OT A Charleville-Mézières, l’activité tourisme a véritablement pris son envol au moment de la création de l’office de tourisme, soit en 2000. L’offre se structure, en particulier à destination de la clientèle groupes. Parallèlement, des travaux de réaménagements du chef-lieu des Ardennes, qui a vu naître le poète Arthur Rimbaud, sont entrepris. Et ce n’est pas fini! En 2015, la structure institutionnelle devrait tourner une nouvelle page.
Charleville-Mézières, dans le département des Ardennes. Deux noms pour deux communes distantes d’à peine un kilomètre, au patrimoine distinct, qui ont été réunies en 1966
Charleville est, en effet, considérée « comme l’une des plus célèbres fondations urbaines du XVIIe siècle », et dont la notoriété est dûe à Charles de Gonzague. C’est lui qui décide de créer la ville un 6 mai 1606, le jour de ses 26 ans. Outre son désir d’afficher son rang de prince souverain, Charles de Gonzague, fervent catholique, entend faire de sa nouvelle capitale un bastion de la Contre-réforme: la nouvelle cité ducale est ainsi destinée à rivaliser avec Sedan, autre capitale princière mais devenue fief protestant. Il fait appel à l’architecte Clément Métezeau, frère de Louis Métezeau, à l’origine de la place royale à Paris (l’actuelle place des Vosges), dont il s’inspirera. Près de trente cinq années seront nécessaires pour en faire une ville digne de ce nom! Les travaux commenceront par la place Ducale. Elle s’ouvre, aujourd’hui, sur de longues perspectives vers l’axe piétonnier propice au shopping et les berges de la Meuse. Son jeu de symétries conduit vers de nombreuses places annexes composées de cours intérieures. La place est bordée de 23 pavillons en pierres et en briques présentant pour la plupart la même ordonnance: quatre travées et quatre niveaux avec une galerie d’arcades au rez-de-chaussée, le tout couvert d’une ample toiture d’ardoise. « Durant toute la seconde moitié du XXe siècle, une profonde campagne de restauration historique redonna à la place, à ses édifices et à ses arcades l’aspect et les proportions qu’ils avaient au XVIIe siècle », souligne Claire Brasseur. Son macadam, par exemple, fut supprimé et remplacé par des pavés neufs là où ceux du XVIIe siècle avaient disparu. Aujourd’hui, la place Ducale est aussi le cadre, tout au long de l’année, de nombreuses animations. Et en premier lieu celle du festival mondial des théâtres de marionnettes, créé en 1961 et dont la prochaine édition se tiendra du 18 au 27 septembre 2015 (la manifestation a lieu tous les deux ans depuis 2011). On peut y ajouter également la Fête de la Bière ou encore le marché de Noël « qui cette année sera totalement relooké et étoffé », annonce Ludivine Ledoux, en charge des groupes. En 1611, Charles de Gonzague acquiert le mont Castelet, une colline qui fait face à Charleville, il la renomme Mont Olympe, un espace de 14 hectares aujourd’hui occupé par un centre aquatique, une base nautique, un port fluvial… Charles de Gonzague quitte Charleville en 1627 pour l’Italie, et n’y reviendra jamais. La ville continuera cependant à prospérer, et donnera le jour à un autre illustre personnage: Arthur Rimbaud. Il naît à Charleville en 1854, et y sera inhumé. « Son génie vaudra à Charleville, une notoriété internationale. Personnage mythique, grand voyageur, le poète est omniprésent dans la cité, de la maison où il naît, rue Napoléon (actuelle rue Bérégovoy), à la rue Bourbon où il passe les années de son enfance jusqu’à l’adolescence quai de la Madeleine, actuel quai Rimbaud », dit François Allard, guide-conférencier. Un musée lui est dédié, mais il est actuellement fermé pour travaux, et rouvrira en juillet 2015 dans une nouvelle scénographie. En attendant, les collections sont à découvrir au musée de l’Ardenne consacré à l’archéologie, l’histoire et l’art.
