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Conjoncture et procédures compliquent le travail des groupistes

À la Une | publié le : 01.10.2014 | Dernière Mise à jour : 01.10.2014

Auteur

  • Jean-François Bélanger

Focus Alors que l’activité des voyages en groupe est partie intégrante du secteur touristique, que pas un hébergeur, pas un transporteur, pas un voyagiste ni un distributeur ne peuvent exclure de leur offre une réponse aux clients se déplaçant en groupe, les groupistes manquent d’organisation, de cadre et de représentation. De même, il n’existe aucune étude récente sur l’évolution de ce marché en France. Une situation qui, ajoutée à la délicate conjoncture actuelle et les nouveaux comportements, inquiètent ces spécialistes.

Particularité française s’il en est, la réglementation des comités d’entreprise a ouvert aux groupistes de véritables opportunités de clientèle. En prenant en charge tout ou partie des dépenses liées au voyage, ces organismes ont créé un marché, s’ajoutant à ceux plus traditionnels des voyages scolaires, des clubs de troisième âge, des associations diverses ou des déplacements d’entreprises ou de collectivités. Rien que pour ces comités d’entreprise, le budget disponible global représente dans notre pays pas moins de 28 milliards d’euros. En dépit d’un certain glissement de ces budgets vers des dépenses d’assistance, voire sociales, lié à la conjoncture économique et de l’emploi, une enquête de Comexposium, par ailleurs organisateur du Salon des CE, confirme que, malgré tout, l’intérêt pour les voyages résiste bien. Ainsi, 33 % des salariés interrogés placent le segment « vacances », en tête de leurs priorités en matière de qualité de vie en dehors du travail, devant celui de la « culture » et des « loisirs » pour 16 % d’entre eux. À titre de comparaison, le poste « santé et prévoyance », ne recueille que 19 % des suffrages et celui du « logement » seulement 8 %. Pour les élus de ces comités d’entreprise, ceux qui décident de l’affectation des budgets, les réponses sont comparables: 34 % d’entre eux placent le poste «vacances » en tête de leurs priorités, le logement ne recueillant que 9 % de suffrages. Autre tendance: l’évolution des comportements pousse les offres de voyages ou de vacances à s’individualiser, conduisant les organisateurs à trouver de nouvelles solutions. Dans ce monde instable et imprévisible, où la géopolitique modifie les donnes, les professionnels doivent s’adapter. Cinq groupistes, dans des secteurs différents, nous livrent leurs analyses et leurs perspectives.

1 Quelle est aujourd’hui la situation de votre entreprise, et qu’en est-il de son évolution?

Nathalie Filez

Tango

– L’entreprise a été créée en 2001 et réalise un peu plus de trois millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Notre effectif est amené à varier selon l’évolution de l’activité, mais nous sommes environ six équivalents temps plein. Cette année 2014 a été un peu plus compliquée. À la fois en termes de salariées, absentes pour certaines d’entre elles pour raisons personnelles (et justifiées), mais aussi sur le plan du quotidien, et ce dans un contexte où nous subissons les soubresauts des entreprises, plans de licenciements, fusions en tout genre, restructurations. Un quotidien, qui n’est pas simple, et dans lequel nous nous attachons à maintenir notre offre sur la base d’une tarification en adéquation avec les prestations proposées, en refusant de participer à la course aux prix les plus bas.

Jean-François Michel

Cap Monde

– Pendant les périodes scolaires, Cap Monde est organisateur de séjours destinés aux enfants et adolescents, obtenus via les appels d’offres. Le reste du temps, nous traitons des séjours vacances pour les comités d’entreprises. Le chiffre d’affaires de l’entreprise s’est établi l’an passé à 21,5 millions d’euros, en progression de 1,5 % par rapport à 2012, ce qui représente son plus haut niveau. Historiquement, Cap Monde a connu 12 années de croissance ininterrompue et assez forte de 1996 à 2008, puis suite à la crise, nous avons enregistré une baisse d’activité. Le retour à la croissance s’est fait de 2009 à 2013, une dernière année de crise où nous avons connu une baisse d’activité, avant un retour à la croissance, à un rythme plus modeste..

