Innovation À l’heure où le tourisme urbain s’affirme, des pionniers proposent d’autres façons de visiter les villes. Une occasion de diversifier l’offre et d’attirer une nouvelle clientèle.
Une fois encore, c’est le tourisme d’affaires qui défriche, mais le tourisme de groupe classique suivra sans doute. Ce sont, en effet, les entreprises qui sollicitent beaucoup aujourd’hui les prestataires proposant des visites de ville avec des moyens de transport originaux. “Le Segway, c’est encore une activité très nouvelle pour le tourisme d’affaires, se réjouit Thierry Adam, de la société Logic Way France, qui convie à des balades en Segway dans Paris, et pour qui 2011 a été une excellente année, en partie peut-être parce que j’ai pris la place d’autres prestations plus onéreuses comme le karting ou le buggy”. Avec la crise, l’engouement pourrait cependant fléchir. Les groupes loisirs déjà clients sont du GIR ou du constitué, des familles, des amis, des seniors aussi. “Pour lesquels le vélo électrique, par exemple, est très adapté. Dès leur premier coup de pédale, ils sont assistés, et le fonctionnement du vélo se résume à un bouton “on” et “off” couplé à un régulateur de vitesses”, précise Alexis Grosse, d’Alternative Bike qui loue des vélos électriques aux touristes et les met en contact avec des guides si besoin. La clientèle étrangère n’est pas à négliger. Elle connaît d’ailleurs parfois mieux ces moyens de transport que les Français, et en redemande.
Ce qui se vend le mieux, ce sont les visites en petits groupes (ou grands groupes scindés) car les prestataires disposent d’un parc de véhicules souvent restreint. De plus, ces activités sont toutes récentes et les engins relativement onéreux. Cependant, il est toujours possible de proposer un panaché vélo électrique et Segway aux grands groupes, ou de s’associer entre prestataires pour répondre au plus grand nombre. Guy Boissière, de Paris Trikkes, qui propose des visites de Paris en trottinettes électriques appeléesTrikkes, a déjà mis en place ces alternatives. « Mais, de toute manière, reconnaît-il, il n’est pas encore possible pour moi de prendre en charge un groupe de 100 personnes”. L’avantage d’être en petit groupe est de pouvoir emprunter les voies piétonnes ou spécifiques sans trop gêner les autres usagers. Il est aussi plus aisé de dispenser un commentaire en cours de route aux participants. La possibilité de scinder les groupes en de plus petites unités existe bien sûr, mais “elle renchérit d’autant le coût de la balade”, reconnaît Jean-Charles Sarfati, de ParisRunningTours, qui propose aux joggers un parcours et un accompagnement touristiques.
La nouveauté de ces moyens de déplacement et donc la curiosité qu’ils suscitent, est un grand atout pour leur développement. “Mes premiers clients, confirme Philippe Dechèvre, de Saint Georges Découvertes et animations, qui organise des visites de Lyon en vélo électrique, sont venus car ils trouvaient ce mode déplacement innovant”. Pour le Segway, c’est la manière dont on reste en équilibre qui interpelle les clients. “Il n’y a pas de commande sur le Segway, explique Amine Merad, responsable de Comhic qui a créé des balades en Segway dans Lyon.C’est uniquement la position du corps qui sert, c’est de l’ordre de l’intuitif, le manche devient une extension du corps, il est comme branché directement sur le cerveau”. L’aspect écologique des ces transports d’un nouveau genre n’est pas non plus à négliger, notamment en terme d’image.
Le confort se doit d’être aussi au rendez-vous. Dans le triporteur de Stéphane Cherrier, de Vélotac & Compagnie qui promène ses clients en triporteur à assistance électrique dans Paris, une bâche peut-être descendue en cas de vent latéral, fréquent dans la capitale, pour protéger les passagers qui sont assis sur des sièges rembourrés. L’intimité comme la convivialité sont aussi des atouts, comparés notamment aux grands bus touristiques qui ne ménagent ni l’une, ni l’autre.
Ni la flexibilité d’ailleurs. “En fait, en Segway, note Amine Merad, l’utilisateur s’apparente à un piéton, on peut donc s’arrêter et faire des pauses où et quand bon nous semble”.
Qui dit visite, dit aussi commentaires. “Durant le parcours, nous commentons aussi ce que nous voyons, comme des guides traditionnels, en fait, nous remplaçons le baladeur”, s’amuse Jean-Charles Sarfati. En général, c’est la petite histoire, vivante et riche d’anecdotes, qui est de règle lors de ces balades originales. Certains prestataires sentent déjà l’obligation de varier le contenu de leurs promenades pour renouveler leur offre. “Pour que nos clients reviennent, explique Amine Merad, nous avons créé différentes balades, la dernière en date a pour thème l’art contemporain dans Lyon (y compris dans des parkings), et nous allons en développer de nouvelles car la thématique fonctionne bien”. Ces tours permettent aussi d’avoir une vue d’ensemble rapide d’une ville. “Cela sert à débroussailler et à choisir ce que l’on va retourner voir ensuite”, raconte Philippe Dechèvre. Optimiser ainsi le temps, lors d’une visite de ville, peut convaincre les professionnels, pour des courts séjours notamment ou des étapes dont la durée est limitée, de l’intérêt de proposer ces options de visite.
L’assurance que ces moyens de transport sont réellement sans danger est aussi importante pour la clientèle. Les Trikkes, par exemple, apparaissent très sûrs avec leurs trois roues, leurs freins, une limitation de vitesses à 12 km/h et une circulation effectuée sur les pistes cyclables et les trottoirs. Le triporteur est tout aussi rassurant. “Il est équipé de clignotants, de feux stops, de rétroviseurs, de freins à disque à l’avant, de tambours à l’arrière”, énumère ainsi Stéphane Cherrier.
Sur ce thème de la sécurité, les prestataires doivent sans cesse convaincre. “La méconnaissance de l’engin et son appréhension à l’utiliser est une lutte, et je n’hésite jamais à évoquer ma cliente doyenne qui, à 72 ans, revient chaque année”, affirme Thierry Adam. Il faut aussi, comme le souligne Philippe Dechèvre, rassurer quant à la circulation urbaine qui peut faire peur. Un problème non négligeable, peu évoqué il est vrai, réside aussi dans les textes de loi concernant certains de ces engins et leur utilisation. “Il y a un vide juridique en France pour le Segway et sa place dans l’espace public”, fait remarquer Thierry Adam.
La communication vis-à-vis de la clientèle semble encore assez inexistante, surtout, selon les prestataires, par manque de temps. “Le tourisme d’affaires, j’en ferai ma cible quand j’en aurai le temps, explique Guy Boissière, je fais un pas après l’autre”. Bien sûr, cela impacte la commercialisation. Dans ce domaine, il semble aussi y avoir un problème de commission à laisser aux intermédiaires, qui serait perçue par les prestataires comme trop élevée. La vente en direct semble donc pour le moment prédominer. “Pour faciliter la commercialisation de notre offre, peut-être devrait-elle prendre la forme de produits plus packagés, insérés dans une brochure ou un programme”, s’interroge Alexis Grosse. Le prix de ces produits reste, il est vrai, dissuasif pour certains clients. Mais, Thierry Adam est confiant et relativise en annonçant une baisse logique à terme. “Tant que les clients seront prêts à payer des prix élevés, explique-t-il, on ne les descendra pas, mais une fois que les clients affaires se seront un peu lassés, oui, les prix deviendront plus adaptés, et les groupes loisirs notamment pourront en bénéficier”.