Œnotourisme À l’heure où un Français sur cinq choisit sa destination de vacances en fonction des vins, et où près de 40 % des visiteurs étrangers privilégient la France pour découvrir ses nectars et sa gastronomie, l’œnotourisme constitue une filière juteuse. De nombreuses offres sont mises en marché. À découvrir… sans modération(1) ?
LÀ VIGNE et le vin ont toujours joué un rôle de première importance en France. À la fois économique, environnemental, gastronomique et culturel. Le secteur intéresse de plus en plus les touristes, non seulement parce qu’ils consomment sur leur lieu de séjour des produits issus du terroir, mais aussi parce qu’ils portent une attention toute particulière à la culture de la vigne, à la fabrication du vin, à tout ce qui s’y rapporte, tout ce qui est susceptible de promouvoir la région où ils séjournent. Pour les viticulteurs, les visites au domaine leur permettent de valoriser et de faire connaître directement le fruit de leur travail. C’est ainsi que nombre de produits touristiques sur le thème de la vigne et du vin ont mûri, créant une nouvelle filière, celle de l’œnotourisme.
Qu’en est-il de l’offre œnotouristique en France? Elle est vaste: routes des vins, sentiers et chemins de randonnée viticole, circuits et séjours organisés dans le vignoble, stages d’œnologie, visites d’exploitations vinicoles (caves, domaines et châteaux), musées et maisons du vin, fêtes et festivals, etc. Les professionnels proposent différentes prestations à l’exemple d’une dégustation, d’une visite de cave, d’une découverte de vignes, d’une initiation œnologique…
Tous les prescripteurs de voyages en groupe privilégient les régions à forte renommée en raison notamment de leur proximité. Ils ne programment que rarement un tourisme purement vitivinicole et choisissent des lieux labellisés. Les visites sont sélectionnées en fonction de la notoriété de l’enseigne, de la qualité de l’accueil du groupe et de la prescription des professionnels locaux du tourisme. Cependant, ces produits touristiques sont parfois fabriqués au hasard des opportunités conduisant à une offre éclatée. D’où la nécessité de structurer. C’était dans cet objectif qu’a été installé en 2009 le conseil de l’œnotourisme, fédérant les principaux représentants de la viticulture et du tourisme
Objectif: constituer une filière œnotouristique qui corresponde aux attentes des clientèles.
Le tourisme viticole passe d’abord par les routes du vin. Historiquement, leur mise en place a été précurseur de diverses actions locales, nombreuses et variées!
Honneur à la plus ancienne: la Route des vins d’Alsace, créée en 1953. Elle s’étend sur 170 km, de Marlenheim au nord jusqu’à Thann au sud à travers les collines du vignoble. Un parcours de plus de 300 domaines viticoles regroupant 49 des 51 grands crus. La partie de Ribeauvillé à Colmar est la plus fréquentée, en raison notamment des nombreux centres d’intérêt touristiques constitués par Kayserberg, Riquewihr, l’écomusée d’Alsace à Ungersheim ou encore le château du Haut-Koenigsbourg à Orschwiller –
Direction l’Aquitaine maintenant, qui compte pas moins de six routes des vins. Première d’entre elles: la Route des grands crus de Saint-Emilion. Un périple original, puisqu’il se fait à bord d’un petit train touristique, baptisé Grands Vignobles. Durant trente-cinq minutes, sur 7 km, on découvre châteaux et vignobles. Aux groupes sont proposées deux journées: “Epicurienne” et “Saint-Emilionnaise” incluant la balade en train, la visite du château Rochebelle, la dégustation et le déjeuner (ce dernier différencie les deux programmes). Au cœur du Périgord pourpre, la Route des vins de Bergerac sillonne un domaine s’étendant sur les deux rives de la Dordogne. C’est évidemment à Bergerac qu’elle commence (où il ne faut pas manquer la visite de la Maison des vins). Elle se poursuit par des paysages viticoles composés de coteaux, plateaux et plaines. Et au hasard de la route: des bastides, des châteaux de style Renaissance (Lanquais, Monbazillac), la Tour Montaigne où le célèbre philosophe écrivit ses Essais, des villages pittoresques… Sachez aussi que le Centre interprofessionnel des vins de la région