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En mai, Tarragone passe à l’heure romaine

Destination | publié le : 01.03.2014 | Dernière Mise à jour : 01.03.2014

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En mai, Tarragone passe à l’heure romaine

Crédit photo Stéphane Jarre

Auteur

  • Stéphane Jarre

Espagne Classée depuis l’an 2000 au Patrimoine mondial de l’Humanité pour son patrimoine exceptionnel de l’époque romaine, Tarragone organise chaque année en mai le festival Tárraco Viva, qui transforme la deuxième ville de Catalogne, non pas en camp retranché, mais en ville ouverte sur l’histoire. Un voyage dans le temps et dans l’espace, dans la culture et le savoir, avec le bleu de la Méditerranée en toile de fond et tant d’autres richesses locales à découvrir.

Cette année, il y aura deux types de touristes. Ceux qui verront Auguste au musée et ceux qui le rencontreront en chair et en os. Les premiers iront au Grand palais à Paris, entre le 19 mars et le 13 juillet, où une exposition exceptionnelle, est consacrée au premier empereur romain, mort il y a tout juste deux mille ans. Les seconds iront au festival Tárraco Viva de Tarragone, entre le 5 et le 25 mai, qui en sera à sa 16e édition. Les plus passionnés rebondiront de l’un à l’autre. Et ceux qui auront du mal à choisir n’ont plus qu’à jeter les dés. Alea jacta est!

Mais on aurait tort de s’en remettre au sort. Si l’on vient à Tarragone la première fois par hasard, on en fait le choix par la suite. Particulièrement en ces jours de mai où la ville renoue avec son glorieux passé romain. Pardon, où les Romains reprennent la ville, battant la sandale entre l’amphithéâtre, le cirque, le Champ de Mars et d’autres vieilles pierres, dorées par le soleil, buvant romain dans les bars, mangeant romain dans les restaurants de la cité antique(*), jouant romain aux terrasses des cafés.

Ludique et pédagogique

La Tárraco de l’époque, qui deviendra l’actuelle Tarragone, revit sous les yeux des touristes autant que de ses habitants. Car ce festival particulier n’a pas pour vocation première d’amuser la galerie en présentant des comédies de pacotille. Il se veut d’abord une fidèle reconstitution de la vie d’alors, qu’elle soit quotidienne ou spectaculaire (voir encadré), jusque dans les moindres détails et avec explication de texte, pardon, de scène. Ludique et pédagogique, Tárraco Viva donne à voir ce qu’on a lu dans les manuels scolaires, transformant la vieille cité romaine en livre d’histoire à ciel ouvert.

À ciel ouvert, c’est particulièrement le cas à l’amphithéâtre au pied de la vieille ville. Construits pour partie dans la roche, pour partie dans la voûte – un cas unique mis à jour par les archéologues – les gradins sont admirablement conservés de même que certaines parties des coulisses. C’est là aussi qu’on trouve la plus longue citation latine dans un amphithéâtre romain.

C’est dans ce magnifique vestige, entre plage et jardin, que se clôture généralement le festival par un combat de gladiateurs qui laisse imaginer la rudesse des spectacles d’alors. Mais aujourd’hui, une voix off décrypte pour les festivaliers ce qui se trame sur scène.

Du sang et de la sueur

Les combattants, professionnels aujourd’hui (une troupe venue d’Italie) comme autrefois, s’affrontent en usant des stratagèmes et des armes de l’époque. Épées, piques, tridents, filets tout est bon pour atteindre l’adversaire paré d’un bouclier plus ou moins grand. Agileté, puissance, vivacité, force, tout sert. Et quand mirmillons et thraces, secutors et rétiaires se sont bien empoignés dans l’arène, que les casques mordent la poussière et qu’un malheureux plie, genou à terre, la voix off demande à la foule quel sort le vainqueur doit réserver à son opposant défait. Et la foule, divisée, de scander son choix. La foule veut-elle du sang ou se contentera t-elle de la sueur du gladiateur? Le suspense est à son comble, qui de la mort ou de la grâce l’emportera?

« Dans l’amphithéâtre, érigé au IIe siècle de notre ère, les spectacles étaient sanglants, tranche le guide. Au cirque, en revanche, il n’y avait que les courses de chars ». La visite à travers les ruines en partie enfouies sous la vieille ville médiévale, permet d’apprécier l’importance de cet édifice, de 325 m par 100, à l’époque (Ier siècle de notre ère), à même de recevoir jusqu’à 30 000 spectateurs, deux fois plus que l’amphithéâtre et ses spectacles dramatiques. Dans les deux cas, cela situe l’importance des jeux pour une ville qui ne comptait guère que 35 000 habitants alors. Cet édifice imposant est aujourd’hui le cirque romain le mieux conservé en Europe de l’Ouest hors d’Italie. Bien entendu, le festival s’empare de certains recoins archéologiques pour donner vie à ce monde romain qui ne se laisse pas enterrer si facilement! Le forum, le plus vaste de l’époque, construit en 30 avant JC, retrouve un peu de son animation d’alors, grâce aux touristes si curieux. C’est là que battait le cœur de la ville, que la vie sociale s’y exprimait.

