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Express côtier

Quand l’utile et l’agréable se font merveilleux

Destination | publié le : 01.12.2012 | Dernière Mise à jour : 01.12.2012

Auteur

  • Stéphane Jarre

Norvège – Comme dans un film, à bord de l’Express côtier de la compagnie Hurtigruten, le spectateur tranquillement installé sur le pont supérieur ou dans sa cabine regarde défiler les côtes norvégiennes en un long travelling qui alterne fjords et villes, sommets enneigés et îlots au ras des flots, petits ports recroquevillés et végétation progressivement évanescente.Le spectacle associe l’Homme et la nature en une symphonie de couleurs où ni le temps, ni l’espace ne semblent comptés. La compagnie norvégienne, qui exploite cette ligne unique au monde, a trouvé le moyen de joindre l’utile à l’agréable en le transformant en une merveille de croisière qui, par chance, est parfaitement adaptée aux groupes.

Encore tout ébloui par la découverte de Bergen, cité colorée qui dégringole à flanc de montagne vers la mer en se répandant au ras de l’eau, le touriste qui monte à bord de l’Express côtier amarré à quelques minutes du centre-ville soupçonne qu’il n’en a pas fini avec les émotions. En sept jours et six nuits, il va voir défiler 2 500 km de côtes -et quelles côtes!- et faire escale, de Bergen à Kirkenes, dans 34 ports. C’est la Norvège des Vikings, des découvreurs d’Islande et du Labrador, des pêcheurs de l’improbable qui va défiler, en un long travelling sous ses yeux écarquillés.

Les passagers accèdent au MS/Nordnorge par une passerelle qui les conduit directement au pont 3. En dessous, des charriots élévateurs s’activent pour remplir le navire par son flanc. De belle taille à côté du terminal Hurtigruten, le Nordnorge peint de blanc, noir et rouge vif, brille de tous ses feux. À l’intérieur, boiseries et épaisses moquettes promettent un confort douillet que les cabines simples et pratiques ne démentiront pas.

Le navire a beau assurer un service marchand, en approvisionnant du Sud au Nord, et inversement, un pays au relief tourmenté blotti sur ses côtes déchirées, il n’en est pas moins aussi un bateau de croisière. Hurtigruten, qui a en concession la route de l’Express côtier depuis 1893, a trouvé là le moyen de joindre l’utile à l’agréable pour en faire un voyage enchanteur à travers les saisons, les climats, les modes de vie et la géographie.

Une voie soigneusement définie

Le temps de s’approprier les différents espaces du navire, de prendre bonne note des consignes de sécurité, de se restaurer librement, le départ est imminent. À travers la nuit noire, le navire file avec détermination vers sa prochaine destination, qu’il atteindra en quelques heures.

Au petit matin, le rythme est déjà pris: un peu de mer, un peu de terre, comme si l’on picorait en cheminant par la Norvège côtière. De la mer du Nord à la mer de Barents, le Nordnorge navigue sur des eaux étonnamment tranquilles en ce début octobre, traçant sa route soigneusement définie, entre îlots, archipels et continent, par un chenal abrité sur une bonne partie du parcours. La pleine mer sera pour plus tard.

En attendant, les paysages de l’automne s’épanouissent en d’éclatantes couleurs. Entre Torvik et Ålesund, des sommets blanchis par la neige griffent le ciel. Au premier plan, les forêts descendent jusqu’au rivage en un tapis d’or et de pourpre que rehausse encore un ciel gris acier. Des éclaircies aussi inattendues que bienvenues mettent tout à coup cet univers en lumière. Et elles seront régulièrement au rendez-vous au cours de cette première semaine d’octobre.Progressivement, l’habitude se prend, de laisser filer ainsi devant ses yeux les petites maisons colorées du bord de l’eau, les paturages verdoyants, la nature omniprésente et des reliefs parfois rabotés, parfois abrupts et déchiquetés, devant une mer qui se fait d’huile, sombre ou bleutée.

Un film grandeur nature

À bord, la vie s’écoule pareillement, avec ses temps de repos, ses moments d’activité, paisiblement, savoureusement. Il ne manque rien à bord, et surtout pas la tranquillité. Pas de cris, pas de bruit, les passagers lisent, tricotent, brodent, discutent aimablement dans les douillets salons aménagés à l’avant et sur les côtés du pont 4.

