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Le dépaysement près de chez nous

Destination | publié le : 01.12.2013 | Dernière Mise à jour : 01.12.2013

Auteur

  • Stéphane Jarre

Luxembourg Certes, c’est la modestie faite pays. Mais qui dit modeste ne dit pas sans intérêt. À la journée pour les autocaristes de la France voisine, en city-break ou en séjour, le seul Grand duché du monde a largement de quoi occuper ses visiteurs. L’Unesco a même salué trois contributions du pays au Patrimoine mondial de l’Humanité, qu’elles soient matérielles comme la vieille ville de la capitale et ses fortifications, immatérielle comme la procession d’Echternach, ou mémorielle comme l’exposition de photographies réunies par Edward J. Steichen au message universel.

Finalement, que sait-on du Luxembourg? Des histoires de banques, de lointaines victoires au concours Eurovision de la chanson, des produits moins taxés que dans les pays voisins, des travailleurs frontaliers qui font la navette depuis Thionville ou Trèves, et puis? À vrai dire, bien peu de choses. Raison de plus pour ne pas laisser en friche ses connaissances et un trou de mémoire à notre porte, au cœur même de l’Europe.

À première vue, ses villes ressemblent à nos villes, sa campagne à notre campagne et son parler à notre parler. Ça, c’est pour le portrait à grands traits. Mais les touristes curieux ne vont certainement pas s’en contenter. À y regarder de plus près, on sent le pays à la croisée des chemins. Géographiquement, historiquement, culturellement. Certes, le français est langue administrative au Grand duché, mais le parler de tous les jours est un dialecte francique-mosellan d’inspiration germanique, le luxembourgeois… comme il se doit, le lëtzebuergesch dans le texte. Mais de fait l’allemand est aussi très présent au quotidien. Jusque dans les habitudes, comme la façon de se nourrir qui fait la part belle aux plats copieux, solides et plutôt froids au déjeuner, avec soupe s’il le faut pour compenser. Il n’empêche que la gastronomie y a aussi ses lettres de noblesse, ses étoiles décernées par le guide Michelin, qui en font le pays qui compte le plus de restaurants étoilés rapporté au nombre d’habitants.

Madeleines de Léa

D’ailleurs, entre deux promenades dans la capitale luxembourgeoise, il est tentant de faire halte à la boutique Délicatessen de Léa Linster(1). Première femme récompensée d’un Bocuse d’or, elle est chef d’un restaurant qui porte son nom à Frisange, d’un autre situé à Kayl « Le Pavillon madeleine », du nom de cette spécialité qui fait saliver les passants de la rue de l’Eau dans la capitale. À juste titre, les madeleines craquantes au dehors, fondantes au dedans, y ont une saveur que l’industrie ne saura jamais approcher. S’il ne manque pas de raisons de s’attarder dans les restaurants et cafés du Luxembourg (voir encadré pratique), les tentations culturelles obligent à se remettre vite en chemin.

La ville de 100 000 habitants a tout un passé rempli de rebondissements à offrir et un présent moderne que des architectes renommés ont dessiné(2). À ce jour, l’Unesco s’est contentée de classer le passé, la vieille ville de Luxembourg et ses fortifications en partie taillées dans le rocher, appelées localement casemates. Ce sont les sites les plus visités de la capitale, en prenant soin de se chausser pour arpenter les rues pavées et le sol inégal des tunnels fortifiés. Les touristes se limitent à quelques centaines de mètres à l’intérieur des fortifications et de la crypte archéologique, et ne s’aventurent guère dans les 24 km de galeries souterraines, dont on peut imaginer tout l’intérêt quand la ville était en état de siège, ce qui s’est produit maintes fois dans son bon millénaire d’existence. Outre une vue unique sur la ville haute, la ville basse, les rives de l’Alzette et, au lointain celles de la Pétrusse, les casemates offrent aussi un cadre idéal pour des événements privés. Certains de leurs recoins peuvent ainsi être loués. Les casemates du Bock ne sont toutefois ouvertes que du 1er mars au 31 octobre. Qu’à cela ne tienne, il y a de quoi voir à l’air libre aussi, comme l’offrent au regard les meurtrières.

