Stratégie En dépit d’une pauvreté qui n’arrive pas à altérer le sourire de ses habitants, Madagascar souhaite renouer avec le niveau de sa fréquentation touristique de 2008, avant les soubresauts politiques qui l’ont secouée. Les élections, annoncées pour 2013 (mais sans cesse reportées) et une stabilité retrouvée pourraient l’y aider.
Cinquième île au monde de par sa taille, Madagascar figure aussi dans la liste des pays les plus pauvres de la planète. Une pauvreté qui, en dehors des grandes agglomérations, n’est pas synonyme de misère. Ici, la générosité de la nature et les poissons de l’Océan Indien assurent un minimum alimentaire pour une population accueillante, occupée pour la plupart de ses habitants, par une économie de subsistance et de survie. Mais cela ne suffit pas à doter le territoire des infrastructures et des équipements publics suffisants pour garantir de bonnes communications terrestres ou une permanence de l’alimentation électrique, dans les hôtels par exemple. Le constat est effectué dès l’arrivée, à l’aéroport d’Antananarivo, où le manque de moyens induit une désorganisation des services, qui semble la règle. Malgré tout, le pays s’est engagé, dès le milieu des années 80, dans une politique de développement touristique. Avec de nombreux atouts: un patrimoine naturel, culturel et historique exceptionnel.
Ce sont les événements de janvier 2009 qui ont donné un coup d’arrêt à cette initiative. Ils ont prévalu au renversement du président Marc Ravalomanana, par le maire d’Antananarivo, Andry Rajoelina, qualifié de « président de la transition » depuis le mois de mars 2009, date du soulèvement populaire. L’organisation des élections prévue à ce jour, pour les mois de mai et juillet prochain, reste cependant tributaire de son financement par les organisations internationales, dont les divergences majeures entre les deux candidats ne sauraient minorer les difficultés. En attendant mieux, le tourisme a digéré, semble-t-il, cette situation d’instabilité politique. Il remonte doucement la pente. Si en 2008, Madagascar avait enregistré un peu plus de 375 000 visiteurs internationaux, ce chiffre était tombé au plus bas, en 2009, à 162 000, après les émeutes qui avaient fait une centaine de morts, avant de remonter: 196 000 en 2010, puis 250 000 en 2011, avant de dépasser sans doute cette année le cap des 300 000 visiteurs. Sur ces chiffres, il est convenu que la clientèle française (métropole et île de La Réunion) en représente plus des deux tiers.
Jusqu’à ces derniers temps, c’était le centre et le sud de l’île qui concentraient l’essentiel de l’intérêt touristique, avec notamment le parcours tout au long de la route Nationale 7. Aujourd’hui, c’est plutôt le Nord qui assure la dynamique de croissance et, sans doute, les meilleures perspectives d’avenir. Mais avec des conditions identiques pour les groupes. En dehors de la capitale Antananarivo, les hôtels de grande capacité ne sont pas nombreux, et les véhicules qui assurent les prestations terrestres sont d’une capacité moyenne, en principe des autocars d’une vingtaine de place. Ce qui limite forcément la taille des groupes, ou oblige les organisateurs à les scinder en plusieurs. La liaison aérienne par Air Madagascar, entre Antananarivo et Diego Suarez (Antsiranana), devenue quotidienne depuis quelques années, est à l’origine du rééquilibrage, en faveur du nord de Madagascar. Elle donne ainsi accès, en un peu plus d’une heure à la mer d’Emeraude, une zone dense en flore et faune exotiques, avec des plages et des paysages paradisiaques. Avec deux pôles majeurs, la région de Diego Suarez et l’île de Nosy Be. La première présente toute l’histoire coloniale de cette partie de l’île, profondément marquée par la présence française. La ville, en elle-même, offre en son centre, de nombreux vestiges: monuments, bâtiments, maisons,… Et les excursions à proximité sont nombreuses et variées. La Montagne des Français est impressionnante, couverte d’une forêt sèche, ses richesse naturalistes sont incomparables: baobabs endémiques, flamboyants multicolores, pachypodes (une espèce en voie de disparition)… dans un site chargé d’histoire. Histoire ancienne, puisque les archéologues estiment à 700 années avant J.C. les premières traces humaines. Et aussi récente, avec les vestiges des fortifications laissées par les Français, depuis leur arrivée à la fin du XIXe siècle, et qui lui ont aussi donné un sens religieux, avec l’organisation de pèlerinages. Ensuite, les parcs nationaux, dont celui de l’Ankarana, le deuxième en superficie de l’île, avec plus de 18 000 hectares, où il est possible d’organiser des bivouacs pour les groupes amoureux de confort au plus près de la nature. Nosy Be s’intègre davantage dans les standards du tourisme international: des hôtels de faible capacité, mais au confort mieux assuré, et avec des prestations souvent luxueuses. Idem pour les excursions. C’est, par exemple, ce que propose depuis une quinzaine d’années, la société Madavoile, montée par un couple austro-français, Rudy et Geneviève Larcher. Propriétaires de six catamarans et d’un monocoque, ils organisent des croisières pour les groupes. « Notre produit-phare est constitué d’une croisière de six jours. Elle comprend la découverte des tortues terrestres et des lémuriens, à Nosy Mamoko, la baignade dans les cascades de Kisymany, avec les boas et les aigles-pêcheurs, une excursion en bateau sur la rivière Kongon, une visite chez le Prince de la tribu des Sakalavas, la Baie des Russes, des plongées dans les eaux turquoises de l’Île aux tortues, la découverte de la mangrove,de Baramamahy, etc. ». Un programme de rêve, qui a son prix, mais disponible pour des groupes loisirs ou affaires, jusqu’à une trentaine de personnes. Et qui fonctionne bien, également grâce à la liaison aérienne entre Antananarivo et Nosy Be, ou encore grâce aux Italiens qui arrivent directement d’Europe en charter.
