Nord Pas-de-Calais Cimetières et mémoriaux constituent la majorité des sites de mémoire de la région, et beaucoup sont liés aux troupes du Commonwealth. Des aspects moins connus du conflit comme l’occupation et les bases arrières sont toutefois également évoqués par des musées et des monuments.
Six cents cimetières militaires, dont 500 du Commonwealth. Ces deux chiffres mettent en lumière l’intensité des combats dont le Nord Pas-de-Calais a été le théâtre tout au long de la Première Guerre mondiale, ainsi que l’internationalisation du conflit. Un aspect particulièrement sensible dans cette région car, à compter de 1915, l’armée française a progressivement laissé ce secteur du front à la charge des Britanniques pour se concentrer en Champagne et à Verdun. Aux soldats de l’Hexagone et de ses colonies ont ainsi succédé des combattants de Grande-Bretagne et du Commonwealth. Ce à quoi se sont ajoutés des volontaires et des corps expéditionnaires de plusieurs États européens qui s’y sont battus à divers moments de la guerre. Ramené à la situation politique d’aujourd’hui, ce sont ainsi des hommes de dizaines de pays qui ont combattu sur les champs de bataille du nord de la France. Ceux-ci accueillent donc chaque année des visiteurs du monde entier venant découvrir les lieux où leurs compatriotes se sont battus ou se recueillir sur leurs tombes.
La zone la plus fréquentée est l’ancienne ligne de front dont le tracé ne bougea guère entre la fin 1914 et le printemps 1918. Elle est aisément identifiable sur une carte au chapelet de cimetières militaires qui la jalonne, et l’incroyable taille de certains est un poignant témoignage des horreurs de cette guerre. Plus grande nécropole militaire française, celui de Notre-Dame-de-Lorette comprend ainsi 20 000 tombes individuelles et huit ossuaires abritant les restes de 22 000 soldats demeurés inconnus de France et de colonies comme le Maroc et le Sénégal. Ils sont tous morts en mai 1915, quand les troupes françaises ont tenté de reprendre le contrôle du bassin minier du Pas-de-Calais, mais cela se termina sans aucun gain territorial, excepté la crête où est située la nécropole. Un site qui à l’automne 2014 verra l’ouverture d’un mémorial et d’un centre d’interprétation. Baptisé « L’Anneau de la Paix », le premier aura la forme d’une ellipse sur laquelle seront inscrits les noms des 600 000 soldats de toutes nationalités morts sur les champs de bataille d’Artois et de Flandre française. Quant au second, appelé « Portail des champs de bataille de la Grande Guerre en Flandre française et en Artois », il présentera de manière didactique et moderne les grands épisodes du conflit dans ces régions. Des terminaux informatiques permettront également de suivre le parcours des soldats dont les noms figureront sur le mémorial.
Illustration de la quasi-immobilité du front, la crête suivante en direction de l’Est, ne fut reprise qu’entre le 9 et le 12 avril 1917 par les Canadiens. À son sommet, faisant face au bassin minier qu’occupaient les Allemands, le grandiose monument de Vimy rappelle cette action d’éclat. Il est entouré d’un parc où 11 285 soldats canadiens reposent dans plusieurs cimetières, et où sont encore visibles des tranchés.
Il y a par ailleurs un petit centre d’interprétation qui sera vraisemblablement rénové et agrandi à l’occasion du centenaire. Ce site est en effet pour les Canadiens plus qu’un mémorial, car c’est en ce lieu que leurs troupes combattirent pour la première fois ensemble au sein d’un même corps d’armée, et cet événement est considéré comme l’un des éléments fondateurs du Canada moderne.
En contrebas, la plaine séparant les crêtes de Vimy et Notre-Dame-de-Lorette, c’est une succession de cimetières britanniques et d’autres nationalités. Citons le cimetière allemand de Maison Blanche à Neuville-Saint-Vaast, le plus vaste de France, avec 44 800 soldats qui y reposent, le plus souvent à quatre sous chaque croix métallique, car il fut créé par les Français qui ne voulaient pas accorder trop de terrain à leurs défunts ennemis.
