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Objets roulants non identifiés

À la Une | publié le : 01.05.2014 | Dernière Mise à jour : 01.05.2014

Auteur

  • Catherine Mautalent

Autocars de tourisme Qu’en est-il du stationnement de courte et longue durées dans les villes touristiques françaises? Au côté de Paris, dont le système mis en place est toujours sujet à débat, que font les autres? Quels sont les bons et mauvais élèves? Quelles sont les nouvelles offres? L’IRU, la FNTV NoMaTrans, des autocaristes, des conducteurs, des offices de tourisme… des acteurs parmi d’autres vers lesquels Tourisme de groupe s’est tourné pour répondre à ces questions. Synthèse.

Les villes qui se prévalent d’indéniables atouts touristiques ont-elles toujours pensé à l’accueil des autocars de tourisme? Y a t-il ainsi des parkings dédiés? À cette question, il faut reconnaître que c’est le cas dans la majorité des villes, qui ont mis à disposition ce type d’équipement. Sauf que, et c’est là que le bât blesse, les conditions d’accueil ne sont pas toujours les plus adaptées, les plus efficaces ou encore les plus avantageuses. Y a t-il des aires de dépose et de reprise? Le système est appliqué dans nombre de villes, mais là encore, il y aurait matière à discuter. Enfin, peut-on aussi s’interroger sur une éventuelle mise à disposition d’espaces de lavage et de vidange, voire de structures d’accueil pour les conducteurs? Certaines villes y ont pensé, mais force est de constater qu’elles sont rares. Très rares.

L’état des lieux, ainsi brièvement dressé, met en évidence un réel fossé entre la théorie (les villes ont pris conscience de l’activité touristique des autocaristes…) et la pratique (…mais elles ne savent pas toujours l’adapter aux logiques de cette activité). Pourtant, en France notamment et pour Paris en particulier, faute n’est pas aux professionnels d’avoir défendu leur cause à qui de droit: les politiques. Des politiques avant tout soucieux de soigner leurs électeurs, à l’exemple d’un Bertrand Delannoë, alors maire de la capitale, qui n’hésitait pas à descendre dans la rue où stationnaient des autocars en réponse à la vindicte des riverains. Relayé par les médias à coup de titres accrocheurs: « il faut interdire les autocars dans tout Paris », « chasse aux cars », « halte au stationnement abusif »… Jusqu’en juin 2003 où la capitale mettra en place un système de forfaits de stationnement (pour information, de nouveaux tarifs sont appliqués depuis le 1er mai dernier). Pour mémoire, quelques mois auparavant, et en prévision justement de l’élaboration de ce système, avait été créée l’Asat (Accessibilité et Stationnement des Autocars de Tourisme) à l’initiative alors de Transdev. Rassemblant des agences réceptives, des excursionnistes, des autocaristes, des gestionnaires de parcs de stationnement et des opérateurs touristiques fluviaux, elle se positionnait en tant que force de propositions auprès des élus de la mairie de Paris. Elle a depuis disparu de la circulation.

Sur le plan européen, l’Union Internationale des Transports Routiers (Iru) avait, elle de son côté, dès les années 90, pointé du doigt l’accès et le stationnement des autocars de tourisme dans les villes, sous la forme d’une résolution en neuf points. En insistant notamment sur la nécessaire « mise en œuvre d’une politique interactive entre les collectivités, leurs administrations, les autocaristes et les autres professions du tourisme, prévoyant une concertation préalable à toute prise de décision relative au stationnement et à la circulation dans les villes ». A t-elle été entendue pour autant? Pas sûr… « Car le sujet est toujours tout aussi préoccupant, confie Oleg Kamberski, responsable des transports de voyageurs à l’Iru. Politiquement parlant, l’autocar de tourisme n’est aujourd’hui pas visible, il y a un véritable manque de considération, d’une réelle prise en compte de ce mode de transport dans la chaîne touristique ». Soulignant toutefois les efforts entrepris par nombre de villes touristiques européennes pour faciliter tant le stationnement que les déposes et reprises.

