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Tunisie: le tourisme en ordre de bataille

Destination | publié le : 01.12.2013 | Dernière Mise à jour : 01.12.2013

Auteur

  • Shahinez Benabed

Marché Face aux attentats manqués sur les sites touristiques de Sousse et de Monastir en Tunisie le 30 octobre dernier, les professionnels du secteur ont décidé de réagir vite. Une stratégie qui a payé sur le court terme.

Nouvelle secousse pour le tourisme de groupe en Tunisie. Le 30 octobre dernier, un jeune kamikaze a tenté de se faire exploser sur la plage privée de l’hôtel Riadh Palm à Sousse, situé à 143 km au sud de Tunis. Si celui-ci s’est vu refuser l’entrée par les gardiens de l’établissement, il a tout de même enclenché le détonateur à quelques mètres des touristes, sans faire d’autre victime que lui-même. Plus tard dans la journée, un autre attentat était déjoué à Monastir, haut lieu du tourisme tunisien, à proximité du Mausolée de l’ancien président du pays, Habib Bourguiba. Ces deux événements seraient à imputer aux « salafistes jihadistes », selon le ministère de l’Intérieur tunisien, un mouvement minoritaire dans le pays, accusé de plusieurs actes terroristes dans le pays. Mais c’est la première fois depuis la révolution tunisienne de 2011 que le tourisme, quatrième économie du pays (soit 7 % du PIB), est touché directement

Action, réaction

Face à cette situation, les professionnels du secteur ont fait le choix de prendre le taureau par les cornes et d’agir vite, afin d’éviter que la situation ne s’envenime. C’est le cas de la Fédération tunisienne des agences de voyages (FTAV), qui a mis en place dès les premières heures après le drame, une cellule de crise à destination des clients choqués de l’hôtel Riadh Palm. Parmi les mesures prises figuraient celle de rassurer les touristes qui avaient assisté au drame, en mettant à leur disposition des psychologues, et en offrant des puces de téléphone portable pour que les clients puissent prévenir leurs proches. « Nous avons aussi participé à un rassemblement contre le terrorisme pour montrer que nous sommes solidaires des Tunisiens et que nous dénonçons ces actes », indique Mohamed Ali Toumi, président de la fédération. Des ateliers de gestion de communication de crise ont également été proposés par l’organisme aux professionnels. Et des consignes de sécurité ont été diffusées au sein du réseau: « Nous avons lancé un appel à la vigilance. Nous avons resserré nos liens avec la police politique afin de les informer en cas de problèmes. Nous avons aussi recommandé aux guides, aux conducteurs, etc., de faire plus attention lors des excursions, et d’avertir les autorités en cas de changement d’itinéraire. Tout cela pour que les clients se sentent plus en sécurité », poursuit Mohamed Ali Toumi.

L’office national du tourisme tunisien a, lui aussi, décidé d’agir vite. La structure institutionnelle, qui avait organisé un voyage de presse dans le pays quelques jours seulement avant le drame pour présenter la destination aux médias, a décidé de ne pas baisser les bras dans sa mission de promotion: « Notre modus operandi n’a pas changé. Il faut garder en tête que les personnes dangereuses ne sont pas toutes en prison. Nous allons continuer à promouvoir la Tunisie encore plus que jamais. Il ne faut pas laisser le champs libre à ces fous furieux », indique l’office.

Certains tour-opérateurs ont, quant à eux, mis en place une communication spécifique pour rassurer leurs clients. C’est le cas de Croisière Jaune, spécialiste des groupes. « Nous mettons en avant le fait que la Tunisie est un pays qui bouge. Qu’il y a de gros événements qui s’y déroulent », explique César Saint Ouen, Pdg de la compagnie, qui rappelle aussi qu’il ne faut pas penser que « tout ne va pas s’arranger bientôt, car c’est un pays qui vit sa démocratie. Avant la révolution, il y avait une presse muselée, on ne savait pas ce qui se passait. Cela ne veut pas dire qu’il ne s’y passait rien. Aujourd’hui, au moins, on en sait plus. Mais rappelons le, depuis 2011, il n’y a eu aucun problème grave touchant le tourisme. Le kamikaze n’est pas plus dangereux que l’homme qui s’est baladé à Paris avec un fusil à pompe ou que le typhon qui a frappé les Philippines ».

