Politique Les Français ont choisi. François Hollande a été élu président de la République le 6 mai dernier. Lors de sa campagne, force est de reconnaître qu’il a peu évoqué sa politique pour le tourisme. Quelques priorités ont cependant été données. Et le ministre du Tourisme, tant souhaité par la profession, est une ministre délégué chargée de l’Artisanat et du Tourisme: Sylvia Pinel.
C’EST FAIT. Le 6 mai dernier, avec 51,6 % des voix, le candidat François Hollande a battu Nicolas Sarkozy, en devenant le nouveau président de la République. La France a basculé à gauche, et la passation des pouvoirs a eu lieu le 15 mai dernier.
Durant toute la campagne présidentielle, le candidat socialiste n’a pas lésiné sur le nombre de ses engagements: 60! Relance de la production, de l’emploi et de la croissance, défense de l’agriculture et soutien de la ruralité, redressement des finances publiques, nouvelle réforme des retraites, donner un autre élan à la démocratie… Et le tourisme dans tout cela? On ne peut pas dire qu’il ait été à l’honneur durant les débats de la campagne électorale. Une situation qui ne change guère d’une élection à l’autre. Un secteur éternellement relégué au second plan des préoccupations politiques.
Début février, pourtant, Rachid Temal (ex-secrétaire général du Snav) annonçait qu’il était, avec Pascal Terrasse (député et président du conseil général de l’Ardèche), et André Viola (président du conseil général de l’Aude) “en charge du tourisme dans l’équipe nationale de campagne de François Hollande”. Avec, à la clé, “des propositions concrètes dévoilées pour l’industrie touristique dans les semaines à venir”, après une phase de rencontres avec les professionnels, leurs représentations, les institutionnels et les organisations de salariés du tourisme.
Mi-mars, à l’occasion du Map qui s’est tenu à Paris, Rachid Temal, accompagné de Jean-Bernard Bros, membre du conseil politique de François Hollande, présentait la place de l’économie touristique dans le programme du candidat socialiste. Assurant alors que le tourisme serait une priorité. “Le changement pour François Hollande, c’est aussi le tourisme”, déclarait ainsi Rachid Temal.
Et Bernard Bros d’ajouter: “Les propositions concrètes seront annoncées fin mars ou début avril. L’objectif est de gagner des parts de marché en tant que destination réceptive, et d’alléger l’organisation territoriale pour la promotion des sites touristiques.”
Début avril (le 5 exactement), et après François Bayrou, candidat MoDem à l’élection présidentielle, François Hollande, alors en déplacement à Narbonne (Aude), évoquait (pour la première fois) le tourisme dans sa campagne pour l’élection présidentielle. “Le défi lancé à notre pays est clair!”, clamait-il en introduction à son discours. Le futur président prenait visiblement conscience de l’urgence. Menacée par les États-Unis, l’Hexagone pourrait en effet perdre sa première place mondiale des destinations touristiques. Surtout que Barack Obama, lui aussi en campagne, déclarait: “Je veux que les États-Unis soient la première destination touristique au monde!” Ils le sont déjà en matière de recettes. “Alors que l’Organisation mondiale du tourisme prévoit une croissance du nombre de touristes de 4 % en moyenne sur les dix prochaines années, notre pays doit y prendre toute sa part, soulignait François Hollande. Sans élaboration d’une grande politique touristique nationale, nous serons relégués à la sixième place dans les prochaines années.”
Mais par quels actes concrets? Le nouveau chef de l’État a fixé trois priorités. La première est de rendre effectif le droit aux vacances pour tous “par des actions tournées vers les 46 % de Français qui ne partent pas, mais aussi vers les équipements par des dispositifs de réhabilitation de l’hébergement touristique.” L’Agence nationale pour les chèques-vacances (ANCV) sera confortée dans ses missions, ainsi que dans ses capacités d’intervention. La deuxième serait “de renforcer l’attractivité de la destination France, de ses services et de ses produits en direction des touristes internationaux et français.” Ainsi, l’innovation dans le domaine de l’offre, portée par les acteurs de la filière, devra renforcer l’exception française. Quant à la troisième, il s’agira “de mener des actions dans les secteurs de la formation initiale et continue, des parcours professionnels, de l’observation et des études ainsi que de la recherche et développement pour parvenir à un haut niveau d’excellence de la filière sur les questions de qualité et de durabilité.” Trois priorités listées, mais les moyens, détaillés et chiffrés pour y parvenir, n’ont pas été dévoilés… François Hollande a également évoqué l’idée de créer une filière touristique regroupant l’ensemble des acteurs (privé/public, tourisme de loisirs et d’affaires) “afin de permettre une meilleure articulation, ainsi qu’une dynamique cohérente pour l’ensemble des opérateurs et les salariés de la filière.” Selon le président, l’Union européenne peut représenter un relais de croissance pour l’industrie touristique française. Mais “c’est par la reconnaissance de l’intérêt général des vacances et des loisirs que la puissance publique pourra amplifier son action, en partenariat avec les opérateurs”, soulignait-il. Comme pour toutes les autres industries, la construction d’un espace commun (social, fiscal, responsabilité des opérateurs) constitue aussi pour lui une priorité. “Au-delà de la nécessité de soutenir et structurer un secteur économique, une politique active en faveur du tourisme sert un enjeu plus global qui est celui du rayonnement de la France dans le monde”, martelait François Hollande. Par ailleurs, le programme prévoit “un partenariat renouvelé avec tous les territoires de métropole et d’outre-mer dans le cadre d’une nouvelle politique contractuelle”, pilotée et coordonnée à l’échelon régional. Enfin, le PS promettait de son côté de faciliter l’accès au crédit pour les PME et les TPE, majoritaires dans le tourisme.
Avec 78,6 millions de visiteurs, la France occupe la première place mondiale des destinations touristiques. Le secteur d’activité représente deux millions d’emplois directs et indirects, 235 000 entreprises, 6,4 % du PIB et un solde positif de la balance des paiements de 7,8 milliards d’euros. Enfin, la France tient la troisième place en terme de recettes issues du tourisme international (49,4 milliards de dollars), derrière les États-Unis et l’Espagne. Les agences de voyages et les tour opérateurs en France représentent plus de 3 500 entreprises, totalisant 31 167 salariés (3/4 sont en CDI). Le secteur réalise un volume d’affaires de 26,4 milliards d’euros.
Née le 28 septembre 1977 à l’Union (Haute-Garonne) et fille d’éleveurs bovins, Sylvia Pinel est membre du Parti Radical de Gauche et députée de la deuxième circonscription de Tarn-et-Garonne depuis juin 2007. Elle a été chargée de mission , puis chef de cabinet du Président du conseil général de Tarn-et-Garonne, Jean-Michel Baylet. Elle est présidente de la fédération départementale du Parti Radical de Gauche. Aux régionales de 2010, elle mène la liste de l’union de la gauche dans le Tarn-et-Garonne, et est élue au second tour conseillère régionale de Midi-Pyrénées. En mars 2011, Sylvia Pinel est candidate aux élections cantonales dans la sous-préfecture de Tarn-et-Garonne, Castelsarrasin. Elle ne sera pas élue. En avril 2011, elle est nommée vice-présidente aux Droits des Citoyens, à la Sécurité et à la Justice, au sein des instances nationales du Parti Radical de Gauche. Sylvia Pinel était membre de l’équipe de campagne de François Hollande. Nommée ministre déléguée chargée de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme, elle sera sous la tutelle d’Arnaud Montebourg, ministre du Redressement Productif.