Lobbying européen

Cependant, face à ce constat qui perdure, l’Iru n’a pas lâché l’affaire pour autant. Et sur le sujet, deux initiatives sont particulièrement à mettre en avant. Première d’entre elles: le lancement en 2003 du « City Trophy » récompensant les villes qui mettent en œuvre une politique adaptée à l’accueil des autocars de tourisme. Une récompense remise, depuis, tous les deux ans, à partir de candidatures suggérées par les fédérations nationales des transports de voyageurs de chaque pays ou spontanées. « Notre intention est d’encourager à travers le monde ces villes qui investissent dans des équipements facilitant l’accès des autocars de tourisme et de leurs passagers », explique Oleg Kamberski. Une opération qui, depuis, rencontre « un certain succès ». L’an passé, c’est la ville de Skopje, capitale de l’ancienne république yougoslave de Macédoine, qui a été primée, « en raison de sa politique ambitieuse de promotion de tourisme de groupe en tant que partie intégrante du système de transport public de la ville », rappelle Oleg Kamberski.Quels avantages y a t-il à participer au « City Trophy »? « En promouvant l’autocar, les municipalités encouragent le tourisme, tout en stimulant les recettes locales générées par ce secteur, poursuit Oleg Kamberski. Plus que de récompenser une ville, l’objectif est aussi d’encourager d’autres villes à suivre leur exemple ». La seconde initiative est plus récente, mais prend place dans un cadre plus général, celui de la campagne lancée en 2010, intitulée « Bougez Malin ». À la suite de son lancement, en mai 2012, exactement, a été constitué un « Groupe à Haut niveau de Service » rassemblant des professionnels du transport routier, des tour-opérateurs, des agences de voyages, des parlementaires, des villes, des institutions, des politiciens… Une première en matière d’élaboration participative des politiques! Objectif: élaborer ensemble des recommandations politiques et commerciales, ainsi qu’un plan d’action à long terme sur les moyens permettant d’accroître le nombre d’utilisateurs des transports collectifs par route: les autobus et les autocars. Ce « Groupe à Haut Niveau de Service » a pris fin un an plus tard (soit en mai 2013), après avoir élaboré 16 mesures, « avec un accent particulier sur le secteur du transport touristique et les conditions d’accueil dans les villes qui vont avec »souligne Oleg Kamberski. Mais, le responsable des transports de voyageurs à l’Iru, reconnaît « qu’il n’est pas toujours facile de faire bouger les choses au niveau européen » sur la problématique du stationnement des autocars de tourisme. « L’accessibilité à des places de parking ou encore la mise à disposition d’aires de dépose et de reprise, ne peuvent qu’être résolus qu’au niveau local », constate t-il. Et dans ce domaine, toujours selon Oleg Kamberski, il y en encore beaucoup à faire. « En raison de la diversité des structures des villes, il est très difficile, pour ne pas dire impossible, de représenter un schéma universel qui peut être appliqué sans problème à toutes les situations. Mais, il y a cependant quelques principes généraux en la matière à préconiser auprès des municipalités dès lors qu’il s’agit de mettre place de tels équipements» , indique t-il. Comme celui de donner la priorité aux transports collectifs dont l’autocar de tourisme fait partie (au même titre que l’autobus), d’aménager le parking en conséquence (tenir compte des dimensions de l’autocar, de l’espace de sécurité lors de la montée et de la descente des passagers, de l’espace de manœuvre pour le véhicule, du nombre de places en tenant compte des pics d’influence, de la signalétique..), de mettre en place un contrôle pour assurer la sécurité, ou encore (et surtout) de privilégier le dialogue (et la concertation) entre politiques et professionnels du secteur.

