Enquête La saison printemps/été 2012 du tourisme en autocar a connu des hauts et des bas, selon les destinations, selon les autocaristes, selon les produits. Mais un point commun ressort clairement: les clients voyagent de plus en plus à prix serré.
À écouter les professionnels du voyage en autocar, la demie-teinte semble être la couleur de la saison printemps/été 2012. Peu d’emballements, pas de grandes déconvenues, juste un fil conducteur qui, du Nord au Sud de la France, ou d’Est en Ouest, semble avoir guidé la clientèle: le prix.
Le prix serré même.
« Nous observons une baisse du budget voyages chez nos clients groupes constitués », confirme ainsi Nathalie Subit, responsable de la production « voyages en autocar » au service tourisme de Berthelet Voyages. « Il y a une volonté d’arriver par le prix, observe Véronique Sauvée, responsable commerciale chez Voyages Girardot. Les clients ont vu des prix d’appel sur internet et s’attendent à trouver la même chose pour tout un groupe ». La perte de références est manifeste pour les décideurs, qui ne comprennent plus la politique tarifaire des autocaristes, et peinent à admettre que le modèle économique de ces voyagistes ne leur permet pas d’aligner des tarifs garantis pour tout un groupe sur le prix d’une ou deux places ponctuellement vendues en promotion sur internet, et souvent à la dernière minute.
Mais il n’y a pas qu’internet et son influence sur la perception par les clients du prix des voyages qui viennent perturber le modèle économique des sorties en autocar. Jérôme Notte, dirigeant de Not’Car, constate ainsi qu’auprès des comités d’entreprise, la concurrence est vive entre les voyages et les chèques-cadeaux. Du côté des seniors également la concurrence est réelle quand il s’agit de rendre des arbitrages budgétaires. « Les personnes du troisième âge sont de plus en plus confrontées à un choix cornélien: venir en aide à leurs enfants ou petits-enfants, touchés par les difficultés économiques, ou s’offrir un voyage ou une sortie », analyse Jean-Baptiste Fontan, directeur d’Arnaud Voyages à l’Isle-sur-la-Sorgue.
Last but not least, la saison 2012 a aussi été affectée par les élections législatives et présidentielles, qui ont poussé la clientèle à différer ses voyages ou même à s’en passer.
L’impact de ces différentes contraintes se ressent directement sur le remplissage des véhicules.
Le taux moyen « n’a pas vraiment bougé » et confirme la tendance observée depuis quelques années, l’accentuant même peut-être. « Le taux de remplissage tourne autour de 35 à 38 pax pour les circuits de plusieurs jours, de 42 pax pour les sorties à la journée », précise Nathalie Subit (Berthelet Voyages), dont la clientèle émane davantage des associations que des comités d’entreprise.
Le constat est similaire pour Patricia Cesbron, responsable du service groupes (autocars) de Richou Voyages, à Cholet. « Les groupes constitués semblent avoir du mal à se… constituer justement. Ils comptent en moyenne une petite trentaine de pax et les groupes de 49 personnes sont minoritaires », relève-t-elle.
Chez Voyages Girardot, l’activité groupes s’avère être un « marché atypique et pas facile » Il est de plus en plus difficile d’atteindre le seuil de rentabilité en nombre de pax.
C’est aussi l’inquiétude de Jean-Baptiste Fontan (Arnaud Voyages). « La difficulté à remplir un car a des conséquences sur la rentabilité du modèle », explique-t-il. En dessous de 30 à 35 pax, elle est menacée. Et le chef d’entreprise se retrouve face à un dilemne: annuler un voyage qui n’a pas réuni assez de monde, avec le risque de faire des mécontents et de nuire à la fidélisation des clients, ou le maintenir en sachant qu’il ne lui rapportera rien.
Tous les types de voyages en autocar ne sont cependant pas logés partout à la même enseigne. « Nous constatons un recul des sorties à la journée, alors que les autres types de voyages en autocar demeurent stables”, déclare Nathalie Subit (Berthelet Voyages). « Les petits budgets ont naturellement privilégié les sorties courtes plutôt que les voyages de plusieurs jours, mais les groupes qui avaient encore moins de moyens et partaient encore à la journée sont carrément sortis de notre clientèle », observe-t-elle.
Ce type de produits semble aussi à la peine chez Richou Voyages. « Nous assistons à un changement de comportement de la clientèle à la journée, indique Patricia Cesbron, responsable du service groupes (autocars). Les seniors d’aujourd’hui sont en forme et prennent leur voiture pour faire du tourisme de proximité plutôt que de monter dans un autocar. Lorsqu’ils recherchent la convivialité du groupe, ils privilégient alors les circuits de plusieurs jours en autocar. » Pour elle, l’évolution sociologique est également défavorable aux sorties à la journée.