Au pont 7, les fumeurs d’un côté, les non-fumeurs de l’autre sont à l’air libre, juste abrités par un avant toit et protégés du vent par des vitres bien plus vastes que tous les écrans plats de télévision. Car ainsi placés, le passager a le sentiment de regarder un film grandeur nature. E la nave va.

Un snack ouvert jour et nuit permet de s’approvisionner en douceurs, de se servir en thé ou café, de s’offrir quelques en-cas, voire des petits plats, mieux qu’au cinéma.

Escales habilement étudiées

Les escales s’enchaînent et ne se ressemblent jamais tout à fait. Un petit quart d’heure ici, dans un minuscule port, quatre heures là, dans une ville animée que le navire a la bonne idée d’aborder de jour. Il n’y a pas que la route à suivre qui soit soigneusement étudiée, le programme des escales est lui-même habilement monté.

Les excursions laissent le temps de découvrir les villes importantes, aux bâtiments colorés, constructions de verre dans les plus grandes, maisons de bois un peu partout. Après Bergen l’hanséatique, voilà Ålesund sous influence art déco, Trondheim la fière capitale d’avant se mirant dans les eaux de son canal, Bodø, Tromsø, de plus en plus au Nord, le cap Nord lui-même, mais aussi dans les seconds rôles Molde, Ørnes, Svolvær, Finnsnes et tant d’autres. Où l’on apprend que le pire ennemi de la Norvège, ce n’est ni le froid, ni le vent polaire, ni la neige, ni la pluie, mais le feu. À entendre les guides qui relatent l’histoire de ces quelques cités accrochées dans quelque recoin côtier, les grands incendies n’ont pas manqué, consumant les maisons de bois comme des allumettes… jusqu’à ce que le gouvernement norvégien impose de construire en dur ou de bien séparer tout ce qui se dresse en bois.

Omnibus des mers

Les escales ne sont pas seulement l’occasion de mettre un pied à terre, de s’enrichir culturellement, de se dégourdir les jambes quand on n’a pas encore fréquenté la petite salle de gym du navire, ou de faire un peu de shopping si l’heure le permet encore, elles contribuent à renouveler la communauté des passagers. Si bon nombre d’entre eux font toute la croisière, l’Express côtier n’en est pas moins un omnibus des mers, qui permet aussi aux gens d’ici d’aller voir leurs voisins d’un peu plus loin autrement que par des routes compliquées. À Ålesund, c’est une classe de collégiens qui rajeunit d’un seul coup la population du Nordnorge. Ils sont en route pour Trondheim. « Pendant les vacances, les parents les emmènent dans le sud de l’Europe, et finalement ils ne connaissent pas leur propre pays », explique une accompagnatrice. Ils passeront une nuit à bord, à découvrir peut-être aussi d’autres contrées à en juger par les mouvements dans les couloirs à l’heure du coucher.

Jacuzzi tout fumant

À Trondheim, un groupe d’étudiants ingénieurs en stage Erasmus à l’université locale s’en va passer le week-end aux îles Lofoten. Parmi eux des Français venus de Compiègne. Ils racontent leur expérience de la vie en Norvège, les courses qu’ils font en Suède toute proche et bien moins chère, les cours qu’ils suivent, si différents de ce qu’ils connaissaient en France, avant de profiter du jacuzzi tout fumant à l’air libre à la poupe du navire.

Mais le renouvellement n’interdit pas aux habitudes de s’instaurer, aux rencontres de se répéter. S’il est possible de s’installer librement au restaurant à l’heure du déjeuner, le dîner veut que les convives soient placés. Il est bien sûr possible de choisir ses voisins de table, tout comme l’heure du premier (18 h 30) ou du second service (20 h 30), mais l’occasion est bonne d’apprendre à connaître aussi d’autres passagers.« We are retired Ladies », glisse malicieusement une voisine de table, venue de Cambridge avec une amie de Brighton. À la retraite, certes, mais pas inactives, les Ladies! Et voilà que défilent pêle-même les crocodiles d’Australie, les aventures au volant d’un minibus dans les réserves d’Afrique du Sud et les croisières dans les Caraïbes, le tout sur fond de fjords norvégiens!