Arnaud Guery

Vivatours

– Vivatours est une entreprise familiale qui compte plus de vingt ans d’expérience. Son activité historique de groupiste s’est doublée récemment d’une activité via le net pour des individuels. Mais sur les 11 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisé avec 16 salariés, le marché groupes reste majoritaire et croit à un rythme de 3 à 4 % depuis ces cinq dernières années, grâce aux comités d’entreprises notamment. Une situation qui s’explique par la concentration de notre offre sur une trentaine de destinations où nos propositions sont à la fois variées et à valeur ajoutée.

Sylvain Lament

Syltours

– Notre société a été créée en 1981 et s’est développée régulièrement jusqu’à disposer aujourd’hui d’une dizaine d’implantations en France. En raison des aléas de notre métier, notre chiffre d’affaires a suivi de fait une évolution similaire. Cette année, nous devrions cependant atteindre les 36 millions d’euros de chiffre d’affaires, en progression de 5 à 6 %.

Franck Chapus

Mondea

– Mondea fête en cette rentrée son quinzième anniversaire. Dès le début, elle s’est spécialisée dans les voyages en groupe « incentive leisure », les voyages officiels, les délégations professionnelles… des voyages millimétrés, à forte valeur ajoutée, à caractère exclusif. Compte tenu des montants élevés engagés par nos clients (chambres consulaires, entreprises, groupements ou syndicats d’entreprise, collectivités…) qui nous font confiance, ces opérations sont souvent à périodicité biennale, ce qui ne rend pas notre activité linéaire. Mais, avec notre équipe de sept salariés, nous avons réalisé une bonne année 2014, avec un chiffre d’affaires de 4,5 millions d’euros.

2 Quels sont les éléments nouveaux, dans votre environnement, qui impactent votre activité?

Nathalie Filez

– Les médias véhiculent cette idée qu’acheter moins cher, c’est acheter malin. Dans le voyage, on ne peut pas valider cela. Vols moins chers? Ce sont des horaires ou des itinéraires impossibles. Hôtels moins chers? Ce sont des litiges au retour et le mécontentement à cause de la restauration, de l’animation ou de la situation. Ce n’est un bon calcul ni pour le client ni pour nous.

Quant à la réglementation, on nous met de plus en plus responsable de tout: retards de vol, intempéries climatiques, questions politiques, sociales… Mais c’est le métier!

Jean-François Michel

– L’environnement économique, avec des budgets en baisse aussi bien pour les collectivités territoriales que pour les comités d’entreprise, pèse autant sur le chiffre d’affaires que sur les marges. La fiscalité influe aussi négativement le pouvoir d’achat de nos clients. La réglementation, elle, est chaque jour un peu plus compliquée. Dernière en date, les déclarations de classes de découverte devront être tamponnées par l’autocariste qui effectuera le voyage!

De plus, l’image renvoyée par les médias sur l’activité des centres de vacances est dramatique.

Arnaud Guery

– La question des comités d’entreprise est fondamentale. Nous ne savons pas comment va évoluer le projet de réglementation qui prévoit, comme cela se fait déjà pour les collectivités, la mise en place d’appels d’offres pour ceux dont le budget voyage est supérieur à 230 000 euros par an. Cela concernerait 2000 d’entre eux sur les 40 000 comités d’entreprise.

D’un autre côté, ces derniers sont de plus en plus attentifs au budget, ils comparent et la concurrence est de plus en plus rude.

Sylvain Lament

– Le métier évolue. L’encadrement juridique est aujourd’hui complexe avec par exemple l’intervention du droit européen qui se combine avec le droit des consommateurs, ce qui rend la gestion des conflits périlleuse. Et, incontestablement, internet a modifié la donne en terme de marketing.