C’est un peu la même analyse que livre Jean-Baptiste Fontan (Arnaud Voyages): « notre source de clientèle se tarit avec l’avancée en âge des générations d’après-guerre qui ont découvert les voyages dans les années 1980, et sont aujourd’hui à même de se lancer sur les routes par eux-mêmes. Et puis les papy-boomers sont devenus adeptes du camping-car, remarque-t-il. Il nous faut donc aujourd’hui proposer des produits à même d’attirer les familles ».
Chez Voyages Girardot, implanté en Bourgogne, les sorties à la journée, Lyon, Paris, Dijon ou encore Autun, ont en revanche connu le succès, car elles sortent à un prix intéressant pour les budgets serrés. Le constat est le même pour Jérôme Notte (Not’Car): « Les voyages à la journée n’ont jamais marché aussi bien que cette année », s’enthousiasme-t-il, citant un taux moyen de remplissage de 89 %. Aucun voyage n’a dû être annulé. « Ce succès peut s’expliquer par la baisse des possibilités financières de la clientèle qui, du coup, part moins sur des périodes longues » avance Jérôme Notte.
Arnaud Voyages est aussi satisfait de ces voyages d’un jour, que ce soit vers le Canal du Midi ou pour la Fête des citrons à Menton, « il y a un véritablement engouement pour ce type d’escapades très courtes » observe Jean-Baptiste Fontan.
Les voyages plus lointains, circuits de plusieurs jours, sont non seulement affectés par les restrictions budgétaires de la clientèle mais aussi par l’évolution de ses goûts.
Ainsi, les voyages en autocar en GIR sur plusieurs jours à travers les pays d’Europe limitrophes, « souffrent de la concurrence des compagnies aériennes à bas coût, remarque Valérie Pucheu, directrice de la communication et du marketing de Verdié Voyages. C’est vrai en terme de rapidité mais aussi de confort puisque les clients arrivent moins fatigués ». Cela contraint les autocaristes à trouver une réponse adaptée, à la manière de Verdié justement qui a ajouté « un nouveau concept de voyages en autocar, le Star VIP, qui permet de proposer des voyages à bord d’autorcars de grand standing et très modernes, avec une foule de services à bord qui garantissent des voyages tout confort », explique Valérie Pucheu. « C’est juste un petit peu plus cher, mais les clients apprécient ce standing », relève-t-elle.
Un autre moyen de conserver des parts de marché consiste à mieux cibler ses produits. « Les circuits thématiques, les voyages aux programmes très marqués, autour d’événements ou des réveillons connaissent un gros succès », constate Valérie Pucheu. Elle y voit un encouragement pour les autocaristes pour affiner leur offre. Les marchés de Noël, produits phare de la fin d’année, partent toujours bien auprès des clients, notamment chez Not’Car, mais un certain essoufflement est perceptible. « D’habitude, en juin, on les a déjà vendus, mais cette année, tout n’est pas parti. On sent la crise et les incertitudes », explique Nathalie Subit de Berthelet Voyages.
Les événements fonctionnent bien aussi pour Richou Voyages, en citant le Festival interceltique de Lorient ou les « Tonnerres de Brest ».
Plus au Sud, Jean-Baptiste Fontan, d’Arnaud Voyages, a même été surpris de l’engouement suscité par les feux d’artifices de Carcassonne, à tel point qu’il a dû « remettre un autocar en plus pour répondre à la demande ».
Les événements ou thématiques à la journée plaisent à la clientèle groupes de Voyages Girardot. Véronique Sauvée cite notamment la Fête du reblochon à La Clusaz, les fêtes de descentes des alpages dans les Alpes ou encore le petit train de La Mûre. Not’Car connaît le même phénomène avec la route des vins en Alsace. Au nord de la Loire, les fêtes médiévales de Provins ou encore les animations spéciales à la cathédrale de Chartres ont vraiment séduit.
« Les grands salons parisiens aussi, constate », Véronique Sauvée des Voyages Girardot. « La participation aux enregistrements d’émissions de télévision à Paris est particulièrement recherchée, surtout parmi les seniors, en milieu de semaine », remarque Jérôme Notte. En revanche, le dirigeant de Not’Car a eu du mal à vendre les grands concerts, les Johnny Halliday, Madonna et consorts.
Moins, ou pas du tout, temporaires mais toujours originaux, les parcs d’attractions comme Disneyland Paris ou le Parc Astérix autour de la capitale, ou Walibi en Belgique, sont toujours des produits qui se vendent bien, constatent nos interlocuteurs. De même que le spectacle du Puy du Fou ou, pas très loin, le Futuroscope.
Le choix des destinations touristiques plus classiques demeure assez convenu. Tout dépend bien sûr de l’implantation des autocaristes, mais globalement, à l’exception de Paris, le Sud de la Loire et même vraiment le Midi et le Sud-Ouest, semblent plus alléchants pour leur clientèle groupes que toute autre région.
