APST 2013 aura été l’année de mise en œuvre de nouvelles mesures pour les adhérents de l’association professionnelle de solidarité du tourisme. Parallèlement, de nouvelles garanties sont en projet pour les consommateurs. Le point avec Raoul Nabet, son président.
Pas de répit pour l’APST, l’association professionnelle de solidarité du tourisme dont Raoul Nabet a été réélu pour trois ans à la présidence en avril dernier. Après une année 2012 relativement calme, elle a été de nouveau mise à mal dès le début de 2013 avec plusieurs défaillances qui lui ont coûté cher. L’association en a tenu compte dans ses calculs de cotisations via des réajustements. Parallèlement, elle mène différents projets destinés à améliorer et élargir les futures garanties apportées aux consommateurs. Pourquoi et comment? Réponses de Raoul Nabet.
Quel bilan tirez-vous de cette année 2013 pour l’APST?
Nous aurons à nouveau une nouvelle mauvaise année. Si 2012 a été bonne pour l’APST (le montant brut des sinistres affichait 2,2 millions d’euros, ndlr) après trois exercices exécrables caractérisés par des sinistres cumulés d’environ trois à cinq millions d’euros. 2013 marquera un record en terme de faillites, et sera déficitaire. Nous avons enregistré une hausse significative du nombre de sinistres (ils étaient de 64 en 2012, ndlr). Nous sommes solidaires des chiffres des défaillances que nous indiquent les tribunaux de commerce, la branche tourisme ne fait pas mieux que d’autres branches de services. C’est général. Mais pour la même catégorie professionnelle, il y a moins de défaillances au sein de l’APST qu’ailleurs
Quelle catégorie d’adhérents a généré les sinistres les plus chers?
C’est celle des producteurs (35 % des cotisations, ndlr) ceux qui fabriquent et distribuent eux-mêmes leur production. Ils encaissent uniquement ce qu’ils fabriquent et vendent. Une des trois familles que j’ai souhaité mettre en place cette année, classées selon le risque encouru. Pour mémoire, les deux autres sont les distributeurs (45 % des cotisations, ndlr) rassemblant les entreprises dont l’essentiel du métier est de distribuer, et celle des tour-opérateurs (10 % des cotisations, ndlr) qui revendent majoritairement leur production via les réseaux de distribution. Depuis cinq ans, l’APST a calculé que c’est cette famille des producteurs, dont fait partie les groupistes, qui présentait le plus gros risque, avec à seux euls 60 % des sinistres contre 26 % pour les tour-opérateurs et 19 % pour les distributeurs. Mon risque, c’est le flux financier et il est forcément plus fort avec les producteurs, en raison du volume traité par dossier, que dans les autres familles.
Face à ce constat, avez-vous pris des mesures particulières?
En effet. La distinction de ces trois familles s’est accompagnée au 1er janvier 2013, de trois catégories de cotisants de manière à mieux coller aux risques financiers encourus. Ainsi, le taux de cotisation variable d’un distributeur est passé à 0,7 % du montant de sa garantie nominale, pour un tour-opérateur elle est de 0,8 % et enfin, pour un producteur de 0,9 %. De fait, le réassureur a augmenté la ligne de crédit, qui est passée de cinq à huit millions d’euros, ce qui nous fait une couverture de 13 millions d’euros. J’ai trouvé juste de faire ce distinguo, compris et accepté par l’ensemble des adhérents dans l’intérêt collectif. C’est la première année à l’APST que nous avons décidé la mise en place d’un taux modulé en fonction du risque financier, puisqu’auparavant nous avions un taux unique de cotisation de 0,6 %. Cette modulation constitue une étape, car il n’est pas impossible que ces taux puissent augmenter à l’avenir. L’idéal serait que chaque famille d’activité soit à même de financer ses propres sinistres. Par ailleurs, j’ai mis fin à un régime discriminatoire, qui faisait que certains adhérents parmi les plus gros, étaient exonérés de contre-garanties. Aujourd’hui à l’APST, il n’y a plus d’adhérents qui n’en apportent pas. Nous avons mis en place un outil informatique de dispositif de veille économique permanente sur ces contre-garanties. Cela nous a demandé deux ans de préparation, et il devrait être finalisé d’ici la fin de cette année. Cela nous permettra une meilleure gestion en faisant de la prévention de risques. Tout cela en ligne. Enfin, les contrôles sur site se poursuivent, des visites surprise ou sur rendez-vous. Par ailleurs, nous avons au sein de l’APST quatre analystes financiers, au lieu d’un avant mon arrivée. C’est un service qui va être amené à évoluer.
