Russie Peu de tour-opérateurs peuvent se lancer dans une aventure qui consiste à monter un voyage en autocar de 14 350 km. Salaün Holidays l’a fait! La commercialisation de son voyage Brest-Vladivostok est lancée depuis quelques temps déjà, et avec un certain succès.L’occasion aussi de faire un point sur le marché russe en général.
Lorsque que l’on est tour-opérateur et autocariste installé dans le Finistère, quoi de plus normal que de considérer ses axes de progression vers l’Est? Pour autant, c’est aussi, et peut-être surtout, par amour de la Russie que Michel Saläun a dépassé les frontières de l’Europe occidentale, et qu’il développe depuis presque quinze ans cette destination sous sa marque commerciale Pouchkine Tours.
Fait de coups de cœur et d’analyses fines des possibilités de ce marché, l’essor de la destination se traduit dans les chiffres du TO. Avec 5 000 clients en GIR pour 2013 et 2 500 en groupes constitués (sur l’ensemble des ex-républiques de l’URSS), Salaün Holidays est désormais le plus important TO français sur la Russie au sens large et en terme de production terrestre.
« La Russie en tant que destination ne peut se concevoir sans les ex-républiques soviétiques », insiste Michel Salaün, lorsqu’il évoque les potentialités du marché russe. Pour le client français, Saint Petersburg ou Moscou fait partie d’une Russie rêvée, au même titre que la croisière fluviale entre ces deux villes, « mais les clients ne reviennent pas dans ces deux cités, et nous devons leur proposer d’autres villes susceptibles de les attirer », poursuit le Pdg. D’où la richesse d’une brochure Pouchkine Tours 2013 dont l’offre balaie en effet toute l’ex-URSS, des Pays baltes à la Mongolie.
De même, les deux grandes villes touristiques que sont Saint Petersburg et Moscou ne sont-elles pas sur un pied d’égalité en termes touristiques. Selon Olga Trineeva, directrice de Pouchkine Tours, « Saint Petersburg correspond plus à l’esprit européen, elle est plus facile d’accès pour notre clientèle. Moscou est une ville plus ancienne, plus russe et moins connue, et elle commence seulement à se tourner vers le tourisme, même si le gouvernement de la capitale attache encore peu d’importance à cette industrie ».
De fait, l’agglomération moscovite – cinq à six fois plus étendue que Paris – pose-t-elle quelques soucis au TO qui se risque à programmer cette destination. L’hôtellerie y est par exemple plutôt onéreuse, puisque la tendance des constructions est plutôt aux palaces qu’aux hôtels de catégorie économique. « Un partenariat entre le gouvernement de Moscou et différentes entreprises privées a été annoncé en 2012, explique Olga Trineeva. Il porte sur la construction de 200 établissements de catégorie économique d’ici à 2020 dans toute l’agglomération. Mais pour l’instant, rien n’a vraiment été engagé ».
Autre point noir de la capitale, les embouteillages endémiques qui engluent de façon quasi permanente l’agglomération tout entière. Comment, dans ces conditions tenir un programme touristique sur Moscou? « Nous privilégions une présence de nos groupes le week-end, explique-t-on chez Pouchkine Tours, et nous proposons les visites en sortie de ville le lundi ».
Enfin, tous les séjours touristiques pâtissent de l’absence de considération de l’industrie touristique par les autorités locales et fédérales, qui conservent encore quelques vieilles habitudes en matière de décision de fermeture du Kremlin ou de la Place Rouge, jamais annoncée à l’avance aux professionnels. Il existe certes un site internet fournissant ce type de renseignements, mais les mises à jours se font généralement le jour même…
Pour autant, Moscou ne s’arrête pas aux seuls sites « classiques »: Kremlin, Goum, métro, Arbat, Bolchoï, etc. Plusieurs lieux font désormais partie intégrante du paysage touristique de la ville. La tour de la télévision vient par exemple de rouvrir et offre – les jours sans brouillard – une imprenable vue sur toute la capitale. Le marché aux puces, le fameux « Vernissage » est devenu désormais un haut lieu touristique, qui plaît. De même que le musée « On », qui regroupe aujourd’hui toutes les statuts de l’ère soviétique et offre aux visiteurs un petit air de Good by Lénine que les plus de 50 ans apprécieront. Enfin, au printemps ou en été (voire en hiver, mais à ski de fond), une promenade de 12 km le long de la Moscova permet de rejoindre le Parc Gorky et le Mont aux Moineaux. Moscou évolue donc et, nonobstant la problématique circulation automobile, possède désormais tous les atouts d’une grande capitale pour séduire une clientèle avide de nouvelles destinations.
• Le groupe Salaün Holidays a réalisé 225 millions de chiffre d’affaires consolidé en 2012, dont 14 % en autocar. Le volume d’affaires devrait, lui, croître de 8 à 9 % cette année, tandis que le nombre de pax en GIR progresse de 4 à 4,5 % pour atteindre 170 000 pour l’ensemble du groupe.
• La production Salaün Holidays en GIR est commercialisée à 40 % par le propre réseau du groupe, 30% par les quelque 700 agences partenaires, 21 % par des agences extérieures et 9 % par BT Tours en Belgique.
• Les long-courriers ont progressé de 8,94 % et les circuits moyen-courriers de 11 %. Les séjours en moyen-courrier ainsi que les circuits en autocar sont en diminution.
• Le panier moyen est de 1 650 euros/personne.
• La majorité de la clientèle du groupe est constituée de seniors (qui représente 40 % des voyageurs en France cette année).
• La Russie est en 6e position des ventes Salaün Holidays.
« C’est un rêve d’enfant », avoue Michel Salaün, Pdg de Salaün Holidays, lorsqu’il évoque la dernière nouveauté de Pouchkine Tours, la grande croisière routière Atlantique-Pacifique. Il est vrai que ce produit Brest-Vladivostok en autocar, accumule les chiffres hors norme: 14 350 km à parcourir en cinquante jours dans un autocar Royal Class à plancher incliné
La commercialisation a commencé en février dernier et, début octobre, 16 personnes étaient déjà inscrites.« L’idéal serait pour nous qu’une trentaine de passagers soit présente sur chaque voyage, poursuit Michel Salaün. Il nous faut 20 pax par rotation pour rentabiliser le coût d’un tel voyage, qui implique aussi, il faut le rappeler, un guide accompagnateur et deux conducteurs, afin de respecter la législation française. Mais c’est de toute façon une belle opération marketing pour notre marque ».
Le premier départ aura lieu le 21 mai 2014, et l’épopée touristique pourra être suivie sur le site du TO.
Un Van Hool Astronef.