S’agissant de l’Aquitaine, autant le Périgord est cité par plusieurs autocaristes parmi les destinations qui ont le mieux marché au printemps/été 2012, autant les ventes pour le Bordelais ont pu parfois décevoir. Les séjours gastronomiques en Dordogne ont connu un franc succès chez Arnaud Voyages. Patricia Cesbron cite encore l’Aveyron et le Limousin parmi les destinations au Sud de la Loire qui ont connu un bel engouement chez Richou Voyages, tout comme le Pays basque et le Roussillon.
Sur la côte méditerranéenne, le Languedoc n’a pas en revanche tellement marché chez Berthelet Voyages, à l’inverse du Lubéron et de la Côte d’Azur, en lien là d’ailleurs avec la Fête des citrons de Menton ou le carnaval de Nice.
La Corse, quant à elle, “se vend toute seule, déclare Patricia Cesbron. C’est la destination qui a le plus de dates de départ pour nous.” Même constat chez Voyages Girardot, mais Véronique Sauvée, responsable commerciale, le nuance en précisant que la destination a beaucoup attiré les groupes, moins les individuels.
Les Alpes ont moyennement fonctionné chez Richou Voyages, et ont plu surtout pour leurs événements festifs chez d’autres.
L’Alsace laisse des impressions contrastées aux autocaristes qui la programme. Elle est en recul pour Berthelet Voyages, qui, en revanche, a très bien vendu la Lorraine. “L’originalité a été payante”, estime Nathalie Subit, qui n’a “pas souvent vu cette région dans les brochures des autocaristes”.
Dans l’Ouest, Jersey, Belle-Île ou encore, en sortie à la journée, La Rochelle, ont séduit les clients de Richou Voyages. Le Mont Saint-Michel parvient « encore », comme le dit Jérôme Notte, à attirer les clients en groupes. Mais les autocaristes s’inquiètent des nouvelles conditions de stationnement et d’acheminement qui leur sont imposées et des effets que cela pourrait avoir sur une clientèle de personnes âgées dont la mobilité physique ne leur permet pas toujours de parcourir des distances à pied trop longues.
L’Île de France, avec ses châteaux, comme Versailles, proposé en combiné avec Paris, a connu une belle saison pour les Voyages Girardot. Les « Grandes eaux de Versailles », en revanche, n’ont pas attiré de groupes chez Arnaud Voyages. La capitale gagne à proposer des événements exceptionnels, des expositions d’envergure, des spectacles et salons, qui peuvent avoir une dimension et un intérêt au moins national.
Vers l’étranger, particulièrement les pays limotrophes de la France, les circuits en autocar ont connu des hauts et des bas, pas toujours auprès des mêmes autocaristes cependant.
L’Italie est toujours très demandée. « Je suis toujours épatée, car elle ne semble pas avoir été affectée par les diverses hausses de ses taxes ni même par l’instauration de la taxe de séjour », lâche Nathalie Subit. Pour Berthelet Voyages, la Ligurie et particulièrement les Cinque Terre, se sont bien vendues, Venise, les lacs aussi, la Toscane un peu. Cette dernière n’a pas eu le succès qu’en escomptait Arnaud Voyages.
Il reste que, globalement, le renchérissement du coût des prestations n’a pas eu d’impact non plus sur la demande pour cette destination, relève Véronique Sauvée, des Voyages Girardot.
Quelques nuances peuvent toutefois être apportées. « L’Italie part mieux en GIR qu’en groupes constitués », observe Patricia Cesbron. Rome et la côte amalfitaine ont séduit. Chez Arnaud Voyages, Jean-Baptiste Fontan se félicite du succès rencontré par son « grand tour de Sicile ». Philibert Voyages égrenne aussi les bons résultats des différents produits proposés vers l’Italie, y compris Florence, qui semble avoir été plus à la peine ailleurs.
Dans une évolution tarifaire inverse de l’Italie, l’Autriche revient aussi souvent parmi les succès de la saison. Elle offre un rapport qualité-prix particulièrement bon. Le Tyrol a effectué « un bon retour » dans les demandes de la clientèle. Il a aussi très bien marché en combiné avec les Dolomites italiennes chez Berthelet Voyages.
Jean-Baptiste Fontan, d’Arnaud Voyages, relève par ailleurs que, depuis deux ans, le circuit d’une semaine en autocar en Hongrie conserve tous ses attraits auprès de ses clients.
