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Où va le produit autocar?

Enquête | publié le : 01.12.2013 | Dernière Mise à jour : 01.12.2013

Auteur

  • Stéphane Jarre

Marché – Si la manière de concevoir les voyages en autocar n’a guère changé, en revanche les autocaristes adaptent leurs offres aux attentes de leur clientèle et aux nouvelles façons de voyager. État d’un secteur qui se porte relativement bien.

S’il existe toujours une clientèle pour les voyages en autocar, force est de constater que la nature de la demande évolue, obligeant les autocaristes à proposer des produits adaptés aux nouvelles attentes des groupes constitués. Pour autant, les produits classiques continuent de plaire, et les destinations habituelles restent encore cette année très prisées. Même si la demande a tendance à stagner, le produit autocar reste une valeur sûre. Tout en épousant les transformations qui se font jour. Le voyage en autocar est directement concerné par les évolutions constatées sur le marché du tourisme de groupe. La principale caractéristique de ces dernières années tient à la baisse de la taille des groupes constitués. Tous les voyagistes ne sont toutefois pas dans la même situation. Yves Mariot, Pdg de Mariot Voyages, dans le Nord, observe, lui, une augmentation de la taille des groupes constitués. Mais, c’est un peu l’exception. Jérôme Notte, Pdg de Not’Car, estime que "cela devient compliqué avec les groupes constitués". Toutefois, la partie n’est pas perdue, y compris avec les comités d’entreprise dont "on sent qu’ils ont de nouveau envie de monter des voyages" .

Cependant, ce désir se heurte à quelques réalités d’aujourd’hui. Les prescripteurs de voyages de groupe, qu’ils soient comité d’entreprise, collectivité locale ou association, ont de plus en plus de difficultés à réunir un nombre important d’inscrits. Sans même parler de remplir un autocar de plus de cinquante places au complet, il est parfois impossible d’atteindre la taille critique qui assure, pour l’autocariste, la rentabilité du voyage, généralement au-delà de 30 pax.

Précautions

Face à cette situation, deux solutions s’avancent: soit annuler purement et simplement le voyage, au risque de perdre non seulement du chiffre d’affaires mais aussi des clients, soit composer un voyage à partir de deux ou plusieurs groupes constitués. "Nous pouvons les aider à se regrouper", indique Anne-Sophie Lecarpentier, directrice de Périer Voyages à Lillebonne, en Haute-Normandie. Mais encore faut-il bien connaître sa clientèle pour pouvoir procéder de la sorte. "Nous devons être attentif à ce que les groupes constitués ainsi rassemblés soient compatibles entre eux, avertit-elle. Si chaque groupe a une très forte personnalité à sa tête, il faut veiller à ce que l’une d’entre elles ne prenne pas l’ascendant sur tout l’autocar, y compris sur le groupe qui n’est pas le sien." Autre option possible, évoquée par Corinne Bonnafoux, responsable de l’agence de voyages Groupe Perraud, à Tullins, dans l’Isère, "intégrer un groupe constitué à un voyage GIR". Cela permet d’enlever aux organisateurs de voyage de groupe la pression que constitue la nécessité de réunir le plus grand nombre de personnes possibles pour bénéficier des tarifs les plus avantageux. En se joignant à un voyage GIR, le prix est fixe, ferme et définitif, quel que soit le nombre de participants et le départ est garanti. "La fusion entre les voyageurs inscrits individuellement et ceux qui forment un groupe constitué se passe bien", relève Corinne Bonnafoux.

Fabrication maison

L’autocariste, par delà les solutions pratiques qu’il peut trouver pour remplir son autocar, se doit aussi de faire évoluer son offre de manière à rendre le voyage en autocar aussi attrayant que possible pour la clientèle d’aujourd’hui, moins friande de partage et, somme toute, plus individualiste, plus exigeante sur les prestations, plus pressée aussi.

