Salon Indaba La fréquentation touristique change de tempo pour l’Afrique du Sud. Cependant, les pays émergents d’Asie permettent à cette destination d’afficher un solde légèrement positif en 2011. Et avec 15 millions de visiteurs internationaux à l’horizon 2020, les objectifs du pays ne changent pas.
Après avoir enregistré des progressions à deux chiffres durant les années 2009 et 2010, l’Afrique du Sud revient sur terre avec une hausse limitée à 3,3 % l’année dernière. Ce sont les marchés traditionnels, ceux de l’Europe, qui ont donné le tempo avec une baisse globale de 3,5 %. Premier d’entre eux, le Royaume-Uni chute de 7,2 %. La France est quasiment au diapason, avec une baisse de 8,6 %, mais elle conserve sa cinquième place derrière le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Allemagne et les Pays-Bas. Sans l’Allemagne, qui continue sa progression, la dépression aurait été encore plus significative et l’évolution générale n’est pas très favorable: les marchés overseas, c’est-à-dire ceux qui ne concernent pas le continent africain, sont en tassement de 1,8 %. Autant dire que le score global positif de+ 3,3 % n’est finalement dû qu’aux marchés africains de proximité (+ 6,9 %) et aux marchés émergents d’Asie (+ 14,6 %).
« La coupe du monde de football, en 2010, puis la reconnaissance de l’Afrique du Sud dans les Brics aux côtés du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, ont doté le pays d’une certaine reconnaissance de la part des investisseurs. Un nouveau standing qui n’a pas manqué de maintenir le Rand à un haut niveau », explique Henri Ménard, le patron d’African Eagle, un réceptif présent depuis plus de 20 ans dans cette partie du monde et qui traite une part importante du marché des groupes français. « Nous avons constaté, l’année dernière, un déplacement de la clientèle groupe vers des destinations où les prix sont calculés sur la base du dollar, telles que la Tanzanie ou le Kenya, et où la parité avec l’euro a été plus favorable aux marchés européens », ajoute Jean-Michel Juloux, directeur de Savanna Tours & Safaris, un réceptif opérant sur 22 pays d’Afrique. « Si la clientèle individuelle et sur mesure s’est assez bien maintenue, celle qui voyage en groupe a baissé alors que la baisse des individuels regroupés est en plus forte chute encore », renchérit Henri Ménard.
Sylvie Ammour, directrice adjointe de Belle Planète, un groupiste situé à Saint-Ouen (93), le constate: « En 2011, nous avons réalisé une quinzaine de groupes sur l’Afrique du Sud, mais la destination souffre désormais de plus en plus de la concurrence de pays qui offrent davantage de dépaysement, à un prix similaire, voire inférieur: l’Amérique, le Viet-Nam, l’Inde, nous aurons du mal à maintenir le chiffre cette année. » Autre phénomène, les modifications de la structure de distribution et des comportements de la clientèle. « Le nombre de voyagistes programmant l’Afrique du Sud reste élevé, mais de plus en plus ce sont de petits spécialistes qui programment des produits thématiques ou encore des producteurs via internet », relève Henri Ménard. Claire Dupont, de Tango, groupiste de la région parisienne, est de ceux-là. Le salon Indaba lui a fourni l’opportunité de sa première venue en Afrique du Sud. « Nous existons depuis 2000 et après les groupes sur les destinations européennes, nous nous attaquons au long courrier avec l’Afrique du Sud. En 2011, nous avons réalisé trois groupes, notamment grâce à la ligne ouverte sur Durban par la compagnie aérienne Emirates qui nous permet d’avoir de bons tarifs, et nous espérons réaliser la même chose cette année, voire plus », envisage-t-elle.
« L’Afrique du Sud a représenté jusqu’à 50 % de mes activités. Aujourd’hui, sa part est très sensiblement moindre au profit d’autres destinations africaines », explique Jean-Michel Juloux. « Il est vrai que la demande des voyagistes français a tendance à s’éparpiller. Si l’Afrique du Sud représente environ 45 % de notre chiffre d’affaires, nous devons désormais compter avec la Namibie, et le Kenya », renchérit Henri Ménard. Dans ce contexte, les dirigeants du South African Tourism restent pourtant confiants dans l’avenir et affichent un optimisme sans faille. « Nous maintenons notre objectif d’accueillir 15 millions de touristes à l’horizon 2020 », réitère Thulani Nzima, directeur général de South African Tourism. « Et nous avons besoin de la clientèle européenne pour y parvenir », ajoute-t-il aussitôt. Un optimisme également partagé par Jean-Michel Juloux: « Les hôteliers sont conscients de la situation de concurrence dans laquelle ils se trouvent et ils n’augmenteront pas leur prix, au moins jusqu’en 2013. De plus, la qualité des produits hôteliers, des réserves animalières, des safaris… est incontestable. » Par ailleurs, les investissements se poursuivent. Ainsi, dans le domaine hôtelier, le groupe Sun International va ouvrir deux nouveaux établissements au mois de décembre: un de 140 chambres à Port Elisabeth et un autre de 270 chambres à Johannesburg. Plus modestement, Voyageurs du Monde vient de se porter acquéreur de la maison où a vécu Gandhi, à Johannesburg, pour y installer des chambres d’hôtes et un musée ouvert aux groupes. Selon Fabrice Dabouineau, directeur Afrique, « Après avoir connu une envolée pour la coupe du monde grâce aux groupes, puis un trou d’air l’année dernière, le voyagiste français table sur 2 000 ventes cette année avec une meilleure contribution que pour l’année 2010. » Mais, alors que l’euro navigue désormais autour de 1,25 dollar, rien ne dit que la parité de 2011, quand il s’établissait autour de 1,40 dollar, sera toujours de mise dans l’avenir. Quoiqu’il en soit, les professionnels français peuvent compter sur le bureau parisien du South African Tourism qui, pour l’été 2013, prépare la “Saison de l’Afrique du Sud en France”. « Nous ne relâcherons ni nos efforts ni nos budgets », confirme sa directrice Linda Sangaret.