Cinq fois la même croisière

Les rencontres, ce sont aussi ce retraité de l’armée britannique, qui distille chaque jour un peu plus son humour pince-sans rire entre l’assiette de fromage et le gâteau crémeux et cette documentariste de la BBC, qui a déjà fait la même croisière à bord de l’Express côtier l’hiver dernier et veut revoir sous d’autres couleurs la Norvège à l’orée de l’automne. Les conversations se nouent aussi à l’heure du café sur le pont supérieur, avec cet Allemand qui, lui, en est à sa cinquième croisière Hurtigruten, même aller, même retour, même cigare au bord des lèvres. Discussions encore avec cette infirmière de Hambourg, qui photographie jusqu’à en cligner des yeux les splendeurs que le Nordnorge approche au plus juste, comme une caresse au fil de l’eau. Amusement encore avec cette juge londonienne un peu excentrique qui, chaque jour, a une trouvaille à partager, et revêt une toilette discrètement élégante quand la plupart portent d’abord des vêtements pratiques et décontractés.

Baptême polaire

Peu à peu, la vie à bord trouvant ses marques, il n’est pas difficile de se sentir hors du temps, à devoir compter les jours comme un agent de voyages, avec un jour 1, suivi d’un jour 2, suivi d’un… quel jour sommes-nous donc aujourd’hui? Ah, le cercle polaire vient d’être franchi comme le rappelle la cérémonie de baptême organisée pour les novices à cette occasion, avec glaçons dans le dos et remontant liquoreux pour s’en remettre. Le cercle polaire! Et pourtant il en reste encore du Nord à découvrir. Le Nord n’en finit plus, avec ses recoins profondément enfouis dans les terres, ses falaises sombres, ses landes et lichens aux tons mordorés, ses arbres à la peine, agrippés à quelque rocher battu par les vents. Au fond, la neige est là, tapie sur les sommets ou luisante sur des glaciers, tranchant par sa luminosité avec toutes les nuances de gris du ciel.

Aurore boréale et aigle de mer

Courageusement, le soleil tente une percée, ses rayons ont des reflets d’argent sur le noir de la mer de Norvège, par bonheur toujours aussi calme qu’un lac de montagne. Et la féerie reprend. Elle s’anime comme la timide aurore boréale qu’un trou dans les nuages a bien voulu brièvement offrir aux croisiéristes la nuit d’avant. En janvier et février, quand le froid garde les nuages au loin, le spectacle dure plus longtemps, dansant gracieusement dans la nuit polaire.

À bord, la vie va au ralenti, bercée le soir par les chansons interprétées d’une belle voix au bar du pont 7, réglée comme du papier à musique entre les repas, occupée par la rédaction de cartes postales estampillées « cercle polaire » ou « Cap Nord », des achats tranquilles dans la boutique où la maille norvégienne côtoie les textiles techniques des vestes polaires, les créations artisanales et les objets pratiques. Et puis voilà, après la poursuite des aigles de mer à bord de speedboats se gaussant des tourbillons provoqués du côté de Bodø par des courants marins impressionnants, après la promenade à travers le centre-ville de Tromsø et son église moderne aux lignes géométriques touchantes de simplicité mais admirables d’ingéniosité, c’est par cars entiers que les croisiéristes prennent la route du cap Nord, avec guide germanophone dans celui-ci, guide anglophone dans celui-là et, oui!, guide francophone – un Français installé là depuis plusieurs années – dans un autre.

Improbable ailleurs

Petite escale à la ferme-boutique laponne en chemin, approche des rennes et photographie du paysan en costume traditionnel, l’excursion serpente dans cet improbable ailleurs, au-delà des 71o de lattitude Nord, où la toundra le dispute aux vents. L’abrupte falaise de 307 m de haut qui plonge entre mer de Norvège et mer de Barents est enfouie dans le brouillard, mais qu’importe, la photographie n’en sera que plus impressionnante au pied de ce globe stylisé dressé là pour signaler que la terre d’ici est à un bout de la planète ronde. Mais pas au bout de la Norvège.

