Maritime/aérien Qui sont les principaux acteurs du transport maritime et aérien à destination de la Corse? Comment ont-ils vécu l’année 2013 et quels sont les nouveaux enjeux du secteur? Décryptage.
Compte tenu du contexte îlien de la Corse, seuls deux moyens s’offrent aux touristes, que l’on soit en individuel et en groupe, désirant se rendre sur l’île de beauté: le bateau ou l’avion!
La voie maritime, historique, peut être réalisée via trois compagnies. À commencer par Corsica Ferries, leader sur la destination. « En 2013, Corsica Ferries a conforté sa position de leader de juin à septembre, et a augmenté légèrement son trafic par rapport à la même période de 2012. Sa part de marché sur la Corse est passée de 63,1 % à 63,5 % », indiquait un communiqué de la compagnie daté de novembre dernier. L’autre bon résultat concerne la clientèle groupes: « La Corse a bien fonctionné pour nous l’année dernière, notamment pour les groupes, puisque nous avons réalisé une hausse des trafics de près de 5 %, sur cette clientèle », indique Roland Ferrarri, responsable commercial France au sein de la compagnie. Aux vues de ces bons chiffres, Corsica Ferries a d’ores et déjà annoncé 70 traversées supplémentaires entre le continent et la Corse pour cette année. « Nous avons mis en place une nouvelle liaison entre Bastia et l’Île d’Elbe en juillet 2013 que l’on va renouveler l’année prochaine, ajoute Roland Ferrari. Cette nouvelle liaison n’a pas encore su trouver son public auprès des groupes, contrairement aux GIR. Mais nous sommes en train de démarcher des opérateurs, qu’ils soient insulaires ou non, car nous pensons que cette liaison pourrait être une extension à un programme existant. Les groupes pourraient faire une visite d’une journée sur l’Île d’Elbe, car la traversée ne dure qu’une heure trente ».
Autre opérateur maritime: La Méridionale. La plus ancienne compagnie fondée en 1931 assure la continuité territoriale de l’île et, est délégataire de service public. Elle propose 20 liaisons hebdomadaires au départ de Marseille en direction de Bastia, d’Ajaccio et de Propriano, et a transporté 251 926 passagers vers la Corse en 2013. « Nous avons eu une année plutôt bonne, même au niveau des groupes, malgré une baisse général du trafic maritime », précise t-on à la compagnie. Les particularités de La Méridionale? « Nous fonctionnons avec des navires mixtes offrant une capacité 500 places, alors que d’autres bateaux d’autres compagnies vont jusqu’à 2 000 personnes. Cela nous permet d’assurer un meilleur service à la clientèle. L’autre particularité est le fait que nous ne réalisons que des traversées de nuit. Les clients arrivent ainsi frais et dispos en Corse », poursuit la compagnie.
Reste le troisième opérateur: la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM), qui aujourd’hui fait l’actualité en raison de ses graves problèmes de trésorerie et d’actionnariat (voir l’encadré). Elle a été fondée en 1969, et réalise 3 500 traversées par an entre la France, l’Italie et le Maghreb. La SNCM représente 35 % des parts de marché. Entre le continent et la Corse, la compagnie propose des dessertes dans les principaux ports (Bastia, Ajaccio, Île Rousse, Porto Vecchio, Propriano), au départ de Marseille, Nice et Toulon. Forte de 2 600 salariés, elle a réalisé un chiffre d’affaires de 300 millions d’euros en 2012. Cette année, elle assurera la délégation de service public entre la Corse et le continent avec La Méridionale, et à d’ores et déjà annoncé une nouvelle desserte au départ de Toulon et à destination de Porto Vecchio.
Du côté de l’aérien, compagnies régulières ou low cost volent vers la Corse (à l’exemple d’Air Corsica, d’Air France, de Volotea ou d’EasyJet). Les avions ont transporté 120 000 passagers de plus en 2013 par rapport à 2012. Plusieurs compagnies régulières ont profité de cet engouement pour l’île de beauté, et ont annoncé de multiples nouveautés pour cette année.
