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Entre « Ceinture de Fer » et « Kilomètre d’Or »

Destination | publié le : 01.09.2014 | Dernière Mise à jour : 01.09.2014

Auteur

  • Dominique de La Tour

Bilbao Le Pays Basque, ce n’est pas que Saint-Jean de Luz, Bilbao est un des grands succès de l’Espagne de ces dernières années. La faute à la Fondation Guggenheim, bien entendu. Mais il n’y a pas que ça.

Une Espagne qui s’en sort, c’est un peu le clin d’œil dont a besoin cette année le tourisme, qui veut bien que les prix baissent en contrepartie de la crise, mais s’accommode mal d’avoir sous les yeux les SDF campant sur les pas de porte à céder. Au milieu d’un pays déclassé, encore groggy du référendum escamoté sur la monarchie, Bilbao n’est pas de cette Espagne-là. Sans péter le feu d’une industrie triomphante, elle offre cependant le tableau d’un Pays Basque espagnol qui a su garder les fleurons d’une métallurgie réputée, d’une économie rurale qui penche pour les fromages uniques, et d’un secteur tertiaire jeune, hardi et bourré d’idées.

Ça, c’est la toile de fond de Bilbao. La ville elle-même, peu connue jusqu’à l’arrivée du Guggenheim, a su se rénover tout en gardant sa très vieille authenticité. Moins belle que séduisante, la métropole de Biscaye n’a jamais trop joué sur les coups de foudre immédiats, mais la rencontre marque forcément par une joie de vivre sincère, qui fait que les visiteurs s’y sentent bien. Détail à l’attention des autocaristes: elle est située pas trop loin d’Hendaye et de la frontière française, et Saint-Sébastien (Donostia), capitale culinaire de tout le Pays Basque, fait une parfaite halte pour plonger allégrement au royaume de la pelote et des bérets.

Entre Starck et Gehry

Chez nous, au contact de Bordeaux, la Garonne devient Gironde. Sur l’autre rive du golfe de Gascogne, le Nervion se rebaptise "ria de Bilbao" dès que ses berges se frottent à la cité. Plus grande ville du Pays Basque avec son million d’habitants, Bilbao (Bilbo) laisse à la petite Vitoria (Gasteiz) les honneurs d’être capitale, et à Guernica (Gernika) le soin de voir siéger son parlement immémorial. Un coude du fleuve divise la cité en deux; sans qu’on sache toujours bien, dans ses explorations, si l’on est rive droite ou rive gauche. À l’Est campe la vieille ville avec le théâtre, les façades – presque les cascades – de bow windows, les rudes escaliers. À l’Ouest, les avenues "modernistas" sont larges, bien ordonnées, revivifiées par les innovations de l’archi-contemporaine qui, comme dans toutes les villes d’Espagne, a su choisir des matériaux (verre, inox, faïence) et des couleurs qui ne vieilliront pas.

Cependant Bilbao n’est ni Valence, ni Barcelone, ni Saragosse. Elle est à part et pour tout dire, elle est elle-même. Ce n’est pas tant qu’elle soit basque, même si la police s’appelle Ertzaintza et qu’on entend parler euskara dans ses rues profondes, ni parce que la prospérité aidant, elle est cosmopolite. C’est peut-être parce qu’elle est du Nord. En cela, on y renoue avec ce charme cantabrique si particulier qui, de Santander à La Corogne, résiste à la pluie. Dans le Nord et donc ici, le cidre est aussi important que la bière dans notre Nord à nous. Bien sûr, tout le monde se souvient de la résistance héroïque contre l’avancée franquiste – qui dut souvent baisser culotte face à la "ceinture de fer" – la ligne Maginot républicaine dressée contre les insurgés nationalistes. Mais elle est à cent lieues de cet esprit fermé, allergique à la langue et aux influences de Madrid qu’affichent d’autres capitales régionales de la Péninsule. D’autant que de nombreux Espagnols sont venus du reste du pays pour le travail – et des visiteurs plus lointains qui, au moins un peu, ont adopté son style et sa personnalité.

La ville nouvelle n’est nouvelle que parce qu’elle entretient la nouveauté. En d’autres temps, elle a lancé le modernisme dans le Nord avec de superbes hôtels particuliers, ou la splendide gare Art Nouveau des Ferrocarriles de Santander a Bilbao. Dans le quartier de l’Indautxu, autour de la plaza Moyua, et des avenues Rodriguez Arias, Iparraguirre et San Martin, se déploie le catalogue créatif des grands architectes du début du XXe siècle: pierres en taille douce, vitraux kaléidoscopiques, fontes compliquées… Dans cet urbanisme novateur, une série de boutiques aux armes de ce qu’il est convenu d’appeler les "grandes marques" ont formé le Mila d’Oro, "Kilomètre d’Or" connu de tous les accros au shopping d’Espagne.

