OT Clovis avait choisi Soissons comme capitale de la France, et lui apporta une renommée à travers l’épisode du célèbre vase. Un atout sur lequel l’office de tourisme ne manque pas de s’appuyer à travers son offre groupes, pour le combiner à d’autres découvertes, en ville mais aussi en Soissonnais.
Dans le département de l’Aisne, le territoire du Soissonnais s’étend de la vallée de l’Ailette au Nord à la forêt de Retz au Sud. Pays du calcaire et de la pierre blanche, il peut s’enorgueillir d’un patrimoine riche et varié: églises romanes et gothiques (Vailly-sur-Aisne ou Braine), granges anciennes, lavoirs, fontaines, donjons (Vic-sur-Aisne ou à Septmonts), châteaux (Blérancourt, Coucy, Fère-en-Tardenois ou encore Villers-Cotterets et la Ferté Milon, qui inspirèrent respectivement Dumas et Racine.
Et puis, il y a Soissons. La ville mérovingienne doit sa renommée au roi franc, Clovis, et par ailleurs protagoniste du fameux épisode du vase (voir encadré). La crypte de l’abbaye Saint-Médard, lieu de sépulture de son fils et de son petit-fils est encore visible aujourd’hui (elle se visite uniquement en groupe). Des chantiers de construction particulièrement actifs au Moyen-âge qui ont laissé de nos jours « de beaux exemples d’architecture religieuse », souligne Sébastien Nichon, directeur de l’office municipal de tourisme depuis décembre dernier. Comme l’abbaye Saint-Léger fondée en 1139 qui abrite les collections permanentes du musée municipal depuis 1933 (archéologie, beaux-arts, histoire de la ville, objets lapidaires…), la cathédrale Saint-Gervais Saint-Protais de pur style gothique, dont la particularité est de ne posséder qu’une seule tour (à l’intérieur: ne pas manquer le tableau de Rubens, l’Adoration des bergers), ou encore les ruines de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes dont les flèches dominent la cité. « Cet ensemble monastique recèle encore un réfectoire, un cellier ainsi qu’un cloître dans le style gothique, détaille Marie-Christine Boinet, responsable groupes à l’office de tourisme. Sur le site de l’abbaye, l’ancien logis de l’abbé abrite un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine présentant une exposition permanente sur l’histoire de la ville et sur les bâtiments abbatiaux ». À quelques mètres de là se situe le Centre d’études des peintures murales romaines, « un centre de restauration unique en France, poursuit-elle, accessible aux groupes uniquement sur révervation et dans le cadre de visites guidées saisonnières ». Le site accueille également un arsenal, ancienne réserve militaire, aujourd’hui réhabilitée en espace d’expositions temporaires. Devenue capitale provinciale sous Henri IV, Soissons se dote d’hôtels particuliers, celui de Baral en témoigne, tandis que le Palais de l’Intendance de style néo-classique, face à l’Aisne, accueille aujourd’hui l’hôtel de ville avec ses jardins à la française. La Première Guerre mondiale viendra bouleverser le paysage urbain (le centre-ville est détruit à 80 %): la reconstruction des années 20 laissera des exemples de l’architecture Art déco, notamment rue Saint Martin, la plus animée du centre-ville. La place Fernand Marquigny (maire de Soissons de 1919 à 1942) sera créée, succédant au cœur ancien. L’axe est-ouest est marqué par une suite de monuments, du chevet de la cathédrale jusqu’au monument des Anglais (1923), au revers de l’église Saint-Pierre, en passant par le monument aux morts (1923) au centre de la place, sur lequel figure l’épisode du vase de Soissons. « La ville est aussi le poumon vert de l’Aisne avec ses 120 hectares d’espaces verts », dit Sébastien Nichon. Le jardin de la société d’horticulture est un parc planté d’essences rares, qui, avec la place de la République, forme un espace urbain typique du XIXe siècle. Le square Saint-Pierre, lui, met en valeur l’abbaye Notre-Dame dont il ne reste qu’un pan de mur du transept de l’église principale, et près de laquelle les visiteurs peuvent découvrir une petite partie de l’ancienne église romane Saint-Pierre-au-Parvis du XIIe siècle. Vient ensuite le parc Saint-Crépin ou encore le parc de l’Arbre à l’oiseau offrant six hectares occupés d’installations sportives et de détente. « Chaque année, ce sont entre 100 et 120 000 visiteurs qui viennent découvrir la ville, 20 000 d’entre eux passent par l’office de tourisme, indique Sébastien Nichon. Ils viennent principalement y passer la journée, les Anglais constituant notre première clientèle étrangère ». Côté groupes français, ils ont été 96 l’an passé à venir sur Soissons, en s’appuyant notamment sur une offre dédiée et commercialisée depuis maintenant plusieurs années.
