29e salon des Thermalies La manifestation a confirmé l’évolution du marché, depuis le thermalisme thérapeutique vers des solutions de bien-être et de remise en forme. Dans ces conditions, et avec pas mal de perspectives prometteuses, les structures marchandes commencent à se positionner.
Avec 1 200 sources et 20 % du capital thermal européen, la France arrive juste derrière l’Allemagne et l’Italie. En 2009, on dénombrait 8,5 millions de journées de soins délivrées à un peu moins de 500 000 curistes. Mais l’histoire du thermalisme, émergeant au début du XIXe siècle, évolue désormais. Nous ne sommes plus à l’époque où les hauts fonctionnaires revenaient en métropole pour “prendre les eaux” dans des séjours agrémentés de jeux d’argent, après des mois de vie facile ou de débauche dans les colonies. Un temps révolu, comme en témoigne le salon des Thermalies, qui a depuis longtemps pris le virage de la thalassothérapie, de la balnéothérapie, des spas… Pour son grand bien, puisque la manifestation enregistre une croissance régulière: + 5 % pour l’édition 2010 par rapport à 2009, avec 33 600 visiteurs.
La quatrième édition successive organisée au Carrousel du Louvre, confirme bien le côté dynamique de ces activités. Durant quatre jours, près de 300 exposants ont mis en valeur leurs nouveaux produits: techniques exotiques, cures bio, soins privilégiant la santé, cures destinées aux familles… bref un salon du bien-être autant que médical. Les structures existantes dans notre pays restent cependant en phase d’adaptation, quand celles qui se créent prennent d’emblée en compte ces nouveaux comportements et les nouvelles attentes de la clientèle.
Rhône-Alpes, troisième région française avec 15 % de la fréquentation nationale en nombre de curistes, a pris depuis deux ans une initiative exemplaire en terme de promotion et d’adaptation, s’appuyant sur son potentiel naturel. Premier réservoir d’eau douce cumulée en France, la région a mis cet élément au centre de sa communication. Après l’or blanc, l’or bleu? Elle souhaite aller plus loin en engageant les professionnels à créer des séjours packagés proposant des activités et des soins spécifiques pour les accompagnants, afin que les séjours de remise en forme puissent coexister parallèlement aux cures médicales. Chaque station a ainsi créé au moins deux offres répondant à un cahier des charges: un forfait six jours dans le cadre d’une orientation thérapeutique et un autre, plus court, orienté vers la remise en forme. L’initiative s’est déjà concrétisée avec, certaines fois, des propositions pour le moins alléchantes. En plus de ses qualités traditionnelles, la station de Vals-les-Bains propose, par exemple, un “forfait polynésien”, comprenant un gommage au sable blanc, un enveloppement au beurre de karité, un modelage à la bougie parfumée au Monoï… le plus ardéchois! Une démarche que certains maîtrisent déjà bien. Brides-les-Bains commence à se faire un nom grâce à ses techniques marketing, et des services repérés par le marché grâce à un excellent rapport qualité/prix. “La station commercialise environ 600 forfaits sur de tels salons grand public”, observe un dirigeant de Balineae. Ces produits pourront désormais s’appuyer sur une promotion assurée par une nouvelle web TV, lancée à l’occasion de ce salon: balineae.tv.
Quant aux opérateurs, ils commencent à prendre pied. Fram est sans doute l’un des plus anciens voyagistes généralistes à disposer de son propre stand aux Thermalies. D’autres préfèrent venir en s’associant. C’est le cas par exemple du spécialiste du genre, Thalasso No 1, présent lui aux côtés de l’Égypte et de la chaîne hôtelière Mövenpick. “À l’étranger, nous sommes surtout bien implantés en Tunisie, mais l’Égypte offre des opportunités intéressantes”, justifie Ali Benslimane, délégué commercial Île-de-France et Nord de Thalasso no 1.
