Loire-Atlantique Escal’Atlantic avait jeté l’ancre à Saint-Nazaire le 22 avril 2000, au cœur de la base sous-marine. Douze ans plus tard, le site consacré à l’histoire et à l’univers des paquebots transatlantiques ferme ses portes pour travaux. Il a été remis à flot le 1er juillet dernier. Si le parcours muséographique d’origine de l’équipement a été conservé, il a été totalement repensé et réinventé. Embarquement!
Saint-Nazaire et les paquebots, c’est une longue histoire… Ville de construction navale depuis un siècle et demi, elle fut aussi, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, un port transatlantique, rythmé par les départs et arrivées des paquebots pour l’Amérique centrale. Les chantiers navals de Saint-Nazaire, créés en 1861 et regroupés en 1955 sous le nom de Chantiers de l’Atlantique, ont construit de nombreux navires. La Jeanne d’Arc, le Normandie, le France, le Queen Mary,… des noms mythiques qui raisonnent encore aujourd’hui aux oreilles. Le 14 avril 1862, le paquebot La Louisiane quitte Saint-Nazaire pour inaugurer la première ligne régulière de la Compagnie Générale Transatlantique ou Transat (Saint-Nazaire/Vera Cruz). C’est le début de l’épopée transatlantique nazairienne. Mais, l’année 1932 scelle une répartition des rôles: au Havre l’exploitation des lignes, à Saint-Nazaire la construction des navires. Moins de dix ans plus tard, les installations de la Transat, avec notamment la gare maritime où embarquaient et débarquaient les passagers des paquebots, laissent la place à une gigantesque base sous-marine, construite par l’armée allemande. Elle domine le bassin de Saint-Nazaire avec sa façade longue de 300 m. L’après-guerre marquera la fin du trafic régulier transatlantique pour Saint-Nazaire. Et le quartier de la base est abandonné. C’est la municipalité qui décide en 1994 de lancer le projet « ville-port » destiné à réhabiliter cette zone qui n’est alors qu’une vaste friche industrielle. Une réhabilitation qui démarrera en 1996 et s’échelonnera sur plusieurs années, à travers la mise en place d’équipements culturels et touristiques. C’est ainsi que le 22 avril 2000, Escal’Atlantic voit le jour à l’intérieur de la base sous-marine. Une invitation à une immersion dans l’univers des grands paquebots de ligne sous toutes les mers du monde. Depuis son ouverture et jusqu’ à l’an dernier, le site a accueilli 1,2 million de visiteurs.
Mais fin 2008, une réflexion est menée quant à l’évolution scénographique d’Escal’Atlantic, « pour que l’équipement soit à la hauteur de l’importance et de la diversité du thème », explique Emmanuel Mary, directeur général de Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine. Jusqu’alors, la scénographie d’Escal’Atlantic « était fondée avant tout sur des impressions de voyage à bord, les notions de luxe associées souvent aux paquebots. Or, l’essentiel était de dire et de faire vivre aux visiteurs à quel point l’histoire des paquebots a marqué l’histoire des deux derniers siècles », poursuit-il. S’impose alors la nécessité « d’apporter de l’interactivité dans le parcours de visite, en valorisant les collections, de renouveler l’histoire racontée aux visiteurs avec des accents plus forts sur certains aspects, précise pour sa part Tiphaine Yvon, chargée de projets à Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine. L’idée était de présenter les choses de manière à répondre à des questions que tout un chacun peut se poser ». En 2009, le projet de réhabilitation est acté. Budget: 1,5 million d’euros (hors restauration des objets), financé par la ville de Saint-Nazaire et des partenaires du monde économique. Un long travail commence, et en octobre 2012, Escal’Atlantic ferme ses portes pour entreprendre un chantier qui va durer neuf mois. Le 1er juillet dernier, le site accueille ses premiers visiteurs. « Escal’Atlantic n’a pas été agrandi, et occupe toujours une surface de 3 700 m2 répartie sur trois niveaux à travers une vingtaine d’espaces scénographiés, poursuit Tiphaine Yvon. L’architecture d’origine a été conservée mais totalement repensée et réinventée. Nous avons cherché à concevoir des dispositifs qui puissent parler au plus grand nombre, des dispositifs qui invitent aussi à partager l’expérience de visite ». Deux cents objets d’art ou de collection sur 4 000 issus des grands paquebots et réunis par la ville depuis vingt ans, restaurés, sont mis en scène dans des espaces épurés, sans jamais être noyés dans les décors. Nombre d’entre eux n’ont jamais été montrés au public, et chacun est témoin de tout un art de voyage. Par ailleurs, de nouveaux dispositifs multimédias et audiovisuels, comme par exemple des cartels numériques à écrans tactiles sur les objets de collections présentés, s’intègrent désormais au parcours de visite. Avec les dispositifs interactifs, les visiteurs peuvent saisir des manettes pour communiquer de la salle des machines à la timonerie, s’installer sur un transat, ou se focaliser sur un objet de la collection, une thématique à l’aide de bornes, faciles d’utilisation. Cette évolution dans la mise en scène d’Escal’Atlantic permet de renforcer l’importance des œuvres, de développer l’intérêt du mobilier, d’aller plus loin dans les thématiques,… Avec pour objectif de faire des visiteurs des passagers, acteurs de leur propre parcours et non pas seulement des spectateurs. Les entraînant à bord des paquebots à différentes époques. Tels des passagers de première classe de l’Ile-de-France, du France ou du Normandie… Tels des émigrants en quête de jours meilleurs outre-Atlantique… Du hall d’embarquement à la salle à manger, des coursives des cabines à la salle des machines, du pont-promenade à fond de cale.
