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Le parking de la discorde

Enquête | publié le : 01.10.2012 | Dernière Mise à jour : 01.10.2012

Auteur

  • Thierry Joly

Mont Saint-Michel Prestations et équipements différents de ceux annoncés, difficultés d’accès pour les personnes à mobilité réduite, baisse de la fréquentation, etc. Les critiques fusent depuis l’entrée en vigueur du nouveau système de stationnement du Mont Saint-Michel. Conséquence: de nouveaux aménagements sont à l’étude ou en cours de réalisation.

Autocaristes et groupistes n’attendaient rien de bon du nouveau système de stationnement du Mont Saint-Michel et le fait est qu’ils n‘ont pas été déçus. Les autocars sont bien relégués sur le parking le plus éloigné, obligeant la plupart des clients à marcher près d’un kilomètre, à la fois pour atteindre le point d’embarquement des navettes et en revenir. Le quai de dépose annoncé est en effet uniquement réservé aux transporteurs qui prennent un abonnement, synonyme de prélèvements automatiques et de frais de gestion. Dans un rapport publié en juillet, l’Unesco s’est d’ailleurs émue de la longueur du trajet à effectuer à pied, d’autant qu’il faut également marcher 300 à 400 mètres entre le lieu d’arrivée des navettes et l’entrée du Mont.

Du temps en plus

Comme prévu, l’excursion au Mont Saint-Michel demande donc plus de temps qu’auparavant. “Les gens se plaignent du fait qu’il faut beaucoup marcher, surtout sous la pluie. Et au début, il y a eu beaucoup d’attente aux navettes”, rapporte Joanna Goudier de Miki Travel. Il faut dire que les navettes ont une capacité moindre que celle annoncée: 66 places au lieu de 95. De plus, les véhicules hippomobiles baptisés “maringotes” ne sont eux jamais entrés en service. Le 2 août, Veolia Transdev, l’exploitant du service, a même annoncé leur abandon pur et simple et évoqué la mise en service de calèches classiques d’ici la fin de l’année.

Une signalétique à revoir

Faute d’une signalisation et d’une information adéquates, les touristes ont également parfois eu du mal à trouver leur chemin entre le parking et les navettes. Ils déplorent en outre que le parcours passant par la zone commerciale soit mieux indiqué que les itinéraires de la baie ou du Couesnon. Pour ne rien arranger, la majorité des employés du parking ne parlent pas anglais. Quant aux conducteurs, ils se plaignent de ne pas pouvoir ressortir du parking, par exemple pour aller faire le plein, sans avoir à repayer au retour. Autre surprise de dernière-minute, l’accès aux hôtels et restaurants de la zone de La Caserne est finalement payant. Les établissements doivent acheter auprès de Veolia Transdev un code d’accès qu’ils transmettent et refacturent au groupe. À côté de tout cela, la propreté parfois douteuse du parking et le manque d’amabilité des placiers font presque figure d’anecdotes.

Mésententes au sommet?

S’agit-il de dysfonctionnements inhérents à tout lancement ou de problèmes de fond? Les prochains mois apporteront la réponse. Quoi qu’il en soit, des aménagements ont déjà été apportés et d’autres devraient suivre. Si l’on use du conditionnel, c’est parce que le Syndicat Mixte de la Baie du Mont Saint-Michel et le délégataire de service public pour l’exploitation du parking et des navettes ne semblent pas sur la même longueur d’ondes. Le premier comprend certaines critiques, et souhaite certaines modifications, alors que le second affirme respecter à la lettre le cahier des charges.

La signalétique et l’information ont ainsi été améliorées. “Nous avions été trop chiche en la matière, reconnaît François-Xavier de Beaulaincourt, le directeur du Syndicat. Mais il ne faut pas perdre de vue que nous sommes sur un site protégé, et nous ne pouvons pas faire tout ce que l’on souhaite en terme de panneaux et de constructions”.

Pour cette raison, il n’y aura jamais d’abribus pour attendre les navettes. “Mais pour solutionner ce problème, Veolia a modifié leur cadencement, ce qui fait qu’il y en a toujours une sur place, dans laquelle les visiteurs peuvent s’abriter”, précise-t-il. De même est-il exclu de réaliser une allée couverte reliant les parkings au point de départ des navettes afin d’éviter aux touristes d’être trempés par temps de pluie. Si l’argument du site protégé tient pour les deux itinéraires longeant le Couesnon et la baie, il est en revanche beaucoup moins convaincant pour celui qui passe par le centre de La Caserne, où magasins et stands de produits locaux ne brillent pas par leur intégration architecturale au site. Un point que critique également l’Unesco. Et l’on attend avec curiosité de voir le style des commerces qui pourraient voir le jour autour des navettes, car des demandes de permis de construire ont semble-t-il été déposées en mairie de Pontorson.

