Zargorje Le Nord de la Croatie peut être l’occasion d’un petit tour bucolique de deux à trois jours à travers des paysages doux et vallonnés. À moins de préférer des escapades à la journée pour un circuit en étoile au départ de Zagreb ou de Varazdin. Toujours est-il que le Zagorje, région la plus septentrionale du pays, aux confins de la slovénie, mérite une visite placée sous le signe de la nature et de la culture, des mets et des vins.
Au nord de Zagreb, en direction de la Slovénie, la route serpente parmi des collines qui semblent tout droit sorties des peintures champêtres exposées au musée d’Art naïf de la capitale. Les paysages vallonés, les maisonnettes colorées, les ruisseaux et les petits ponts, les paysannes protégées par un fichu sur la tête sont bien là. Les vignes aussi, quand on approche de la Pension Vuglec Breg (voir page 37) du côté de Skancevo. Et le silence, pas même troublé par un aboiement lointain. Repos assuré.
Mais la tranquillité et la douceur de la vie dans la campagne du Zagorje et du comitat de Varazdin peuvent être trompeuses. Il y a de passionnantes découvertes à faire dans la région: le musée du Néanderthal à Krapina, le château comme sorti d’un conte d’opérette de Trakoscan, le sanctuaire marial de Marija Bistrica et la cité baroque de Varazdin. En soi, chacun peut faire l’objet d’une excursion. Tous ensemble, c’est une escapade de deux à trois jours qu’il faut prévoir, avec des options gastronomiques, œnologiques ou des moments réservés au bien-être et à la détente.
À flanc de montagne, caché derrière des arbres, le tout nouveau musée du Néanderthal de Krapina se présente comme une grotte. À l’intérieur, des trésors d’imagination pour faire connaître la vie de ces hommes préhistoriques: film introductif, reconstitutions de scènes de la vie quotidienne, parcours didactique et chronométré du big bang à nos jours. Sur le site même où furent découverts des ossements au tournant du XXe siècle, le musée ultra-moderne permet de mieux comprendre l’évolution de l’Humanité. Il intègre au fur et à mesure les nouvelles découvertes et explications théorique du monde. Grâce aux extraordinaires sculptures réalisées par Elisabeth Daynès, une Française, l’homme de Néanderthal revit sous nos yeux. Sa morphologie, sa façon de communiquer, de chasser, de se nourrir, de se soigner, en un mot de vivre et de mourir sont dépeints avec réalisme. Des échanges interactifs complètent les informations qui sautent aux yeux et les fragments des découvertes archéologiques qui sont exposés. La visite peut se prolonger à l’extérieur. Il n’est pas rare d’y rencontrer au détour d’un chemin des créatures du paléolithique, enfin leur représentation sculptée.
À l’origine des pèlerinages les plus importants de Croatie, qui attirent bon an mal an 800 000 fidèles à Marija Bistrica, une statue gothique en bois sombre de la Vierge portant l’Enfant Jésus datant de la fin du XVe siècle et une série de miracles. Maintes fois cachée pour la protéger des envahisseurs ottomans, maintes fois oubliée, perdue, retrouvée au fil des siècles et miraculeusement sauvée d’un incendie qui, en 1880, a détruit tout le reste de l’église à part l’autel où elle était placée, elle est devenue l’objet d’un culte exceptionnel. En 1998, le pape Jean-Paul II lui a rendu visite à l’occasion de la béatification de l’archevêque Stepinac. L’église de style renaissance sur une base baroque résonne continuellement de chants religieux et ne désemplit guère, de Pâques à novembre. Durant l’été, des sculpteurs en résidence portent leur témoignage artistique au culte à Notre-Dame de Bistrica. Leurs œuvres sont exposées en plein air autour d’un chemin de croix et le long d’un chemin qui domine la petite ville de Marija Bistrica. Si la ferveur est partout, elle ne résume pas tout. Artisanat local, jouets en bois, production de miel sont répandus dans cette partie du Zagorje qui se prête aussi merveilleusement à la randonnée, à pied ou à cheval.
Perché sur son éperon rocheux, le château de Trakoscan a l’air tout droit sorti des paysages mi fantastiques mi allégoriques peints à la Renaissance par Joachim Patinir. Une sorte d’apparition au dessus des forêts et vallons à la frontière slovène. Construit au Moyen-âge, il fait partie d’un ensemble de forts d’observation. Transformé au cours des siècles, notamment par la famille noble des Draskovic, il rappelle par son romantisme les châteaux de Bavière. Un lac artificiel a même été aménagé au XIXe siècle au pied de ce rocher couronné. De couleur crème à l’extérieur, le château est dominé par un donjon carré avec créneaux et entouré de tourelles rondes à toiture pointue ou à terrasse cernée de remparts. L’ensemble donne l’impression de conquérir les cieux. À l’intérieur, les pièces en enfilades et en étages sont présentées dans leur aménagement du XIXe siècle. Des boiseries remarquables, des tapisseries, des portraits peints ou photographiés de toutes les générations de Draskovic, du mobilier du XVIIe siècle, des armures et des armoiries rendent la vie de château plus familière. Propriété du ministère croate de la Culture, il est particulièrement bien entretenu, de même que ses abords boisés qui se prêtent à la promenade et à la méditation au bord du lac.
Ne pas se fier aux apparences. Datant du Moyen-âge, la lourde forteresse blanche aux toits de couleur brique posée dans le parc à l’entrée de Varazdin ne laisse pas soupçonner le palais renaissance qui a été aménagé à l’intérieur, pas plus que l’architecture essentiellement baroque de la vieille ville et l’animation permanente de son centre ancien. Tout au long de l’année, cette ville étudiante, fière de son passé historique (à visiter au musée municipal dans la forteresse) organise de nombreuses manifestations culturelles. Les « Nuits baroques de Varazdin » en septembre et octobre (