A voir également à Charleville: la statue de Charles de Gonzague, le grand marionnettiste (horloge monumentale et personnage automate en laiton de dix mètres de haut qui tous les jours, de 10 h à 21 h présente 12 saynètes de la légende ardennaise datant du XIe siècle des quatre fils Aymon, l’intégralité des saynètes étant visible tous les samedis à 21 h 15, l’ancienne place Saint François qui accueille aujourd’hui l’Ecole supérieure nationale des arts de la marionnette, le théâtre municipal datant du XIXe siècle (son café-théâtre est le cadre de spectacles de cabaret) ou encore l’esplanade Roger Mas, aménagé d’espaces verts.
Mézières, a, elle aussi, vu passer quelques personnages célèbres. En 1521, par exemple, avec le chevalier Bayard qui des remparts entourant la ville a défendu fièrement la cité contre les armées de Charles Quint. Et malgré les destructions dues au déclassement et aux deux dernières guerres mondiales, d’importants fortifications subsistent encore aujourd’hui, notamment la tour de l’Ecole et celle de la Bobresse (toutes deux du XIIIe siècle), ainsi que deux énormes tours à canons de l’époque de François 1er, la tour Milard et la tour du Roy. En 1570, Charles IX, roi de France, et Elizabeth d’Autriche s’unirent dans la Basilique Notre-Dame d’Espérance, de style gothique flamboyant et renaissance. Elle abrite de nombreux objets intéressants comme une statue de la Vierge noire ou encore une orgue entièrement mécanique. « Elle renferme surtout un véritable trésor avec ses vitraux créés par René Dürrbach, élève de Picasso, réalisés dans les années 50, révèle François Allard. Une œuvre unique de 1 000 m2 qui a demandé vingt cinq années de travail ». L’ancien Palais des Tournelles (construit au XIVe siècle, aujourd’hui siège de la Préfecture) a accueilli, lui, l’auteur de La Marseillaise Rouget de Lisle et le professeur de mathématiques Gaspar Monge au XVIIIe siècle lorsque le palais était une école royale du génie.
A voir également à Mézières: la Macérienne (industrie des premières heures de l’automobile), inscrite aux Monuments historiques ou encore le quartier Art déco d’Arches.
« Malgré ce potentiel patrimonial urbain, Charleville-Mézières, qui a été labellisée Ville d’Art et d’Histoire en 2013, a souffert pendant de longues années d’un manque de notoriété, faute de communication suffisante, reconnaît Claire Brasseur. Les différentes municipalités qui se sont succédé n’ont pas toujours fait du tourisme une priorité. Contrairement au territoire de l’Ardenne, connu et reconnu comme une destination nature ». Il faudra attendre l’année 2000, lorsque la ville décide de créer un office de tourisme, et qui sera véritablement structuré l’année suivante. Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y avait pas d’activité touristique auparavant, « mais elle se limitait à répondre à des demandes, tant de la part des individuels que des groupes. Il n’y avait pas de démarche vers l’extérieur », poursuit Claire Brasseur. Lors de la création de la structure institutionnelle, trois axes ont été définis: développer les visites guidées, les commercialiser (à l’époque, l’office de tourisme obtiendra une autorisation) et développer l’accueil promotionnel de la ville. Le tout en s’appuyant sur des éditions papier. « Et s’intéresser de plus près au marché groupes », souligne la directrice. Dans la pratique, cela se traduira par la participation à des salons ciblés (et en particulier le Mitcar ou encore par la parution d’une petite brochure dès 2002 rassemblant des visites guidées, des excursions à la journée et des séjours. Une offre qui sera proposée tant aux autocaristes, qu’aux associations et établissements scolaires basés en région Ile-de-France, dans le Nord, le Pas-de-Calais, en Picardie et en Belgique. « Cette offre était, bien sûr, axée sur Charleville-Mézières mais aussi aux alentours, du fait entre autres que nombre d’offices de tourisme départementaux ne souhaitaient pas commercialiser », précise Claire Brasseur. De plus, le Service Loisirs Accueil du comité départemental du tourisme des Ardennes disparaît en 2006, entraînant la mise en place de quatre « pôles » d’offices de tourisme: Val d’Ardenne (Nord), Sedan et pays sedanais (Est), Launois-sur-Vence (Sud) et Charleville-Mézières (Ouest). Tous commercialisent alors l’offre départementale. Au fil des années, la petite brochure d’origine éditée par la structure institutionnelle a été remplacée par des fiches produits, puis depuis trois ans par un catalogue annuel d’une quarantaine de pages: Groupes séjours & excursions. Un contenu plus dense, notamment boosté par un parc hôtelier qui a été amélioré avec l’arrivée du nouveau classement, et l’ouverture d’un Kyriad en centre-ville de Charleville-Mézières en 2011.
