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Dépaysement garanti et proximité chaleureuse

Destination | publié le : 01.10.2014 | Dernière Mise à jour : 01.10.2014

Auteur

  • Stéphane Jarre

Arménie L’inattendu est au rendez-vous de cette destination, tant cette jeune république du Caucase réserve de surprises. Entre traditions et modernité, spiritualité et divertissements, culture et nature, le pays qui s’apprête à commémorer en 2015 le centième anniversaire du génocide de son peuple est aussi chargé d’émotions. Les touristes à la recherche de dépaysement sans pour autant se sentir perdus peuvent trouver en Arménie de quoi satisfaire leur goût pour l’originalité et se distinguer.

Aller en Arménie, c’est comme rendre visite à des cousins éloignés qui seraient installés dans une drôle de contrée. Il y a là un mélange de proximité et de dépaysement qui ne peut qu’étonner. Le sens de l’hospitalité des Arméniens rendent ces retrouvailles particulièrement touchantes, qui plus est parfois dans un français impeccable.

Sur place, les curiosités ne manquent pas. Elles commencent avec l’écriture, toute en rondeurs, avec ses arches et ses sortes de « u ». Cet alphabet unique, de 36 signes auxquels deux autres ont été rajoutés par la suite, remonte au Ve siècle et constitue l’un des deux piliers de la culture arménienne. L’autre fondement, encore plus ancien et tout aussi particulier, est spirituel. L’église apostolique arménienne marie en quelque sorte les traditions byzantines pour la liturgie, qui est plus proche de l’église orthodoxe, et s’apparente au catholicisme romain par son organisation.

Lors d’un séjour en Arménie, une visite au siège épiscopal d’Etchmiadzin, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de la capitale, s’impose. Le Patriarche suprême et Catholicos (le 132e depuis la christianisation du pays) de tous les Arméniens réside au sein de ce complexe religieux et universitaire qui accueille 140 séminaristes et bon nombre de chercheurs. Les bâtiments modernes en côtoient de bien plus anciens, construits pour certains vers la fin du Ve siècle. Le mélange des styles architecturaux est frappant, entre les coupoles, clochers, porches ornés de bas-reliefs et le monument au lignes plus géométriques qui ouvre sur le domaine episcopal.

Des monastères et églises parsèment le pays, certains offrant des vues emblématiques de l’Arménie, notamment celui de Khor Virap, où Saint Grégoire l’Illuminateur a été emprisonné pendant treize ans avant d’être sorti de sa geôle pour guérir miraculeusement le roi Tiridate IV. Du coup, il se convertit et avec lui tout le pays, le premier à épouser officiellement la religion chrétienne.

Les monastères, sans ostentation sinon leur architecture et parfois des fresques, sont plantés sur des promontoirs et se fondent dans le paysage, leurs pierres se confondant avec les masses rocheuses autour d’eux. À Khor Virap, où la spiritualité demeure très présente même s’il n’est pas vraiment habité et où des concerts de chorales sont organisés, plane à l’arrière-plan la masse parfaite du mont Ararat, aujourd’hui en Turquie, juste de l’autre côté de la frontière. L’absence de relations diplomatiques avec la Turquie ne le rend pas accessible directement, mais sa masse puissante domine le pays qui en a fait sa montagne sacrée. Culminant à 5 108 m d’altitude, il est visible depuis Erevan, à 70 km à vol d’oiseau, ses neiges éternelles semblant flotter dans le ciel comme un nuage qui chercherait à se détacher de la terre. Une légende veut que l’arche de Noé s’y soit échouée. On dit aussi qu’en faisant le ménage, après le déluge, les poussières sont retombées dans la plaine où poussent aujourd’hui vergers et céréales.

Le pays produit de nombreux fruits, dont les abricots appelés ici «pommes d’Arménie» et des cerises. La vigne est aussi parmi les plus vieilles du monde, les raisins produisent des vins de qualité. Le pays est aussi le berceau du blé sauvage, dont trois des espèces connues poussent dans les plaines.

