Menu

Rien n’est perdu avec les CE

À la Une | publié le : 11.03.2011 | Dernière Mise à jour : 11.03.2011

Auteur

  • Karine Filhoulaud

Évolutions Les CE ont fait, dans le passé, la fortune de certains groupistes. Qu’en est-il aujourd’hui? Que pourrait-il en être demain?S’ils s’adaptent aux nouvelles tendances de ce marché, les professionnels semblent avoir encore de beaux jours devant eux.

Les salariés aimeraient que leur comité d’entreprise (CE) propose des voyages en individuel aux mêmes conditions que celles du groupe”, résume, amusé, Frédéric Raith, fondateur du site de conseils aux CE, MisterCE.com. Attente vaine bien sûr, mais volonté affirmée de la part des bénéficiaires… que les responsables de CE se doivent de prendre en compte, même si l’exercice tient presque de l’impossible.

Pour répondre au mieux à ces attentes, CE et tour-opérateurs signent donc des “protocoles”, qui permettent aux salariés désirant voyager seuls, d’acheter des produits touristiques pour individuels avec une réduction. Ces derniers peuvent ainsi profiter, par le biais du CE, de prix attractifs (de − 5 à − 30 % en général). Le tarif reste cependant supérieur à celui obtenu pour un groupe.

La plupart du temps, ces bénéficiaires s’occupent ensuite seuls de leur réservation. Cette formule semble s’être développée. “L’année passée, raconte Faïza Naoum, responsable régionale Île-de-France, Normandie et Nord chez Héliades, ces demandes de partenariat pour l’offre individuelle se sont multipliées à un point surprenant. On ne sait pas vraiment pourquoi… Peut-être les clients malmenés socialement et économiquement en ces temps de crise, ont-ils choisi ce qui leur semblait le plus sûr, le plus faisable par eux-mêmes? L’individualisme rampant est sans doute aussi en cause. Cependant, aujourd’hui, cette tendance s’est un peu calmée”.

D’autres CE ont misé sur des services déjà existants, comme les Chèques vacances apparus en 1982. Chez Legrand, par exemple, grande entreprise spécialisée en systèmes électriques, on ne propose pas de produits individuels, mais justement… des Chèques vacances. En revanche, les salariés qui en prennent ne peuvent plus participer à un voyage en groupe. Et depuis deux ou trois ans, le concept fait de plus en plus d’adeptes.

Enfin, certains responsables de CE, pour répondre à cette demande de produits individuels, optent pour d’autres solutions, comme les coffrets.

Dans ce contexte, les groupistes ont paradoxalement tout intérêt à pousser les CE à proposer ces ventes individuelles… Cela permet de toute façon de capter de nouveaux clients, comme le confirme Jean Brajon, directeur général d’Héliades: “Nous récupérons parfois des clients classiques par le biais des CE et des protocoles signés avec eux”.

Deux marchés complémentaires

Cette percée des produits individuels a donc amené beaucoup de groupistes positionnés sur le marché des CE, à proposer deux types d’offres: pour groupes et individuels. L’idée étant de profiter de toutes les opportunités. Les dernières pourraient-elles se développer aux dépens des premières? La réponse reste encore en suspens…

J’ai l’impression, même si on entend le contraire, que les bénéficiaires ne profitent pas vraiment de ces produits individuels, explique Frederic Geffre, trésorier adjoint du CE et membre de la commission action sociale de Globcast, filiale de France Telecom spécialisée dans la transmission audiovisuelle. Il est vrai qu’avec 50 % du voyage en groupe pris en charge par le CE… nos salariés peuvent se poser des questions”.

Concernant plus particulièrement les Chèques vacances, l’outil phare de la consommation individuelle, Frédéric Geffre est clair: les trois quarts des salariés de Globecast en prennent, sans que cela ait des répercussions sur la participation aux voyages de groupe. “Il est vrai que nous limitons le nombre de Chèques vacances par salarié”. Lorsque leur diffusion est plus large au sein d’une entreprise, on peut imaginer qu’elle influe sur le voyage en groupe. Mais là encore, il faut relativiser, car ces bons d’achat peuvent aussi être utilisés pour participer à un voyage en groupe. Leurs détenteurs, pas toujours aisés, sont aussi souvent des clients potentiels de groupistes. À ces derniers donc de récupérer astucieusement cette manne, sous forme de GIR par exemple.