de Bergerac a créé la Route des vins en quatre itinéraires: Montravel (37,1 km), Saussignac (18,4 km), Monbazillac (18,4 km) et Pécharmant (2,9 km). À découvrir le long de ces différents circuits: la tour du château de Montaigne, le vieux bourg du XVIIe siècle de Saussignac, la bastide d’Eymet… Cinq autres routes des vins, au départ de Bordeaux, sont également proposées. La Route des châteaux entraîne dans le Médoc, entre le nord de la ville et la pointe de Grave. C’est là que l’on trouve les grands crus classés (Pauillac, Saint-Estèphe, Saint-Julien, Margaux…). Et pour le plaisir des yeux: châteaux et demeures prestigieuses. La Route du patrimoine, elle, se situe à l’est de la capitale girondine, sur la rive droite de la Dordogne. Les vignobles traversés: Saint-Emilion, Fronsac, Côtes de Castillon et Côtes de Francs. À voir: le village médiéval de Saint-Emilion et les paysages vallonnés dotés de superbes points de vue. La Route des coteaux se prend, quant à elle, au nord de Bordeaux, et parcourt le Blayais et le Bourgeais (vins Côte de Blaye, Côtes de Bourg…). Sont à découvrir: des vues sur l’estuaire de la Gironde, des villages troglodytes, des églises romanes… La Route des Graves au sud-ouest de la ville serpente dans les vignobles situés à la limite de la forêt landaise. Cette région forme le berceau du bordeaux. Enfin, la Route des bastides file au sud-est dans la région de l’Entre-deux-Mers, entre Dordogne et Gironde. Ici, le vin est aussi bien blanc, rouge que rosé À visiter: des bastides (Créon, Sauveterre-de-Guyenne) et des abbayes.
Changement de cap avec la Bourgogne où une route des vins se décompose en plusieurs itinéraires à travers les principaux vignobles. La Route des grands crus, parfois surnommée “les Champs-Élysées de Bourgogne”, conduit de Dijon à Santenay en passant par Nuits-Saint-Georges et Beaune. Elle entraîne à la rencontre de 24 des 33 grands crus de la région. Après une découverte de Dijon, il ne faut pas manquer l’ancien village de Marsannay, le canton de Gevrey-Chambertin, les vignes de Nuits-Saint-Georges, avant d’atteindre la Côte de Beaune (arrêt obligatoire aux hospices!), Pommard, Volnay, Meursault… La Route des grands vins de Bourgogne prolonge la Route des grands crus à partir de Santenay jusqu’à Saint-Gengoux-le-National pour une découverte des vignobles de Maranges, du Couchois et de la Côte chalonnaise, en passant entre vignes, bocages, églises romanes, châteaux, canal du Centre… La Route des vins Mâconnais-Beaujolais serpente à travers la partie la plus méridionale du vignoble, en Saône-et-Loire (vins de Pouilly, Saint-Amour, Saint-Véran, Brouilly…). À voir: Mâcon, l’abbaye de Cluny, la Roche de Solutré, Tournus… jusqu’à Romanèche-Thorins. Sans oublier les paysages qui ont tant inspiré Lamartine, enfant du pays. Au nord de la région, la Route touristique des vins de l’Yonne propose plusieurs boucles autour de Chablis, Auxerre, Vézelay, Tonnerre et Joigny, alors qu’une Route du Crémant a été ouverte dans les environs de Châtillon-sur-Seine. Tout à l’ouest, en dehors de la zone d’appellation Bourgogne, mais située sur le territoire régional, la Route des coteaux de Pouilly-Sancerre permet de découvrir la partie bourguignonne du Val de Loire.
Le Val de Loire est la troisième région viticole de France, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. De l’océan Atlantique à Saint-Aignan (Sarthe), quatre itinéraires forment la Route des vignobles: “entre l’océan et Champtoceaux” (Nantes, Clisson et le Muscadet); “entre Champtoceaux et Saumur” (vins d’Anjou, Saumur, Crémant de Loire, et à découvrir: l’abbaye de Fontevraud, des sites troglodytiques, Angers…); “entre Saumur et Chenonceau” en Touraine (le pays de Rabelais, mais aussi des chinons et des bourgueils); enfin, “entre Chenonceaux et Saint-Aignan” en direction de la Sologne par la vallée du Cher et ses châteaux de Chaumont, Chambord, Cheverny, Valançay ou encore Blois. Un peu en retrait, l’itinéraire de la Vallée du Loir dévoile les crus de Jasnières, Coteaux-du-loir et du Vendômois, moins connus que d’autres vins de Loire. Sur ce parcours, Vendôme et ses villages troglodytes sont à ne pas manquer.