Pour visiter Escal’Atlantic, pas besoin d’avoir le pied marin, mais obligation de quitter la terre ferme! Les visiteurs-passagers doivent emprunter la passerelle d’embarquement menant devant la coque du paquebot percée de hublots. Une coque dont la longueur est accentuée par un jeu de miroirs renforçant l’impression de véritablement monter à bord d’un géant des mers. La température est fraîche, et au loin retentit une sirène… Une porte s’ouvre. C’est le commandant (ses galons portés sur sa chemise en témoignent) qui assure l’accueil dans le hall d’embarquement du Normandie. Ambiance années 20/30. Un hall carré aux murs recouverts de bois, rythmé par de larges photos noir et blanc et d’un magnifique panneau de laque, œuvre monumentale décorative. Après quelques mots de bienvenue, il faut alors rejoindre ses cabines. Et aux visiteurs de « choisir » parmi les modèles: 1900, 1920/1930, 1960, 1970…, mais leurs portes resteront closes. Il s’agit ici de parcourir des couloirs en appréhendant les différents styles au fil des années, tout en prenant le temps de s’informer sur les navires à l’aide de panneaux explicatifs. Et au bout de cette première coursive: le pont arrière. Avec pour horizon un écran géant sur lequel viennent se projeter les contours des continents et le tracé des lignes transocéaniques.
Découverte à présent des lieux de vie à bord, avec en guise d’introduction les indispensables bagages. Est ainsi présentée en vitrine une massive malle-armoire dite Wardrobe de Louis Vitton datant des années 30, complétée par une borne interactive pour en savoir plus sur l’embarquement des passagers… et des bagages. Nouvelle coursive et nouvelles cabines, mais cette fois-ci accessibles. Reconstituées avec du mobilier utilisés à bord des paquebots. Et de l’un à l’autre, on passe ainsi d’une première classe et une classe tourisme du France, à une deuxième classe du Liberté, et à nouveau en première classe à bord du Normandie,… Mais, des bruits se font entendre, des éclats de voix, des mouvements de pas… Curieux, les visiteurs se dirigent vers l’entrepont. Là où étaient massés nombre d’émigrants comme en témoigne, en guise d’introduction à l’espace qui leur est consacré, une large photo noir et blanc de visages mêlant inquiétude et espoir. C’est ici qu’est abordée l’émigration de masse (1820 – 1925) par des reconstitutions d’installations sommaires, à l’exemple de couchettes en bois, étroites et empilées les unes sur les autres. Une autre réalité des voyages transatlantiques. Sur un mur est projeté un film d’archives. Non loin de là: la cale. L’endroit est prétexte au jeu, celui des « 7 lignes ». Le principe: endosser le rôle d’un directeur de compagnie qui a une flotte à gérer…
Transporter des voyageurs implique de les nourrir trois fois par jour. Toute une organisation! Pour s’en rendre compte, les visiteurs pourront jeter un œil indiscret (à travers de petites ouvertures dans un mur) pour observer un extrait de film de 1936 présentant les frigos de L’Ile-de-France. Direction à présent la salle des machines, et à en croire les bruits de moteurs qui investissent l’espace, elle n’est pas très loin. Une passerelle, une vingtaine de marches à monter… Les visiteurs sont au cœur du navire. Dans la salle de machines, un transmetteur d’ordres relie à la timonerie. Il peut sonner à tout moment, et il faudra faire jouer des manettes. Cet espace est aussi l’occasion de mieux connaître les aspects techniques d’un bateau, et en particulier le dispositif de propulsion.