Au fil des pages de la brochure se dévoilent des excursions à la journée ainsi que des séjours de deux jours (combinant par exemple Charleville-Mézières à Sedan) à six jours pour des découvertes plus vastes du territoire ardennais. S’enchaînent ensuite des visites guidées à la carte, d’une heure trente à trois heures, comme un circuit « la route Rimbaud-Verlaine » ou encore « la route des légendes » accompagnée d’une conteuse; des visites insolites (Charleville et Mézières en nocturne); des visites nature dans le cadre d’une randonnée, à bord d’un attelage ardennais et sur le thème des jardins. A la carte également sont proposées des dégustations (jambon, bière, vin…) et des visites d’édifices et de musées. « Pour la première fois cette année, nous avons inséré une offre séminaires & congrès », ajoute François Allard. Et en dernières pages se décline une liste d’hôtels et de restaurants. Editée à 300 exemplaires, la brochure est envoyée sur demande, et par e-mailings dès parution aux clients et prospects.
« Les tarifs sont définis sur la base de 20 pax, la gratuité est systématique pour le conducteur, souligne Ludivine Ledoux. Nous ne proposons pas un système de commissionnement pour les professionnels, les prix mentionnés en brochure sont donc identiques pour l’ensemble des prescripteurs de voyages en groupe. Cependant, pour les visites guidées, des tarifs privilégiés sont proposés aux autocaristes ». Par ailleurs, l’office de tourisme est à même « de faire des gestes commerciaux selon le nombre de groupes réalisés dans l’année », ajoute François Allard. L’offre est également accessible sur le site généraliste de l’office de tourisme (rubrique « accès groupes »), avec la possibilité de télécharger la brochure (ou de la consulter) ainsi que le plan d’accès pour les autocars, « qui sera amené à évoluer en 2015 puisque d’autres offres de stationnement sont actuellement à l’étude », glisse Claire Brasseur. Un site dont une nouvelle version est annoncée pour fin décembre, qui permettra l’achat en ligne pour la clientèle individuelle, tandis que la partie groupes sera étoffée par des exemples de produits, et complétés par un formulaire de demande de devis. En 2015, la brochure de l’office de tourisme devrait arborer un aspect différent. En effet, depuis le 1er janvier dernier, les villes de Charleville-Mézières et de Sedan font partie de la même communauté d’agglomération. De fait, les structures institutionnelles pourraient être amenées à fusionner, et par conséquent ne faire qu’une. Comme la brochure, qui « devrait rassembler les produits respectifs des deux villes, mais aussi des combinés », annonce Ludivine Ledoux. Parallèlement, il est question pour le comité départemental du tourisme des Ardennes d’éditer très prochainement un document d’appel destiné à promouvoir l’offre groupes conçue et commercialisée par les offices de tourisme du territoire (trois produits pour chacune des structures devraient être mis en avant).
