UFC-Que Choisir accuse les professionnels du tourisme "d’avoir baladé les consommateurs" suite à la paralysie l’an dernier du ciel européen en raison du nuage de cendres. Un accord avait été signé le 4 mai 2010 entre l’association et les professionnels "pour examiner au cas par cas les dossiers". Un an plus tard, elle déplore "des résultats particulièrement insatisfaisants", et souligne que les agences de voyages "utilisent un argument juridique infondé": le cas de force majeure. Une notion à requalifier? Réactions de professionnels.
DIDIER BAUDRON, DIRECTEUR PRODUCTION CHEZ SIMPLON VOYAGES
L’événement du volcan islandais est un cas de force majeure. C’était imprévisible. UFC-Que Choisir ne manque pas d’air en parlant d’argument juridique infondé. Les professionnels ont joué le jeu, assuré leurs engagements, et n’ont pas botté en touche les consommateurs pénalisés à cette occasion. J’estime que le cas de force majeure n’est pas une notion floue, elle n’est pas abusive. Concernant le volcan, elle est même très claire et justifiée. Dans d’autres situations, elle peut avoir ses limites, voire être mise en doute: un souci météorologique qui ferait que certains avions de compagnies décollent, d’autres pas, par exemple. Mais dans le cadre du nuage islandais, il n’y a pour moi aucun doute possible. Aucune ambiguïté.
PAUL ROYER, PDG DE ROYER VOYAGES
Où est la responsabilité de l’agence de voyages dans le cadre d’un événement imprévisible, qu’elle ne peut donc pas maîtriser? Toute la profession a fait au mieux dans des conditions qui n’étaient pas faciles… sans aucune visibilité. Dans cette histoire, le principe de précaution a été mis en avant trop tôt. Néanmoins, je pense que la notion de cas de force majeure nécessiterait d’être clarifiée. Une définition de bon sens s’impose. Elle pourrait être constituée par une liste de “cas imprévisibles” sur lesquels la responsabilité des agences de voyages ne pourrait être fort logiquement mise en cause. En caractérisant plus précisément ces situations déroutantes, cette liste permettrait aussi de clarifier les choses vis-à-vis des consommateurs.
LIONEL LEBRUN, DIRECTEUR DE BLB TOURISME
L’irruption du volcan islandais justifie complètement l’argument juridique qu’est le cas de force majeure. C’était imprévu et insurmontable, comme le définit précisément la loi. Se basant sur le principe de précaution, les gouvernements européens ont décidé, seuls, de suspendre tous les vols… Cette notion de force majeure, telle qu’elle est spécifiée aujourd’hui, me paraît claire. Le problème est que les juges prennent systématiquement le parti des consommateurs face aux professionnels, oubliant que ces derniers ne peuvent être rendus responsables d’une situation impossible à prévoir. Il me semble plutôt nécessaire de préciser la notion d’imprévisibilité. C’est elle qui fait toute la nuance…