C’est au XVIIe siècle que le champagne fut élaboré par des moines. Il est aujourd’hui protégé par son appellation qui est l’une des plus anciennes de France. Le vignoble couvre 35 000 hectares, mais seuls 28 700 d’entre eux sont plantés. Il est composé de quatre zones distinctes: la montagne de Reims, la vallée de la Marne, la côte des blancs et la côte des Bar. Mais la partie de la Route du champagne la plus fréquentée se concentre sur la côte des Bar, reliant Bar-sur-Aube à Bar-sur-Seine dans le département de l’Aube. Elle traverse une quinzaine de villages sur une longueur de 220 km. À voir sur la route: Troyes, Les Riceys, Rumilly-lès-Vaudes, Bar-sur-Seine, le musée de la Résistance à Mussy-sur-Seine, les abbayes de Bligny et Clairvaux, le château d’Arrentières.
Le vignoble du Jura, qui compte 1 850 hectares et six AOC se distingue par sa diversité et ses vins de caractère dont le plus original est le vin jaune. La Route des vins du Jura s’étend du nord au sud, sur près de 80 km de Salins-les-Bains à Saint-Amour, formant ainsi une bande de terre nommée Revermont. À voir sur le parcours: la Maison Louis Pasteur, Arbois, Lons-le-Saunier.
Les vignobles du sud-ouest se laissent découvrir au fil de la Route des vins de Gaillac, bordée de châteaux, où mas, caves et coopératives ouvrent leurs portes. L’histoire du vin dans cette région remonte au Xe siècle et s’écrit en relation avec celle de l’abbaye Saint-Michel de Gaillac, première étape du parcours (elle abrite aujourd’hui la Maison des vins). À partir de Gaillac, trois étapes majeures sont à prévoir: sur la rive gauche (Florentin, Técou, Montans et Couffouleux), sur les coteaux de la rive droite (Labastide, Bernac et Sainte-Croix). Enfin, le plateau Cordais où l’on produit des vins blancs.
Très vaste, le vignoble provençal s’étend sur les départements du Var et des Bouches-du-Rhône. La Route des coteaux d’Aix-en-Provence traverse le vignoble dans sa partie ouest, recouvrant 3 500 hectares sur 49 communes. À ne pas manquer sur le parcours: Aix-en-Provence, la montagne Sainte-Victoire, les Alpilles, le Tholonet, le château de la Barben et l’abbaye de Silvacane… La Route des vins du Lubéron offre, elle, le spectacle de villages et châteaux perchés. L’appellation les Côtes du Lubéron s’étend sur une superficie de 3 500 hectares répartis sur 36 communes du Vaucluse.
Le vignoble de la vallée du Rhône s’étend sur six départements, de Vienne à Avignon. Soit près de 80 000 hectares! Pas moins de 13 routes sont accessibles, dont cinq sont particulièrement privilégiées. Au nord, la Route des coteaux du Triscatin s’étend de Saint-Restitut à Allan. Ici se côtoient paysages de vignes au milieu des lavandes, garrigues, plantations d’oliviers… Les curiosités touristiques ne manquent pas: Chamaret, Montségur-sur-Lauzon, Saint-Paul-Trois-Châteaux, Grignan ou encore la Garde Adhémar. La Route de la Drôme provençale réserve également de belles surprises. On profite des paysages tout en effectuant quelques arrêts à Taulignan et Vaison-la-Romaine, à l’abbaye cistercienne de Bouchet, au village troglodyte de Barry… La Route des dentelles de Montmirail, elle, offre un paysage de montagnes dominant le vignoble des côtes-du-rhône. La région est célèbre pour ses petits villages coiffés de leurs campaniles: Gigondas, Séguret, ou encore Beaumes-de-Venise. La Route du mont Ventoux s’étend plus à l’est, d’Apt à Malaucène, elle est l’occasion de s’arrêter à Apt, la Fontaine de Vaucluse, le château médiéval de Gordes ou les ocres du Roussillon. Enfin, citons la Route des papes qui, au départ d’Avignon, conduit vers Caumont-sur-Durance, Châteauneuf-de-Gadagne, Sorgues, Châteauneuf-du-Pape… La Savoie a aussi ses vins et sa route! Ainsi, la Route des vins de Savoie s’articule en trois circuits: au sud de Chambéry dans la zone du parc naturel régional de Chartreuse (la Comble de Savoie), au nord de Chambéry où l’itinéraire traverse les vignobles et les villages de Monthoux, Marestel et Jongieux, et sur la rive française du Léman, fief des vins blancs.
