Belgique-Luxembourg-Pays-Bas Si les événements commémorant la libération des trois pays situés au Nord-Est de la France ne seront connus qu’à partir de l’automne, des lieux de mémoire, nombreux, se visitent d’ores et déjà. Certains sont plus modestes que d’autres, mais tous témoignent de l’âpreté des combats qui, avant même l’automne 1944, ont conduit, avec les grandes batailles du Front de l’Est, à la victoire.
À 9 h 15, dans la matinée du 2 septembre 1944, un bataillon de reconnaissance de le 9e Division d’infanterie (Ière Armée américaine) pénètre en Belgique par le petit hameau de Cendron, au nord-est de Hirson, dans l’Aisne. Un quart d’heure plus tard, ce sont des soldats du 82e bataillon de reconnaissance de la 2e Division blindée américaine qui passent la frontière belge à la hauteur de Rumes, au sud-est de Lille.
Le Musée 40-44 Lieutenant Cook de Monceau-Imbréchies
Mais une bataille n’arrête ni une guerre ni, en l’occurrence, l’offensive éclair des Alliés pour libérer la Belgique, il faut atteindre au plus vite l’Allemagne et, avant les Russes si possible, Berlin.
Le jour même de leur entrée en Wallonie, les troupes libèrent Jemappes et foncent sur Tournai, reconquis dans la soirée, et Mons, où plus de 18 000 soldats allemands se retrouvent progressivement encerclés à partir du lendemain.
Dans le même temps, le 3 septembre, des éléments de reconnaissance des troupes britanniques atteignent Bruxelles. Les soldats de la Division blindée des Guards et ceux de la brigade belge du colonel Piron peuvent parader le 4 septembre dans la capitale belge.
D’autres troupes, canadiennes le long de la côte, polonaises dans le Poperinge progressent à travers la Belgique. Sur la côte, l’Allemagne hitlérienne a érigé une enfilade de bunkers et de postes de défense. Des 5 300 km du Mur de l’Atlantique courant de la Norvège au Pays basque, la partie belge compte parmi les mieux conservées. Le Musée du Mur de l’Atlantique, à Ostende
Avant que les Canadiens ne s’emparent d’Ostende et filent vers l’Escaut, Britanniques et Américains foncent sur Anvers et son port en eau profonde, stratégique pour approvisionner les troupes au plus près. La capitale flamande est en grande partie reprise aux Allemands le 5 septembre 1944.
Deux jours plus tard, le bourgmestre Joseph Bologne et les échevins de Liège peuvent placarder dans la ville « Chers concitoyens, nous redevenons des hommes libres! », et saluer « avec reconnaissance nos grands alliés triomphants ».
Ce mouvement de libération progressif de la Belgique n’est cependant pas linéaire, comme on le verra plus tard avec la Bataille des Ardennes. Pour l’heure, la stratégie retenue est de couper au plus vite la route aux troupes allemandes en gagnant le Rhin. Les soldats de la Wehrmacht battent en retraite mais, sur ordre de Hitler, s’accrochent désespérément à quelques bastions de Flandre et de Wallonie. Qu’à cela ne tienne, la Meuse et le Rhin deviennent des positions capitales pour gagner (sur) l’Allemagne.
Les premières incursions alliées aux Pays-Bas datent du 8 septembre 1944 autour du canal Albert et sur les rives de la Meuse. Accolée à la frontière belge, la ville néerlandaise de Maastricht est la première à être libérée, dès le 13 septembre 1944.
De cette période, elle conserve quelques traces, notamment lorsqu’on visite les kilomètres de galeries percées à travers les collines de marne surplombant le fleuve. Les grottes du mont St-Pierre
C’est plus au nord pourtant que des batailles décisives vont se dérouler pour tenter de libérer les Pays-Bas.
Sous l’impulsion du général britannique Montgomery, trois opérations aéroportées sont lancées le 17 septembre sur le centre des Pays-Bas avec pour objectif de couper la retraite des troupes allemandes qui défendent férocement les bouches de l’Escaut et de la Meuse. La stratégie britannique, avec l’aval de Churchill, voulait prendre les Allemands à revers en contournant la ligne Siegfried, considérée comme une coquille vide.
Le dimanche 17 septembre à l’aube, 1 400 bombardiers survolent le sud des Pays-Bas, attaquant les terrains d’aviation et les batteries anti-aériennes allemandes. Ils préparent le terrain en vue du parachutage d’éclaireurs, puis de troupes autour des ponts stratégiques proches d’Eindhoven, de Nimègue et d’Arnhem. L’opération Market Garden, qui n’était pas du goût des généraux américains, était audacieuse. Mais elle a laissé un goût amer également devant l’échec cuisant et lourd de pertes de la prise manquée d’Arnhem. Montgomery avait sous-estimé les moyens et les capacités de réaction et de résistance des troupes allemandes massées dans cette ville néerlandaise.
Très vite des bataillons complets se sont retrouvés encerclés et réduits à néant, bloquant sur ce front l’avancée des Alliés vers la Ruhr. Les Britanniques et les Polonais qui étaient à la pointe septentrionale du dispositif de conquête de la Ruhr sont tombés par milliers, prenant puis reperdant le pont convoité, attendant des renforts américains, eux-mêmes bloqués plus au sud. Cette tragédie meurtrière a inspiré livres et films, comme Un pont trop loin de Richard Attenborough en 1977 ou encore La Gloire est à eux d’Alan Hurst en 1946.