Toge ou courte tunique?

La vie sociale? La vie tout court, c’est au Champ de Mars qu’elle bat son plein le temps du festival. Des étals de marchands y sont alignés, vendant copies d’objets d’antan, mais surtout faisant démonstration de l’artisanat et des échanges économiques du temps des Romains. En parcourant cet étonnant marché, où plus personne ne s’étonne de croiser des Tarragonais en toge ou en tunique courte, le promeneur parti sur la trace du passé apprend à conserver le poisson (il n’y a que les Gaulois pour se reprocher qu’il n’est pas frais!), à se coiffer à la romaine, à admirer le savoir-faire en matière de vannerie, de poterie ou encore de taille des os et coquillages pour en faire des aiguilles ou des bijoux. Mais ce jour-là, il y a aussi reconstitution de la production et du commerce du vin, boisson de choix s’il en est, dans les jardins du Champ de Mars.

Amenez les chars, foulez des pieds les grappes de raisin, vidons ces outres et qu’on apporte les amphores, la patricienne fera le meilleur choix et les esclaves le livreront! Chaque étape est expliquée, détaillée. Mais cette fois, aucune voix off ne demandera à la foule si elle a soif ou pas!

Quelques rasades plus tard, la question ne se pose plus. Les reconstitutions s’enchaînent et voilà qu’il y a le feu! Enfin, démonstration d’une intervention des pompiers dans une cité où les maisons étaient souvent de bois et disparaissaient régulièrement dans les flammes. Qu’à cela ne tienne, les Romains avaient déjà la technique et l’eau coule… pas tout à fait à flot, mais en quantité suffisante pour les besoins de la démonstration.

Après toutes ces émotions et dévotions, le Champ de Mars doit retrouver sa vocation première, celle d’un terrain militaire où les soldats s’entraînent. D’ailleurs voilà que des cohortes, des légions, enfin des troupes venues des confins de l’empire ou de Rome font leur apparition. Javelots, glaives, boucliers, poignards, casques, peaux de bêtes défilent en ordre, en carré, en quinconce, en tortue ou au pas cadencé. Les ordres des tribuns militaires ou des centurions sont précis, la troupe obéit, la voix off décrit. Qu’il était beau mon légionnaire, caligae aux pieds et tunique légère!

Retour aux sources

D’ailleurs, c’est un retour aux sources pour Tarragone, puisque c’est pour sa position stratégique que les Romains ont édifié leur Tárraco, celle qui devait mater les indigènes locaux et barrer la route aux ambitions envahissantes d’Hannibal. Ce fut ainsi la première place forte militaire implantée hors de la péninsule italienne. La ville s’est rapidement développée, même si le site n’était pas simple à aménager et l’eau y empruntait des voies compliquées. Mais les Romains savaient comment irriguer la cité, grâce au système d’adduction et aux aqueducs. Il ne reste guère plus de 215 m des 15 km de l’aqueduc d’origine à Tarragone, mais cela suffit à comprendre l’urbanisme de génie des Romains. Admirablement dessinée, la cité a servi de modèle à beaucoup d’autres dans l’empire en pleine expansion, qui a été élevée au rang de capitale de la Rome ibérique et où Auguste lui-même s’installa quelques années. Il faut dire aussi que la ville jouit d’une vue spectaculaire sur la Méditerranée et que, le soir venu, quand vient le repos du guerrier, il est doux de laisser son oreille bercée par quelque instrument copié à l’identique, jouant un concert antique. Sonnez cornus, résonnez doubles flûtes, mais laissez s’exprimer la lyre dans sa carapace de tortue et gémir la cithare des soirs de poésie! Et voilà que les poètes se joignent à la fête, qu’Ovide, Plaute, Catulle sont invités à participer au festival Tárraco Viva, même le sage Sénèque, né d’ailleurs en Espagne, est de la partie.

Vingt jours de festival et c’est déjà fini? Mais non! Des rebondissements de Tárraco Viva se produisent à plusieurs dates durant l’été, les week-ends entre le 31 mai et le 1er novembre. Veni, vidi, redii… comme on dirait en latin. Je suis venu, j’ai vu et je suis… revenu!

www.enviedecatalogne.fr

ww.tarragonaturisme.cat

www.tarracoviva.com

Pratique

Dormir

L’hôtel Astari, trois étoiles, (www.hotelastari.com) a l’avantage d’être proche des principales attractions historiques de la ville tout en offrant ses 81 chambres, piscine et, dans bien des cas, vue sur la mer. Simple, relaxant et confortable.

