Istrie La région de Croatie la plus proche de la France se prête agréablement au tourisme balnéaire, mais aussi idéalement à une excursion en autocar. Le circuit oscille entre terre et mer, entre agriculture et produits de la pêche, entre monde slave et empreinte vénitienne. Le patrimoine romain et byzantin de l’Istrie contraste avec l’atmosphère austro-hongroise qui baigne Opatija, dans la région voisine du Kvarner. Pour apprécier la diversité des paysages croates, on peut même pousser jusqu’au parc naturel de Plitvice où lacs et cascades hésitent entre l’émeraude et le turquoise.
La phrase revient souvent dans la bouche des Croates « de l’intérieur »: « Ah, l’Istrie, c’est différent ». En effet, cette péninsule pointée vers la mer Adriatique a des airs d’Italie, avec ses villes posées sur l’eau et ses villages perchés dans les terres, ses ruines romaines et sa cuisine méditerranéenne. L’Istrie, c’est même déroutant. Selon le paysage que le regard embrasse, des images de Provence surgissent, des ressemblances avec Bastia apparaissent. À force de faire penser à d’autres terres, l’Istrie est finalement singulière.
Elle se situe bien en Croatie, même si la toponymie est bilingue, croate et italienne, même si les noms de famille sont parfois tout ce qu’il y a de plus italiens et les prénoms associés aussi. L’Istrie est bilingue, et les touristes italiens y sont comme des poissons dans l’eau. Les touristes amateurs de patrimoine, de gastronomie, de bons vins, de séjours balnéaires peuvent tout autant s’y sentir à l’aise. L’Istrie est, à sa manière, familière et particulière.
Car à la géographie s’est rajoutée l’histoire, faite d’occupations et de rébellions, d’autonomie et de rattachements. Romaine pendant six cents ans, byzantine pendant deux siècles, vénétienne pour quatre siècles, française pendant une dizaine d’années sous Napoléon Ier, austro-hongroise de 1815 à la fin de la Première Guerre mondiale, rattachée à l’Italie juste après par le traité de Rapallo, retournée à la Croatie après la Première Guerre mondiale et intégrée à la Yougoslavie jusqu’à son démantèlement, attribuée enfin à la République de Croatie qui a proclamé son indépendance en 1991. Sans bouger de chez eux, les plus anciens habitants ont changé au moins trois ou quatre fois de nationalité. Les pouvoirs passent, l’Istrie demeure.
Porte d’entrée occidentale de la Croatie, l’Istrie
Un circuit en Istrie est à l’image de la dualité du pays, un peu de terre, un peu de mer. Le réseau routier est ainsi fait qu’il ramène toujours de l’une vers l’autre. L’essor du tourisme balnéaire a largement profité aux villes du bord de mer. L’histoire aussi, qui a vu se développer les ports davantage que les villages perchés.
Motovun
C’est aussi le pays de la truffe, la noire que l’on trouve en été et au début de l’automne, la blanche, plus onéreuse, qui n’apparaît qu’à la fin de l’automne ou au début de l’hiver. Les restaurants locaux, à l’image de Kastel
En prenant la direction de la mer justement, à l’approche de Porec, la société Agro Laguna
À Porec
Un peu plus au sud, la ville de Rovinj
La plus grande ville de l’Istrie, tout au sud, reliée par avion à Zagreb et d’autres villes d’Europe, fait moins penser à Venise qu’à l’Antiquité. Elle existe depuis près de trois millénaires, c’est dire si son histoire mérite d’être contée. Son amphithéâtre, l’un des plus grands du monde avec une capacité de 23 000 spectateurs, remonte au Ier siècle. Commencée sous Auguste, sa construction s’est poursuivie sous Vespasien. Remarquablement conservé, impressionnant d’ingéniosité (un système vaporisant des gouttelettes d’eau parfumées pour rafraîchir les spectacteurs d’alors a même été inventé) et par ses dimensions, l’amphithéâtre a résisté un siècle de plus à l’interdiction des jeux décrétée au début du Ve siècle. L’esprit de Pula est là. Chaque été, les jeux de l’Antiquité sont rejoués dans leur cadre d’origine, une école de gladiateurs s’est même ouverte en ville pour former les acteurs de ces spectacles. Un festival de cinéma y est organisé en plein air (tout comme à Motovun d’ailleurs). Mais là ne s’arrêtent pas les références à l’Antiquité. Dans la ville, ici ou là, d’autres monuments ont traversé les siècles, comme le temple d’Auguste, la porte d’Hercule ou encore l’arc de triomphe des Sergii. La ville ne s’est pas drapée pour l’éternité dans son passé. Elle est toujours très active, tandis que les complexes balnéaires tout autour invitent les touristes à sortir les draps de bain, à plonger dans le bleu de l’Adriatique et à savourer la dolce vita à l’istrienne.
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