Un facteur favorisant l’esprit d’entreprise

Voyager entre collègues! Cet aspect particulier du voyage de groupe est-il, ou non, un repoussoir? C’est ce qu’affirme Pierre Darmont, secrétaire du CE de Mc Cann Paris, agence de communication: “les gens, de toute façon, ne sont pas intéressés par les voyages en groupe avec leurs collègues… et on l’a vérifié”.

Pour d’autres responsables de CE, c’est tout le contraire. Alban Arnaud, qui travaille pour le CE de Bouygues Construction, va même jusqu’à valoriser cette sorte de convivialité appréciée par les voyageurs d’une même société. “Dans une grande entreprise, les salariés ne se connaissent pas forcément ou ne font que se croiser, et ils trouvent cela sympathique de se rencontrer autrement”.Par ailleurs, pour les séjours en club par exemple, la perception éventuellement négative du groupe est fortement atténuée, puisque les clients sont reçus comme des individuels.

Le voyage, porteur de lien social

Finalement, les voyage en groupe proposés par les CE ne semblent pas encore trop atteints par la vague de l’individualisme forcené. “Même si ce dernier règne quand même, nous avons encore beaucoup de demandes de voyages en groupe”, précise Alban Arnaud de Bouygues Construction. Les deux offres peuvent donc être considérées comme complémentaires.

Pour nombre d’opérateurs du secteur, ce type de voyage est loin d’être en danger. Il est trop bien ancré dans le mode de fonctionnement des CE, comme dans l’économie du tourisme français. Par ailleurs, pour les CE, il correspond à une sorte de philosophie sociale, qui influe beaucoup sur les décisions de subvention. “Nous ne travaillons pas avec les créateurs de coffrets voyages, précise par exemple Frederic Geffre, car nous ne voulons pas financer des opérations axées sur l’individuel”. C’est exactement ce que défend Brigitte Jenner de Legrand. Et Olivier Lenoir, Commercial Groupe Adora, entend les même réflexions de la part de ses clients CE: “Certains élus nous disent qu’ils ont été choisis pour faire du lien social, pas pour promouvoir de l’individuel”.

Tarifs respectés, et fantaisistes s’abstenir

En règle générale, les CE sont sensibles à deux éléments face à la proposition d’un groupiste: son prix, qui doit être intéressant, et son sérieux, qui doit être avéré. Si Brigitte Jenner estime devoir faire avant tout attention au prix, Frederic Geffre affirme qu’il ne fera pas dans le hard discount. “En fait, nous faisons un mix entre qualité et prix, et prenons du moyen de gamme, du raisonnable, affirme-t-il. En fait, nous demandons surtoutque les tarifs soient respectés”.

Pour ce qui est du sérieux, il concerne bien évidemment le professionnalisme du TO ou de l’agence. “Il faut que le groupiste ait pignon sur rue, existe depuis un certain temps et qu’il assure déjà des volumes importants”, explique Alban Arnaud. Il doit aussi prendre en compte les demandes classiques des CE telle que le “tout compris”, qui évite au salarié de sortir son portefeuille à tout bout de champ. Tenir ses promesses, voilà un autre impératif pour le groupiste qui veut fidéliser un CE. “On n’apprécierait pas que les salariés reviennent de voyage en disant que c’était sale, pas bon, bruyant, etc. Bref, nous voulons que le contenu promis soit bien là”. Être un spécialiste de la destination choisie par le CE est un atout indéniable pour le groupiste. “Nous avons nos propres équipes dans nos destinations privilégiées, qui suivent les voyageurs précisément et sont très réactives. Notre compétence spécifique nous permet aussi de proposer une gamme de produits plus large, d’avoir de meilleurs prix…”, confirme Olivier Lenoir.

Concernant les départs, il faut savoir que les grands CE prévoient souvent deux départs: l’un hors vacances scolaires, l’autre pendant! À noter également que les départs de province sont un atout de taille, notamment lorsque le CE organise des courts séjours à l’étranger. Chez Legrand, on a par exemple beaucoup apprécié que l’aéroport de Limoges (ville où est installée l’entreprise, ndlr) soit proposé au départ d’un long week-end en Europe. Ces éléments et bien d’autres permettent aux membres des CE de voir revenir les salariés – leurs électeurs potentiels, ne l’oublions pas – ravis de leur voyage.