Des traditions culinaires sont nées de ces terres pas partout fertiles (le pays est pour une large part à plus de 1 000 m d’altitude), et il est possible de voir par exemple la fabrication de sortes de galettes fines, dont la pâte très légère et sans levain est cuite à même les parois du tonir, un four creusé dans le sol. Le lavach accompagne la plupart des repas arméniens. La viande est souvent roulée à l’intérieur de ces pains traditionnels, accompagnée de riz ou d’autres céréales. La gastronomie est essentielle aux Arméniens qui ont introduit dans leur cuisine les influences des contrées qu’ils ont peuplées. Elle n’est pas sans rappeler la cuisine méditerranéenne et ne heurtera aucun estomac! Outre les vins, les Arméniens ont aussi fait de leur «cognac» une spécialité renommée. C’est le seul que Churchill, paraît-il, acceptait depuis que Staline lui en avait offert une bouteille à la conférence de Yalta. En Russie, il compte aussi beaucoup d’amateurs, et le pays reste le premier débouché à l’exportation pour ce produit d’exception dont 92 % de la production part à l’étranger. La distillerie Ararat(1), propriété aujourd’hui du groupe français Pernod-Ricard, domine la capitale de ses longs bâtiments couleur brique. Visites commentées des caves et dégustations s’enchaînent à l’abri des portraits d’amateurs célèbres et des fûts en chêne où le brandy est conservé pendant trois années au moins. Ararat a produit en 2013 plus de 7,5 millions de bouteille de cognac (appellation réservée à la Russie, brandy partout ailleurs).

Mais la ville d’Erevan compte d’autres institutions, tout aussi essentielles à sa culture, à l’instar du Matenadaran(2). Cette bibliothèque renferme un trésor unique au monde: plus de 14 000 manuscrits anciens y sont conservés dans un bâtiment de basalte orné de motifs arméniens. Le plus ancien ouvrage remonte à l’an 887. Un tiers des manuscrits recensés dans le monde est en langue arménienne.

Même si la présentation de ces parchemins et enluminures demeure encore très conventionnelle, il n’en reste pas moins qu’on pourrait y passer des heures à admirer tous les détails de ces ouvrages richements illustrés et ornés. Le plus grand manuscrit (28 kg!) a été sauvé des destructions survenues durant le génocide par deux sœurs qui ont dû le fendre en deux parties pour pouvoir le transporter. Le plus petit, réalisé avec une loupe au XVe siècle ne pèse lui que 19 grammes et compte néanmoins plusieurs centaines de pages. Les techniques employées par les scribes sont bien décrites par la guide francophone qui assure la visite et explique la teneur de ces ouvrages, parfois sacrés parfois profanes. On y trouve aussi bien des partitions de musique que des descriptions scientifiques, de l’astrologie à la médecine, des cartes géographiques aux tables de multiplication (sans chiffres, l’arménien n’ayant pas adopté les chiffres arabes). À lui seul, le Matenadaran vaut le voyage!

Mais il est aussi d’autres éblouissements qui guettent les touristes, notamment en se rendant à la galerie « Cascade » où est installée une partie de la collection Cafesjian(3). Cet Arménien de la diaspora vécut en Californie. Ses goûts très sûrs (et sa fortune) lui ont permis de réunir des œuvres d’art contemporaines exceptionnelles. Les pièces qui y sont présentées sont admirablement bien choisies, comme si le meilleur de chaque artiste avait été sélectionné, la qualité préférée à la quantité. Des artistes essentiels y sont représentés aussi, surtout des sculpteurs (Botero, Flanagan, Chadwick, Lalanne, Plensa) et des artistes sur verre, mais pas seulement. Tout n’est pas encore exposé dans cette galerie en cascade que l’on parcourt en empruntant des escaliers roulants et en faisant des haltes aux terrasses qui s’étagent à flanc de colline, offrant du même coup une vue panoramique sur la capitale.

La ville ancienne, celle édifiée au début du XXe siècle par l’architecte et urbaniste Alexandre Tarmanian. associe traditions stylistique arméniennes, lignes néoclassiques et influences soviétiques. Cela lui confère un vrai cachet. Il est même rehaussé par l’harmonie des tons, ce tuf rose d’origine volcanique, qui vaut à Erevan d’être surnommée la « ville rose ». Le concept est caractéristique de la capitale, qui par la suite s’est développée dans le plus pur style soviétique, quand sa population n’a cessé de croître pour atteindre aujourd’hui près de 1,3 million d’habitants. Opéra, stade de 70 000 places et quantité d’autres bâtiments culturels et de loisirs confortent Erevan dans son statut de capitale.

La ville est aussi animée, notamment autour de la place de la République où à la belle saison un son et lumière avec jeux d’eau est présenté vers 20 h. Les Arméniens, en couples, en famille ou en groupes flanent dans les avenues ombragées, se détendent, lisent ou bavardent dans les parcs, dans une atmosphère bon enfant, où la sécurité des gens n’est pas menacée.

