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Avis de tempête sur les aéroports régionaux

Enquête | publié le : 01.02.2014 | Dernière Mise à jour : 01.02.2014

Auteur

  • Xavier Renard

Aérien L’Union européenne va instaurer de nouvelles règles visant à supprimer d’ici à dix ans les aides publiques aux aéroports et aux compagnies low cost. Elles sont attendues pour ce début d’année.

En province, les élus locaux tirent la sonnette d’alarme. Les petits aéroports régionaux, qui vivent pour l’essentiel à la faveur de l’activité, largement subventionnée, de la compagnie aérienne irlandaise low cost Ryanair, pourraient mettre la clé sous la porte les uns après les autres. Le quotidien Les Échos a révélé qu’une demi-douzaine d’aéroports – à l’image de Tours, Nîmes, Poitiers, Carcassonne ou Dinard – serait considérablement affaiblie dans le cas où la Commission européenne menait à bien son intention de fermer le robinet des aides publiques destinées aux aéroports régionaux et aux compagnies low cost. Le texte à l’étude à Bruxelles viserait d’abord à plafonner les aides à l’investissement en fonction du nombre de passagers. Quant aux aides au fonctionnement, elles seraient tout bonnement appelées à disparaître. Les subventions versées aux compagnies aériennes pour les lancements de nouvelles lignes – objets de nombreuses plaintes en France ou en Allemagne dirigées essentiellement contre Ryanair – seraient aussi réduites à peau de chagrin.

La France propose une sortie de crise

Ces propositions ne sont pas du goût de certains États membres de l’Union européenne. Le gouvernement français, chef de file de la contestation européenne, a déjà formulé des contre-propositions. La France voudrait ainsi autoriser jusqu’à 85 % d’aides à l’investissement pour les aéroports de moins de 500 000 passagers et maintenir les aides à l’exploitation pour les aéroports les plus vertueux qui peinent à trouver un modèle économique sain et pérenne. Elle accepterait néanmoins le principe d’un durcissement des règles relatives aux aides directes aux compagnies aériennes en question.

En province, les acteurs politiques sont vent debout. Dans l’agglomération tourangelle, par exemple, l’ensemble des collectivités territoriales soutiennent l’aéroport civil et touristique à hauteur de 950 000 euros chacun, par an. Également engagée dans le syndicat mixte, la chambre de commerce et d’industrie débloque aussi annuellement une enveloppe de 400 000 euros environ.

Minoritaires, les élus écologistes, PC et certains élus du PS poussent pour la disparition de ces aides publiques, dénonçant une aide déguisée à une entreprise privée. En 2010 déjà, Claude Roiron (PS), alors présidente du conseil général, s’était montrée très critique à l’idée de devoir de telles sommes à la low cost Ryanair, dans un contexte de restriction budgétaire et d’explosion des budgets sociaux. Retardant au maximum le versement de sa subvention, le département d’Indre-et-Loire avait provoqué l’ire de la compagnie irlandaise, qui avait suspendu quelques jours la réservation des vols au départ de l’aéroport de Tours. Claude Roiron dénonçait alors une « prise en otage » des usagers: « Ryanair montre, après 319 millions d’euros de bénéfices pour 2009-2010 que les soutiens versés grâce aux subventions des collectivités locales, lui importent plus que le service rendu à ses usagers et clients. Cette attitude conforte le conseil général d’Indre-et-Loire dans ses positions défendues, au cours des derniers mois, rejoint sur ce point par de nombreuses autres collectivités à travers le pays ».

Pas d’aéroport sans subventions?

À l’heure actuelle, le consensus politique s’est, au moins en façade, renoué. Avec 200 000 passagers par an (bientôt 250 000), l’aéroport de Tours, le seul en région Centre, dessert actuellement des villes comme Marseille, Porto, Londres, Dublin, Marrakech, Figari ou Ajaccio. Le succès est incontestable mais il n’en demeure pas moins fragile. Pour Alain Dayan, président du syndicat mixte, il n’est « pas question de laisser tomber » le principe des subventions. Selon ses estimations, « un aéroport avec moins de 500 000 passagers est en effet forcément déficitaire ».

À une centaine de kilomètres de Tours, la direction de l’aéroport de Poitiers retient elle aussi son souffle. André Sénécheau, vice-président du conseil général de la Vienne et président du syndicat mixte de l’aéroport, ne dit guère autre chose, assurant que si de telles mesures étaient prises par Bruxelles, « l’aéroport ferme! ».

C’est tout un écosystème qui se retrouverait ainsi menacé. Car il n’y a pas que les compagnies low cost qui font vivre ces aéroports, les voyagistes affrètent ponctuellement des avions charters pour leurs destinations. La fermeture éventuelle de certains aéroports de province aurait dès lors des conséquences, non négligeables, sur tout un pan de l’économie touristique.

Le low cost progresse dans le monde

Selon une étude réalisée par Amadeus, fournisseur de systèmes de réservation pour l’industrie du voyage et du tourisme, le nombre de sièges disponibles en low cost a progressé de 6,8 % au premier semestre 2013. L’Asie représente à elle seule plus de 50 % de la croissance mondiale. En Europe, la capacité des compagnies à bas prix a augmenté de 0,8 %. Madrid affiche même une chute du nombre de sièges de 27 % (la baisse la plus importante de toutes les capitales européennes), alors que Varsovie a vu sa capacité augmenter de plus de 63 % en un an. Les compagnies low cost représentent 27 % de tous les passagers au départ de la capitale polonaise. Londres reste le chef de file mondial des compagnies low cost, avec 15 millions de sièges disponibles. Étant donné le taux de croissance enregistré par Djakarta (44 %) et Kuala-Lumpur (15 %), la hiérarchie en tête du palmarès pourrait bientôt changer.

Hostilités aériennes en Limousin

Le torchon brûle aujourd’hui entre les deux aéroports limousins de Brive-Vallée de la Dordogne et de Limoges-Bellegarde! Et illustre bien les tensions montantes entre des infrastructures régionales relativement fragiles. L’aéroport de Brive-Vallée de la Dordogne vient d’annoncer deux nouvelles liaisons, l’une estivale à destination de Porto avec Europ Airpost, l’autre vers Londres-Stansted assurée par Ryanair. Or, l’Irlandaise dessert déjà la capitale britannique pour l’aéroport de Limoges-Bellegarde. "C’est une rupture du contrat de confiance qui nous unissait", estime Jean-Pierre Limousin, président de la CCI Haute-Vienne, gestionnaire de Limoges-Bellegarde. Ce contrat de confiance entre les deux aéroports, ou plutôt protocole de bonne conduite, était la condition posée par le conseil régional pour participer au financement de Brive-Vallée de la Dordogne. Un aéroport mis en service en juillet 2010 afin de remplacer l’aérodrome de Brive-Laroche devenu dangereux dans une zone urbanisée et qui ne fonctionnait plus que grâce à des dérogations. L’incapacité des Limougeauds et des Corréziens pour aménager un aéroport commun a donc abouti à l’existence de deux "aéroports internationaux" à une centaine de kilomètres de distance, dans une région qui n’est pas réputée pour son dynamisme économique ou démographique. Grâce à cette nouvelle liaison vers Londres, la plateforme de Brive-Vallée de la Dordogne prévoit d’augmenter sa fréquentation de 10 000 à 12 000 passagers alors que celle de Limoges-Bellegarde (307 000 passagers en 2012) craint de perdre non seulement du trafic mais aussi, à terme, sa liaison vers la capitale britannique.

Olivier Jacquinot

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