Grès de Luxembourg

La vue sur la ville basse est charmante, découvrant toute une harmonie de toits gris et de jardins. La ville s’ennorgueillit de laisser en son sein la nature s’exprimer largement. Les vieux quartiers sur les hauteurs sont ainsi ceinturés de verdure, tandis qu’en contrebas, la ville basse s’alanguit sur les bords de la rivière. Si l’architecture est plutôt austère, elle n’est pas sombre pour autant. Les façades aux teintes pastel épousent l’ocre jaunâtre du grès de Luxembourg (extrait au nord de la ville dans une formation géologique particulière) qui habille les bâtiments les plus anciens de la capitale. C’est le cas de la résidence de ville du Grand-Duc(3), qui se visite en été, de mi-juillet à début septembre, quand la famille régnante est en vacances. Le Palais grand-ducal, de style renaissance flamande, est loti dans l’ancien hôtel de ville de Luxembourg. La bâtisse élégante date de la fin du XVIe siècle. Elle a été construite sur les ruines des vieilles maisons de ville détruites par l’explosion provoquée par la foudre tombée sur l’église des franciscains où avait été stockée de la poudre. Sous la Révolution française, elle a hébergé la préfecture du département des Forêts. Plus d’un siècle auparavant, Vauban lui a fait quelques dégâts en bombardant la ville, mais il s’est racheté en laissant sur le plateau qui fait face à la forteresse d’autres fortifications aux dessins géométriques si spécifiques. Aujourd’hui le palais est sous bonne garde: son entrée est flanquée de deux plantons. Une relève de la garde a lieu une fois par mois, modestie oblige.

Visites guidées

Jouxtant le palais, la Chambre des députés compte au maximum 60 membres qui accèdent à leur salle de réunion en gravissant les marches d’un petit escalier. La sobriété vaut bien l’ostentatoire quand la solennité est de mise.

Plusieurs visites guidées sont proposées par l’office de tourisme à travers les rues et ruelles plus ou moins en pente de la vieille ville. Des églises, une cathédrale et quelques musées se présentent sur le parcours. Celui dédié à l’histoire de la ville de Luxembourg édifié sur six niveaux à flanc de falaise raconte à merveille le Grand duché, seul pays au monde à porter cette appellation. Le musée national d’Histoire et d’Art(4), qui cache derrière son allure massive les façades d’anciennes maisons typiques de Luxembourg, abrite des mosaïques romaines très rares au nord des Alpes et des collections variées.

Pour autant Luxembourg ne s’est pas figé derrière l’épaisseur de ses murailles. Membre fondateur de ce qui est devenu l’Union européenne, le pays héberge dans sa capitale plusieurs insitutions communautaires. Elles sont regroupées sur le plateau du Kirchberg qui est un peu à la ville de Luxembourg ce que La Défense est à Paris, toutes proportions gardées, moins hautes, moins grandes, moins denses. Modestie encore.

Grâce à son essor comme place financière majeure, la capitale grand-ducale a pu attirer quelques architectes renommés ou dans l’air du temps, comme Christian de Portzamparc pour la splendide salle de la Philarmonie, Ricardo Bofill pour les tours et la place de l’Europe, Ming Pei pour le musée d’Art moderne Grand-Duc Jean (Mudam) où des artistes élisent résidence, créant dans l’espace baigné de lumière une partie des œuvres qu’ils exposent. Tout aussi récent et combinant les ruines d’un fort construit par Vauban avec la modernité de son architecture, le musée des Trois glands (Dräi Eechelen) réserve son espace en partie souterrain à l’histoire de cette forteresse et de la vie militaire luxembourgeoise(5).

Parcours architectural

Les urbanistes ont aussi agrémenté de sculptures les espaces publics du Kirchberg. Ces œuvres, parfois monumentales parfois plus discrètes, sont éparpillées dans les parcs et en bordure de voirie. C’est donc fort logiquement qu’un parcours « Architecture et art dans l’espace public »(6) est aujourd’hui proposé à travers le plateau du Kirchberg, sans abuser des superlatifs comme d’autres, mais avec la fierté tout de même pour la capitale d’un si petit État d’avoir sa place dans un circuit européen consacré aux innovations urbanistiques et architecturales.

Si elle rassemble un cinquième des 525 000 habitants du Grand Duché, la capitale qui lui a donné son nom ne résume pas à elle seule le pays, et ne concentre pas tous ses centres d’intérêt.

Sur les rives de la Moselle, les collines se couvrent de vignobles, dessinant de superbes damiers en suivant les doux méandres de la rivière. Les vins de la Moselle luxembourgeoise restent cependant moins connus que Schengen(7), village de vignerons en bordure de France et d’Allemagne qui a donné son nom à des accords ouvrant les frontières des pays adhérents. Un peu plus au nord de la capitale s’étend, toutes proportions gardées là encore, la « petite Suisse luxembourgeoise », le Müllerthal où les randonneurs ont tout le loisir de goûter à une nature préservée. À Echternach(8), plus ancienne cité du Grand-Duché, l’Unesco a classé au Patrimoine immatériel de l’Humanité la procession dansante du mardi de Pentecôte. Cette tradition rappelle l’attachement du pays au catholicisme aujourd’hui encore bien vivace. La pointe septentrionale du Grand-Duché couvre les Ardennes luxembourgeoises, destination nature et sportive par excellence. Construit au fil de l’Our, le cours d’eau qui l’arrose est en fait une quasi enclave en terre allemande. Vianden s’inscrit dans ce sillage avec son parc d’aventures, son télésiège, sa caverne souterraine, son petit train touristique.