www.araratbrandy.com

www.matenadaran.am

www.cmf.am

www.genocide-museum.am

Avril 2015: commémoration officielle du génocide

Le 24 avril 2015, l’Arménie et toute la diaspora, commémoreront le centième anniversaire du génocide perpétré par le gouvernement turc d’alors. La date symbolique marque le souvenir de l’arrestation de quelque 600 personnalités intellectuelles arméniennes à Constantinople, mais les massacres se sont poursuivis pendant deux ans au moins, et faisaient suite à d’autres événements tragiques survenus en Asie mineure dans les décennies précédentes. Environ 1,5 million d’Arméniens ont été massacrés, d’autres ont pu s’enfuir, vers la république d’Arménie actuelle, la Russie, les États-Unis, la France… Aujourd’hui, la diaspora est près de trois fois plus nombreuse que les trois millions d’habitants (à 98 % Arméniens) de la république. À Erevan, un mémorial (Tsitsernakaberd) du génocide et un musée du même nom, dont l’agrandissement doit être achevé pour les commémorations de 2015, rappellent ces années tragiques. Les visiteurs déposent un œillet autour de la flamme perpétuelle. Les chefs d’État plantent un arbre à proximité, à l’instar de François Hollande au printemps dernier. Les cérémonies prévues en avril prochain attireront certainement beaucoup d’Arméniens de la diaspora.

Trois questions à… – SAMUEL TATOYAN, chef de production des agences Saberatours-Sevan

– Pourquoi visiter l’Arménie?

Parmi les arguments mis en avant pour vendre l’Arménie, il faut bien sûr citer la culture: c’est le premier pays à avoir adopté le christianisme. Mais il y existe aussi des traces de civilisations plus anciennes, notamment le temple païen de Garni. Plusieurs sites sont classés au Patrimoine mondial de l’Unesco comme la cathédrale et le siège de l’église d’Etchmiadzine et le site archéologique de Zvarnotz, à proximité de la capitale. Depuis vingt cinq ans que le tourisme se développe, l’Arménie reste toujours perçue comme une destination culturelle avant tout. Mais aujourd’hui, un tourisme «nature» émerge. La randonnée par exemple, vers le nord à travers les montagnes boisées. Des petits groupes d’une dizaine de personnes trouvent facilement à s’héberger dans des gîtes. On peut aussi faire du rafting, du VTT, des activités nautiques au lac Sevan ou encore du ski au centre sportif de Tsarkhazov, particulièrement dynamique. Même s’il ne compte que six pistes, elles sont adaptées à différents niveaux.

– Quels types de voyages recommander?

La destination se prête aussi bien à des courts séjours, essentiellement à Erevan, avec une excursion vers un monastère des environs par exemple, qu’à des séjours d’une semaine où l’on peut visiter l’essentiel de l’Arménie. Idéalement, dix ou douze jours permettent d’appréhender les différentes régions du pays. Les agences Saberatours, à Paris, Sevan Voyages à Lyon, et leurs bureaux réceptifs en Arménie couvrent les marchés francophones. Les tour-opérateurs proposent également l’Arménie en combiné avec les autres républiques du Caucase, particulièrement la Géorgie. Tbilissi est à cinq heures d’Erevan…

– Est-il aisé de s’y rendre?

Le tourisme est une priorité du gouvernement. Les visas ont été supprimés avec les pays de l’espace Schengen et le pays reçoit un million de visiteurs par an. De notre côté, nous avons pris en charge 4 000 pax l’an dernier, dont 15 % en groupe. L’offre hôtelière connaît un développement rapide et la gamme couvre aussi bien des cinq que des quatre et trois étoiles. L’offre aérienne se développe et Erevan dispose d’un aéroport tout neuf achevé en 2013. Durant l’été, Air France et Air Armenia assurent respectivement sept et deux vols hebdomadaires entre Paris et Erevan. Le reste de l’année, six et deux vols par semaine, mais Air Armenia envisage d’en rajouter un troisième. La meilleure période pour se rendre en Arménie va de la mi-mars à la fin juin, puis de début septembre à fin octobre. Le printemps et l’automne y sont moins chauds et particulièrement agréables. Le pays est très ensoleillé, avec 300 jours de soleil par an et les étés peuvent y être très chauds, particulièrement à Erevan, mais ailleurs l’altitude apporte la fraîcheur pendant la nuit.

Où dormir?

L’offre hôtelière s’est bien développée à Erevan qui compte, par exemple, 1 500 lits en trois étoiles.

À l’hôtel Golden Tulip*****, les 104 chambres disposées autour d’un patio sont parfaitement équipées. Un charme raffiné se dégage de cet établissement appartenant à la chaîne Louvres Hotel, qui a entièrement rénové l’ancien Erevan Hotel construit en 1928. Des salles de réunion, un Spa, une piscine complète l’équipement de cet établissement très plaisant.

www.goldentulip.com

Sur la place de la République, cœur de la capitale, l’Armenia Marriott Hotel Erevan***** dispose de 226 chambres, de plusieurs suites et salles de conférence pouvant accepter de 19 à 550 personnes dans un décor plutôt classique.

www.marriottarmenia.com

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