Si ces itinéraires œnologiques constituent un réel atout du tourisme viticole, l’offre ne s’arrête bien évidemment pas là. On pourrait citer les nombreux musées consacrés à la vigne et au vin, les domaines à découvrir, les caves à visiter… sans jamais pouvoir être exhaustifs. Aussi, pourquoi ne pas prendre des chemins de traverse, se perdre dans des coins de France dont l’image n’est pas forcément associée à l’œnotourisme, mais qui ont pourtant de quoi surprendre dans ce domaine.
Première étape: le département de l’Ain. Ici, on produit le Cerdon. Vous connaissez? C’est un vin pétillant rosé obtenu selon trois méthodes: gazéifiée, traditionnelle (dite champenoise) et ancestrale. Le vignoble couvre 170 hectares répartis sur neuf communes. Des produits “groupes” sont plus particulièrement proposés par le Cellier Lingot-Martin à Poncin et le caveau GAEC Girardi à Cerdon.
Saviez-vous que dans l’Allier, on produit le Saint-Pourçain dont le vignoble serait, dit-on, plus ancien que celui planté par les Romains? Pour en découvrir tous les secrets, pas moins de 20 caves et domaines ouvrent leurs portes aux groupes! Et pour en savoir davantage sur l’histoire de ce vin, il faut se rendre au Conservatoire de la vigne et du vin ou au Musée de la vigne et du terroir, tous deux situés à Saint-Pourçain-sur-Sioule.
On connaissait la Normandie pour sa production de cidre et de Calvados, désormais il faudra aussi compter avec sa production de vins! Le vignoble des Arpents du Soleil est le seul de la région situé à proximité de Saint-Pierre-sur-Dives, élaborant un vin du pays du Calvados (25 000 bouteilles de 50 cl produites par an). À la fois fin et typé. Son propriétaire, Gérard Samson, qui a troqué son costume de notaire pour celui de vigneron, propose des visites œnologiques de son domaine où dès l’époque médiévale prospérait déjà un vignoble.
Direction l’Île-de-France, à présent. Dès la fin de l’empire romain, la vigne couvrait collines et plateaux de la Vallée de la Seine. À la fin du XVIIIe, la production s’étalait sur 42 000 hectares, ce qui en faisait le plus important vignoble de France, fournisseur de la cour royale. Le déclin est arrivé au début du XXe siècle, avant de s’éteindre totalement dans les années 40. Aujourd’hui, le vignoble d’Île-de-France occupe une surface d’une douzaine d’hectares, soit près de 200 vignes, et le plus important est celui de Suresnes. Hauts-de-Seine Réservation propose d’ailleurs – et c’est une nouveauté – un forfait d’une journée incluant la découverte de ce vignoble situé sur le flanc du Mont-Valérien. Il se combine avec les visites du cimetière américain et du Mont-Valérien, ainsi qu’un buffet champêtre sous un barnum dressé au cœur des vignes. Au côté de Suresnes, on peut citer également le parc départemental du Sausset (Villepinte), Sannois, Rosny-sous-Bois, Argenteuil et Epinay-sur-Seine. Tous organisent chaque année des fêtes viticoles. Sans oublier Le Clos Montmartre à Paris: 1 556 m2 exposés au Nord, planté de 1 762 pieds d’une dizaine de cépages noirs et blancs. C’est la vigne la plus célèbre, la plus folklorique et la plus emblématique d’Île-de-France… même si elle ne donne pas le meilleur vin! Y est organisée chaque deuxième dimanche d’octobre la Fête des vendanges, rendez-vous de défilés de confréries bachiques, fanfares, bals et feux d’artifice.
Troisième étape: la Drôme. Pour les amateurs qui souhaitent concilier le plaisir du goût et le respect de l’environnement, il existe les vins bio, dont la production de raisins est issue de l’agriculture biologique. Nombre de ces vignerons “pas comme les autres”, se trouvent notamment dans le département de la Drôme. À l’exemple des Caves cathédrales (Saint-Restitut) qui viennent d’ouvrir leurs portes à la visite, de la Maison Chapoutier (Tain-l’Hermitage), du domaine Habrard (Gervans), de la Cave de Die Jaillance (Die), du domaine du Chêne Vert (Mirabel aux Baronnies) ou encore du domaine Viret (Saint-Maurice-sur-Eygues). Ce dernier a la particularité de produire des vins issus de la cosmoculture, une méthode d’agriculture rejoignant les principes fondamentaux des cultures biologiques et biodynamiques (la prise en considération, par exemple, des rythmes lunaires et planétaires).
Attention, l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.
À l’initiative, à l’époque de Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, et Hervé Novelli, secrétaire d’État chargé du Tourisme.