Si les infrastructures hôtelières de grande capacité ou les routes (certaines sont remises à niveau par les Chinois) peuvent prêter le flanc à la critique, il n’en est rien en ce qui concerne la diversité des activités. Rémy Vanhoolant est le responsable pour le nord de Madagascar d’Evasion sans Frontière, un réceptif qui traite avec la plupart des principaux voyagistes français: « nous proposons des balades en quads, des excursions dans la mer d’Emeraude, des hébergements en écolodges, une ou plusieurs journées dans les parcs nationaux, des visites d’artisans locaux… ou pour les groupes affaires, des rencontres avec des entreprises locales… ».
Et Rémy Vanhoolant confirme le rééquilibrage des activités touristiques au profit des régions du Nord. « Il représente désormais le tiers de l’activité touristique de Madagascar », confirme-t-il. Conscient des atouts écologiques naturels qui sont en pleine cohérence avec les attentes du marché occidental actuel en matière d’éco-tourisme et de tourisme durable, Erik Koller, Président du conseil d’administration de l’office national du tourisme de Madagascar, est optimiste: « dépasser les 400 000 touristes! ». Madagascar, qui a d’ailleurs eu l’occasion en juin dernier de faire valoir ses atouts. La Grande Île a en effet été la vitrine du « Salon des îles Vanille », une première édition réunissant six îles de l’Océan Indien.
Sur la mer d’Émeraude, l’îlot Suarez est l’un de ces coins du globe qui n’ont rien à envier, bien au contraire, aux paradis du Pacifique sud: eaux turquoises et transparentes, profondeur de ciel, faune et flore exceptionnelles, cocotiers et sable blanc… Situé à une heure de bateau, soit de Port Jasmin (Diego Suarez), soit du petit village de pêcheurs de Ramena, c’est le deuxième site touristique du nord de Madagascar, derrière la Montagne d’Ambre. Il reçoit autour de 9 000 visiteurs par an, des petits groupes d’une dizaine de touristes qui embarquent sur des pirogues pour des excursions d’une journée. Au programme: plage et balade, avec en plus possibilités de kite surf, de planche à voile, de plongée (deux sous-marins coulés lors de la Seconde Guerre mondiale), ou partie de pêche… Et au menu: grillades au barbecue de poissons pêchés le matin même, dégustés bien à l’abri du soleil dans plusieurs paillotes, au milieu d’une nature vierge. Le tout est mis en musique par les pêcheurs de Ramena. C’est cette pépite touristique que l’office du tourisme de Diego Suarez va aménager, tout en le préservant cet îlot: « en respectant l’esprit des lieux, de la nature et de son authenticité, le projet consiste à atteindre une dizaine de paillotes, de créer entre elles de véritables espaces avec cuisine et sanitaires, d’assurer un service de nettoyage de la plage…, toujours en associant la population locale de Ramena. Celle-ci recevra une formation pour qu’elle soit davantage professionnalisée à l’accueil de touristes », précise Daniel Lozes, président de l’office du tourisme de Diego-Suarez. Dans la même idée, et pour la sauvegarde des sites, la route qui mène de Diego Suarez à Ramena sera à accès contrôlé. L’ensemble des investissements représente une enveloppe de 30 000 euros environ, qui seront pris en charge en partie par les conseils généraux du Finistère et de Mayotte. Les travaux devraient être terminés à la fin de l’année prochaine.