Paris: peut encore mieux faire

Qu’en est-il de l’accueil des autocars de tourisme en France? À commencer par Paris. Différents parkings ont vu le jour, « sauf qu’il en est un comme Bercy qui n’est pas vraiment bien situé par rapport aux sites touristiques de la capitale », soulignent de façon unanime des autocaristes que nous avons interrogés. Les bons points allant plutôt du côté du Cours La Reine, du parking du Louvre (« à condition toutefois de bien maîtriser son véhicule », précisent, pour leur part, certains conducteurs) ou encore du parc Pershing situé Porte Maillot. Là où le bât blesse, c’est du côté des aires de dépose et de reprise. Comme nous l’explique Bertrand Bernini, président de NoMaTrans*, filiale de la Fédération nationale des transports de voyageurs, nouvellement créée. « Un des premiers dossiers sur lequel nous nous sommes penchés a concerné le stationnement des autocars de tourisme, et plus particulièrement au niveau de la dépose et de la reprise des groupes, dit-il. Il faut savoir qu’en France, la législation autorise un autocar à déposer ses passagers pendant quinze minutes, moteur éteint, sauf dans les zones touristiques. Hors, Paris est une zone aux deux tiers touristiques ». Concrètement, cela signifie par exemple qu’il est impossible de déposer des clients devant le Lido (il y a interdiction totale aux cars de s’arrêter sur les Champs-Élysées), il faut se rendre à 800 m de là pour effectuer cette dépose ou reprise (« Quid des personnes âgées? Quel est alors l’intérêt d’utiliser un autocar si ce n’est pas l’opportunité de faire un service porte-à-porte? », s’interroge Bertrand Bernini). On pourrait citer également l’absence totale de desserte aux abords de Notre-Dame, et plus généralement le quartier de l’île de la Cité. On pourrait aussi y ajouter l’accessibilité aux hôtels… « Sur ces différents aspects, nous allons prochainement prendre rendez-vous avec la mairie et la Préfecture de Police, annonce Bertrand Bernini. Nous irons ensemble sur le terrain afin d’identifier des endroits à même de faciliter ces déposes et reprises tant du côté des monuments que des hôtels ». Autre problème pointé du doigt: l’installation de caméras de surveillance sur une douzaine d’axes des grands boulevards de la capitale. « Nombre d’entreprises ont fait les frais de ces caméras en recevant des amendes, poursuit Bertrand Bernini, des caméras prenant en photo les numéros d’immatriculation des autocars. Cela a mis le feu aux poudres! ». Un sujet sur lequel NoMaTrans compte aussi intervenir lors d’un prochain rendez-vous avec la mairie et la Préfecture de Police. « Le problème, c’est que des décisions sont prises sans explication, ni communication auprès des professionnels », regrette Bertrand Bernini, qui n’a d’ailleurs déjà pas manqué de faire connaître le nouveau syndicat auprès de la mairie et de la Préfecture de Police. Et d’ajouter: « De notre côté, nous nous attacherons aussi à informer les entreprises, tant franciliennes que nationales de tous changements ou évolutions en matière d’accueil des autocars de tourisme. C’est aussi notre rôle ». Il est ainsi prévu, par exemple, de créer de nouvelles places dans le XVIIe arrondissement, tandis qu’il est possible depuis quelques mois de déposer et de reprendre les groupes près des Galeries Lafayette. Et NoMaTrans imagine même la mise en place d’un système permettant de mieux gérer le stationnement des autocars de tourisme au moment des grands événements… « Les discussions avec la mairie de Paris vont dans le bon sens, nous avons d’ailleurs déjà obtenu quelques résultats, notamment sur le Pass’Autocar qui a fait l’objet de quelques évolutions à la suite de nos discussions, révèle Bertrand Bernini. La mairie de Paris attend de nous que nous soyons force de propositions, et nous le serons! Le dialogue s’instaure dans un mode constructif, même si la mairie a des limites en matière de prise de décisions face à la Préfecture de Police, une préfecture qui de son côté, nous a affirmé ne pas avoir pour objectif de verbaliser à tout prix, mais de faire prendre conscience des zones à risque ». Restent que les bonnes volontés ne suffisent pas toujours à passer aux actes. Du moins dans l’immédiat.

La province s’en sort bien

Et qu’en est-il du côté de la province? « Les autocars de tourisme sont en général mieux reçus qu’à Paris, les villes ont pris en compte l’activité du tourisme de groupe », s’accordent à dire des conducteurs. Y compris dans les plus grandes villes. Lyon, par exemple, a même organisé un stationnement spécifique à l’occasion de la Fête des Lumières. Idem pour Strasbourg qui a tout prévu à l’occasion des marchés de Noël. Tandis que Marseille a augmenté ses offres de stationnement des autocars face au développement de la croisière (60 nouveaux emplacements créés au parking Peysonnel, tout proche du centre-ville). Au Havre, « une réflexion a été engagée sur le stationnement des autocars de tourisme, et a débouché sur la création d’une série d’emplacements permettant la dépose et la reprise des groupes, comme boulevard Clémenceau face à l’office de tourisme, aux halles centrales, place Perret, etc. », indique Eric Baudet, directeur de la Communication à l’office de tourisme de l’agglomération havraise.

À Besançon seront mises à disposition huit nouvelles places d’autocars (gratuites) au parking Chamars d’ici l’automne prochain. Du nouveau aussi à Mulhouse avec deux places (gratuites et limitées à 24 h) avenue Leclerc, près de la gare. « De nouvelles places seront aménagées dans les prochains mois sur le quai Cours la Reine, quai bas rive gauche, à Rouen », annonce pour sa part Killian Penven, responsable relations publiques à l’office de tourisme. À savoir: à Chambéry, des « dépose minutes sont possibles devant chaque hôtel », indique t-on à Savoie Mont-Blanc Tourisme.

