Trains touristiques. Sur routes ou sur rails, à la ville ou à la campagne, ils constituent une alternative à la découverte classique locale ou régionale. Avec l’avantage pour les clients de se laisser porter tout en profitant de commentaires ou d’animations à bord. Embarquement.
Quel est le point commun entre les petits trains touristiques routiers et les chemins de fer touristiques? “C’est la passion qui animent leurs exploitants”, s’accordent à dire le Syndicat des entreprises de petits trains routiers (SEPTR) ainsi que l’Union des Exploitants de chemins de fer touristiques et de musées (Unecto). “Ils aiment recevoir les clients pour leur faire découvrir le patrimoine de leur ville”, dit ainsi Olivier Dubosson, secrétaire du SEPTR. “Des hommes désireux de faire revivre un réseau, une ligne secondaire une machine à vapeur,… Sauver ce qui peut l’être”, souligne pour sa part l’Unecto. Aujourd’hui, qu’ils soient trains routiers ou chemins de fer, ils sont devenus des produits touristiques à part entière, accueillant tous types de clientèles, les individuels comme les groupes qui voient là l’occasion de profiter pleinement (et confortablement) des lieux et des paysages traversés. Un moyen de découverte ludique et original en toute quiétude et sans effort.
“Les petits trains routiers sont apparus au milieu des années 70 en France, mais c’est après 1980 qu’ils se sont véritablement développés, raconte Olivier Dubosson. Et contrairement à ce que l’on peut croire, une exploitation de petit train n’est pas la poule aux œufs d’or. La plupart des exploitants en vivent , mais pour que cette activité soit rentable , il faut un réel attrait de la destination touristique”. Mais, dans les années 80, le train routier était tout au plus considéré comme une animation divertissante pour les plus jeunes. Il aura fallu deux décennies supplémentaires “pour qu’on puisse réellement orienter le concept vers les adultes et la ville”, poursuit Olivier Dubosson. Aujourd’hui, le train routier (communément appelé le “petit train touristique”) est réellement considéré comme un outil de promotion de ville ou de site, “et les groupes venant au travers des autocaristes constituent à ce jour une clientèle importante pour chaque exploitant”, relève Olivier Dubosson.
La profession compte environ aujourd’hui 200 exploitants , la plupart des entreprises étant des sociétés privées. “Il y a également quelques autocaristes et des offices de tourisme”, ajoute le secrétaire du SEPTR. En terme de véhicules, cela représente environ 500 petits trains. “En revanche, quand il s’agit d’évoquer le nombre de personnes transportées par l’ensemble de la profession, c’est plus difficile de donner un chiffre précis, poursuit Olivier Dubosson. Pour faire simple, si on considère que le site touristique le plus fréquenté doit accueillir environ 200 000 personnes par an, la moyenne pour la profession doit s’établir alors autour de 30 000 personnes qui empruntent chaque année les petits trains touristiques”.
Ajaccio, Angers, Avignon, Bayeux, Cabourg, Epernay, Orange, Reims, Saint-Malo, Vichy, Versailles,… sont autant de villes où circulent aujourd’hui un petit train touristique. L’activité y est saisonnière, généralement proposée entre mars et octobre. Au moment des beaux jours. Et pour cause: si les wagons de ces trains ont un toit, ils n’ont pas de fenêtres… Les parcours se font à l’air libre. La durée des balades varie de trente-cinq minutes à une heure (avec possibilité parfois de descendre à un arrêt et de remonter à un autre), et plusieurs d’entre eux peuvent même être privatisés pour les groupes. À savoir également: certains trains touristiques proposent des promenades nocturnes (à Semur-en-Auxois en Côte d’Or, par exemple). En moyenne, leur capacité est de 60 passagers pour une vitesse ne dépassant pas les 30 km/h. Quant à leur parcours, il est dans la majorité des cas axé sur le centre historique, là où généralement les véhicules, quels qu’ils soient, sont interdits de circulation. D’autres y ajoutent un tour de ville plus vaste, comme le petit train du Cap d’Agde parcourant 18 km en une heure et vingt minutes entre les plages, les falaises, les quartiers résidentiels, l’avant-port,… Ou encore celui de Sète qui passe par les ports de commerce et de pêche, poursuit par les gares maritimes et les quais avant de terminer son périple en centre-ville.
Les petits trains touristiques ont aussi trouvé d’autres chemins de traverse en choisissant de sillonner à travers sites. Et en particulier les vignobles, comme le petit train des Vignes du Domaine Alexandrin dans l’Hérault, ou dans la Marne avec le petit train du vignoble de Champagne à Chamery et celui de Calèche Evasion à Reuil. Dégustations comprises! À Carnac, dans le Morbihan, ce sont les sites mégalithiques que fait découvrir le petit train touristique Le Bayon, tandis que le train du Der dans la Marne propose une balade nature autour du lac éponyme. En Aveyron, c’est au cœur du parc loisirs nature de Montpellier-le-Vieux que le petit train Vert circule dans un paysage karstique typique, un vrai chaos rocheux! Enfin, dans le Rhône, le train touristique Le Furet sillonne le parc et les sous-bois du Domaine de Lacroix Laval.