Lorsqu’en 1988, Soissons est classée « ville d’Art et d’histoire », l’office de tourisme développe les visites guidées à destination de la clientèle groupes, en les présentant sous la forme d’un éventail dont chaque lamelle faisait l’objet d’une proposition de visite. Avec la loi du 13 juillet 1992, la structure institutionnelle passe à une autre étape: celle de la commercialisation de forfaits à la journée détaillés sous forme de fiches, elles-mêmes rassemblées dans une pochette, avec toujours l’offre de visites guidées. « À l’époque, nous proposions, bien sûr, la découverte de Soissons, mais aussi ses alentours, explique Marie-Christine Boinet. Nous avions la compétence tourisme d’offices de tourisme situés environ à une vingtaine de kilomètres de la ville, et qui ne commercialisaient pas ». Un territoire qui allait composer le Soissonnais, dont les « frontières » sont Villers-Cotterêts au sud-ouest, Oulchy-le-Château au sud, Vic-sur-Aisne au Nord-ouest et Vailly-sur-Aisne au nord-est. Proposant de fait une offre plus large au départ de Soissons, qui sera dès 1997 rassemblée en brochure. « Notre cible groupes a toujours été les autocaristes, les associations, les clubs et les mairies, poursuit Marie-Christine Boinet. Notre zone de chalandise couvre encore aujourd’hui l’Aisne, bien sûr, mais aussi Paris et l’Île-de-France, le Nord, le Pas-de-Calais et la Somme ». Par ailleurs, un partenariat de longue date avec le comité départemental du tourisme de l’Aisne vient en appui sur la promotion et la commercialisation des produits groupes de l’office du tourisme, « et notamment auprès des autocaristes », ajoute-t-elle. Venant ainsi pallier « l’absence de démarches commerciales » de la structure institutionnelle soissonnaise. Faute de temps, de personnel adapté et de moyens. De plus, confronté à des changements de direction successifs, ou parfois laissé quelques mois sans dirigeant, l’office de tourisme, et en particulier sa responsable groupes, n’a pas toujours eu la possibilité d’aller de l’avant sur ce marché spécifique. Et puis, le « nouveau » dirigeant en place ne faisait pas toujours des groupes une priorité. Une situation qui, dans la pratique, n’a pas permis d’éditer une brochure dédiée depuis 2012… « Mais, une situation qui devrait évoluer rapidement, comme en témoigne la volonté affichée de la nouvelle municipalité sur le plan touristique », annonce Sébastien Nichon. Concernant plus particulièrement le marché groupes, cela pourrait être concrétisé par la parution d’une brochure estampillée 2015. Elle devrait combiner des offres alliant visites guidées et journées, tant sur Soissons que le Soissonnais, et s’enrichir de nouveaux produits. À l’exemple de deux circuits sur le thème de la Première Guerre mondiale, d’une découverte de la cité du vase sous la conduite d’un guide jouant le rôle d’un soldat ou encore de la visite du Camp de Margival à Laffaux, un ancien camp fortifié composé de 860 bunkers et autres bâtis disséminés sur un rayon de six kilomètres. Il fut construit de 1942 à 1944 par les Allemands et devait servir de QG de Hitler en prévision du débarquement (il n’y passa finalement que douze heures…). Il est question également d’insérer des produits à destination de groupes affinitaires, les randonneurs par exemple. « Aujourd’hui, les prix proposés, sur la base de 30 pax, sont les mêmes pour l’ensemble des prescripteurs de voyages en groupe, indique Marie-Christine Boinet. Mais là encore, les choses pourraient être amenées à évoluer l’an prochain vers une tarification distincte ». Les gratuités, elles, devraient toujours s’appliquer pour le conducteur et l’accompagnateur. L’offre de l’office de tourisme est également accessible en ligne sur le site généraliste de la ville, créé en 2006, et refondu en 2012. Une seconde version qui a été dotée d’un onglet « groupes ». La brochure y est téléchargeable, les produits sont imprimables sous forme de fiches, mais il n’y a pas de formulaire de demande de devis.
