Entre l’Istrie voisine, sous influence italienne, et le Kvarner imprégné d’Autriche-Hongrie, le contraste est saisissant. Particulièrement sur la trentaine de kilomètres de la riviera à l’est de Rijeka. À Opatija même, tout rappelle les grandes heures de l’époque impériale, quand la cour des Habsbourg et les notables austro-hongrois allaient au bain sur l’Adriatique ou profitaient de sa douceur climatique durant l’hiver. Les demeures cossues, les villas somptueuses et les grands hôtels de luxe reflètent les goûts architecturaux de l’époque, romantiques, néo-classiques, imprégnés d’art antique. On imagine sans peine les promenades de bord de mer en crinolines et ombrelles, les maillots de bain rayés couvrant presque tout le corps des baigneurs, les pâtisseries viennoises à l’heure du café. Le musée du Tourisme ouvert dans le parc de la villa Angiolina conforte par ses affiches, photographies et autres documents d’époque cette impression. À la manière de San Remo, en Italie, Opatija a aussi été le cadre d’un festival de variétés et le musée du Tourisme en rediffuse les grands moments, juke box, chansons et portraits de vedettes à l’appui. Toute une ambiance!
Aujourd’hui, la ville offre à ses visiteurs toujours la même douceur de vivre. La promenade de 12 km le long de la baie de Kvarner a tout pour plaire. Au centre d’Opatija, les petits parcs Angiolina et Saint Jacob, de chaque côté du Grand hôtel Kvarner, respirent la sérénité, à l’image de « La jeune fille à la mouette », une sculpture comme posée sur l’eau qui symbolise aujourd’hui la ville.
Insouciance et plaisirs sont les maîtres-mots des lieux. La cuisine locale, qui fait une large place aux produits de la mer, est un enchantement, tout comme le chocolat maison de l’hôtel Continental (qui organise aussi des ateliers pour les amateurs de cacao qui voudraient s’initier – sur réservation, jusqu’à 20 pax). La ville se savoure aussi au printemps, au moment du carnaval, ou à l’automne quand la région fête la châtaigne. L’arrière-pays est riche de ses produits agricoles, assurant un mariage gastronomique heureux entre la terre et la mer. Les villages de la montagne côtière, où vivaient les habitants de la région, au temps des invasions sont bien loin de cette ambiance « gâteau à la crème ». Sur son perchoir, Moscenicka Draga domine la baie et sa végétation luxuriante. Le village à l’abri derrière ses murs d’enceinte se parcourt à pied uniquement. Des ruelles pavées montent ou descendent entre des maisons serrées, débouchent sur des jardinets fleuris ou poussent aussi les oliviers. De là-haut aussi, la vie est belle et tranquille.