Retour en surface, et détente sur le pont-promenade couvert. Six transats attendent les amateurs pour une petite pause. La mer pour décor. Et pour les plus curieux: des « longues-vues » permettant d’observer d’éventuels mouvements à l’horizon sont mises à disposition… Pendant ce temps, d’autres s’amuseront à découvrir les codes de la mode de 1927 grâce à un jeu interactif. À chaque heure son activité, à chaque activité sa tenue! Il faut habiller comme il faut les personnages du jeu. Et si ensuite il s’agissait de prendre un peu l’air? Il suffit pour cela de se rendre sur le pont extérieur. L’air y est frais, une légère brise enveloppe les visiteurs bercés par ailleurs par le bruit des vagues. Pas de tempête à l’horizon, mais pour s’en assurer direction la timonerie après avoir gravi une dizaine de marches. Sur les écrans de contrôle, tout à l’air calme. Mais, progressivement le temps change. De la pluie au grand soleil, en passant par l’orage et la brume, il faut maintenir le cap à tout prix. Quoi qu’il en soit, les visiteurs poursuivre par le salon du commandant où est installé un dispositif interactif basé sur l’Ile-de-France, qu’ils peuvent explorer sous toutes ses coutures. Avant de passer au « grand salon » dédié aux objets de collection, œuvres d’art décoratif, et s’arrêter quelques instants au « salon de musique » réservé aux voyageurs de première classe du Liberté. Puis se donner rendez-vous au bar, avec ses objets du paquebot France, d’où part le grand escalier menant à la vaste salle à manger dédiée au Normandie. Les couverts sont mis, on peut même prendre le temps de regarder les menus, soulever les cloches recouvrant les assiettes,… Tout autour: des vitrines exposent couteaux, fourchettes, plats,… Avant-dernière étape du parcours avant une brève séance de cinéma (cinq minutes) sur les destins des géants des mers face au développement de l’avion. Ne reste plus qu’à regagner la terre ferme.Une chaloupe (24 personnes à la fois) attend les visiteurs pour une descente de quelques minutes, après un voyage au long cours dans la légende transatlantique.
Escal’Atlantic est l’un des trois sites (avec le sous-marin Espadon et l’écomusée), géré par Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine, qui depuis ce mois de septembre propose une offre groupes pour les visites du site consacré à l’histoire et à l’univers des paquebots transatlantiques. Deux tarifs ont été mis en place, valables de septembre à décembre 2013: 10 euros/pers. et 6,50 euros/enfant (de 7 à 17 ans) en haute saison, soit d’avril à septembre – 7 euros/pers. et 5,50 euros/enfant en basse saison, soit d’octobre à mars. Deux gratuités sont appliquées, l’une pour le conducteur (à savoir: l’autocar stationne gratuitement sur des places réservées à quelques mètres d’Escal’Atlantic), l’autre pour l’accompagnateur. À savoir: un « accueil groupes » est situé dans la base sous-marine. Jusqu’à la fin de cette année, la visite du site est libre (comptez une heure trente à deux heures). « Mais, à partir de 2014, nous mettons en place des visites guidées pour 30 pax maximum, à la fois classiques et thématiques », annonce Tiphaine Yvon, chargée de projets à Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine. À savoir également: les professionnels sont commissionnés à hauteur de 12 %. Côté restauration, Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine travaille en partenariat avec une dizaine d’établissements proposant des menus (à partir de 20 pax) dont les prix varient de 18 à 27 euros/pers., boissons incluses. « Ces tarifs ne sont applicables que dans le cadre de forfaits incluant au minimum l’achat d’une visite de l’offre touristique de Saint-Nazaire», précise cependant Jean-Florent Boineau, manager Tourisme à Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine. Et d’ajouter: « Pour toutes journées et demi-journées incluant une visite sur Saint-Nazaire et un déjeuner, les frais de gestion sont offerts ». L’offre groupes 2013 de Saint-Nazaire Tourisme & Patrimoine est disponible sous forme de fiches, mais remplacées pour 2014 par une brochure (elle est parue en août dernier). Une brochure qui, outre les conditions d’accueil groupes mises en place pour Escal’Atlantic, dévoile également d’autres idées d’étapes à Saint-Nazaire (croisières, visites des chantiers navals, d’Airbus,…), à la carte ou en forfaits journées. Sans oublier d’autres suggestions de découvertes aux alentours de la ville (La Presqu’île de Guérande, Pornic, Nantes,…).
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