Allemagne du Sud Wurtzbourg, Bamberg, Ratisbonne: du Main au Danube, ces trois villes distantes de 100 et 150 km l’une de l’autre ont en commun d’être classées au Patrimoine mondial de l’Unesco. Pour autant, chacune respire sa propre atmosphère oscillant entre art baroque, romantisme, emprise religieuse et charme médiéval.
COMME les perles d’un chapelet, la Bavière égrène les sites classés au Patrimoine mondial de l’humanité dans le nord de son territoire: Wurtzbourg, Bamberg et Ratisbonne se succèdent d’ouest en est, distantes d’une centaine ou un peu plus de kilomètres entre elles.
Capitale de la Basse-Franconie, la ville de Wurtzbourg héberge 130 000 habitants dans une courbe du Main, rivière bien paisible, aujourd’hui reliée au Danube par un canal. Elle se donne volontiers des faux airs de Prague avec son pont de pierre orné d’une douzaine de statues de saints locaux et sa forteresse probablement aussi imprenable autrefois que la vue qu’elle offre aujourd’hui sur la cité. Mais la fière citadelle médiévale, dont le beffroi remonte au XIIIe siècle, a pris des habits baroques au XVIIe siècle, s’entourant de jardins princiers qui la rendirent plus riante. Elle a beau eu faire, ce n’est pas sur elle que s’est arrêtée l’Unesco. C’est sur la résidence des Princes-évêques, sur l’autre rive, que les experts se sont penchés. La “Residenz”, il faut le dire, a mis le paquet tant par son gigantisme que par l’harmonie baroque de sa construction et la qualité exceptionnelle de sa décoration.
Construit au XVIIIe siècle, avec à l’esprit le château de Versailles et quelques exemples viennois, ce palais est l’un des plus grands d’Allemagne. Par miracle, alors qu’en 1945 quelque 350 000 bombes sont tombées sur Wurtzbourg, détruisant son centre-ville à 90 %, l’essentiel a échappé de peu à l’anéantissement: la voûte, peinte par l’artiste vénitien Jean-Baptiste Tiepolo, est demeurée intacte. Devant le grand escalier de marbre, le visiteur levant la tête est comme foudroyé sur le champ par l’extrême richesse de la fresque, tout en courbes et tons chatoyants, qui surplombe le vestibule. Ce chef-d’œuvre pastel évoque les quatre continents, tels qu’on pouvait se les représenter alors. Ceux que ce style laisserait indifférents trouveront toujours à s’amuser avec les effets de trompe-l’œil que le peintre a placés de manière stratégique dans la montée d’escalier et les angles.
D’autres splendeurs guettent le visiteur: les stucs de Bossi dans la “salle blanche”, les miroirs du cabinet des glaces, les lustres en verre de Murano ou en cristal de Bohême, les tapisseries de Beauvais et des Flandres, le rococo des salles d’apparat… jusqu’à la chapelle, en rénovation depuis 2009, mais qui vaudra certainement la visite à partir du printemps 2013. Les groupes, à partir de 15 personnes, bénéficient de tarifs adaptés, mais ils auront aussi peut-être le goût de savourer, sous la Residenz, les vins, essentiellement des blancs, produits localement et qui sont proposés à la dégustation le samedi.
Autant en profiter car, plus à l’est, à Bamberg, c’est la bière qui domine, et comment! À la brasserie Schlenkerla, les amateurs se laisseront surprendre par la bière fumée, dont on dit qu’on ne “l’apprécie qu’après le deuxième verre, mais qu’on ne l’oublie pas de sitôt”. Un Musée de la bière où l’on apprend l’art de sa fabrication est ouvert dans le monastère bénédictin de la ville, de même qu’est proposé un circuit des brasseries. Les Bambergeois sont donc buveurs de bière, cultivateurs de réglisse (une spécialité que d’aucuns tentent de relancer) et surtout imprégnés de spiritualité. Leur cité de 70 000 âmes est construite sur sept collines, à la manière de Rome, ce qui lui vaut, avec ses dizaines de clochers, ses maisons du bord de l’eau, ses écluses et ses îlots, d’être classée au Patrimoine mondial de l’humanité. Ce paysage urbain qui s’est développé en respectant ses origines médiévales respire l’harmonie, entre verdure, cours d’eau et activités artisanales ou culturelles. Les romantiques qui s’attardent du côté de la petite Venise de Bamberg, où l’on peut encore assister à des joutes de pêcheurs sur la Regnitz, dans le jardin baroque de la colline Saint-Michel ou sur les ponts qui relient l’île où a été édifié un hôtel de ville aujourd’hui transformé en Musée de la faïence et de la porcelaine du XVIIIe siècle, succombent à son charme. Tout aussi catholique que Wurtzbourg, Bamberg respire une forme de joie de vivre où les arts, de la grande musique (son orchestre symphonique a acquis une renommée internationale) à des représentations de marionnettes, sont érigés en art de vivre.