Sur place, plusieurs musées sont à visiter, particulièrement l’Airborne museum d’Oosterbeek dans les faubourgs d’Arnhem
Non loin du musée Airborne d’Oosterbeek, des cimetières témoignent de l’ampleur des pertes humaines de l’opération Market Garden. La ville d’Arnhem devra attendre le 14 avril 1945 pour être libérée de l’occupant allemand.
Si l’échec de l’opération sur Arnhem a contrarié les visées sur la Ruhr, elle n’en a pas moins permis de libérer Eindhoven le 18 septembre 1944. La ville a toutefois perdu encore plusieurs centaines d’habitants le lendemain, ensanglantée par un nouveau bombardement de la Luftwaffe. À quelques dizaines de kilomètres plus au nord, Nimègue recouvre la liberté le 20 septembre. Les troupes américaines qui y avaient été parachutées dans le cadre de l’opération Market Garden sont parvenues, nons sans d’âpres difficultés, à reprendre la plupart des ponts utiles.
À Nimègue, le musée national de la Libération
Au nord d’Eindhoven, un petit musée, ouvert de fin mars à fin octobre, retrace aussi ces moments tragiques et glorieux de la libération des Pays-Bas et plus particulièrement les opérations aéroportées. The Wings of Liberation Museum
Un circuit touristique, avec bornes informatives, dispositifs audiovisuels à télécharger sur le site internet dédié
Une autre étape consiste à rendre visite au mémorial du camp de concentration de Vught
Fin 1944, les plats pays sont encore plein d’obstacles meurtriers. Les troupes allemandes n’ont capitulé aux Pays-Bas que le 4 mai 1945. Mais la situation est également loin d’être gagnée en Belgique et au Luxembourg.
Pourtant, dans le grand Duché, les Alliés étaient parvenus à repousser jusqu’à la frontière les soldats allemands qui y conservaient toutefois quelques positions.
Des soldats de la 5e division blindée américaine ont pénétré en éclaireurs au Luxembourg par Pétange, à l’Est de Longwy. Non sans accrochages avec les soldats allemands. Le lieutenant Hayman Josephson est le premier à tomber en sol luxembourgeois. La capitale n’a pu être libérée que le 10 septembre, mais l’avancée semble inéluctable et le 11 septembre, un sergent américain met, le premier, le pied sur le territoire allemand en franchissant l’Our, qui sépare les deux pays. D’autres incursions s’ensuivent, notamment sur Wallendorf le 14 septembre, mais les positions ont dû être abandonnées et les troupes alliées revenir au Luxembourg.
L’essentiel du Grand-Duché était libre à l’automne. Mais le 16 décembre 1944, à la surprise générale, Hitler déclenche une nouvelle bataille, celle des Ardennes, n’épargnant ni le nord du Luxembourg, ni le sud-est de la Belgique. En ligne de mire, toujours, le port d’Anvers. Enfoncées par des tirs d’artillerie survenus dès l’aube, alors qu’un brouillard épais interdit l’usage de l’aviation, les lignes de défense cèdent et les troupes allemandes fondent sur Bastogne, en Belgique, à deux kilomètres de la frontière luxembourgeoise. Non sans mal, la contre-attaque est lancée le 20 décembre sous les ordres du général Patton, remonté du sud de la France. La Bataille des Ardennes va durer plus d’un mois, coûter la vie à des dizaines de milliers de soldats et de civils, anéantir des villes belges et luxembourgeoises.
Dans le Grand-Duché, trois musées au moins se souviennent de cette dure époque. Le musée national d’Histoire militaire de Diekirch
À Wiltz, une des villes détruites par les bombardements de l’hiver 1944-45, le musée de la Bataille des Ardennes 1944/45
Un autre musée consacré à la libération du Luxembourg et à la Bataille des Ardennes est ouvert depuis 1974 dans une des ailes du château de Clervaux. Il a été plusieurs fois agrandi et rénové pour accueillir des armes, documents et objets relatant les événements d’il y a soixante-dix ans. Le Musée de la Bataille des Ardennes, à Clervaux
Plusieurs cérémonies marquant le 70e anniversaire du déclenchement de la Bataille des Ardennes sont prévues dans le nord du Luxembourg le 16 décembre 2014, à Wiltz et Clervaux notamment. Le Grand-Duché n’ayant été complètement libéré qu’en février 1945, il n’y aura pas a priori de commémoration nationale l’an prochain.
Du côté belge, c’est au Bastogne War Museum
Ce nouveau lieu de mémoire bénéficie de tout le savoir-faire d’aujourd’hui en matière de présentation muséale. Certes, plus de 400 objets d’époque y seront présentés, mais trois « scénovisions » mettant en scène les moments cruciaux de la bataille plongeront les visiteurs dans une expérience qui sollicite tous leur sens. Au-delà des reconstitutions, pour rendre encore plus concrète l’histoire de cette époque, le parti pris retenu consiste à suivre le destin de quatre personnages impliqués dans la Bataille des Ardennes, qu’ils soient militaires ou civils.
Le Bastogne War Museum ne se limite pas à cette page de l’histoire des Ardennes, mais élargit son propos à l’ensemble du dernier conflit mondial, qu’il s’agisse du contexte dans lequel il est survenu que dans les conséquences qu’il a eues sur la géopolitique.
Des audioguides en français seront disponibles pour suivre le parcours à sa guise (prévoir au moins deux heures). Les groupes, à partir de 20 personnes, bénéficient d’un tarif réduit de 25 % par entrée, de même que les seniors. Il sera possible de se restaurer sur place. Outre la partie permanente, des événements et des expositions temporaires animeront ce haut-lieu de mémoire à même d’intéresser par delà les frontières belges.
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