clients qui ont envie qu’on leur dévoile des choses inattendues ». Les visites-ateliers permettent aussi de (re)donner du sens à la découverte…, ce qui ne peut que séduire les groupes à la recherche d’authenticité. En ressentant les lieux, on les comprend mieux, on se les approprie plus facilement, et, par conséquent, on en profite davantage. « Avec les ateliers d’initiation à la production artistique, les visiteurs mobilisent autre chose que leur seul intellect », avance-t-on à la RMN-Grand-Palais. Les visiteurs appréhendent ainsi plus précisément le travail de la matière, le temps et les conditions de la création. La convivialité représente également un atout indéniable de ces visites-ateliers. Chez Haliotika, on étudie et on cuisine les algues… « que l’on déguste ensuite ensemble ».
Pour les sites de visite eux-mêmes, proposer cette offre permet de rester en éveil sur l’évolution de la demande, de rester réactif et créatif quant au renouvellement des produits, de s’imposer un dépoussiérage éventuel des salles et des dispositifs mis en place dans les lieux. Christian Hallouin, de la Commanderie d’Arville, située en pleine campagne va même plus loin: « ces ateliers nous permettent de créer de l’activité dans notre zone rurale. Les paysages pour les touristes, ça ne suffit pas, ni les visites de musées d’ailleurs. Il faut une activité aussi dans la même journée, nous proposons tout…et c’est ainsi que nous remplissons notre gîte de groupes ».
Il s’agit avant tout de bien caractériser les cibles possibles de ces visites-ateliers. Le réseau Empreintes a décidé, par exemple, de décliner son offre de journée en trois catégories: l’une pour les seniors âgés avec un minimum de marche et un accent particulier sur la restauration; l’autre intégrant une journée plus active pour les comités d’entreprise, les incentives, les groupes familiaux, les adolescents, des participants à des journées d’intégration; et la troisième pour les jeunes retraités, à l’aise en extérieur notamment. Il faut aussi avoir conscience que les thématiques des ateliers peuvent impliquer qu’un certain type de groupe vienne par rapport à d’autres moins « concernés » a priori. Avec son atelier sur les algues, par exemple, Haliotika sait qu’il va drainer plus de participantes que de participants. Idem pour ce qui est des milieux sociaux-culturels, des cultures, des tranches d’âges à mêler ou non… Une autre condition à remplir pour assurer le succès de ces visites-ateliers: accepter de recevoir des petits groupes, voire même des minigroupes, et de scinder en deux les plus importants.
La nouveauté n’est pas toujours valorisée par les groupes. Et les responsables groupe, ne sont pas toujours enclins à s’y lancer, craignant la non-adhésion des participants à leur choix. Mettre la main à la pâte peut aussi poser problème à certains membres au sein de groupes: « lors de ces ateliers, explique-t-on à la RMN-Grand Palais, certains adultes se sentent un peu démunis, peuvent même angoisser quant à leur incompétence supposée », qui va être exposée aux yeux des autres participants lors de l’atelier. La peur du ridicule, même s’il s’agit d’activités affichées comme accessibles à tous, reste bien ancrée chez certains visiteurs. L’habitude de « faire » l’intégralité d’un musée ou d’un monument s’avère aussi être une entrave au développement de cette offre, vis-à-vis de certains publics du moins. Lors des visites-ateliers, la visite guidée elle-même peut, en effet, être écourtée ou focalisée sur un type d’éléments pour laisser du temps pour l’atelier ou mieux le préparer. Il y a aussi la crainte de perdre du temps, en participant à un atelier, qui peut pousser les groupes à mettre de côté cette offre. « Tel ou tel voyage, nous allons le faire une seule fois dans notre vie, alors nous voulons en profiter pour découvrir un maximum. Les activités, on pourra toujours en faire ailleurs », expliquent Françoise et Denis, 64 ans chacun. Michel Journaux, responsable voyages des Aînés ruraux de l’Aube est du même avis. Il a proposé ces visites-ateliers à son groupe, mais la réponse fut sans ambages: « ces activités, on les fait pendant l’année chez soi, avec son club. On ne part pas pour faire un atelier peinture ailleurs ».
Ces réactions des clients font apparaître une autre condition au succès de ces visites-ateliers: l’importance de la communication sur leur existence, mais aussi et surtout sur leur contenu réel.
Si ces seniors ne sont pas si enthousiastes, c’est peut-être en partie parce qu’on ne leur pas assez montré la spécificité et donc l’intérêt de ces produits. Les sites de visites impliqués dans cette démarche n’offrent effectivement pas des ateliers de peinture anodins, comme semblent le penser certains aînés, mais des activités en lien étroit avec la découverte des lieux, leur donnant ainsi un caractère unique. « Pour commercialiser ce type de produit, estime Christian Hallouin de la Commanderie d’Arville, il faut expliquer, plus que pour d’autres offres, en quoi elle consiste. La brochure ne suffit pas, nous devons mener une démarche commerciale spécifique et donc y passer du temps ».
Denses et courtes, telles doivent être ces visites-ateliers pour attirer des groupes souvent contraints par le temps, en raison d’un programme déjà bien chargé. Cette nécessité implique que le personnel soit formé et de qualité, voire être des spécialistes de la thématique abordée lors de l’atelier. Ils doivent aussi être en nombre suffisant: « nous sommes une petite équipe, explique-t-on au Musée des Maisons comtoises, alors, une visite guidée avec un guide pour 30 ou 40 personnes, c’est possible, mais un atelier avec plus d’animateurs pour le même nombre de visiteurs, cela devient plus délicat ». Bien entendu, la question du coût de ces ateliers est aussi, pour les sites de visites et les groupes, à prendre en compte.
À l’abbaye de Fontdouce, on est pour le moins enthousiaste quant au concept de la visite-atelier, au point même de prédire que ce type d’offre va, à terme, empiéter sur les visites guidées classiques. Sans aller jusque-là, on peut cependant imaginer que ces nouveaux produits sont à même de s’imposer aux côtés des autres types de visite. À ce jour,, les visites-ateliers n’en sont qu’à leurs touts débuts. Mais, avec l’arrivée des baby boomers, on peut être amené à penser que – peut-être – ce type de formule pourrait monter en puissance dans un avenir proche…