La Suisse est au catalogue de la plupart des autocaristes mais leur laisse des impressions partagées. « La destination sortait très chère dans nos productions et, du coup, la clientèle s’inscrit à la baisse », relève Nathalie Subit (Berthelet Voyages). La Gruyère, avec visite de fromagerie et de chocolaterie est tout de même bien partie, de même que les circuits comprenant un voyage en train panoramique ou à crémaillère à travers les montagnes helvétiques. Chez Richou Voyages, même pénalisée par les taux de changer, la Suisse est pourtant de plus en plus demandée, notamment en combiné avec les lacs italiens.
L’Allemagne s’est bien comportée la saison dernière, globalement. « La Bavière part bien, mais la Fête de la bière n’a pas attiré nos clients » observe Jean-Baptiste Fontan. Nuremberg, Munich, sont autant d’attraits pour les clients de Philibert Voyages qui se sont laissés séduire par cette destination.
La Croatie s’est aussi plutôt bien comportée dans le portefeuille des destinations des autocaristes. C’est par exemple le cas pour Arnaud Voyages ou encore pour Philibert Voyages. Christelle Bouvard, responsable production autocar se félicite du bon résultat des voyages vers l’ancienne Yougoslavie, qu’il s’agisse de la Croatie ou du Monténégro. Mais, L’Istrie, avec étape au lac de Garde, en Italie, qui se « vend relativement bien habituellement, a marqué le pas cette année » nuance Nathalie Subit.
De même, le programme thermal en Slovénie que proposait Philibert Voyages n’a pas fonctionné. Mais Christelle Bouvard n’est pas pour autant découragée par cette destination, et va la mettre au catalogue 2013, plutôt sous forme de circuit cette fois.
Du côté de la péninsule ibérique et des îles voisines, les observations sont plutôt bonnes, parfois enthousiastes.
Berthelet Voyages relève un bon redémarrage d’Andorre, avec des produits « nature » notamment. La principauté a l’avantage d’être accessible à des budgets serrés en proposant des prix attractifs et des promotions. Elle est aussi citée par Jean-Baptiste Fontan d’Arnaud Voyages, parmi les succès de la saison passée, notamment avec un volet « bien-être ».
L’Espagne classique s’est bien vendue. C’est vrai chez Berthelet, où les Baléares en autocar ont attiré la clientèle, de même que la Costa Brava, qui était en promotion en mars dernier. Arnaud Voyages a pu proposer des escapades à prix ultra serrés vers Lloret del Mar qui ont énormément plu. Les Baléares en autocar ont fonctionné chez les uns, été boudées chez d’autres.
Le Portugal, la partie Nord notamment, avec étape espagnole à Saint-Jacques de Compostelle fonctionne aussi bien, pour Richou Voyages. Philibert Voyages veut également y revenir en autocar, alors qu’il vendait le Portugal plutôt avec de l’aérien.
Les destinations septentrionales de l’Europe ont surtout fonctionné avec des produits classiques. « On a du mal à convaincre nos clients de partir en autocar vers les pays du nord, admet Nathalie Subit.Nous avons les produits, mais la Hollande et la Belgique n’accrochent plus comme avant ». La Floriade a attiré du monde, notamment chez Arnaud Voyages ou Not’Car, mais a aussi déçu parfois, comme chez Richou Voyages. Chez ce dernier, l’Irlande, avec un transport en ferry depuis Roscoff, a en revanche beaucoup plu.
Effet jeux olympiques, jubilée de la reine, peut-être, l’Angleterre a eu le vent en poupe ce printemps. Et l’année 2013 devrait encore amplifier cet engouement à en croire les demandes enregistrées par les autocaristes.
Pour 2013, Jean-Baptiste Fontan d’Arnaud Voyages, tire les leçons de la saison passée. « Nous allons nous adapter à cette demande qui attend des petits prix pour des escapades de quelques jours », indique-t-il. Les autocaristes vont également tenter de doper leurs ventes en 2013 en attirant leurs clients vers des produits originaux et des destinations nouvelles. C’est ainsi que Berthelet Voyages va leur proposer Majorque et Minorque en combiné, les Hautes-Alpes en deux jours, le lac de Constance, ou bien encore le Val d’Aoste.
Pour l’année prochaine, « je sens que l’Angleterre va attirer pas mal de monde », indique Patricia Cesbron de Richou Voyages. Londres, mais aussi, en Belgique, Bruges et, au moment des fleurs, les Pays-Bas. Elle compte bien aussi réussir à vendre un combiné Monténégro et Albanie. En France, elle va remettre les Flandres au programme, avec Lille et Arras.
Christelle Bouvard de Philibert Voyages compte aussi étoffer et affiner sa production. Si elle n’est pas persuadée que les voyages en autocar soient aujourd’hui « la tasse de thé des comités d’entreprise », elle ne doute pas de l’attrait qu’exerce ce type de voyages sur les membres d’associations et les seniors. Pour elle, il n’y a pas de doute, ces clients « veulent revenir à l’autocar ».
Réponse en 2013