Comme une énorme baleine qui ferait le dos rond dans la mer Egée, l’île de Thassos s’impose à l’horizon au large de la côte macédonienne et Thrace. Le ferry parti de Keramoti met le cap droit vers cette masse sombre dressée entre ciel et mer pour rejoindre, à huit kilomètres de l’autre côté du détroit, le port du chef-lieu, aujourd’hui dénommé Thassos ou encore Liménas. Cette petite bourgade aux maisons à façades blanches s’étale, les pieds dans l’eau et à flanc de colline, le long de la côte nord-est de l’île. Derrière, ou plutôt au-dessus d’elle, veille le Saint-Élie qui fait partie de la chaîne de montagnes qui coupe l’île en deux. Plusieurs de ses sommets dépassent les 1 000 m. Le point le plus élevé de l’île, le mont Hypsarion culmine à 1 208 m. Outre le relief, c’est la luxuriance de la végétation qui frappe. L’île est couverte de forêts où chênes, châtaigniers et résineux s’entremêlent. Ailleurs court le maquis et son épais tapis de genévriers, de thym, d’arbousiers, de romarin… L’eau, qui a creusé les vallées, ne manque pas dans l’île, sans parler de celle qui l’entoure aux nuances subtiles de bleu et de vert. Sa géographie a fait sa fortune, son attrait et son histoire. Comme toute la Grèce, Thassos a conservé de nombreux vestiges du passé, témoignant de sa richesse d’antan et de son importance tout au nord de la mer Egée. Ses habitants sont même allés jusqu’à coloniser le continent situé en face, établissant des comptoirs et exploitant tout ce qui leur permettait de prospérer.
Les légendes aussi abondent. Y compris sur les origines de son peuplement. Il se dit ainsi que c’est un oracle de Delphes qui ordonna aux habitants de Paros de « fonder dans l’île brumeuse une ville que l’on voit de loin ». Et ainsi fut fait. Les Pariens trouvèrent le site parfait, où la nourriture abondait, le bois pour construire les bateaux aussi. Ils n’étaient cependant pas les premiers à s’y installer au VIIe siècle avant J.C. Des fouilles ont montré que l’île était déjà peuplée depuis au moins trois millénaires, à l’époque paléolithique. En quelques siècles, l’île riche en minéraux prospère. Les Phéniciens, commerçants et voyageurs, y ont trouvé aussi de quoi acheter et vendre. Les mines d’or ont tôt été exploitées, de même que le fer, le cuivre et le plomb argentifère. Mais ce qui symbolise l’île reste le marbre d’un blanc lumineux qu’on extrait à flanc de colline et de montagne, très prisé aujourd’hui encore.
Les fouilles entreprises dans les carrières, notamment à l’Est, celles d’Aliki, témoignent de l’inventivité des ingénieurs de l’Antiquité. Sur ce site, un port avait été aménagé, des systèmes de transport et de manutention ont été conçus, laissant des traces encore très visibles aujourd’hui. À cet endroit, à proximité d’un minuscule village de pêcheurs aux maisons couvertes de toits d’ardoises et abondamment fleuries, le rivage ressemble à une œuvre d’art inachevée. L’exploitation de la carrière a dessiné une sorte de Chaussée des géants sur les rives de la mer Egée. Mais contrairement à celle de l’Irlande du Nord, celle-ci est totalement artificielle. Son dallage au pied de la falaise entaillée forme une plage lumineuse et se poursuit jusque sous l’eau limpide. Ici ou là, comme subitement abandonnés, des gros blocs en partie taillés, des demi-colonnes, gisent sur le rivage. C’est toute la science et l’expérience mises en œuvre pour arracher le marbre qui se dévoilent. Surtout avec les explications d’un archéologue aussi savant et passionné que Tony Kozelj, qui a largement fouillé tout le site pendant des décennies pour le compte de l’École française d’Athènes.
Cette institution universitaire, dont les travaux sont réputés et ont contribué à la sauvegarde du patrimoine archéologique de la Grèce autant qu’à sa connaissance, a pu explorer dès 1911 la cité antique sur laquelle s’est construite la ville de Thassos.
Par elle, le lien avec la France est demeuré important pour les Thassiens. Ce n’est pas le seul: en 1916, un détachement de la flotte française de l’armée d’Orient y avait installé une de ses bases. Aujourd’hui, le musée d’Archéologie, agrandi et modernisé en 2010, conserve la marque des découvertes de l’École française d’Athènes. C’est un Apollon géant qui accueille les visiteurs. Tout de marbre blanc, de Thassos comme il se doit, ce Kouros mesure 3,50 m de haut, ce qui en fait le troisième plus grand que l’on connaisse. Tout en longueur, il tient un bélier dans ses bras. Une fissure malencontreuse du côté de son oreille a contraint les sculpteurs à abandonner leur ouvrage pourtant déjà bien avancé. Mais qu’à cela ne tienne, cet Apollon élancé a de la sorte une silhouette aux lignes épurées, presque modernes.
Le musée regorge de trésors: de la céramique, de la verrerie, des poteries, des bijoux, des mosaïques byzantines, des bas-reliefs, des colonnes, des pièces de monnaie anciennes, des statues, des divinités… bref des curiosités à n’en plus finir, comme ces inscriptions en écriture boustrophédon. Une écriture dont la première ligne se lit de gauche à droite, puis la deuxième de droite à gauche et ainsi de suite, à l’image du bœuf (d’où son nom) traçant des sillons dans un champ ou d’un serpentin. Les lettres elles-mêmes, comme la charrue, sont tantôt tournées dans un sens, tantôt dans l’autre! Une écriture de transition entre le grec qui s’écrivait comme le phénicien, dont il s’inspire, de droite à gauche avant d’opter pour une écriture de gauche à droite, qui demeure encore aujourd’hui dans toutes les langues européennes.