Au XXIe siècle, cette ville nouvelle un brin désuète s’est dotée de ces deux éclatantes tours vitrées. Elle a confié à Philippe Starck la refonte de son Alhondiga – sa vieille halle aux vins –, à l’architecte valencien Santiago Calatrava ses passerelles en harpes ou en arêtes de poissons. Le métro flambant neuf, avec ses entrées qui jouent de l’accordéon, est signé Norman Foster; et bien sûr, on ne présente plus le joyeux désordre de la fondation Guggenheim. Dû au célèbre architecte Frank Gehry, ce château de carte de titane couvre une série de passerelles qui se croisent et se surplombent, séparant expos temporaires et permanentes, halls remplis de lumière ou balcons chargés d’obsédés des selfies. L’architecte canadien a aussi réalisé le pont à quatre voies voisin, avec sa porte rouge en forme de pont-levis.

Dans les profondeurs de Zazpi Kaleak

Dans un autre genre, Bilbao a établi sur ses vieux quais un musée maritime. Parmi les maquettes, instruments de navigation, choix de barres pour timonier, on y découvre de vrais embarcations à voile basques et quelques esquifs luxueux en service dans les méandres de la haute société. Dehors, des cales sèches permettent de découvrir plus gros encore: des chalutiers, cargos et voiliers, sans oublier les 5 m de la grue Carola, la plus puissante d’Espagne. Pendant trente ans, elle a soulevé toutes sortes de choses et de charges en vrac, pourvu qu’elles ne dépassent pas… les 30 tonnes.

Placé non loin de ce pont de chemin de fer qui ressemble à un train figé, le musée maritime inaugure le quartier ancien, alias Casco Viejo – ou plutôt Zazpi Kaleak, histoire de faire plus basque. Non loin de là, l’immense marché à deux étages de la Ribera vaut le détour, avec ses centaines d’étals proposant toutes les récoltes surprenantes de la mer et des montagnes biscayennes. Ici, autour de quelques églises encastrées dans l’habitat, commence un agencement complexe de rues étroites, coudées, en cul de sac, en encorbellement, dont une bonne partie a l’avantage d’être piétonnière, si piétonnière, qu’elles sont populeuses.

Cafés et boutiques y alternent, pour tous les goûts, en tout cas moins chers que sur l’autre rive. On rencontre là des boutiques de souvenirs étranges, comme celle de Cultto, ou de Kukuxumuxu ("le baiser de la puce"), qui propose les objets quotidiens revus par le design, et une multitude de T-shirts, sweats, shorts à l’effigie de Testis (le taureau fétiche de la marque, à l’entrejambe avantageux), avec plaisanteries en basque, anglais ou castillan.

L’heure des pintxos

Bien sûr, il ne faut pas oublier la ville haute, et même très haute, accessible par d’intimidante volées d’escalier qui zigzaguent gaillardement entre maisons anciennes, placettes prises de court par le relief, portail d’ancien couvent, avant de s’aplanir sur un parc à joggers où résonnent tous les jeux d’ados d’une ville moderne. Un couvent, qui perche là-haut, est le point de ralliement de cette escapade qu’il faut faire astucieusement pour ménager ses jambes: par exemple en empruntant l’ascenseur urbain qui domine la ville, ou le funiculaire de l’Artxanda, qui mène en trois minutes au meilleur belvédère sur Bilbao. On évite ainsi l’essoufflement, quitte à prendre les escaliers au retour, qui redéposeront juste en face de l’intéressant musée basque, au cœur du Zazpi Kaleak.

C’est quand même là – et pas au Guggenheim, déserté dès la fermeture – que tout commence: avec une soirée à Bilbao. Seule San Sebastian rivalise pour les pintxos (prononcez pintchoss), ces "tapas" basques frais, marins, généreux, étagés, équilibristes, qui envoient aux oubliettes les tapas racornies qu’on sert dans trop de bars à touristes de Barcelone. La mode est née dans l’entre-deux-guerres, précisément à Saint-Sébastien, dans la rivalité des cafetiers se disputant le chaland en faisant marcher les babines et les méninges. C’est ainsi qu’on s’est mis à empiler, sur un simple cure-dent (le pintxo proprement dit), crevette, civelles, feuille de laitue, carré de jambon, demi-œuf de caille, copeau de poivron, dentelle de fromage, olive… inspirations hors norme qu’il faut d’autant plus apprécier que ces créations sont souvent celles d’un jour. Dans certains bars, le patron fait goûter gracieusement ses "prototypes" – sous condition que les clients disent sincèrement ce qu’ils en pensent, car c’est moins une question d’amour-propre que… de marketing. Ceux qui n’ont pas de succès partent ainsi aux oubliettes. Ainsi fait-on au Bar Soiz, où le samedi, gros ou petits, assemblage baroque ou bête losange d’omelette, tous les pintxos sont à un euro.