Certaines villes (mais elles se comptent sur les doigt d’une main) ont pensé à l’accueil des autocars de tourisme jusqu’à proposer plusieurs équipements. À savoir: un parking, bien sûr, mais aussi un espace de lavage et de vidange ou encore une maison des conducteurs. La ville de Bayeux dans le Calvados est de celle-là. Ainsi, le parc Michel d’Ornano a fait l’objet d’un aménagement spécifique « pour recevoir les autocars en toute sécurité », peut-on lire sur la documentation destinée aux professionnels. Trente places leur sont réservées, une aire de lavage des véhicules et de vidange des WC est mise gratuitement à la disposition des conducteurs, une maison d’accueil a été installée et offre une salle de détente avec télévision, cafétéria, téléphone, fax, toilettes et douches (elle est ouverte du 15 mars au 31 octobre). On peut également citer Amiens dans la Somme, mais qui elle ne dispose pas d’espace de lavage et de vidange. À Angers en Maine-et-Loire avait ouvert en 2010 une maison des conducteurs, mais elle a fermé ses portes depuis mi-mars dernier, « faute d’être suffisamment utilisée », annonce Olivier Bouchereau, directeur marketing et commercial à l’office de tourisme. Et s’il n’y a pas de structures d’accueil pour les conducteurs, plusieurs offices de tourisme leur ouvrent leurs portes s’ils veulent se détendre durant la visite d’un groupe, certains y offrent même le café. Des petites attentions qui à Troyes dans l’Aube consistent aussi par la remise d’un « Car’Pass ». Michèle Duval, directrice adjointe à Aube-en-Champagne Tourisme en explique le principe: « pour chaque groupe en visite guidée à l’office de tourisme, ce « Car’Pass » est remis au conducteur de l’autocar. Il contient huit offres exclusives et variées (restauration, détente, réduction shopping) valable sur l’année civile, en plus d’une salle qui leur est réservée à la Maison du Tourisme pour se détendre et avec mise à disposition de douche ». Mais, ce tour d’horizon d’initiatives et de nouvelles offres, ne doit pas cacher une profession qui reste toujours en prise aux difficultés de stationnement.

Un maître-mot: le dialogue

Les choses évoluent cependant. Petit à petit. À l’exemple de la création en janvier 2013 d’une « charte autocars » à Lyon, entre le Bureau des Congrès et salons du Grand Lyon, en collaboration avec plusieurs représentants d’entreprises de transport de voyageurs et la Fédération nationale des transports de voyageurs du Rhône. Dans un de ses articles est ainsi mentionné que « les stationnements des autocars seront adaptés au nombre de congressistes amenés à être transportés et des zones spécifiques faciliteront de manière momentanée le stationnement des véhicules aux points critiques qu’il conviendra d’identifier (notamment aux gares). Un travail mené conjointement avec les gares et les aéroports permettra un affichage facilité des emplacements et directions des zones de stationnement des autocars ». De quoi encourager d’autres initiatives… À Lyon, on s’est mis autour d’une table ou chacun a pu s’exprimer (et finalement s’entendre) avec pour objectif commun: « l’achat » de la destination Lyon. Une initiative qui vient aussi confirmer que la problematique de l’accès et du stationnement des autocars de tourisme est une question a resoudre au niveau local. Comme d’autres problematiques, celles liées aux tarifs pratiques dans les parcs, juges eleves, ou la politique de verbalisation parfois excessive. Un dernier point sur lequel de nombreux conducteurs denoncent « le zèle de la police », qui, pour certains, « relève davantage du harcèlement que de la sécurité »…

On l’aura compris, le sujet du stationnement de courte et longue durees des autocars de tourisme est encore loin d’être une affaire classee. Mais, surtout, ne pas lacher prise! « Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage », disait Nicolas Boileau, poète, écrivain et critique français. Une citation qui prend tout son sens ici. Pour mettre un terme aux décisions souvent dictées sous la pression d’une opinion publique mal informée, sans prendre en considération les retombées économiques, sociales et culturelles du tourisme en autocar.

Pour « nouveaux marchés de transport », voir à ce sujet Bus & Car Transport de Voyageurs no 949 – du 28 mars au 11 avril 2014).

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