Franck Chapus

– Les contrôles Urssaf, pour limiter les voyages de récompense, ont impacté très négativement notre activité. Même si cette mesure est sans doute liée au fait que certaines entreprises ont abusé de ces voyages de récompense, pour dissimuler des avantages en nature et éviter des augmentations de salaires. Également, la situation économique actuelle conduit les entreprises, y compris celles qui se portent bien, à une certaine retenue dans leur politique d’achat et dans leurs investissements dans des opérations de stimulation.

3 Comment évoluent vos rapports avec votre environnement (fournisseurs, clients…)?

Nathalie Filez

– Nous sommes de la vieille école, c’est-à-dire extrêmement fidèles à nos fournisseurs. Nous ne sommes pas des cost killers, mais plutôt des partenaires. Nous travaillons beaucoup avec Air France, compagnie avec laquelle nous entretenons des liens sérieux et durables, même si la compétition et la mise en concurrence restent indispensables. Mais nous n’en abusons pas, toujours dans un esprit d’équité. Nous n’avons jamais fait attendre quiconque pour solder nos voyages: c’est le secret d’une bonne santé financière.

Jean-François Michel

– L’objectif est la recherche de la meilleure qualité au prix le plus compétitif. Nous attendons de nos fournisseurs qu’ils comprennent notre demande et qu’ils soient les plus réactifs possible pour nous aider à répondre rapidement aux devis et aux appels d’offres.

Arnaud Guery

– Dans l’aérien, les choses se sont bien compliquées depuis l’arrivée du yield management. Nous travaillons très en amont et les prix évoluent au fil du temps, ce qui rend les prises de décision complexes. Les conditions d’annulation deviennent intransigeantes. Certes, cela est compréhensible compte tenu des difficultés des compagnies, mais il est difficile d’expliquer à un client qu’à un jour près, le prix peut varier considérablement.

Sylvain Lament

– Avec nos fournisseurs, la question de la confiance reste fondamentale. D’où l’importance de la fiabilité financière, de part et d’autre. L’entretien de relations suivies et la fidélité de celles-ci sont les meilleures garanties d’une collaboration gagnant-gagnant.

Franck Chapus

– D’abord, il y a la tendance des réceptifs à traiter en direct avec la clientèle. Une attitude suicidaire pour la clientèle en cas de litige international puisqu’elle se trouve écartée de tous les recours dont elle dispose en s’adressant à un professionnel (APST, caution bancaire…). Ensuite, les compagnies aériennes majeures avec lesquelles nous travaillons, sont toutes malades. Mais ce n’est pas une raison pour faire supporter leurs difficultés aux clients que nous sommes. Cela devient de plus en plus difficile de travailler. Lufthansa vient de fermer son service groupe. Certaines compagnies nous orientent vers des numéros de téléphone surtaxés… D’autres décident de ne plus accepter les groupes. Les pratiques d’annulation intempestive et de délestage sont de plus en plus fréquentes. Pour notre part, nous privilégions nos réceptifs, car nous savons qu’ils obtiennent les meilleures conditions.

4 Comment voyez-vous votre avenir (destinations, stratégie…)?

Nathalie Filez

– Notre entreprise est multi-destinations et souhaite le rester car nous pensons qu’un pur spécialiste ne peut plus vivre, car c’est trop risqué. Nous avons démarré avec les week-ends européens, nous continuons dans cette voie. Berlin est devenu un must. Mais notre marque « Tango Lointain», lancée en 2005, est en évolution permanente. Des destinations telles que le Japon ou l’Afrique du Sud, ou encore l’Arménie ou Madagascar, sont en train d’émerger. Aujourd’hui, « Tango Lointain » représente jusqu’à un tiers de notre chiffre d’affaires. Nous faisons aussi en sorte de bien figurer sur les réseaux sociaux.

Arnaud Guery

– Les clients souhaitent aujourd’hui être des acteurs de leurs voyages et veulent des séjours plus ludiques, plus culturels, de plus en plus personnalisés. Grâce à internet, cela est possible pour la clientèle individuelle, mais cela ne l’est pas encore pour les groupes. L’avenir est donc dans un plus grand recours à la numérisation et à la dématérialisation des documents. Nous y travaillons. En ce qui concerne les destinations, cela a toujours été une question de cycle. À une époque, des pays comme l’Égypte, la Jordanie ou encore la Syrie représentaient 15 % de notre marché, c’est quasiment plus rien aujourd’hui.