L’année 2015 devrait, donc, marquer un nouveau tournant pour l’office de tourisme. Un nouveau départ en termes de marketing et de commercialisation groupes, avec le souhait « de créer une véritable émulation sur notre territoire », dit Sébastien Nichon. En tout cas, la volonté politique est là, laissant augurer des perspectives de développement intéressantes sur le plan touristique. Et pour la structure institutionnelle de se doter de moyens nécessaires pour assurer ses différentes missions dans les meilleures conditions.
– CA 2013: 45 000 euros.
– 96 groupes accueillis.
– Groupes principalement issus de Seine-Saint-Denis, du Val d’Oise, de Seine-et-Marne, du Nord et du Pas-de-Calais.
– 90 % des groupes sont amenés par des associations, clubs, CCAS et mairies, et 10 % par les autocaristes.
– Le circuit « tour de ville » est le produit le plus vendu.
À la fin du XIXe siècle, le guetteur nommé « le paon » ne quittait pas la tour de la cathédrale. Il surveillait la ville tout en exerçant le métier de cordonnier. Mais ce fonctionnaire municipal se fatigua de l’aridité de sa plateforme de pierre. Il l’égaya en semant des haricots dans des caisses placées le long des garde-fous. Ses plantations volubiles s’accrochèrent à la rampe et habillèrent la tour de verdure. Sa production fut conséquente et lui permit d’offrir aux touristes de passage des petits sachets en jute qu’il confectionnait tout en disant « c’est du vrai Soissons! ». Aujourd’hui, si le guetteur a disparu, les haricots, eux, sont toujours là, du haricot sec au bonbon croquant, du feuilleté chocolat praliné à la crème de haricots, en « tapenade » ou en apéritif, sucré ou salé, il y en a pour tous les goûts!
Après la chute de l’empire romain d’Occident (476), Soissons était la seule cité dans le nord de la France où survivait le pouvoir romain en la personne de Syagrius. Clovis le défait en 486 et profite alors d’une ville dotée de toutes les infrastructures d’une métropole locale largement romanisée: chaussées, théâtre, castrum… C’est de là qu’il mène des opérations de pillage contre les rebelles à son autorité. L’épisode du vase de Soissons prend place à ce moment précis où l’armée est rassemblée autour du butin amassé. Celui-ci doit être partagé. Clovis demande alors à un de ses guerriers de lui céder le fameux vase liturgique, « d’une taille et d’une beauté extraordinaire », en plus de sa part. Ce à quoi l’homme répond en brisant l’objet de sa hache, tout en s’écriant: « Tu ne recevras que ce que le sort t’attribuera vraiment! ». Le roi ne dit mot, mais garde cet affront en tête. Quelques mois plus tard, reconnaissant le guerrier insolent, et constatant que son accoutrement laissait à désirer, il en profite pour lui briser le crâne en prononçant la célèbre phrase: « Ainsi as-tu fait au vase à Soissons ».!