Nature et culture Au nord d’Amsterdam, le polder du Beemster donne de la Hollande une image méconnue, où la nature l’emporte sur le bâti, le bucolique sur l’urbain. Ce vaste polder, sorti de mer pour devenir terre, est également partie prenante de la ligne de fortification de la capitale néerlandaise. Cet ingénieux dispositif militaire repose sur le savoir-faire séculaire des Hollandais pour transformer l’eau en alliée. Découverte.
Alors que le train ou l’avion plongent directement les visiteurs dans le bouillonnement d’Amsterdam, il est difficile pour les touristes d’imaginer qu’à quelques kilomètres de la cité, où les hautes demeures se serrent les unes contre les autres, de vastes étendues ont conservé tous les atours de la campagne. Même si rien ne semble dû au hasard en Hollande septentrionale, une réserve naturelle a toutefois pu s’y développer.
Mais les paysages au nord de la capitale économique des Pays-Bas n’étonnent pas seulement par leur côté bucolique. Ils résument admirablement le patient et ingénieux travail de l’Homme pour s’accrocher à la terre, à une terre située en contrebas de la mer. Car voilà, au nord d’Amsterdam, la campagne est sortie de la mer. Partout, digues, talus ou écluses rappellent qu’ici l’eau a le dessus.
L’assèchement du polder du Beemster ne date pas d’hier. Dès le XVIIe siècle, des travaux ont été entrepris pour assécher des lacs et marais aux alentours de la grande cité marchande. Pour la nourrir d’abord, mais pas seulement. Pour la défendre aussi.
À l’époque, une quarantaine de moulins ont été édifiés, en enfilade parfois, pour, en quelque sorte, transvaser l’eau du lac par paliers. Quand on n’a d’autres richesses naturelles que le vent et l’eau, mieux vaut les exploiter que s’en faire des ennemis, comme le comprirent les Néerlandais. Grâce aux moulins à vent, il était possible de pomper l’eau, le souffle de l’un aspirant l’autre. Une vis d’Archimède puisait l’eau en lui faisant remonter la pente, mètre par mètre. Avec pas mal de patience, on touchait alors le fond du lac, l’eau ayant évacué la terre, les digues pérennisant cette œuvre titanesque.
Le polder du Beemster se situe à 3,5 m au dessous du niveau de la mer et révèle un sol fertile, propice à l’agriculture. Le résultat est aujourd’hui reconnu par l’Unesco, qui a inscrit le Beemster, sorti des eaux en 1612, à la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité, de même que la ligne de défense qui a été édifiée là autour d’Amsterdam deux siècles et demi plus tard.
Car où l’eau a été, l’eau peut toujours revenir. Les polders n’ont pas seulement des vertus agricoles. Ils peuvent aussi constituer des armes militaires. Faire de son ennemie, son amie, ça va pour l’eau, mais pour les Hommes… ce n’est pas toujours le cas. Et la protection d’Amsterdam est devenue prioritaire au fil des conflits, occupations étrangères ou vassalisations. La grande cité marchande du nord de l’Europe pouvait donc transformer ses environs surbaissés en obstacles naturels. Comment? En remplissant d’eau les terres si durement conquises sur la nature.
Avant de pouvoir atteindre la ville, qui s’était dotée de gigantesques entrepôts pour tenir un siège, les troupes ennemies auraient d’abord dû patauger sur des kilomètres.
Reprenant les idées et même certaines forteresses construites dans les siècles précédents, Amsterdam s’est dotée dans la seconde moitié du XIXe siècle d’une “ligne de défense” qui, à 15 ou 20 km de son centre, devait la protéger en la mettant hors de portée de tout feu. Elle court donc sur 135 km tout autour ou presque de la cité, parsemée de 46 forts, parfois à peine visibles dans le paysage, enfouis sous une herbe dense et grasse. Mais c’est bien l’eau qui était au cœur du dispositif. En moins de deux jours, Amsterdam pouvait se retrouver comme une île, grâce à l’inondation contrôlée de ses environs. Pas question en effet de faire venir la mer aux portes de la capitale. Le système imaginé répandait de l’eau douce sur des terres qui, la paix revenue, devaient retourner à l’agriculture. La hauteur même de l’inondation pouvait être contrôlée au centimètre près. Il fallait que ce soit suffisamment haut pour gêner l’avancée de troupes à pied et suffisamment bas pour empêcher aux navires de guerre classiques d’approcher. Cinquante centimètres d’eau pouvaient ainsi faire l’affaire. L’objectif des forts était de protéger les digues, les écluses, les routes et les terrains élevés qui permettaient au système de défense d’être opérationnel.
Entre 1880 et 1913, 40 millions de florins ont ainsi été dépensés pour satisfaire les stratèges militaires, l’équivalent de 1,8 milliard d’euros aujourd’hui. Mais en trente trois ans, les armes et techniques de guerre ont aussi considérablement évolué.