À Ratisbonne, (Regensburg en allemand), une ambiance méridionale flotte sur la ville. Ses 150 000 habitants, dont 25 000 étudiants, ont un sens de la fête qui peut surgir à tout moment. Surnommée la “ville la plus au nord de l’Italie”, elle arbore fièrement ses atours médiévaux, les mieux préservés d’Allemagne.
L’Unesco a ainsi classé la vieille ville et le quartier Stadtamhof sur sa liste patrimoniale. Une promenade dans les ruelles de Ratisbonne où les bourgeois ont érigé des tours (il y en a 1 200 dans la vieille ville) en proportion de leur richesse, sur les berges du Danube qu’enjambe le plus vieux pont de pierre d’Allemagne, ou dans les îles de verdure et de détente au milieu du fleuve, convainc le touriste du plaisir d’être ici. Ajoutez à cela une cathédrale gothique impressionnante, Saint-Pierre, les restes des remparts de la forteresse romaine, l’ancien hôtel de ville aux destinées impériales ou, plus à l’écart, le château des princes Thurn et Taxis, qui ont fondé le premier système postal d’Europe au milieu du XVIIIe siècle, et le bonheur est complet. Ce n’est pas sans raison certainement que le roi Louis Ier de Bavière a fait bâtir à quelques dizaines de kilomètres de Ratisbonne, le Wallhalla, bâtiment aux allures de temple classique où sont conservés les bustes des personnalités germaniques qui ont marqué l’Histoire. Quant aux touristes, c’est Ratisbonne qu’ils garderont longtemps dans leur âme.
Plus de deux mille ans d’histoire à contempler. En nombre, l’Allemagne recèle un patrimoine reconnu par l’Unesco sensiblement équivalent à celui de la France. C’est dire s’il reste encore à découvrir.
À l’adresse web de l’office allemand du tourisme, une fiche en français présente ces 36 hauts lieux touristiques classés au Patrimoine mondial de l’humanité. Une brochure, en français, suggère aussi huit itinéraires qui conduisent de l’un à l’autre sur des distances raisonnables. Petite tournée, pas si convenue, à travers le pays.
→ Si la cathédrale d’Aix-la-Chapelle (
→ Les sites du Bauhaus, mouvement architectural qui préfigure la révolution du design et influence la construction jusqu’à aujourd’hui, à Dessau et Weimar, dans l’est du pays, sont un passage obligé pour tout féru d’architecture moderne.
→ Le complexe industriel de la mine de charbon du Zollverein (
Dans la même veine, l’usine sidérurgique de Völklingen (
→ Retour en sous-sol, à Messel, où le site fossilifère révèle les squelettes de nombre de précurseurs des mammifères.
→ L’Unesco a aussi retenu plusieurs édifices religieux comme l’église de Wies, en Bavière, dans le plus pur style rococo (
→ Tout près de la France aussi et du Luxembourg, Trèves collectionne quantité de monuments romains (
→ L’Unesco a également relevé plusieurs ensembles urbanistiques de différentes époques mais de grand intérêt, que ce soit à Quedlinburg, ville médiévale de Saxe-Anhalt, riche de 1 300 maisons à colombages (
→ Deux autres sites ont eu une importance historique considérable en Allemagne et à travers le monde: la forteresse de la Wartburg (
→ http://