Avec la crise qui dure, craignez-vous une multiplication des défaillances?
Sauf retournement de la conjoncture et de la situation économique, il nous faut vivre pour le moment avec la crise et la considérer comme un paramètre incontournable de la gestion de nos entreprises. On l’a subie de plein fouet depuis 2008, et aujourd’hui encore on n’en voit pas la sortie. Économiquement parlant, il n’y a aucun signe de reprise en France, en attestent les résultats des tour-opérateurs français, comme la hausse cette année du nombre de défaillances. Nous n’avons pas le choix, nous devons nous adapter à cet environnement, tout en restant vigilant.
Si Fram venait à déposer le bilan, quel serait le risque pour l’association?
Le tour-opérateur toulousain est dans une mauvaise situation depuis un moment, et celle-ci dure. Un dépôt de bilan de Fram représenterait évidemment un gros sinistre pour l’association, qui pourrait, peut-être la mettre en danger. Mais, il y a des moyens de retournement, car depuis fin 2012, le tour-opérateur apporte de manière concrète des contre-garanties à l’APST (un patrimoine, ndlr) récupérables avec le temps. Cependant, il me paraît évident que si Fram devait être déclaré en cessation de paiement, aucun juge ne décidera d’une mise en liquidation judiciaire immédiate parce que le tour-opérateur, contrairement à beaucoup d’autres, mise à part le Club Méditerranée, possède des biens importants. Je dirais, donc, que Fram, ne représente finalement pas un gros risque pour l’APST.
L’APST est l’institution au service des professionnels du tourisme, mais aussi des consommateurs. Doit-elle donc évoluer vers davantage de protection pour les clients?
Pour assurer sa pérennité, l’APST doit conforter son fonds de garantie tout en proposant aux consommateurs de nouveaux services. Ils viendront non seulement répondre aux demandes des associations de consommateurs mais renforceront l’image de la profession. Aujourd’hui, ces clients veulent plus de réassurance, et si l’APST veut pérenniser son système, il doit logiquement évoluer, ne plus reposer uniquement sur l’adhérent agence de voyages, mais aussi sur une participation du consommateur. Dans ce contexte, l’APST souhaite décliner en France l’exemple hollandais du fonds de calamités, qui a déjà dix ans d’existence… sans accroc. Ce dernier permet de couvrir le consommateur dans des cas où aujourd’hui il n’est pas couvert. Par exemple: les inondations de Bangkok, le nuage islandais, Fukushima, les événements d’Égypte et de Tunisie… Des administrateurs (des professionnels) de ce fonds, qui ne serait réservé qu’aux adhérents de l’APST, décideront en commun de dire si un événement a lieu ou pas d’être considéré comme calamité. Et lorsque je parlais de participation du consommateur, cela se traduirait dans la pratique par une somme (de trois à dix euros, ndlr) qui serait incluse dans le prix du voyage à forfait. Est-ce qu’elle sera visible ou non dans la facture pour le client? Les professionnels en décideront. Sachant que le modèle hollandais fixe un montant, alors qu’au Canada, il s’agit d’un taux. Le projet est toujours en cours de réflexion, et pourrait voir le jour au printemps ou à l’été 2014.
Est-il également toujours question de mettre en place un fonds des défaillances des compagnies aériennes?
