Marché Parfois innovantes, rarement saisonnières et souvent peu coûteuses ou gratuites, les visites de sites industriels font partie intégrante des circuits, quand elles ne constituent pas le but d’une journée d’excursion.
Dans l’Antiquité, les potiers ouvraient déjà leurs ateliers aux visiteurs curieux. Autant dire que le tourisme industriel ne date pas d’hier. Et avec plus de 12 millions de visiteurs – majoritairement français – qui viennent découvrir le cœur de plus de 5 000 entreprises, le secteur est en pleine croissance. « Près de la moitié ouvrent leurs portes de façon régulière, les autres participent lors de manifestations ponctuelles annuelles », précise Cécile Pierre, directrice de l’Adéve (agence de Développement de la Visite d’Entreprise). Ainsi les Journées de l’Industrie électrique d’EDF, les Carrières et matériaux à cœur ouvert, les Journées particulières de LVMH, les Coulisses du Bâtiment; la Semaine de l’Industrie et celle de l’Artisanat permettent-elles de faire connaître au plus grand nombre un univers souvent méconnu.
La philanthropie se cache rarement derrière ces portes. Entrée payante, boutiques en fin de parcours et surtout image valorisée transforment les visiteurs en ambassadeurs gracieux, voire en clients fidèles. C’est notamment vrai dans l’agro-alimentaire qui concentre 35% des sites industriels accessibles aux touristes. Ainsi la Provence s’accompagne de la découverte d’une distillerie de lavande (Solotour, Voyage Vallade), Grasse enivre de ses parfums (Faure Voyages). À la mode, le mélange des genres: dans le Cotentin, on alterne histoire à l’atelier de cuivre Cornille Havard, héritier d’une longue tradition normande d’art campanaire, et visite d’un parc à huîtres (Alyce Évasion) et d’une biscuiterie (Dunois Voyages), ou d’une fabrique de caramels et d’une cidreraie comme chez Autocars Schidler, qui couple le grand four et l’usine royale de porcelaine de Limoges avec le centre de météorologie du Limousin.
Gastronomie et viticulture sont souvent en première ligne des programmes. La nougaterie se marie avec une biscuiterie en Ardèche (Richou Voyages), l’Aquitaine encense foie gras et vignobles (Alyce Évasion, Nationaltours…) et Solotour programme sur dix jours un tour de France gastronomique, qui transite par une moutarderie, des caves de champagne et de bordeaux, une fabrique de jambon de Bayonne, une ferme d’élevage de canard gras, une confiserie et une conserverie.
Le choix est large, raison de plus pour affûter l’offre. Ainsi ceux qui ne redoutent pas de se lever en pleine nuit suivront Dunois Voyages pour déambuler dans le marché de Rungis, casse-croûte roboratif inclus avant le retour. L’autocariste Schidler s’est ,pour sa part, spécialisé dans les programmes sur-mesure faisant la part belle aux sites des plus classiques (chocolaterie, distilleries, chai de vieillissement) aux plus originaux (manufacture de cigares en Saône-et-Loire, embouteillage des eaux à Volvic).
Mais le tourisme industriel va bien au-delà des métiers de l’artisanat ou des spécialités régionales. Le tourisme d’industrie technique s’est ainsi développé dans les années 1980, à l’initiative du groupe EDF. L’idée? Ouvrir les centrales nucléaires, sujets à polémique, au grand public pour expliquer et surtout convaincre. « Ces controverses ignorent le rôle d’une entreprise, tempère Cécile Pierre. EDF, par exemple, a pour rôle de faire valoir le bien-fondé du nucléaire. Nous incitons vivement les entreprises à ne pas se contenter d’un discours de communication, mais à être dans la démonstration: là réside alors tout l’intérêt de la visite d’entreprise ». Toujours est-il que ce type de visites reste minoritaire (10 %). Si les hangars géants à Toulouse-Blagnac protégeant jalousement les chaînes d’assemblage des A380 (Manatour), ou les six kilomètres de Chantiers de l’Atlantique (Not’Car) font recette, certains tour-opérateurs se tournent vers des sites moins plébiscités comme l’aéroport Roissy Charles de Gaulle combiné au musée de l’Air et de l’Espace du Bourget (Air Loisirs Services) ou les coulisses et le tarmac de l’aérogare de Brest (Chaigneau Voyages).
Même entrain dans le reste de l’Europe! L’Italie chante ses huileries dans les Pouilles (Solotour) ou en Toscane (Dunois Voyages), déploie ses carrières de marbre en Emilie-Romagne, perce le secret des manufactures de vinaigre balsamique à Modène (Alyce Evasion), le Portugal vante ses vins cuits à longueur de programmes, tandis que l’Ecosse et l’Irlande ouvrent grand leurs distilleries de whisky. Située à une poignée de kilomètres de Cracovie, la mine de sel de Wieliczka qui fit la richesse des rois polonais depuis le XIIIe siècle tend à devenir un classique des circuits. Mais plus rares sont les tour-opérateurs qui s’aventurent en Guyane. Et pour le coup, la visite du centre spatial (Salaün Holidays) reste un souvenir inoubliable.
Tout comme il existe une route des vins ou du fromage, d’autres parcours, plus atypiques, peuvent devenir le fil rouge d’un circuit. Ainsi, la route suisse de l’horlogerie met un point d’honneur à valoriser ce savoir-faire unique à travers 22 musées et manufactures (
Alors pourquoi ne pas imaginer une route du Mezcal au Mexique, même si, déjà, tous les circuits transitant par Oaxaca font étape dans une distillerie, ou un Colorado à travers ses villes minières fantômes?
Plusieurs associations, comme l’Adève, par exemple, (adeve.fr), conseillent et accompagnent les entreprises dans le secteur du tourisme industriel. Entreprise et découverte constitue, quant à lui, le portail dédié au secteur (