Grâce à une mise en marché d’une offre groupes plus structurée, en adéquation à la demande, et finalement une activité qui s’est professionnalisée, l’office de tourisme de Charleville-Mézières affiche des résultats positifs, encourageants pour la suite. « Nous connaissons de mieux en mieux nos clients, nous offrons la garantie de tarifs négociés, nous maîtrisons tous les maillons de la chaîne, et nous avons de bons partenariats avec des hôteliers de la ville qui ont adapté leur prix à la demande », commente Ludivine Ledoux. 2013 a ainsi été une bonne année sur ce marché groupes, et 2014 devrait suivre cette même tendance.
Pour être plus précis, ce sont exactement cinq communes formant une même agglomération qui ont été réunies: Charleville, Etion, Mézières, Mohon et Montcy-Saint-Pierre. Une autre commune, Le Theux, avait déjà été rattachée à Mézières en 1965.
Avoir une marque de territoire commune entre les Ardennes françaises et les Ardennes belges, tel a été l’objectif d’un travail collaboratif qui a pris naissance en 2009. « Une démarche issue de la volonté d’un groupe d’acteurs de travailler ensemble: fédérations touristiques, offices de tourisme en Belgique, en France et au Grand-Duché du Luxembourg », explique Claire Brasseur, directrice de l’office de tourisme de Charleville-Mézières. Trois pays et huit partenaires: la Communauté de communes Ardenne Rives de Meuse, la communauté d’agglomération de Charleville-Mézières/Sedan, la fédération des Ardennes – Offices de tourisme de France, le conseil général des Ardennes, les fédérations touristiques de la province du Luxembourg belge, de la province de Liège et de Namur, ainsi que l’office régional du tourisme des Ardennes luxembourgeoises. « L’idée était de réaliser un profil identitaire, de concevoir un « code de marque » partagé et une plateforme marketing commune », poursuit Claire Brasseur. C’est ainsi qu’en 2013 est née la marque « Destination Ardenne ». Un GIE a été créé en mai 2014, et un gérant nommé: le comité départemental du tourisme des Ardennes. Un document d’appel a été édité, estampillé d’un logo spécifique « Ardenne, étonner, enchanter ». Au sommaire: 14 rubriques thématiques (randonnées et balades, villes culture et patrimoine, terroir et plaisirs gourmands, tourisme sportif…), complété par des informations pratiques. « A moyen terme, une brochure groupes rassemblant l’offre de ce territoire ardennais pourrait voir le jour », annonce Claire Brasseur.
En 2013, l’office de tourisme de Charleville-Mézières a totalisé un chiffre d’affaires de 128 763 euros, soit une hausse de 45,64 % par rapport à 2012. « Une augmentation liée pour partie à la vente des séjours sur des durées plus longues », commente Ludivine Ledoux, en charge des groupes.
L’an passé toujours, les groupes ont représenté 3142 personnes, avec en moyenne 39 pax par groupe. Ce sont les associations qui ont amené le plus de groupes (38), suivis des professionnels (21) et des établissements scolaires/centres sociaux (14). Quel que soit le profil du groupe, les excursions à la journée ont été privilégiées (33), vient ensuite la visite guidée « sèche » (29) avant la demi-journée avec restauration ou deux prestations consécutives (16). Cinq séjours de quatre jours ont été vendus, quatre de deux jours. Les groupes sont principalement issus de la Belgique, du Nord/Pas-de-Calais, des Ardennes et de la Marne. « Des groupes qui ont été majoritairement accueillis en mai, juin, septembre et octobre », glisse Ludivine Ledoux.
L’année 2014 n’est pas terminée, mais à mi-septembre, l’office de tourisme annonçait 66 groupes (soit 2 447 pax), dont plus de la moitié via les associations. Pour un chiffre d’affaires généré de 155 021 euros. « Nous avons dû faire face à l’annulation de 30 groupes, faute d’un nombre suffisant de participants », relève Ludivine Ledoux. Les visites guidées et les excursions ont, toujours à mi-septembre, représenté 81 % des ventes, les séjours 19 %.
Le Top 3 des prestations les plus demandées: la visite guidée « cœur de ville », la basilique Notre-Dame d’Espérance de Mézières ainsi que la visite guidée « sur les pas de Rimbaud ».