C’est le cas notamment d’Air Corsica qui étoffera son offre au printemps et à l’été 2014 au départ de Saint Etienne, Lyon, Nantes, Nantes, Clermont-Ferrand, Toulon, Perpignan et Liège (Belgique). Fondée en 1989, la compagnie assurait en fin d’année dernière 26 lignes régulières et était présente dans 13 aéroports. Entre 2011 et 2012, Air Corsica a transporté 1,7 million de passagers et engrangé un chiffre d’affaires de 174 millions d’euros.
Les compagnies low cost, elles aussi, ont tiré leur épingle du jeu, affichant un développement croissant depuis 2009, année où elles ont déployé leurs ailes vers la Corse. Et entendent bien poursuivre ce développement avec la mise en place cette année de nouvelles liaisons. Comme Volotea, qui a transporté 31 000 passagers vers l’île de beauté l’été dernier. Cette compagnie espagnole fondée en 2011 et qui dessert la Corse depuis 2012, annonce trois nouvelles lignes lors de la prochaine saison estivale: Nantes-Calvi, Bordeaux-Calvi et Caen-Ajaccio. Au total, Volotea proposera des vols à partir de 14 aéroports français, à destination d’Ajaccio, de Bastia, de Figari et de Calvi. Surfant sur cette même vague, la compagnie EasyJet lancera, elle, une desserte de Figari au départ de Lyon et de Paris. Quant à XL Airways, elle reste encore à ce jour discrète sur ses projets. En revanche, la filiale d’Air France, Transavia, a annoncé qu’elle « arrêtait cette année ses liaisons avec la Corse », en justifiant simplement cette décision par « un choix stratégique »…
L’engouement pour l’aérien qui s’est clairement renforcé en 2013 à destination de la Corse, ne semble pourtant pas inquiéter les compagnies maritimes, et en particulier concernant le marché groupes. « Cela aura sûrement plus un impact sur l’individuel que sur les groupes, notamment pour les clientèles du nord de la France. Mais nous ne sommes pas inquiets, car il y a notamment, et en premier lieu, la question du coût qui joue en notre faveur. En choisissant le ferry, le prix sera évidemment beaucoup plus attractif, donc plus abordable, comparé à l’avion. De plus, les groupes peuvent embarquer avec leur autocar, un aspect pratique qui n’est pas négligeable. Il faut savoir que nous avons de grosses capacités (certains ferries peuvent transporter jusqu’à 2 000 personnes), un aspect qui ne peut laisser indifférents les autocaristes », souligne Roland Ferrari (Corsica Ferries).
Du côté des autocaristes et réceptifs, le fait de privilégier l’aérien au détriment du ferry est encore loin de faire l’unanimité. Quelques-uns ont cependant choisi de franchir le pas. À l’exemple de Richou Voyages: « Nous proposons du ferry et de l’avion, mais nous passons plus souvent par l’avion car sinon, nous devons traverser la France. Nous n’empruntons les ferries que sur des programmes promotionnels et sur certains circuits, mais il faut le reconnaître, l’avion remporte l’adhésion des clients », indique Patricia Cesbron, responsable du service groupes autocar. Chez Daumin Voyages, on ne programme que de l’aérien « car nous sommes dans l’Est, c’est donc plus simple pour nos clients », indique tout simplement Rodolphe Siegmund, directeur commercial. D’autres en revanche comme Philibert Voyages, Périer Voyages ou Voyages Moreau, proposent les deux modes de transport, en fonction de la demande des clients. Mais pour Faure Tourisme et Nap Tourisme, le ferry est systématiquement préféré à l’avion: « En général, nous programmons la Corse en autocar, nous passons par conséquent par la voie maritime. Cela tient au fait que nous sommes en région Rhône Alpes, donc pas très loin de Marseille. Il nous arrive de prendre l’avion, mais c’est rare », indique Sylvie Blanchard, commerciale groupe chez Faure Tourisme. Un choix partagé par Karine Héraud du service groupe de Nap Tourisme: « Nous voyageons principalement par ferry car cela nous permet d’utiliser nos autocars, et donc de les faire rouler, une fois arrivés à destination ». Et Florence Burnel Athroubi, responsable groupes chez Destination Corse de renchérir: « en utilisant son autocar, cela permet d’éviter de louer un véhicule sur place. Par ailleurs, il faut aussi considérer le fait que certains clients préfèrent emprunter les routes, plutôt que les lignes aériennes ».