Les forteresses en pierres ont dû être bétonnées pour résister au feu des canons et puis l’aviation a fait son apparition et, pour le coup, l’eau n’en pouvait mais. Et c’est ainsi que la ligne de défense d’Amsterdam s’est retrouvée en parenté avec notre ligne Maginot, sans avoir jamais vraiment servi sinon, en partie vers la fin de la Seconde guerre mondiale quand les Allemands ont inondé une partie des terrains pour contrer les armées alliées. Une ligne de défense qui s’est en quelque sorte retournée contre ceux qu’elle devait protéger.
Aujourd’hui, le Beemster a donc retrouvé sa fonction première: nourrir le pays en permettant à une agriculture diversifiée de s’y développer. Les promenades à vélo à travers les terres découpées par des canaux aux eaux languissantes donnent aux touristes le sentiment de découvrir une autre facette, souvent négligée par les voyagistes, de la Hollande. Le développement même de cette campagne inattendue aux portes de la ville a aussi été une aubaine pour les bourgeois d’Amsterdam, qui ont construit là des demeures typiques, avec des toits plus hauts que les murs, et un parvis donnant sur de verts gazons. Les terres du polder ont été découpées en rectangles réguliers, transformant le paysage en une douce campagne aérée. Des villes comme Purmerend ou Middenbeemster ont conservé un esprit villageois, où l’on se prend à s’affronter dans des tournois à l’ancienne de “Steenwerper” (lancer de pierre) un peu à la manière de la pétanque en Provence. Un musée agricole (Agrarisch Museum Westerhem:
Des restaurants parsèment le Beemster et proposent des produits locaux, comme l’excellent Aagje Deken (
Une autre forteresse, au large et bien entourée d’eau celle là, est devenue un lieu d’excursion prisé des Amstellodamois et que les touristes auraient tort de bouder. L’île de Pampus et son fort se visitent en trois-quarts d’heure, mais c’est largement suffisant pour se sentir ailleurs, loin de la ville et plongé dans l’histoire.
À l’opposé, complètement à l’ouest d’Amsterdam, le petit village de pêcheurs de Spaarndam accueille aussi volontiers les touristes entre ses écluses, ses canaux et son lac, qu’ils viennent pour déguster du poisson ou découvrir un fumoir d’anguilles. Le village déploie un charme fou, qui lui vaut d’être protégé comme un monument historique. Sa forteresse, qui fait aussi partie de la ligne de défense d’Amsterdam, accueille un café d’où il est possible d’embarquer pour un tour sur le lac tout proche, où les oiseaux aiment à se poser ou à plonger. Des maisons perdues dans les joncs, comme posées sur l’eau, des moulins, des îlots verdoyants, la campagne décidément est aux portes d’Amsterdam, plus sûrement encore que les ennemis dont elle voulait se protéger.
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L’île de Pampus est desservie, une fois par jour à la belle saison (du 01/04 au 31/10) ou sur demande hors saison, par bateau depuis Ijburg, un quartier nouveau à l’est d’Amsterdam. Il est possible de déjeuner sur place, mais il est strictement interdit d’apporter quelque nourriture que ce soit sur l’île. Au delà de dix pax, les réservations pour la visite de la forteresse et s’y rendre sont obligatoires.
Est-ce que la région agricole au nord d’Amsterdam, qui couvre notamment le Beemster, est adaptée au tourisme de groupe?
M.V.: Nous avons beaucoup de prestataires qui sont même spécialisés sur des produits groupes dans la région de Laag Holland, qui a particulièrement développé l’agrotourisme. Il nous est facile de les mettre en contact.
Quels types de prestations proposent-ils?
– Les possibilités sont nombreuses, depuis la dégustation de produits locaux jusqu’à la participation à des cours pour apprendre à fabriquer le fromage ou à des ateliers pour transformer les fruits. Beaucoup de fermes font des confitures ou fabriquent des jus de fruits, notamment de pomme, produisent de la bière, même du vin. Des activités, comme les promenades à vélo ou en barque à travers le polder, des jeux ancestraux, de la voile, sont aussi proposées. Bien entendu, des visites guidées du polder sont aussi organisées et les thèmes peuvent être variés: histoire du polder, canaux, écluses, moulins à vent et à eau, ligne de fortification, agriculture…
La région peut toujours être proposée en combiné, certes avec Amsterdam, mais aussi des cités comme Edam, dont le fromage est mondialement connu de même que le marché traditionnel, ou Volendam, juste à côté avec son centre-ville historique et son port.
Qu’en est-il de l’hébergement?
– Beaucoup de fermes du Beemster ont des capacités d’accueil suffisantes pour des groupes de 20 à 25 personnes. Pour un nombre plus important, les participants peuvent être répartis dans plusieurs exploitations agricoles.
Quelle est la meilleure période pour visiter la région de Laag Holland?
– En avril et mai, les champs sont en fleurs. C’est donc une période intéressante, de même que septembre et octobre, où de nombreux événements sont organisés par les villages du polder. Des foires à la brocante, particulièrement durant la saison touristique, ont également lieu.