Ou encore deux monuments dédiés à des combattants polonais et tchécoslovaques dont certains reposent dans un petit cimetière adjacent. Il s’agissait d’immigrés vivant en région parisienne, qui se sont engagés dès le début de la guerre et sont morts lors de l’offensive de mai 1915.
Une vingtaine de kilomètres plus au Nord, à Richebourg, se trouve le Mémorial Indien de Neuve-Chapelle, le seul lieu de mémoire à honorer l’Armée des Indes, et son style est inspiré par l’architecture traditionnelle de ce pays. Il abrite les dépouilles de 4 000 soldats tombés en mars 1915. À quelques centaines de mètres, un cimetière réunit les tombes de plus de 1 800 soldats portugais, dont l’unité placée sous commandement britannique fut balayée par une offensive allemande en avril 1918. Un peu plus au nord, non loin de Lille, dans le secteur où Adolf Hitler servit comme caporal dans un régiment bavarois, le cimetière de Fromelles n’a été inauguré que le 19 juillet 2010. La Commonwealth War Graves Commission a décidé sa création pour regrouper les corps de 250 soldats australiens récemment découverts. Il jouxte un Parc Mémorial Australien élevé en mémoire de plus de 5 000 soldats morts le 19 juillet 1916 lors de leur première opération sur le sol français. Un musée racontant la bataille et la découverte des corps est en cours de construction, et ouvrira fin 2013 ou début 2014.
Un autre lieu encore plus important pour les Australiens est Bullecourt, au sud d’Arras, où ils prirent part à deux batailles en avril et mai 1917. Avec à la clef plus de 10 000 victimes dont le souvenir est perpétué par un Parc Mémorial. Depuis avril 2012 s’y ajoute le musée Jean et Denise Letaille situé dans le village. Présentant des effets personnels de soldats, des armes, des munitions et des uniformes que ce couple d’agriculteurs ont trouvé dans les champs ou acquis, il évoque ces offensives meurtrières, et retrace les parcours individuels de certains combattants. Autour d’Arras se trouvent d’autres cimetières. Par exemple à Grevillers qui compte un Mémorial Néo-Zélandais en mémoire de 450 soldats tués en 1918 n’ayant pas de tombe. Il se dresse dans un cimetière britannique contenant les corps de plus de 2 000 soldats pour beaucoup déclarés DOD (died of disease/ morts de maladie). Ils ont probablement succombé à la grippe espagnole qui tua 20 à 40 millions de personnes à travers le monde en 1918 et 1919.
Comme dans les autres lieux de sépultures britanniques, les tombes abritant des soldats inconnus portent l’inscription « Knwon unto God » qui fut inventée par l’écrivain Rudyard Kipling.
L’intérêt de l’ancienne ligne de front ne se limite toutefois pas à des cimetières. À Monchy-le-Preux, une statue de caribou en bronze surmonte les ruines d’un poste fortifié allemand, et commémore la bravoure de soldats de Terre-Neuve. Par ailleurs, Arras recèle un site étonnant, la carrière Wellington. Il s’agit d’une ancienne carrière souterraine de craie qui existait sous la ville, dont les galeries ont été prolongées par des mineurs néo-zélandais pour les faire déboucher près des lignes allemandes. En avril 1917, 20 000 hommes s’y sont ainsi progressivement rassemblés et le 9, surgissant de leur cache souterraine, ils surprirent les Allemands et enfoncèrent leurs ligne. Une visite très intéressante, mais qui demande du temps car elle se fait par 15 personnes à la fois, et implique donc de scinder les groupes plus importants.
Bien plus brève, la guerre de mouvement de l’automne 1914 et des derniers mois de 1918 est, elle aussi, rappelée par plusieurs monuments. Wilfred Owen, le plus célèbre des poètes de la Première Guerre mondiale, est ainsi enterré dans le cimetière communal d’Ors, et un mémorial en son honneur a été inauguré en 2011. Il est situé juste en dehors de ce petit village, devant la maison où il passa sa dernière nuit avant sa mort le 4 novembre 1918, alors qu’il tentait de franchir le Canal de Sambre avec son unité. La cave où il se reposa a été remise dans son état de l’époque et les autres salles présentent son œuvre. Dans la même région, la ville du Quesnoy possède un Mémorial néo-zélandais rappelant qu’elle fut libérée par des troupes néo-zélandaises qui franchirent ses fortifications érigées par Vauban au moyen d’échelles en bois.