Ce sont les fermetures massives de voies ferrées secondaires et industrielles de l’après-guerre qui ont suscité des initiatives dès 1957 pour acquérir et sauver ce qui pouvait l’être, essentiellement en matériel roulant. Et les premières exploitations touristiques – sur le modèle britannique – voient le jour dans les années 60. Ainsi, en 1966, l’association du musée des Transports de Pithiviers (Loiret) réutilise un réseau ferré destiné au transport de betteraves; puis en 1967 le chemin de fer d’Abresschwiller (Moselle) fait revivre un réseau forestier dans le massif vosgien; en 1969, c’est au tour de l’association bordelaise des amis des chemins de fer d’exploiter la ligne desservant alors le tout jeune écomusée de Marquèze,… “L’objectif était de financer la sauvegarde du patrimoine par les recettes du tourisme et encourager le bénévolat”, explique-t-on à l’Unecto, créée en 1975 pour fédérer les exploitants de chemins de fer touristiques. Sur le “grand réseau”, les fermetures massives de la fin des années 60 provoquent les mêmes initiatives, et les premières associations ayant pour but la sauvegarde de matériel et l’exploitation en voie normale apparaissent. En 2001, une charte est signée entre les pouvoirs publics, la SNCF, Réseau ferré de France (RFF) et l’Unecto: c’est la reconnaissance du mouvement de préservation du patrimoine ferroviaire. “Les amateurs de patrimoine ferroviaire ont acquis progressivement la maturité d’opérateurs touristiques, et les collectivités ont vu dans les chemins de fer touristiques un levier de développement local. Des chemins de fer qui sont devenus des offres touristiques à part entière”, poursuit l’Unecto.
On estime aujourd’hui à une centaine le nombre de chemins de fer touristiques (diesel, vapeur et électrique) répartis sur toute la France, des trains circulant (à faible vitesse) sur 1 200 km de voies ferrées dans le cadre de parcours de 15 km en moyenne. Quant à leur fréquentation annuelle, elle est d’environ trois millions de personnes. “En 2012, par exemple, ce chiffre était de 3,7 millions”, indique l’Unecto, soulignant par ailleurs que “les chemins de fer touristiques sont particulièrement appréciés par la clientèle étrangère. De plus, parce qu’ils circulent toute l’année, ils contribuent à l’allongement des saisons touristiques”.
Draisine Billard de 1930, locotracteur Crochat de 1914, autorail Picasso de 1947 ou des années 70, locomotive Plymouth de 1945,… sans oublier de citer la plus vieille locomotive à vapeur de France (1891), classée monument historique, encore en activité aujourd’hui en Charente Maritime (le train des Mouettes). Autant de matériels d’époque qui entraînent les voyageurs au rythme des trains d’antan. Ils sillonnent bois, marais, forêts de pins, villages, champs, parcs naturels régionaux, passent par des ouvrages d’art ferroviaire en parfait état de conservation (viaducs, tunnels), longent les fleuves et les plages, ou encore s’accrochent à la falaise comme en Haut-Quercy avec le “Truffadou”, le train à vapeur de Martel. “Après le causse de Martel et un long tunnel en courbe, les passagers découvrent tout d’un coup la vallée de la Dordogne 80 m plus bas”, explique Hervé Lacarrière, qui exploite avec une trentaine de passionnés du rail “le Truffadou”.
Nombre d’entre eux diffusent des commentaires à bord (histoire, anecdotes, légendes,…). Quant aux promenades, elles sont soit en trajet direct, soit avec arrêts. L’occasion de prendre le temps pour visiter un musée (parfois en lien avec le train, comme le Muséotrain, qui vient d’être rénové, lorsqu’on emprunte le train touristique de la Sarthe). L’occasion aussi d’une balade sur site, dans un village, etc… Le train touristique du Cotentin (Manche), lui, met en place des trajets thématiques, à dates fixes de fin juin à mi-décembre. Par exemple: le “train du patrimoine local”, “le train folklorique”, “le train des marins”, “il était une fois le chemin de fer”,.., tandis que le train des Mouettes en Charente Maritime prend prétexte de la Fête de la Musique en juin pour filer sur les rails en soirée. Et puis, il y a ceux qui ont conçu des offres “spécial groupes” sur une journée combinant le parcours ferroviaire avec des pauses déjeuner et excursions, voire proposant un repas et/ou un apéritif à bord en journée ou en nocturne. C’est le cas du P’tit Train de Saint-Trojan sur l’île d’Oléron.