Jean-François Michel

– Nous restons optimistes car, malgré l’environnement économique dégradé, nous progressons! Avec la baisse du pouvoir d’achat, nous proposons davantage de destinations européennes. Nous constatons aussi une baisse des inscriptions individuelles dans le cadre des GIR que nous tentons de compenser avec les comités d’entreprise. L’avenir d’une entreprise telle que la nôtre est de multiplier les secteurs de clientèle, de produits, de périodes d’activité et de destinations afin de mieux répartir les risques. Sans oublier le travail sur le web qui doit aussi être développé.

Sylvain Lament

– Notre métier demande des temps de réaction de plus en plus courts. Cela suppose que la confiance entre les différents partenaires de la chaîne touristique soit réelle et sincère. Par ailleurs, l’exigence de la clientèle impose une parfaite connaissance des produits, d’où l’importance de la formation des équipes.

Franck Chapus

– Jusqu’à présent, nous pouvions compter sur un noyau de clients extrêmement fidèles. Aujourd’hui, nous devons élargir notre cercle. Le bouche-à-oreille, les recommandations marchent toujours très fort. Cependant, nous n’irons pas chercher les associations, comités d’entreprise, amicales… Nous sommes des artisans du voyage, pas des industriels. Enfin, il convient de coller aux nouvelles demandes de la clientèle qui souhaite davantage de temps libre dans son programme, de faire du shopping… sans oublier les nouvelles technologies d’information qui permettent de maintenir le contact (i-phone, i-pad…) avec nos clients tout au long du programme et d’être plus réactif.

En conclusion

Complexité accrue des procédures, alourdissement des formalités, difficultés de communication avec les fournisseurs, en particulier les transporteurs aériens, eux-mêmes en situation délicate, le milieu des groupistes traverse des périodes difficiles. Difficultés encore accentuées par la conjoncture économique des entreprises qui pèse autant sur l’activité des comités d’entreprise, pour le secteur des loisirs que sur celui des déplacements d’affaires (convention, incentive, voyages de stimulation…). Avec une prise de risque financier souvent plus important que les distributeurs pour la clientèle individuelle, c’est l’ensemble de ces éléments qui explique que la tendance du secteur est aujourd’hui à la concentration, avec un nombre d’entreprises plutôt orienté à la baisse.

Ils ont dit…

• Nous sommes des artisans du voyage, pas des industriels.

Franck Chapus

• Les clients d’aujourd’hui souhaitent être acteurs de leurs voyages et veulent des séjours plus ludiques, plus culturels, de plus en plus personnalisés.

Arnaud Guery

• L’exigence de la clientèle impose une parfaite connaissance des produits, d’où l’importance de la formation des équipes.

Sylvain Lament

• Nous restons optimistes car, malgré l’environnement économique dégradé, nous progressons!

Jean-François Michel

Vous avez dit «groupiste»?

Souvent employé, jamais vraiment expliqué, que signifie le terme « groupiste »? Un terme jugé «barbare» par les uns, « réducteur » par les autres… Mais, une chose est sûre: les groupistes produisent et organisent avant tout des voyages de groupes. C’est leur spécialité, ils ne font que cela! Une gestion des groupes qui demande a fortiori une organisation très pointue. Ainsi, dans la chaîne qui représente le voyage type, deux éléments sont incontournables: l’aérien et le terrestre. Si le second ne pose que peu de problèmes, la gestion des vols, elle, reste sans doute la plus lourde à maîtriser. Les comités d’entreprise, les collectivités et les agences sont les principaux clients des groupistes. Difficile aujourd’hui de donner le nombre exact de ces producteurs de groupes et voyages spécifiques opérant sur l’Hexagone. Il y a encore une dizaine d’années, on avançait le chiffre de 400…

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