Comme toute la place forte de Maubeuge, le Fort de Leveau soutint en août/septembre 1914 un siège de deux semaines, le plus long de la guerre, ralentissant ainsi de nombreuses unités allemandes dans leur progression vers Paris. Des restaurations extérieures visant à redonner à son entrée son aspect originel sont prévues pour 2014. Sa visite comprend, en outre, un petit musée évoquant les combats, les conditions de vie des Poilus et l’occupation. Selon certains historiens, cette occupation fut aussi dure que celle de la Seconde Guerre mondiale, et l’armée allemande exécuta des dizaines de civils qui communiquaient des renseignements aux Alliés et aidaient les pilotes d’avion alliés tombés dans le secteur à échapper à la capture. Le Monument des Fusillés de Lille rend ainsi hommage à tous les hommes de la résistance ayant été tués. À côté, devant l’entrée du zoo s’élève un mémorial dédié aux 2 000 pigeons morts pour leur pays et aux personnes, qui furent exécutés par l’ennemi pour en avoir élevés, et avoir envoyé des messages aux Alliés. C’est le seul mémorial de France dédié à des animaux…
Autre particularité de la région Nord Pas-de-Calais, elle fut également la base arrière des armées alliées. La petite ville de Montreuil-sur-Mer devint en 1916 le quartier général du Commandant en Chef des armées britanniques, Douglas Haig, et par conséquence le centre opérationnel de l’armée anglaise pour l’approvisionnement du front en troupes, en provisions et en équipements. L’Italie et les États-Unis établirent même des ambassades dans la ville, tandis que d’autres pays y ouvrirent des représentations militaires. Une statue équestre de Douglas Haig et un musée installé dans la citadelle rappelle cette époque. Quant au port de pêche voisin d’Étaples, il fut transformé en un gigantesque camp d’entraînement pour les recrues arrivant de tout l’Empire britannique avec 40 casernes d’une capacité totale de 80 000 à 100 000 personnes. Il y avait également un vaste complexe hospitalier soignant les soldats blessés évacués du front. De tout cela, il ne reste qu’un cimetière militaire, dernière demeure de 11 500 soldats, et ainsi le plus grand du Commonwealth en France.
Le programme des célébrations du Centenaire en Nord Pas-de-Calais n’est pas encore défini dans le détail. Cependant, il est certain que les plus importantes se situeront en mai 2015 et avril 2017, anniversaires de l’offensive française en Artois et de la bataille d’Arras.
Huit mille scolaires canadiens voyageant pour la quasi-totalité en autocar sont ainsi d’ores et déjà annoncés à Vimy pour le 9 avril 2017, et de nombreuses personnalités anglo-saxonnes seront sans nul doute également présentes. Les cérémonies organisées chaque année par les Australiens et les Néo-Zélandais à l’occasion de l’Anzac Day (25 avril) auront de même un éclat particulier.
En ce qui concerne les manifestations déjà fixées, le Louvre Lens accueillera du 28 mai au 6 octobre 2014 une exposition pluridisciplinaire intitulée « Désastres de la Guerre, 1800 – 2014 ». Elle s’intéressera aux désastres liés aux guerres durant cette période à travers bandes dessinées, peintures, sculptures, photographies, dessins de presse, films…
Par ailleurs, au premier semestre 2015, une grande exposition sur l’archéologie de la Grande Guerre se tiendra au Casino d’Arras. Sur le terrain, il est probable que des manifestations auront lieu début septembre 2014 autour du fort Leveau, près de Maubeuge, mais cela reste à confirmer.
– Cimetières et mémoriaux
– Carrière Wellington
– Fort de Leveau
– OT Arras
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– CDT du Nord
– CRT du Nord Pas-de-Calais