Il faut savoir, enfin, que la plupart de ces chemins de fer touristiques, ne circulent pas toute l’année. Les périodes sont très variables d’une ligne à une autre. En général, le service est assuré en continu de mai à septembre. Et souvent en dehors de ces mois-là, à certaines dates. Mais, pour les groupes et sur réservation, quelle que soit la date, tout “est possible”…
– La société Another Paris propose de faire découvrir une sélection de quartiers de la capitale à bord du Petit train Bleu, dernière génération, d’une capacité de 56 places. Cinq circuits thématiques commentés sont proposés d’une durée de 1 h 15 ou 2 h 30: "royal" (les rois urbanistes, la vie de la cour aux XVIe et XVIIe siècles dans le Marais et l’île Saint-Louis), "savant" (l’université et les grands hommes du XIIe au XIXe siècles, du Quartier Latin à l’Observatoire), "artiste" ( beaux-arts, lettres et théâtre de Saint-Germain-des-Près au Louvre), "élégant" (gloire, affaires et divertissements, du Palais Royal à l’opéra Garnier) et "bohème" (les artistes des XXe et XXIe siècles, de Montparnasse à Montsouris, incluant également le marché aux Puces de la porte de Vanves).
– La Distillerie Ogier à Moras-en-Valloire (Drôme) a mis en place un petit train circulant d’avril à octobre les vendredis, samedis et dimanches à 15 h et 16 h (et toute la semaine sur réservation pour les groupes de plus de 20 personnes). Au programme: la découverte commentée de certains des vergers, l’histoire du village de Moras-en-Valloire, la distillerie et les différentes productions fruitières.
– À l’initiative d’Olivier Michel, gérant des Autocars N&M, un petit train touristique devrait voir le jour à Lyon le 1er juin prochain dans le quartier de la Croix-Rousse. "Le train aura une capacité de 60 places et proposera six tours d’une heure chacun chaque jour, explique Nathalie Rivoire, directrice de réseau Lyon Le Grand Tour (dont Autocars N&M est actionnaire avec Cityvision). Ce ne sera pas un train identique à ceux que l’on peut voir dans les villes, parce qu’il aura notamment de larges vitres panoramiques, des fenêtres amovibles. La première année, il sera décoré aux couleurs de l’ancien funiculaire de Lyon, soit bordeaux et doré. La décoration changera d’une année sur l’autre". À bord, des audioguides seront à disposition des passagers.
– Il était attendu depuis longtemps… Le chemin de fer du Vivarais, aussi appelé "le Mastrou" – en arrêt depuis 2008 – sifflera à nouveau en juillet 2013, entre Tournon et Lamastre. Mais attention avec un changement de point de départ. Il partira désormais de la nouvelle gare de St Jean-de-Muzols, située à trois kilomètres de Tournon/Rhône. Ce bâtiment sera une reconstitution historique réalisée à partir de photos anciennes. Le parcours le plus fréquent se fera entre St Jean-de-Muzols et Colombier-le-Vieux, et traversera les sites préservés de la vallée du Doux, inaccessibles par la route.
– Quelques coups de cloche,… et voilà des passagers transportés au tout début du XXe siècle au temps du tramway! "C’est aujourd’hui la seule ligne de tramway touristique de France, affirme l’Amitram, l’association à l’origine de cette initiative. Elle est opérationnelle depuis les années 90". Depuis, quatre tramways parcourent les trois kilomètres de la ligne touristique implantée en bordure du canal de la Deûle, entre Marquette (au pied du "Pont Mabille") et Wambrechies dans le Nord.
– On connaissait les nains de jardins, mais saviez-vous qu’il existait aussi des passionnés de "trains de jardins"? Dans le Rhône, ils ont créé le mini-train des Monts du Lyonnais à l’échelle de 1/8e et 1/11e. "Notre train part de Sainte-Foy-l’Argentière, à l’ouest de Lyon et parcourt une distance d’environ un kilomètre en une quinzaine de minutes dans un parc d’animation ferroviaire, explique Robert Mourrat en charge du mini-train des Monts du Lyonnais. L’écart des rails est de 127 millimètres. Les passagers montent à califourchon sur le train dont les neuf wagons peuvent transporter de six à 12 personnes. Certaines locomotives sont thermiques, d’autres à vapeur ou électriques".
– C’est en baie du Mont Saint-Michel qu’est proposé le train marin, dont le port d’attache est à Cherrueix en Ille-et-Vilaine. Il permet à l’heure de basse mer d’explorer le site, au-delà du Mont. Les passagers découvrent grandeur nature la traditionnelle pêche à la crevette au dranet (filet typique), un relevé de pêcherie, des pièges à poissons tout en bois datant de l’an mille et le métier d’éleveur de moules. La visite commentée dure deux heures.
– Quand un train miniature transporte des passagers… C’est à Grenade, en Haute-Garonne! Une machine à vapeur peut tracter six wagons, deux pour une locomotive thermique, le tout en miniature (maquettes au 1/8e)! L’emplacement stratégique se situe autour de l’ancienne gare. Le train miniature emprunte un réseau dans la commune et utilise l’ancienne passerelle des chemins de fer qui reliait Toulouse à Cadours. Le parcours sur 400 m entraîne une vingtaine de passagers sur une ligne datant de 1912.