Chemins hugoliens

Dominant la ville, le château-fort, bien conservé et restauré, remonte pour sa partie la plus ancienne au IXe siècle, pour l’essentiel entre le XIe et le XIVe siècle(9). C’est dire si ces pierres ont une histoire. C’est sans difficulté que les vastes pièces du château accueillent des événements, qu’on les privatise pour un incentive ou qu’on les ouvre au grand public. Ce sera encore le cas, par exemple, l’année prochaine, du 26 juillet au 3 août, à l’occasion d’un festival médiéval animé par une centaine de figurants dûment costumés pour faire revivre le temps des troubadours et des chevaliers.

Le bourg de 2 500 habitants fourmille de légendes et d’anecdotes, avec ses Templiers détrônés par les trinitaires qu’ils avaient invités pour y établir un monastère, sa sainte Yolande née ici et son saint Nicolas qui y aurait résuscité trois malheureux gamins. Il compte aussi un musée de la caricature et un musée littéraire également maison Victor Hugo(10). Exilé de France, chassé de Belgique et en route pour le Rhin, le grand écrivain se laissa détourner en chemin et trouva bien des charmes à ce pays où il revint trois fois. Celui-ci le lui rend bien aujourd’hui, en maintenant une animation littéraire autour de son œuvre (l’écrivain aurait rédigé ici quelques passages des Misérables), en traçant des chemins « hugoliens » sur ses pas, à travers les villages des environs où il se promenait en compagnie du maire de Vianden.

Bataille des Ardennes

En poussant plus au Nord, par la route serpentant à travers vaux, collines et sombres forêts, les touristes découvrent une autre ville nichée au creux d’un vallon, Clervaux, dominée par son abbaye bénédictine, du début du XXe siècle mais dans le style de Cluny, et par son château féodal, qui date bien, lui, du XIIe siècle. Derrière ses murs épais, le musée de la Bataille des Ardennes(11), dont on commémorera à l’hiver 2014 les soixante-dix ans du déclenchement, réunit les objets et documents qui témoignent de l’âpreté des combats (cf. Tourisme de Groupe no 26).

Dans une autre aile du château donnant sur la même cour, l’exposition de photographies « The Family of Man » montée dans les années 1950 par le photographe d’origine luxembourgeoise Edward J. Steichen(12) semble lui répondre en donnant à voir un monde plus humain, très humain. L’Unesco l’a inscrite au Patrimoine mémoriel de l’Humanité, c’est dire son importance et sa résonnance, sans fausse modestie.

www.visitluxembourg.com

au 4, rue de l’Eau à Luxembourg. La boutique dispose d’une quinzaine de places assises pour une pause salon de thé.

www.lcto.lu

www.monarchie.lu

www.mnha.public.lu

www.m3e.lu

www.kirchbergonline.lu

www.schengen-tourist.lu

www.echternach-tourist.lu

www.vianden.lu

www.castle-vianden.lu

www.victor-hugo.lu

www.destination-clervaux.lu

www.steichencollections.lu

Haltes et étapes

À Luxembourg, il est possible de se restaurer efficacement, tout en sachant que les habitudes en la matière sont au moins pour les restaurants communs plus proches de celles des Allemands que des Français. Au salon de thé Chocolate House, face au Palais Grand-Ducal, il est possible de déjeuner, et pas seulement de savourer les déclinaisons parfumées du chocolat. Ni les locaux ni le service ne se prêtent à la réception de groupes de plus de 12 pax. En revanche, ils seront plus à l’aise à la brasserie Neumünster, dans l’enceinte d’une ancienne abbaye de la ville basse, aux pieds des fortifications. Cet établissement d’une capacité de 300 couverts propose une cuisine traditionnelle. À l’espace restauration du musée d’Art moderne implanté sur le plateau du Kirchberg, le Mudam Café sert à déjeuner des plats froids à base de produits de saison et de sympathiques desserts. À Clervaux, le restaurant de l’hôtel du Commerce propose à ses convives une cuisine traditionnelle locale.

Côté hôtels, toutes les catégories sont représentées. Par exemple, le City Hotel Luxembourg****, à deux pas de la gare, qui dispose de chambres très confortables dans un décor fonctionnel.

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