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Petits budgets et craintes politiques font la tendance

Enquête | publié le : 01.09.2013 | Dernière Mise à jour : 01.09.2013

Auteur

  • Stéphane Jarre

Marché Entre la baisse des moyens, des groupes comme des individuels, et les soubresauts politiques du Nord de l’Afrique qui inquiètent, les touristes sont retournés aux valeurs sûres et encore accessibles financièrement: Espagne, Italie, Portugal, Grèce… Le long-courrier parvient aussi à tirer son épingle du jeu, avec un engouement marqué pour la Thaïlande, l’Inde ou le Sri Lanka en Asie, pour l’Ouest des États-Unis et New York en Amérique.

À en croire l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), tout va pour le mieux dans le monde du voyage. Au premier semestre 2013, le nombre d’arrivées de touristes internationaux s’est accru de 5 % par rapport à la même période de 2012 « pour approcher les 500 millions », selon les chiffres de l’OMT. L’organisation affiliée aux Nations Unies considère que « la croissance a été supérieure aux prévisions formulées au début de l’année […] et plus forte que la tendance inscrite dans les perspectives de long terme de l’OMT ». « Le fait que la croissance du tourisme international dépasse les prévisions apporte la confirmation que les voyages font désormais partie des habitudes de consommation d’un nombre de plus en plus élevé de personnes dans les économies tant émergentes qu’avancées », estime le Secrétaire général de l’OMT, Taleb Rifai, qui vient d’être réélu à la tête de cette organisation pour un second mandat.

L’optimisme de l’OMT vaut pour toutes les parties du monde. En Asie-Pacifique, la croissance des arrivées internationales, de 6 %, est « soutenue ». En Europe, « malgré les difficultés persistantes », elle a été de 5 % , tirée par l’Europe centrale et orientale (+ 10 %) et par l’Europe du Sud et méditerranéenne (+ 6 %). Les Amériques déçoivent en revanche avec leur hausse de 2 % des arrivées, moindre que les années antérieures, la partie centrale du continent et les Caraïbes ont néanmoins tiré leur épingle du jeu. L’Afrique fait mieux (+ 4%) avec « la poursuite de la reprise en Afrique du Nord » et grâce « aux bons résultats des destinations sub-sahariennes ». Quant au Moyen-Orient, il aurait gagné 13 % d’arrivées internationales par rapport à 2012, mais ces données sont trop inégales géographiquement pour être significatives pour l’ensemble de la zone, avertit l’OMT avec précaution.

Et pour cause! Même si le touriste français ne fait pas la pluie et le beau temps du tourisme mondial, le marché émetteur est assez important pour avoir un impact quand les mouvements massifs, d’engouement ou d’évitement, apparaissent. Les pays qui semblent en faire le plus les frais sont la Tunisie et l’Egypte, respectivement encore 1ere et 4e destinations les plus fréquentées par les Français il y a encore trois ans.

Cela ressort clairement, tant des statistiques du Snav/Atout France que des observations des tour-opérateurs eux-mêmes. Chez Nationaltours, Tunisie, Maroc, Jordanie et Turquie « sont en baisse », indique Frédéric Marchand, directeur général du tour-opérateur rennais le déplore, mais « les gens ont pris peur. On a fait des affrètements, mais plusieurs groupes n’ont finalement pas signé et ont préféré attendre ». Même constat chez Parfums du Monde: « Nous ne vendons quasiment plus de Maroc et plus du tout de Tunisie ni d’Égypte », relève Nicolas d’Hyèvres, directeur des ventes. « Même les circuits en Cappadoce ne se sont pas vendus », ajoute-t-il. Istanbul toutefois s’en est mieux tirée au printemps dernier. « Toutes les destinations du Maghreb ont reculé », note également Thierry Brimbal, directeur commercial groupe de Thomas Cook. Tunisie et Egypte sont restées en plan aussi chez Plein Vent Voyages.

Mois après mois, le baromètre Snav/Atout France reproduit le même commentaire concernant les départs vers la Tunisie en considérant le nombre de passagers: − 33 % en mai dernier, − 32 % en juin, − 45 % en juillet. Et au mois d’août, les offres de séjours de dernière minute comptaient essentiellement des propositions pour la Tunisie. Les incertitudes politiques qui pèsent sur cette destination affectent durablement le tourisme au départ de France. La main tendue fin août par le gouvernement à l’opposition pourrait toutefois redonner de l’espoir à tous. « Certes la Tunisie est en baisse, mais cela commence à frétiller pour l’an prochain », indique Philippe Bernard, Pdg de Costa Group, agence réceptive couvrant l’ensemble des pays du bassin méditerranéen.

En revanche, la situation de l’Egypte ne porte pas encore à l’optimisme. Entre état d’urgence, couvre feu et attentats, la destination a fini par être déconseillée « jusqu’à nouvel ordre » par le ministère français des Affaires étrangères. Les tour-opérateurs français par la voix du Seto ont recommandé une « suspension des séjours et excursions sur le Caire/Héliopolis et dans le Sinaï », sachant que les croisières sur le Nil sont arrêtées au moins jusqu’à mi-septembre. En revanche, avec moult précautions, les séjours réservés dans les stations balnéaires de la mer Rouge peuvent se « dérouler normalement »… à condition de ne pas en sortir. Le ministre égyptien du Tourisme en est venu le 22 août dernier à appeler les professionnels du tourisme à l’aide pour que les gouvernements revoient leurs conseils aux voyageurs et ne découragent pas la venue de touristes sur la mer Rouge, le sud du Sinaï et Sharm-el-Sheik.

