Prestations Actif, culturel, durable… et si le tourisme se faisait ludique? Dans ce domaine, les prestataires ne manquent pas d’idées, histoire de joindre l’utile à l’agréable, le temps d’une visite.
Et si on combinait la découverte culturelle d’une ville, d’un site, d’un lieu,… tout en se divertissant? L’idée est sans conteste attrayante, car sans rien enlever à l’intérêt de la prestation proposée, elle est l’occasion de l’aborder d’une autre manière. Plus inattendue. Plus originale. De nombreux prestataires touristiques ne sont pas en reste pour proposer aux groupes des offres dans ce sens. Même si encore aujourd’hui, elles n’ont pas encore le succès espéré, et ce en raison des profils différents de cette clientèle spécifique. Enquête.
C’était il y a huit ans à Paris… Le comité départemental du tourisme du Doubs avait convié des professionnels du tourisme à découvrir son produit « GPS Safari » adossé au géocaching, que la structure institutionnelle développait sur son territoire. Le principe? Il s’agissait de faire découvrir à un groupe scindé en équipe des endroits cachés à travers un parcours urbain. Le jeu en a séduit plus d’un!
« Aujourd’hui, nous avons des demandes de groupes pour ce type de produits », affirme Frédérique Gervais, Directrice de l’office de tourisme de Caen. Et Amélie Morin, chargée de promotion et de commercialisation à l’office de tourisme de Poitiers, d’ajouter: « notre rallye intitulé « le mystère des clés », que nous proposons aux groupes, est bien apprécié ». Pour autant, si les groupes issus des comités d’entreprise (et notamment les parents accompagnés de leurs enfants), les scolaires (« fans » depuis la première heure!) et les groupes affaires sont amateurs de ce genre de découverte ludique, les groupes loisirs traditionnels le sont encore assez peu.
Outre ces segments classiques de clientèles, le tourisme ludique pourrait aussi se développer à destination de publics plus spécifiques. À Poitiers comme à Caen, par exemple, ces visites ludiques attirent des groupes d’étudiants en BTS, des lycéens ou encore des élèves d’écoles supérieures en week-end d’intégration… « Nous accueillons même de jeunes actifs intégrés dans des associations, leur permettant d’effectuer des sorties ensemble », ajoute Frédérique Gervais. Autres clientèles intéressées par ces produits originaux: les minigroupes d’amis, les participants aux enterrements de vie de jeune fille ou de jeune homme, voire même les membres d’une même famille réunis. On peut y ajouter les randonneurs, trouvant là des occasions d’agrémenter leur marche de surprises attractives.
Mais, qu’est-ce qu’un produit ludique? Car contrairement au produit culturel, par exemple, bien identifié, le « ludique » peine encore à trouver ses marques. Il est donc nécessaire souvent de préciser les choses. Comme l’explique justement Seine Maritime Tourisme dans sa brochure groupes lorsqu’elle mentionne un « ludoparcours » dans le parc de l’abbaye du Valasse: « cette chasse est composée d’une dizaine d’étapes avec des énigmes pour chacune d’elles. L’ensemble des solutions des énigmes vous permettra de décoder la phrase qui vous indiquera l’emplacement du trésor »…: Un effort d’information indispensable pour éclairer le client sur le produit, comme pour justifier son prix, aussi… Un prix qui pourrait freiner le développement de ces activités ludiques pour les groupes, parce qu’aujourd’hui il coûte plus cher qu’un produit classique déjà bien rodé. Concevoir du ludique, c’est passer du temps à la création, dépenser de l’énergie pour le faire connaître, embaucher du personnel sur le terrain pour l’animer,…
De plus, un produit ludique reste aussi encore assez complexe à mettre en place. D’autant qu’il ne peut souffrir d’être mal organisé, au risque que l’aspect amusant ne vire au cauchemar! Il est indispensable de trouver des prestataires à même d’accueillir dans ces conditions particulières ces groupes, en les impliquant dans ce type de démarche. Et encore plus lorsqu’il s’agit d’une clientèle senior. « Nous, nous sommes plutôt visites classiques, explique Michel Journaux, responsable voyages des Aînés ruraux de l’Aube, mais nous sommes ouverts à toute nouvelle proposition! Mais, force est de constater que ces visites originales ne sont pas légion. Ainsi, par exemple, je ne suis pas certain qu’elles soient proposées à proximité des villages de vacances où nous allons ». Et de s’interroger quant « au souci des périodes durant lesquelles nous voyageons, qui n’incluraient peut-être pas forcément ces visites ludiques, plutôt accessibles en haute saison… ». Autre tendance relevée face à ces produits particuliers: leur aspect novateur. Il peut parfois freiner les envies. Reste que les mentalités changent, et dans la nouveauté, il y a finalement du bon!
Si l’on considère que le tourisme ludique actuel s’adresse à des clients actifs et plutôt jeunes, il n’est pas utopique de voir dans l’arrivée des nombreux « papys boomers », une opportunité de développement pour ce type de produit. « L’avènement des nouvelles technologies, GPS, smartphones, tablettes,… pourrait aussi jouer un rôle dans l’évolution du tourisme ludique »,explique Gina Le Bras, chargée de commercialisation à l’office de tourisme d’Etretat. Aujourd’hui, séduire la clientèle groupe traditionnel est plus difficile. Les plus âgés affirment ne pas être tentés par l’approche ludique, et optent largement pour des découvertes plus classiques.
Mais, pour l’instant, ce tourisme ludique n’existe que par petites touches, ici et là, dans les programmes et les visites. Reste que les professionnels semblent y voir néanmoins un intérêt certain. « Il y a des signes qui vont dans le bon sens », relève Pélagie Godin, commerciale au village de vacances de Ker Breu. Toutefois, les professionnels du tourisme de groupe ne conçoivent pas pour autant les produits ludiques comme la réponse aux nouvelles demandes, mais plutôt comme un nouvel outil pour séduire un public aux attentes de plus en plus disparates.
Faire du ludique, impliquant une manière innovante de découvrir, est l’occasion d’enrichir son offre. Apporter un plus. Gina Le Bras, chargée de commercialisation à l’office de tourisme d’Etretat, raconte qu’un jour elle a proposé à une responsable de groupe scolaire une visite avec audioguide: « cela ne lui a pas convenu, alors je lui ai parlé de notre rallye pédestre dans la ville, et elle a opté pour cette solution, avec enthousiasme. Elle a trouvé cette proposition vraiment novatrice. » Évidemment, au-delà de diversifier son offre, il y a la volonté de capter et de développer de nouvelles clientèles. « Grâce à nos rallyes thématiques, nous avons fidélisé des groupes de Français, mais aussi d’Anglais, d’Espagnols, et même d’Américains! », s’enthousiasme Olivier Bouchereau, Directeur marketing et commercial au sein d’Angers Loire Tourisme.
En fait, la découverte ludique, c’est à la fois de la découverte d’un seul et même lieu, à laquelle on ajoute un « bonus ». Qu’il soit interactif, participatif, etc… Une mise en valeur ludique peut ainsi s’avérer plus marquante (et percutante) par rapport à un produit classique. Les rallyes et autres chasses au trésor en sont un bon exemple.