Embellie pour les autocars

À ranger au rayon des bonnes nouvelles, François-Xavier de Beaulaincourt assure que le quai de dépose situé près du centre d’informations touristiques sera la saison prochaine accessible à tous les autocars sans condition d’abonnement. “La formule actuelle n’est pas conforme au cahier des charges et doit être corrigée”. Ce que conteste Régine Dutacq, la directrice de Veolia Mont Saint-Michel. Le Syndicat affirme également comprendre l’irritation des conducteurs quant à l’impossibilité de ressortir temporairement. “Nous réfléchissons pour trouver une solution, mais ce n’est pas évident. Il nous faut mettre au point un système empêchant la fraude du type échange de tickets entre conducteurs”.

En revanche, l’accès aux hôtels et restaurants de La Caserne restera payant et pourrait même augmenter. François-Xavier de Beaulaincourt: “La somme demandée représente la fraction du prix du stationnement correspondant à l’utilisation de la navette car ce sont les visiteurs qui doivent payer pour l’infrastructure et non les impôts. Cependant, la décision de rendre cet accès payant ayant été prise tardivement, le prix actuel est inférieur à ce qu’il devrait être, et il est possible qu’il soit ajusté pour coller au coût réel de la navette. Soit 2,50 euros pour les individuels et 15 euros pour les groupes au lieu de 1,50 et 10 euros actuellement”.

Les PMR à la peine

Dernier problème, et non des moindres, celui concernant l’accueil des personnes à mobilité réduite. Certes il existe une navette, la Montoise, allant du centre d’informations au pied du Mont, qui est réservée aux handicapés ainsi qu’aux habitants et employés du site. Cependant, si l’autocar n’a pas accès au quai de dépose, il faut parcourir 300 mètres pour y arriver, et cette distance est dans tous les cas à franchir au retour. “Mais l’ensemble du cheminement piéton est accessible aux malvoyants, aux malentendants et aux fauteuils roulants”, précise François-Xavier de Beaulaincourt. Fort bien, mais quid des personnes temporairement invalides, se déplaçant difficilement ou ayant des béquilles? À l’heure actuelle, le conducteur qui les arrête au plus près et se rapproche pour les reprendre subit les foudres des placiers. “Des réactions inappropriées, juge François-Xavier de Beaulaincourt. Chaque règle mérite dérogation, il faut prêter attention aux cas particuliers, aux personnes à mobilité réduite provisoire, aux femmes enceintes”. Mais pour Régine Dutacq, il n’y a là aucun problème. “Les employés ne font que leur travail. La navette est de toute manière réservée aux titulaires de la carte d’invalidité GIC”, explique-t-elle. Chez l’opérateur, on ne semble visiblement pas avoir compris le sens du label “Tourisme et Handicap” que souhaite obtenir le Syndicat. Heureusement, dans la pratique les conducteurs de La Montoise sont compréhensifs et n’exigent pas la carte.

Des solutions simples

Tout serait finalement beaucoup plus simple si les navettes partaient du point de La Caserne situé au plus près du parking et non de l’entrée du hameau. Des discussions seraient en cours sur le sujet, mais Veolia Transdev exigeraient en contrepartie une hausse des tarifs de plusieurs euros, bien que la distance supplémentaire à parcourir ne soit que de quelques centaines de mètres. Affaire à suivre.

Fréquentation en baisse

Après que l’abbaye ait fait état d’une baisse de 4 à 11 % de la fréquentation lors des grands week-ends de mai, l’office de tourisme du Mont Saint-Michel a annoncé un recul de 24 % du nombre de visiteurs entre juillet 2011 et 2012. Ces chiffres sont toutefois à prendre avec précaution car il y a eu les élections au printemps et la météo n’a pas été favorable. Par ailleurs, cette évolution concerne avant tout les individuels et non les groupes, dont les voyages sont planifiés plusieurs mois à l’avance. Gérant plusieurs restaurants à La Caserne, la Sodétour n’a ainsi ressenti aucune baisse de la clientèle groupe. "Au contraire, nous avons eu des réservations que nous n’aurions peut-être pas eues avec l’ancien système de stationnement", indique le restaurateur. Pour les autocaristes et les groupistes, c’est 2013 qui sera vraiment déterminante, une fois que le bouche-à-oreille aura fonctionné parmi les clients.

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