La manière de monter un voyage de groupe n’a pas vraiment changé. "Nous fabriquons nous-mêmes nos voyages", explique Corinne Bonnafoux. C’est aussi le cas chez Périer Voyages. La possibilité de coller aux attentes précises d’une clientèle bien connue est importante selon Anne-Sophie Lecarpentier. "Nous calculons nos tarifs en prenant en compte les obligations légales régissant les transports de voyageurs et en s’assurant de la cohérence du programme, qu’il soit réaliste et pas trop surchargé", indique la directrice de Périer Voyages. Comme les autres, elle s’appuie sur les réceptifs ou les partenaires – des hôteliers qui proposent eux-mêmes des packages par exemple – pour élaborer le programme ou pour répondre aux demandes sur mesure qui lui sont adressées.

"Je suis très souvent sur le terrain", indique Corinne Bonnafoux qui a "beaucoup voyagé avec les groupes. Nous avons tissé au fil du temps des liens très forts avec nos partenaires", ce qui facilite la relation de confiance, et aide aussi à décrypter les possibilités offertes par une destination.

Classique ou nouveau

Jérôme Notte met en avant aussi le rôle des conducteurs des autocars. Leur expérience leur permet de connaître parfaitement les lieux où ils emmènent les clients. "Ce sont des émissaires qui nous renseignent sur les prestations qui ont été accordées à nos voyageurs, et qui nous aident à produire un programme cohérent, ne serait-ce qu’en intégrant la réalité des temps de transport", explique le Pdg de Not’Car.

Trouver un accompagnateur local qui fait découvrir sa région aux voyageurs, faire halte dans le bon restaurant sont aussi très importants pour bâtir une offre groupe. Alors que les comités d’entreprise sont plutôt demandeurs de formules dépouillées, se limitant parfois au transport, à l’hébergement et au petit-déjeuner, ce n’est pas le cas pour la clientèle senior qui affectionne encore d’être encadrée, et d’avoir un programme bien rempli tout en étant adapté à la condition physique des participants.

Par delà ces considérations sur l’évolution du marché et les solutions recherchées pour continuer à faire voyager les touristes en autocar, où sont partis les groupes cette année? Quelles destinations ou produits ont fonctionné?

"Il y a des constantes", relève Corinne Bonnafoux. Les clients de Perraud Voyages continuent de réclamer "Paris toute l’année, le tour de la Corse, mais aussi le carnaval de Venise, les marchés de Noël dans l’Est de la France, la Hollande des fleurs, les produits à thème comme le spectacle du Puy du Fou ou encore certains salons grand public. Ils sont aussi sensibles aux promotions qui leur sont proposées à un prix très intéressant comme l’Espagne, observe-t-elle. D’une manière générale, Paris revient régulièrement parmi les destinations qui fonctionnent auprès des autocaristes de province. Jérôme Notte ajoute à la liste habituelle des produits classiques le Mont Saint-Michel, les voyages aux sports d’hiver, ou encore, proximité géographique oblige pour les Nordistes, des sorties au parc animalier belge Pairi Daiza, dans le Hainaut, à Aix-la-Chapelle et au château de Monschau en Allemagne. Le Louvre-Lens s’impose aussi dorénavant parmi les excursions classiques qui fonctionnent bien. En revanche, "depuis trois ou quatre ans, on ne fait plus d’Espagne, ni de Venise en autocar. Les clients préfèrent l’avion pour ces destinations éloignées du Nord de la France", explique le patron de Not’Car. Un constat que n’a pas fait Yves Mariot, pourtant basé dans le Nord lui aussi. Il a emmené des groupes en Espagne, avec une étape en cours de route. En revanche, il rejoint Jérôme Notte lorsqu’il parle d’un intérêt marqué pour le Louvre-Lens de la part des gens du Nord. "Ils ont également adoré Londres et le bouche-à-oreille a bien fonctionné, notamment le programme basé sur les lieux de tournage du film Harry Potter", ajoute par ailleurs le Pdg de Mariot Voyages. À Paris, c’est actuellement La Belle et la bête au théâtre Mogador qui draine les foules, précise Yves Mariot, mais également Disneyland. En deux ou trois jours, les marchés de Noël ou encore le Mont-Saint-Michel restent très prisés, de même que la Cinéscénie du Puy du Fou ou le Furoscope.