Mais il n’y a pas que le musée qui conserve des antiquités. Elles sont omniprésentes dans l’île, dans des sites pas toujours faciles à trouver, mais que des randonneurs auront la surprise de découvrir au détour d’un relief. Ou tout simplement en parcourant les rues de la capitale de l’île.
Dès le port, où l’on a découvert les vestiges d’anciens hangars abritant les navires de guerre, les traces des civilisations antiques qui se sont succédé apparaissent, même s’il faut parfois avoir un œil avisé pour les repérer.
Cité commerçante très active, la ville disposait également d’un autre emplacement pour les navires marchands. Agora, théâtre et odéon, sanctuaires, notamment celui dédié à Héraclès, temples, portes, monuments, remparts, acropole… tout y est, d’un peu toutes les époques, grecque, romaine, byzantine avec toutes les évolutions et transformations qu’elles ont connues! La basilique byzantine, construite sur une partie de la ville romaine, a laissé quelques vestiges, de même que la citadelle médiévale édifiée par les Byzantins et complétée par la suite par des Génois, parents des Grimaldi de Monaco, qui s’étaient installés dans l’île de Lesbos et affirmaient leur puissance sur nombre d’îles du nord de la mer Egée.
Dans l’île, des tours de guet pour voir venir les nombreux prétendants désireux de s’emparer de ce territoire si bien doté, des phares très utiles pour guider les bateaux dans ces parages tourmentés, des monastères orthodoxes, riches de leurs icônes et produits de leur exploitation agricole, surgissent dans le paysage. Le tour de l’île ne fait pas plus de 100 km, mais il faut prendre le temps de faire quelques détours pour visiter les petits villages pittoresques à l’architecture typique des Balkans comme Panagia ou Théologos ou céder à la tentation de la plage.
Toute la panoplie des distractions aquatiques et des sports nautiques est proposée dans l’île. Les plages de sable blanc, au fond d’une crique ou au Sud-Ouest le long d’un rivage plus apaisé, semblent former un collier de perles tout autour de l’île de près de 400 km2 où vivent moins de 17 000 habitants à l’année, trois fois plus durant la saison estivale.
Escalade, randonnées, promenades sont également proposées dans cette île attachante où l’on sait prendre le temps de vivre et de savourer à la table des terrasses les produits locaux, offerts par la mer ou la terre. Des olives, des fruits de mer, des poissons, ou encore des pâtisseries aux subtiles saveurs sont à déguster sur place. Le vin de Thassos, réputé depuis l’Antiquité mais beaucoup plus rare aujourd’hui, ou encore le miel de thym et les poteries uniques de Costis longtemps cuites dans des fours à deux niveaux typiques de Sifnos, l’île dont sa famille est originaire, seront plus faciles à transporter au retour. Si retour il y a…
Car la mythologie veut que le nom de l’île provienne de Thassos, envoyé à la recherche de la princesse phénicienne Europe. Subjugué par la beauté de la fille du roi de Tyr, Zeus s’était déguisé en taureau blanc, pour l’enlever et l’emporter sur son dos vers la mer Egée. Condamné à ne pas rentrer les mains vides, Thassos partit aussitôt vers le nord mais lorsqu’il fit escale dans l’île qui porte depuis son nom, il s’y trouva si bien qu’il n’en repartit plus!
Les capacités de l’hôtel Makryammos sont de 206 chambres et suites, réparties dans une quarantaine de bungalows mitoyens offrant pour certaines chambres ou terrasses une vue sur la mer. Le cadre est splendide. L’hôtel, ouvert de fin avril à la mi-octobre, domine une baie préservée aux eaux claires oscillant entre le turquoise et l’émeraude. Très bien tenu et rénové régulièrement, l’an dernier encore, il propose tous les services et activités que l’on peut attendre d’un quatre étoiles en front de mer, notamment une grande piscine, des courts de tennis, un terrain de basket-ball, quatre bars, des restaurants et une petite épicerie. Un hôtel de séjour très confortable et tranquille, en pleine nature à deux kilomètres de la ville. Il fournit ses tarifs groupe sur demande.
Plus proches du centre-ville ou entre ses murs, le Tarsanas et ses studios modernes décorés avec goût donnant sur un parc arboré, une piscine et la mer dispose jusqu’à 36 lits. Le Lido, quant à lui, est un hôtel-boutique en plein centre-ville qui compte 15 suites ou chambres, toutes avec balcon. Enfin, l’hôtel George*** et ses 12 chambres aménagées avec goût est à dix minutes du port. Il dispose d’une piscine intérieure et d’une très belle arrière-cour.
À Chrisi Ammoudia, sur la côte est de l’île, à une quinzaine de kilomètres de thassos, l’Alexandra Golden Boutique Hotel est un cinq étoiles situé en bord d’une plage de sable doré. Ses pavillons et bungalows avec piscine privée et/ou vaste jacuzzi sont décorés de manière originale. L’hôtel ne reçoit pas d’enfants.
À Limenas, la taverne Mythos, à deux pas du vieux port et en bordure de rivage, propose des plats familiaux, des pizzas et surtout de succulents fruits de mer et poissons fraîchement péchés. Une cuisine locale qui incite à prendre son temps. Les repas s’apprécient en toute tranquillité en terrasse. Les capacités sont largement suffisantes pour accueillir des groupes.