Enfin, les CE attendent aussi d’un groupiste une parfaite santé financière. “C’est primordial pour nous, confirme Brigitte Jenner, car nous avons une grande responsabilité financière vis-à-vis des salariés”. La sécurité des personnes est aussi bien sûr déterminante pour les CE, qu’il s’agisse des destinations, ou des compagnies aériennes choisies…

L’originalité paie

À propos des destinations, les CE ont aussi des demandes précises, et fournies, car il leur faut renouveler l’offre pour toujours attirer les salariés. Chez Legrand par exemple, depuis deux ou trois ans déjà, on propose des séjours avec excursions qui fonctionnent bien. Les voyages, notamment les circuits un peu denses, qui intègrent des plages de liberté, plaisent aussi. Attention cependant à prendre en compte les voyageurs qui se sentent délaissés s’ils sont trop livrés à eux-mêmes! Outre les parcs d’attractions et les indémodables week-ends organisés autour, les CE peuvent être intéressés par des produits plus nouveaux, dans l’air du temps: des destinations exotiques comme le Sri Lanka, dépaysantes comme le Mexique, accessibles comme les Bahamas… L’originalité de certains périples peut aussi séduire les CE, les voyages solidaires par exemple. “Nous avons ce type de produits en stock depuis déjà un moment, affirme Olivier Lenoir, mais les demandes de CE pour des mini-groupes constitués arrivent depuis peu”.

Legrand va peut-être bientôt formuler justementce type de demande. “Pour 2012, nous réfléchissons à la possibilité de proposer un voyage équitable aux salariés, révèle Brigitte Jenner. Le prix est plus élevé, c’est vrai… Comme il n’y a pas vraiment de quota minimum, on peut se lancer dans un test”. Une opération à suivre, pour voir si les groupistes auront plus de raisons encore de se lancer dans le tourisme durable.

À travers la crise…

Bien sûr, la crise économique des deux dernières années a influencé les besoins des comités d’entreprise (CE). En mal logiquement: le manque à gagner des sociétés qui ont fermé leurs portes ou dont le budget alloué au CE a fortement diminué, est bien là. Mais, au contraire d’autres secteurs, le voyage en groupe via les CE, n’a pas tant souffert. Bien sûr, il a fallu s’adapter. "Les CE étant moins sûrs de remplir leur groupe, ils tardent à valider le nombre de participants aux voyages, voire même à les confirmer", remarque Olivier Lenoir d’Adora. Ils tendent aussi à baisser le nombre de bénéficiaires et celui des jours des voyages, se dirigeant ainsi vers le court séjour. Enfin, le budget est revu à la baisse et les longs courriers souvent mis de côté. "Durant la crise, nous avons continué à proposer des voyages, mais pas trop chers, confirme Brigitte Jenner de Legrand, avec une offre de croisière en 2008 qui n’a pas du tout marché, nous avons vite compris qu’il fallait s’adapter aux budgets plus modestes, des salariés comme du CE". Si l’offre s’est ainsi réduite, la demande a tout de même été poussée par des salariés, désormais attirés par les bas prix. Jean Brajon, directeur général du TO Héliades estime même que "la crise est sans doute un facteur de développement du tourisme de groupe par le biais des CE". Cet optimisme, Brigitte Jenner le partagera peut-être en 2012 lorsque l’offre du CE aura pu retrouver son niveau d’avant. "Nous pourrons alors, dit-elle, nous rendre vraiment compte, dans un contexte redevenu normal, si les salariés optent finalement pour des produits individuels ou groupes, ou si les deux types de tourisme devront marcher main dans la main".

Div qui contient le message d'alerte

Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire

Mot de passe oublié

Déjà abonné ? Créez vos identifiants

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ? Remplissez les informations et un courriel vous sera envoyé.

Div qui contient le message d'alerte

Envoyer l'article par mail

Mauvais format Mauvais format

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format

Div qui contient le message d'alerte

Contacter la rédaction

Mauvais format Texte obligatoire

Nombre de caractères restant à saisir :

captcha
Recopiez ci-dessous le texte apparaissant dans l'image
Mauvais format