D’autres raisons expliquent ce choix de privilégier un mode de transport par rapport à l’autre. Dans le cadre d’une formule « courts séjours, par exemple, le ferry est le perdant. Faute de ne pouvoir égaler le temps de trajet proposé par l’avion. C’est alors une journée de voyage peu rentable, voire tout simplement perdue. Autre inconvénient: le prix. « Il peut devenir très onéreux, pour peu que s’additionne le tarif de la cabine pour une traversée de nuit, celui du repas au restaurant…, cela peut rapidement dépasser le prix d’une nuit d’hôtel, et de fait revenir plus cher que l’avion dans certains cas », estime Florence Burnel Athroubi (Destination Corse). Pour les autocaristes et les réceptifs programmant la Corse en aérien, l’un des principaux avantages (au delà d’un temps de trajet évidemment plus avantageux qu’en ferry), est le prix…, et notamment avec l’arrivée des compagnies low cost. « Les low cost nous ont fait gagner 10 % sur les tarifs du transport », relève ainsi la responsable groupes de Destination Corse. En revanche, la réservation, notamment pour certaines compagnies à bas prix peut cependant vite devenir problématique: « Par exemple avec EasyJet, il y a deux possibilités. Soit le groupe compte plus de 41 personnes, et dans ce cas la compagnie nous communique le prix à l’instant T, qu’il faut payer sur le champ. En revanche, s’il y a moins de 41 personnes, cela fonctionne comme pour les individuels. Par conséquent, il n’est possible de faire des réservations que dix par dix, avec des prix qui peuvent varier. Sans compter que l’on pourra être confronté à un manque de place pour une partie du groupe dans un vol que nous aurons préalablement sélectionné. Parfois, il est donc nécessaire de surévaluer le prix du transport », ajoute Florence Burnel Athroubi (Destination Corse).
Air, mer… à chaque mode, ses particularités. Avec ses avantages et ses inconvénients, qui ne laissent en tout cas pas entrevoir qu’une bataille entre aérien et maritime puisse s’engager sur le segment groupes.
Une solution semble avoir été trouvée pour éviter une issue fatale à la SNCM. En effet, un plan de redressement, sur lequel s’est engagé le gouvernement, a été validé le 22 janvier par le conseil de surveillance de la Société nationale Corse Méditerranée.
Parmi les mesures actées, on trouve notamment la suppression, étalée sur deux ans, de 500 postes sur les 2 600 que compte la compagnie, via la mise en place d’un plan de départ, l’augmentation du temps de travail, ainsi qu’un renouvellement de la flotte avec l’achat de quatre bateaux. Des négociations sont en cours afin de mettre en œuvre les dispositions de l’accord. Elles devraient aboutir d’ici un mois. Ce plan de redressement fait suite à neuf jours de grève entamés le 1er janvier dernier par les salariés de la compagnie qui réclamaient, entre autres, le renouvellement de la flotte et l’imposition du pavillon français « premier registre » à toutes les compagnies maritimes opérant dans le pays. Cette dernière revendication visait principalement la compagnie Corsica Ferries, qui navigue sous le pavillon italien, est qui est accusée « de dumping social ».
Au cours de la journée du 22 janvier 2014, la possibilité de créer une économie mixte qui louerait les navires de la SNCM a aussi été évoquée lors d’une rencontre réunissant plusieurs élus de collectivités ayant un lien avec la compagnie au ministère des Transports. Elle permettrait ainsi aux collectivités qui le souhaitent de s’engager auprès de l’opérateur maritime, et pourrait régler les problèmes d’actionnariat qui le déstabilise. En effet, la SNCM, détenue à 66 % par Transdev (co-filiale de la Caisse des Dépôts et de Veolia Environnement), 25 % par l’État et 9 % par ses salariés doit faire face à la volonté de désengagement de Veolia et de Transdev. Alors que l’Union européenne a condamné la compagnie à rembourser les 440 millions d’aides publiques reçues entre 2006 et 2013, considérées comme illicites.