Manger

Outre les banquets romains, le restaurant El Llagut mérite d’y prendre le temps afin de goûter à ses spécialités méditerranéennes locales. L’AQ Restaurant (http://aq-restaurant.com) et sa recherche de l’originalité est également parfaitement recommandable.

Le banquet romain proposé par le restaurant El Llagut s’accompagne lui aussi d’explications et se laisse savourer même sans s’allonger.

Tárraco Kézaco

Durant vingt jours, le festival Tárraco Viva imprègne la ville. La 15e édition, l’an dernier, a enregistré plus de 106 000 spectateurs, mais bon nombre d’activités sont gratuites et libres d’accès. Chaque année, un nouveau thème sert de fil conducteur au festival. En 2014, il est difficile de passer à côté du bimillénaire de la mort d’Auguste, surtout que l’empereur s’y établit pour conquérir la péninsule ibérique. Conférences savantes et divertissements authentiques, reconstitutions fidèles et romanisation de la cité jusque dans les menus et les tenues donnent vie à la civilisation perdue, mais encore si influente aujourd’hui. Cette année, près de 800 manifestations sont programmées entre le 5 et le 25 mai, et pas moins de 160 activités. Il y en a donc pour tous les goûts, tous les niveaux de connaissances, tous les centres d’intérêt. « Pour le spectaculaire, Hollywood est bien meilleur que nous, concède Magi Seritjol, directeur du festival et historien, mais notre objectif est d’être démonstratifs et didactiques, de provoquer une réflexion sur notre époque en la confrontant à celle d’alors. Ce que nous voulons avant tout, c’est mettre l’histoire dans la vie quotidienne des citoyens ». Cette approche couvre tout le monde romain et pas spécialement les particularismes ibériques, de sorte qu’elle peut intéresser largement tout l’Occident et le bassin méditerranéen. De fait, les visiteurs viennent pour un tiers de Tarragone, un tiers du reste de l’Espagne et un tiers de l’étranger, majoritairement du sud de la France et d’Italie. Grands ou petits groupes peuvent y assister, selon le type d’activités retenu.

Pour 2014, le festival nourrit de grandes ambitions et propose plusieurs nouveautés derrière le thème « Auguste, une civilisation méditerranéenne ». Un spectacle intitulé « Augusto, a tu gusto », « À chacun son Auguste » en quelque sorte, reconstituera la vie et les œuvres du premier empereur romain, sa famille, son pouvoir et ses croyances. Une autre manifestation présentera la répartition des richesses et les solidarités sociales en cours dans l’empire. Le programme annonce toujours plus de gladiateurs et de vie romaine, de démonstrations pédagogiques, de légions, de pompiers et de célébrations du vin et de Bacchus. Ad libitum… Au choix et à volonté!

www.tarracoviva.com

promotion.fr@act.cat

Tarragone au-delà de l’Antiquité

« Beau comme l’Antique », certes, mais pas seulement. Tarragone s’est aussi développée après, jusqu’à compter 135 000 habitants aujourd’hui. La cité romaine a en partie été supplantée par la ville médiévale, dont les vestiges, souvent religieux, dominent la cité. À la tour du Prêtoire, romain et médiéval s’entremêlent, à l’image même du cœur de la cité. De son sommet, accessible par un ascenseur, la vue sur Tarragone est remarquable. L’étonnement et l’admiration valent aussi pour le chef-d’œuvre roman et gothique que constitue la cathédrale (*). Sa construction a commencé au XIIe siècle, elle a été consacrée au XIVe siècle. Haute, très haute, elle toise la cité de sa splendeur. Non loin de là, le cloître du palais diocésain est un magnifique exemple de l’art roman en Catalogne. Et puis, il faut se promener dans les ruelles fraîches et étroites de la cité inclinée vers la mer, gravir les marches de la Seo, vaste escalier qui mène à la cathédrale, se laisser happer par les placettes ombragées et les tentations gastronomiques, abondantes et savoureuses, produits de la pêche et du jardin, vins respectés, d’ailleurs avec appellation d’origine, et liqueur de chartreux de Tarragone. La ville a aussi entretenu la tradition des « castells », tours humaines qui partent à la conquête du ciel, en empilant hommes, femmes et enfants sur dix niveaux. Le concours de castells se tiendra du 28 septembre au 5 octobre 2014 (**). On ne sait si c’est le spectateur ou l’acteur qui ressent le plus d’émotions à la vue de cette impressionnante tradition. À vérifier par soi-même!

(*) www.catedraldetarragona.com

(**) www.concursdecastells.cat

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