En effet. Nous sommes là encore dans l’objectif de permettre à notre profession de conforter son professionnalisme en protégeant le consommateur sur un pan important de l’activité des agences de voyages, la vente de vols secs. Ainsi, la garantie financière qui est aujourd’hui prévue uniquement dans le cadre de forfaits, serait étendue à ces vols secs suite à la défaillance d’une compagnie aérienne. Concrètement, des frais seraient incluent dans chaque billet acheté, et s’il y a défaillance du transporteur, serait remboursé au client. Un système, là encore, qui sera réservé aux adhérents de l’APST et pourrait être opérationnel au printemps ou à l’été prochain.
Où en est-on du projet de caisse de caution visant à aider les agences de voyages ne pouvant plus répondre aux critères de liquidité d’Iata?
Il s’agit de la Scav, société coopérative d’agences de voyages que nous avons créée pour les agences qui ont besoin d’une garantie financière vis-à-vis des fournisseurs. Nous n’avons pas du tout avancé sur ce projet avec Iata, aujourd’hui en stand-by. Nous avons eu une fin de non recevoir. Pour l’instant, il est mis de côté, on y reviendra ultérieurement. Peut-être. Néanmoins, avec la SNCF, les choses se précisent et il y a véritablement une volonté d’aboutir de la part des deux parties. Les négociations avancent progressivement. Mais, à l’heure actuelle, il est difficile de dire si ce projet aboutira et quand…
La formation est un domaine auquel s’est intéressée l’APST. C’est toujours le cas?
Dans le domaine de la formation, il faut faire la distinction entre deux choses. Il y a d’abord le centre de formation des professionnels du tourisme, CFPT, mis en place en partenariat et à parité avec le Snav. Ici, l’APST assure des formations d’ordre financière et économique, le syndicat, lui, celles liées à l’activité. En 2012, ce sont 250 journées formations qui ont été dispensées, elles ont été de 300 cette année avec un objectif de 400 escomptées en 2014. Par ailleurs, nous avons mis en place, en partenariat également avec le Snav mais aussi Atout France, des formations sur une demi-journée pour tous les demandeurs d’un numéro d’immatriculation ayant déposé un dossier, et qui ont lieu dans les locaux de l’APST.
Début 2014, le Snav s’installera dans les locaux de l’APST pour occuper des bureaux sur deux niveaux de l’immeuble racheté récemment en intégralité (il manquait deux étages), rue Carnot à Paris. La valorisation est estimée autour des 35 millions d’euros. “Avec l’espoir de poser les bases de la création de la Maison du Tourisme, qui accueillerait l’ensemble des institutionnels les plus représentatifs du tourisme privé en France”, conclut Raoul Nabet.
Au troisième trimestre 2013, il y a eu près de 13 000 redressements et liquidations enregistrés, tous secteurs confondus, soit 7,5 % de plus que pour la même période de 2012. Les TPE de moins de dix salariés concentrent 90 % du nombre de défaillances. Sur l’ensemble de l’année 2013, le secteur des agences distributrices devrait afficher environ 90 défaillances, soit une quinzaine de moins qu’en 2012, mais une dizaine de plus qu’en 2012 (source: Altarès – Tour Hebdo/octobre 2013).
Les groupistes ne sont pas particulièrement distingués à l’APST. Ils font partie de la famille des producteurs, qui rassemblent 750 adhérents sur les 3 350 que compte l’association. Les distributeurs représentent la majorité des adhérents (1950), tandis que les tour-opérateurs sont au nombre de 300 et les institutionnels, hôteliers, prestataires d’activités de loisirs… 350. "Nous avons chaque mois une trentaine de dossiers à traîter pour des demandes d’adhésion, indique Raoul Nabet, président de l’APST. Sur ces demandes, 85 % d’entre elles sont des créations de très très petites entreprises". Et pourtant, le nombre d’adhérents de l’association n’augmente pas pour autant… "Elle est, en effet très faible, de 1 à 4 % ces dernières années", confirme t-il, et d’expliquer ce phénomène paradoxal par le fait "de mouvements liés à des rachats d’entreprise, des cessations d’activité (le plus courant, ndlr), auxquels s’ajoutent des liquidations, des démissions ou des radiations (10 % des adhérents, ndlr) venant ainsi contrebalancer le nombre élevé des demandes".