Pareillement, il ne faut pas manquer les jours où l’Athletic affronte une équipe importante. Du jeune à trottinette à la matrone traînant cabas, du supporter patenté au cadre lecteur d’El Pais, tout le monde célèbre le club de football, revêtant une écharpe ou un polo à rayures blanches et rouge – chiens et statues compris! Et même quand il n’y a pas match, on a souvent la chance de se retrouver dans la presse d’un bar bondé, quand soudain, un groupe qu’on n’a pas vu venir se met à chanter en langue locale, avec les refrains repris par tous les comptoirs.

Guernica, ville-symbole

Il paraît difficile de quitter la ville sans avoir tenté la courte excursion jusqu’à l’estuaire de la ria. Si l’on est sur la rive gauche, il est plaisant, à mi-chemin, d’emprunter la nacelle de fer du pittoresque pont transbordeur. Une fois rive droite, on peut poursuivre jusqu’au Vieux Port. Y règne une atmosphère de balnéaire miniature, au pied de villas charmantes et minuscules qui ont élu domicile à flanc de relief. Dans le bar Itxasbide, on engloutira goulûment des anchois aux piments, en regardant les barques qu’on repeint ou les adolescents qui font les funambules au-dessus d’une plage minuscule.

Au retour, que l’on gagne l’aéroport ou la frontière, pourquoi ne pas faire l’excursion à la ville-martyre de Guernica, où siège l’assemblée basque qu’on peut visiter, avec la relique du fameux chêne où se réunissait les antiques conseils. Il brûla dans le bombardement de la ville par l’aviation mercenaire nazie, durant la guerre civile. Retraçant le terrible bombardement, exécuté un jour de marché, un musée de la Paix permet de renouer avec cette époque tragique; et pour ceux que cela intéresse, des guides font visiter la fameuse " Ceinture de Fer " (Cinturon de Hierro). Histoire d’ouvrir une nouvelle porte sur un passé que l’Espagne commence à peine à redécouvrir.

Pratique

Hébergement

Hesperia****

151 chambres. Sur un quai du Nervion, un hôtel de la chaîne NH repense en couleurs le bon vieux bow window local. Place au design: des œuvres d’art se renouvellent dans le hall pour donner un charme racé à cet établissement accueillant, avec terrasse et restaurant de cuisine créative basco-hispanique. Situé à mi-chemin de la vieille ville et de la nouvelle, qu’on atteint par une proche passerelle.

Tél.: +34 94 40 51 100

Site: www.nh-hotels.fr/hotel/hesperia-bilbao

Miro****

50 chambres. Un hôtel intime, un peu étroit, pour petits groupes. Décoré dasn le style minimaliste par le couturier Antonio Miro, il s’insère dans les bâtiments de l’Ensanche, nouveau quartier de Bilbao, juste en face du Guggenheim qu’on peut contempler depuis ses fenêtres. Salle de petit-déjeuner. Bar avec quelques en-cas. Petit Spa avec bain de vapeur.

Tél.: +34 946 61 11 880

Site: www.mirohotelbilbao.com

Restaurants et "barras"

El Globo

Un excellent endroit pour déguster, jusqu’à minuit, d’énormes pintxos avec un verre de cidre ou de vin. Intéressant: pour le déjeuner du groupe, on peut commander des pintxos à emporter!

Tél.: +34 944 15 42 21

Site: www.barelglobo.com

Rio-Oja

Dans un cadre très simple, égayé par des azulejos du dessinateur de BD basque Juan Carlos Eguillor, des "kazuelitas", cassolettes de divers plats bien locaux: pieds de cochon (patas de cerdo), calmar au noir (chipirones en su tinta), poissons, riz au lait.

Réservation pour la salle de groupes.

Tél.: +34 944 15 08 71

Renseignements

www.spain.info/fr

www.bilbaoturismo.net/BilbaoTurismo/fr/touristes

www.guggenheim-bilbao.es/fr/

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