Quant à Mövenpick, la chaîne a fait de la thalasso l’un des fers de lance de son développement. Le secteur représente aujourd’hui près de 20 % de ses activités. À partir de son installation modèle, sans doute la plus reconnue, au “Mövenpick Resort & Spa”, au bord de la mer Morte en Jordanie, qui perpétue des vertus uniques et déjà réputées depuis l’antiquité, elle développe des services similaires dans nombre de ses implantations de par le monde. “Zara Spa”, c’est son nom, vient de s’implanter sur le Mövenpick de Tala Bay, au sud d’Aqaba, la nouvelle zone touristique de la mer Rouge, toujours en Jordanie. De même, la chaîne suisse a ouvert fin 2010, un nouvel hôtel, à Sousse, proposant spa et thalassothérapie pour le premier Spa marin de Tunisie. C’est aussi le cas à l’île Maurice avec l’Adana Spa, un équipement de plus de 1 800 m2, ou encore à El Gouna, la Venise égyptienne, toujours sur la mer Rouge.
Éloigné des soupçons pesant sur les médicaments ou des effets désastreux du Mediator, les résultats du programme Maathermes viennent de tomber à pic, fin janvier, pour fournir une réponse plus douce à la prise en charge des personnes obèses ou en surcharge pondérale. Menée par l’Association Française pour la Recherche Thermale (Afreth), l’analyse montre des résultats statistiquement significatifs. La perte de poids en quatorze mois a été en moyenne de quatre kilos pour le groupe ayant bénéficié d’une prise en charge dans un centre thermal, contre 1,55 kilo en moyenne pour le groupe suivant un traitement traditionnel pour ces questions. "L’une des explications est très certainement liée à la rupture avec le quotidien, spécifique de la cure thermale, qui procure au curiste un environnement favorable à la modification de ses habitudes de vie", souligne Thierry Hanh, médecin nutritionniste conseil aux Thermes de Vichy, et investigateur de l’étude Maathermes. "Du point de vue économique, faire appel au thermalisme permettrait par ailleurs de diminuer les coûts de la prise en charge du surpoids pour l’assurance maladie", ajoute-t-il.
À l’issue d’une procédure engagée depuis plusieurs années, le ministère de l’Économie et des Finances vient de rendre son verdict, fin février, suite à un appel d’offres. L’État a finalement choisi la Compagnie Européenne des Bains, Valvital sa marque commerciale, pour la privatisation des Thermes Nationaux. Cette structure d’État, qui avait été épinglée par la Cour des Comptes en raison de sa gestion, est l’un des fleurons du thermalisme français. Un site qui existait au 1er siècle de notre ère! Il avait été cédé à l’État au moment du rattachement de la Savoie à la France, en 1860. Afin d’acquérir ce patrimoine, pour un montant qui n’est pas encore connu, Valvital s’est engagé dans un moratoire pour la reprise d’une dette de près de huit millions d’euros, et dans la réalisation de plusieurs aménagements. Valvital va construire une résidence qui, à terme, comprendra deux bâtiments de 100 appartements, sous l’appellation "Villa Thermae". Le permis de construire pour la première tranche, est attendu pour la fin de cette année, avec une exploitation qui pourrait démarrer début 2013. Chacune des deux tranches représente un investissement de dix millions d’euros. Le spa thermal sera agrandi de plus de 800 m2, pour un investissement de quatre millions. Enfin, la "Villa Chevalley" sur le site des Thermes Nationaux, devrait accueillir prochainement la direction technique, administrative, juridique, et informatique… de Valvital, un personnel actuellement en poste à Lons-le-Saunier et favorable à cette relocalisation. Un investissement de 1,2 million d’euros sera de fait consenti. Des dépenses qui doivent doper la fréquentation. "Nos premières prévisions tablent sur 30 000 curistes en 2014, contre 26 000, en 2010", envisage Bernard Riac, Pdg de Valvital. Parallèlement, le développement du secteur bien-être est attendu, avec notamment la commercialisation de séjours via les tour-opérateurs, "dès que Villa Thermae aura une taille significative", explique Bernard Riac. La première installation de ce type (32 logements) doit ouvrir à Thonon-les-Bains en février prochain. Il est prévu d’en doter les sites de Lestoure, Divonne-les-Bains… ainsi que deux autres sites, propriété de Valvital. Avec la reprise des Thermes Nationaux, désormais son navire amiral, Valvital représente désormais dans le secteur du thermalisme, un poids significatif, "autour des 10 % de parts de marché en France" calcule Bernard Riac. Pour cette société familiale, la croissance externe n’en est pas pour autant abandonnée, bien au contraire. "Nous avons toujours pour objectif la reprise de sites, au rythme d’un ou deux par an", affirme Bernard Riac.