Les Normands qui partent avec Périer Voyages ont voulu chercher "le soleil, mais pas trop loin", résume Anne-Sophie Lecarpentier. Mais ils sont tout de même "descendus" jusqu’au Pays basque ou dans le Périgord, partis plus nombreux que d’habitude encore vers l’Italie. "Nous avons également bien vendu la Cantabrie en autocar, avec une traversée maritime entre Roscoff et Santander. Le bateau apporte une originalité qui plaît à nos clients qui apprécient aussi le côté mini-croisière que leur propose notre programme" relève t-elle.

Et pour l’année prochaine? "Nous sautons sur les événements, sur les engouements médiatiques pour proposer des nouveautés, confie Corinne Bonnafoux. Ce sera le cas l’an prochain pour le 70e anniversaire du Débarquement. Nous avons intégré la Normandie à notre brochure par exemple." D’autres aussi vont surfer sur la vague du tourisme de mémoire en 2014, notamment autour de la Première Guerre mondiale.

Combinaisons

Le désir le plus cher des autocaristes est bien de convaincre leurs clients de renouveler leurs envies de voyages, et à découvrir leurs nouveautés. La brochure, toutefois, n’est souvent plus qu’une vitrine. La demande vers des produits spécifiques, conçus spécialement pour un groupe, ne cesse d’augmenter.

Plusieurs autres caractéristiques se font jour, selon Éric Maier, Pdg d’Euro Moselle Loisirs, à Florange, en Lorraine. Les sorties à la journée ou les petits prix proposés pour des week-ends continuent de bien marcher. De même "le circuit élaboré, avec du contenu et des visites culturelles qui sort autour de 600 à 900 euros, reste très attrayant et séduit toujours, remarque-t-il. En revanche les ventes de produits intermédiaires se sont effondrées. Les longues distances souffrent aussi. Au-delà de 500 km de rayon, les gens préfèrent combiner l’avion et l’autocar qu’ils trouveront à l’arrivée à l’aéroport". ’La question du prix n’est plus toujours aussi déterminante. "La mise en place d’un ramassage au plus près du client est un avantage certain pour les voyages", souligne Corinne Bonnafoux. Ce n’est pas le seul. "Les prescripteurs de voyages en autocar sont sensibles au contenu et à la qualité de la prestation", affirme Éric Maier. Cela implique d’apporter "un soin tout particulier au choix des hébergements comme à la qualité de la restauration".

À ces conditions, le produit autocar garde toute sa pertinence dans l’éventail des offres touristiques, surtout que la proximité qu’il permet avec la clientèle est importante, notamment à l’occasion d’un ramassage au plus près du domicile.

Effacer l’effet de masse

Avec la sécurité qu’il procure, le sentiment de prise en charge qu’il véhicule, le confort dont il est aujoud’hui doté, qui peut aller jusqu’aux écrans individuels ou à une connexion wifi, il peut conserver ou retrouver son capital de séduction auprès de la clientèle groupes. Tout ce qui évite "l’effet de masse" doit être encouragé, y compris parfois en laissant davantage de liberté à chacun des participants pour découvrir une destination. "Le city trip en liberté, ça marche!", constate ainsi Éric Maier. De même, selon lui, il faut autant que faire se peut contrer la perception de lenteur du voyage en autocar qui demeure chez les clients.

Pour que le car "accélère", il est préférable de le confier à deux conducteurs qui peuvent se relayer au volant, et de bien rythmer les étapes. Le charme incomparable du paysage qui défile, qui ne fait pas de la destination le seul intérêt du voyage, l’ambiance qui peut se créer sont autant d’atouts que d’autres façons de voyager ne peuvent offrir. L’autocar reste bel et bien un produit touristique à part entière, qui ne demande qu’à être mis en valeur pour ce qu’il est autant que pour ce qu’il permet: voyager.

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