Faible impact sur les réservations

Ces différentes stratégies de crise semblent avoir plutôt bien fonctionné. « Nous n’avons eu aucune annulation de la part des groupes qui avaient réservé leur voyage, indique Mohamed Ali Toumi. De même, les touristes qui étaient en Tunisie au moment du drame sont restés. Seulement sept clients ont choisi de rentrer chez eux (mais pour certains, leur voyage arrivait à terme), et huit ou neuf clients de l’hôtel ont décidé dans un premier temps de changer d’établissement, mais sont finalement revenus au Riadh Palm. En revanche, pendant la semaine qui a suivi le drame, il y a eu un ralentissement des réservations, mais aujourd’hui, la situation est pareille à celle d’avant l’attentat. C’est-à-dire qu’elle reste préoccupante, mais qu’elle ne s’est pas aggravée ».

Même constat de la part de l’office national du tourisme tunisien. « Lorsque l’attentat a eu lieu, c’était déjà la période des vacances, et les touristes étaient déjà sur place. Donc il n’y a pas eu beaucoup d’annulations. D’autant plus que le gouvernement a bien pris les choses en main, et les voyageurs ont été rassurés ».

En revanche, pour Croisière Jaune, la situation est plus nuancée. « Nous avons eu deux trois séjours de groupes français qui ont été annulés ou repoussés, en raison de la crainte suscité par le kamikaze et de son attentat raté. Et d’une manière générale, il y a eu un nombre de demandes moins important sur le marché français après les événements. En revanche, nous n’avons eu aucune baisse ou annulation de la part des Anglais et des Allemands. On nous a bien sûr posé des questions, mais c’est tout », indique César Saint-Ouen.

Les Français plus frileux depuis 2011

La frilosité à l’égard de la Tunisie a, en effet, surtout concerné les Français. Une situation déjà visible depuis la révolution. « Entre 2011 et aujourd’hui, le tourisme en Tunisie est en progression sur les marchés anglais, allemand, belge, lybien…, mais en baisse en France. Sur ce dernier marché, nous avons perdu 28% de groupes par rapport à l’époque ou l’ancien président Zine el-Abidine Ben Ali était encore au pouvoir », ajoute le Pdg de Croisière Jaune. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: « En 2010, le nombre total de touristes français dans le pays était de 1,3 million, indique l’office national du tourisme tunisien. Un chiffre qui est descendu à 985 000 en 2012 et qui a atteint entre janvier et octobre de cette année, celui de 706 000 ». « Au total, le pays a perdu 47 % de ses touristes français, indique pour sa part Mohamed Ali Toumi, et les groupes ont été les premiers touchés par la révolution ». Alors, comment expliquer cette exception française? Selon Mohamed Ali Toumi, la révolution n’explique pas tout, il faut aussi prendre en compte « les problèmes économiques de la France, la restructuration des tour-opérateurs, et l’image ternie du pays ».

Pour César Saint Ouen, ce phénomène trouve ses racines dans le fait que « la France a des liens plus proches avec la Tunisie. Et donc, les Français se sentent plus attaqués par ce qui s’y passe. Ils sont aussi plus frileux d’une manière générale. Les groupes allemands et britanniques sont de grands voyageurs, qui ne veulent pas forcément rester dans leur pays pour les vacances. Selon moi, les Français ont manqué leur rendez-vous avec la Tunisie ».

Des retombées néfastes sur le long terme?

Au regard de cette réticence, le risque que les événements du 30 octobre dernier aient des retombées sur le long terme au niveau du marché français n’est donc pas négligeable, même si les conséquences semblent avoir été réduites juste après le drame. Cette opinion est d’ailleurs partagée par Jean-Pierre Mas, président de Selectour Afat, qui indiquait à nos confrères du Parisien le 6 novembre dernier, craindre « un bilan sombre » concernant l’avenir du secteur. Selon lui, « il n’y a pas eu de redémarrage cet été, les signes donnés sur l’instabilité politique, les tentatives d’attentats visant des zones touristiques ne sont pas favorables pour un redéploiement du tourisme en Tunisie ».

Une destination sûre?

Face aux deux attentats manqués du 30 octobre dernier à Sousse et Monastir, le ministère français des Affaires Etrangères et le Consulat général de France à Tunis appelaient les ressortissants français « à observer des consignes de prudence et de vigilance accrue, à éviter les lieux de rassemblement et à limiter leur présence aux abords des bâtiments officiels ». Tous deux précisaient également qu’il est « recommandé d’observer la plus grande prudence lors des déplacements dans les gouvernorats frontaliers de Kasserine, Le Kef et Jendouba, ainsi que dans la zone de Goubellat-Dougga dans le gouvernorat de Béja. Les zones proches de la frontière algérienne sont à éviter ». Jusque-là, aucun incident n’a été constaté sur les zones touristiques.

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