La situation politique des pays de la rive Sud de la Méditerranée affecte les départs et les réservations vers les destinations moyen-courrier, comme le montre le dernier baromètre Snav/Atout France. La baisse a été de 12,2 % en nombre de passagers et de 8,2 % en volume d’affaires en juillet 2013, après toutefois un mois de juin en croissance de 3 % pour les passagers et de 5 % en valeur.

Si le moyen-courrier est touché sur l’Afrique du Nord, il peut toutefois se rattraper sur le Sud de l’Europe. Les reports et les besoins de soleil ont joué en faveur de cette rive. L’Espagne connaît encore cette année une forte croissance. Le secrétariat d’État au Tourisme espagnol évalue à près de 7,8 milliards d’euros les dépenses des touristes étrangers dans le royaume au mois de juillet, en hausse de 4,3 %. La destination est souvent citée en premier par les tour-opérateurs. Chez Nationaltours, les plus fortes croissances du printemps ont été enregistrées au Portugal, « très abordable et qui a très bien marché », selon Frédéric Marchand, mais aussi en Italie, « qui attire toujours autant », avec la Toscane, Rome, Naples, Venise, et, ce qui est plus nouveau, la Calabre. La Croatie, qui avait déjà profité l’an dernier de l’effet report, « résiste très bien ».

Thierry Brimbal ajoute également aux destinations qui progressent dans le catalogue de Thomas Cook, les îles grecques, Cyclades et Crète, ainsi que les deux grandes îles italiennes, Sardaigne et Sicile. Kos, Corfou, Rhodes et la Crète ont aussi le vent en poupe chez Plein Vent, indique Carole Pellicer, directrice générale qui mentionne également la Croatie parmi les destinations qui fonctionnent. Madère et les Canaries ne sont pas en reste non plus, notamment pour Nationaltours. Chypre, en revanche, a souffert de sa crise bancaire au printemps.

En dehors des destinations « soleil », le tour-opérateur rennais cite favorablement parmi les destinations en demande l’Autriche, en particulier Vienne, le Tyrol et le Vorarlberg, Prague, Budapest et même la Roumanie. Les Pays baltes semblent en revanche avoir moins attiré ce printemps.

Un peu plus loin encore, l’Islande a attiré plusieurs groupes de Parfums du Monde, et la destination se félicite d’être en forte croissance auprès des Français (+ 42 %) et de la clientèle européenne. Selon l’European Travel Commission, c’est même la destination qui a le plus fortement progressé au deuxième trimestre (+ 30 %).

Le long-courrier, qui a souffert au printemps, se rattrape en juillet avec un volume d’affaires qui progresse de 2,1 % d’après le baromètre Snav/Atout France concernant les départs. Mais c’est surtout du côté des réservations que l’amélioration est la plus sensible avec une croissance de 5,2 % en nombre de passagers et de 7,8 % en volume d’affaires.

L’Asie apparaît comme la plus attrayante actuellement. Chez Asia, Sandrine Chemla, directrice du service groupes et incentives précise que la Thaïlande arrive en tête. « Elle repart depuis un an, un an et demi », ce qui est d’autant plus intéressant que c’est le plus gros marché du tour-opérateur spécialiste de l’Asie, comme son nom l’indique. Pour Frédéric Marchand, l’engouement pour la Thaïlande est toutefois plus net pour les individuels à la carte que pour les groupes constitués.

Comme l’observent Jean-Paul Pringault, Pdg d’Oriental Tours, réceptif sur l’Asie, et Sandrine Chemla d’Asia, la Birmanie a aussi les faveurs des touristes français, mais si la demande est là, il n’est pas aisé de la satisfaire du fait de l’ouverture récente du pays au tourisme et à une infrastructure hôtelière encore insuffisante.

Le Sri Lanka fait également son retour parmi les destinations asiatiques les plus courues, alors que le Vietnam se tasse. « Nous avons reçu moins de demandes, mais cela reste un gros marché », indique Sandrine Chemla. L’Inde du Nord est également citée par Frédéric Marchand parmi les destinations qui continuent de bien se porter. Le Laos et le Cambodge « fonctionnent bien mais les demandes de groupes ne sont pas très nombreuses », relève de son côté Sandrine Chemla. Les combinés dans l’ancienne Indochine, comme le remarque aussi Nicolas d’Hyèvres, Cambodge-Vietnam ou Vietnam-Laos attirent toujours.

Autre continent phare pour le long-courrier, l’Amérique a connu une évolution contrastée. Les États-Unis marchent très bien, l’ouest particulièrement, indique Frédéric Marchand, tandis que Nicolas d’Hyèvres note que New York présente de plus en plus d’attrait pour les groupes français.

En revanche, l’Amérique latine s’essouffle selon ce dernier, qui parvient néanmoins à envoyer quelques groupes au Mexique, y compris sur la rive Pacifique. Mais l’emballement de 2012 pour le pays aztèque et maya semble un peu retombé, indique Luis Roche, qui représente des réceptifs latino-américains en France (D.E.A.S.). Quant à Cuba, « ça va, ça vient », indique le directeur commercial de Parfums du Monde.Globalement, note Frédéric Marchand, les groupes résistent mieux face à la crise, notamment grâce aux comités d’entreprise qui permettent à des actifs de partir parfois très loin. Les groupes de seniors continuent de voyager, mais l’arrivée de jeunes retraités moins tentés par la vie associative ou les voyages collectifs tend à affecter la bonne santé du marché groupes.

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