Il reste encore une poignée d’escales avant d’atteindre Kirkenes, adossé à la frontière avec la Russie. C’est à cette extrémité du pays que quelques dizaines de croisiéristes achèvent leur voyage, les autres refaisant la route dans l’autre sens, comme oublieux du temps qui passe ou enveloppés par la magie des lieux.

Sur les panneaux de signalisation ou les devantures des magasins de Kirkenes, les inscriptions sont aussi en cyrillique. Un voyage s’achève, un autre commence. Là bas, tout au fond, la Sibérie… Mais probablement pas en bateau!

L’avis des passagers
« La Norvège après septembre, c’est possible! »

En cette première semaine d’octobre, il y avait à bord, outre les Norvégiens qui empruntent le navire davantage comme un moyen de transport, bon nombre de seniors britanniques et allemands. Des Suisses romands, des Belges et … deux Français (notre photo), commandants de police à Paris, Thierry Guilleminot et Dominique Legrand.

Au terme de votre croisière d’une semaine, quel bilan faites-vous de votre voyage?

Nous avons apprécié l’organisation, parfaite, l’excellente qualité des prestations et le confort du navire. Cela correspond à nos attentes, même si nous ne connaissions pas le produit avant de se décider. Nous voulions partir à cette période, mais pour toutes les agences que nous avions consultées, la Norvège s’arrêtait fin septembre. De l’avion aux visites, nous avons tout réservé avec Hurtigruten.

Qu’avez-vous pensé des prestations à bord?

La vie sur le bateau est agréable. La propreté, l’amabilité du personnel, les informations qui nous sont communiquées nous ont grandement satisfaits. De même, les repas, beaucoup de produits de la mer, étaient de qualité et suffisamment copieux, le service agréable. Nous avons aussi beaucoup utilisé la salle de gymnastique. Il y a très peu d’animations à bord, ce qui laisse du temps pour se reposer.

Les excursions proposées vous ont-elles convenu?

Nous avions uniquement réservé l’excursion au Cap Nord. Toutes les autres, nous les avons faites par nous-mêmes, à la marche, avec un guide en main. Le concept est une bonne formule. D’abord, pendant les escales de nuit, nous n’avons pas du tout été dérangés par le bruit du chargement ou déchargement des marchandises: on n’entend rien. Sinon, de jour, les stops, même d’une heure et demie, sont suffisants pour avoir un aperçu de la vie locale. Les escales plus longues nous ont laissé le temps de visiter davantage l’essentiel de ce qui est à voir et de faire en même temps du sport. Nous avions aussi prévu de passer une journée à Oslo et de rejoindre Bergen par le train avant d’embarquer. Les deux villes sont très différentes et valent le coup.

Indispensables à bord: pass et tasse

Deux objets utiles à bord: le pass Hurtigruten et la tasse thermos. En s’enregistrant à bord, un pass est remis aux passagers. Il facilite les débarquements et embarquements à chaque escale puisque chaque entrée et sortie sont enregistrées, et sert de clé pour accéder à sa cabine. En lui associant un numéro de carte de crédit, le pass peut aussi servir à régler toutes ses consommations à bord, tout en étant débité de son compte en banque en une seule fois, ce qui évite commissions bancaires et frais de change à chaque dépense.

L’autre objet indispensable s’achète pour 25 couronnes: la tasse thermos que l’on peut remplir à volonté et à toute heure de café, thé ou tisane.

Elle fera un souvenir à conserver.

Deux formules de repas sont possibles à bord des navires, soit au restaurant, ce qui est généralement le cas pour les croisiéristes, soit au snack. Toutes les boissons sont payantes, y compris l’eau douce ou gazéifiée produite sur le navire lui-même. Les tarifs sont élevés, particulièrement pour les vins fortement taxés en Norvège, en fonction de leur degré d’alcool.

Sauna, salle de gym, bibliothèque, espace ludique pour les enfants, bar de soirée, postes internet et wifi (les connexions demeurent toutefois très aléatoires) sont en libre accès. Une boutique permet, le cas échéant, de s’acheter des vêtements adaptés au climat rencontré.

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