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Mémoires d’une coquette radieuse

Destination | publié le : 01.05.2012 | Dernière Mise à jour : 01.05.2012

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Mémoires d’une coquette radieuse

Crédit photo Jessica Pierné

Auteur

  • Jessica Pierné

Algérie 1962-2012. Cinquante ans que le pays marche seul. Aussi surprenant soit-il, ce sublime morceau du continent africain, le plus vaste depuis la division du Soudan, reste encore très mal connu du touriste français.

LOIN du tourisme de masse, à seulement deux heures et demie de vol de Paris, l’Algérie a de quoi ravir les amateurs de patrimoine culturel, d’immensités désertiques, de plages sauvages et de montagnes. Contrairement au Maroc et à la Tunisie, l’Algérie conserve encore un littoral très préservé. Dans une seule et même journée, le visiteur peut vivre les quatre saisons, et passer de la plage à la montagne.

Alger (El-Bahdja, la radieuse) est le point de départ. Depuis peu, les façades d’immeubles, pour la plupart haussmannien, ont été rénovées, et la ville a été entièrement repeinte en blanc et bleu. Dynamique et nostalgique, c’est une rencontre avec l’Histoire qui attend le visiteur. Le front de mer nous transporte jusqu’à la grande poste, et chaque coin de rue respire le passé évoquant les traces d’une présence française. D’ailleurs, le pays est resté très francophone. Direction la casbah, le quartier mythique au cœur de la ville. Classée au Patrimoine mondial de l’humanité depuis 1992, elle reste l’âme d’Alger. Il faut absolument se perdre dans ses ruelles escarpées pour en découvrir le charme et déguster au passage les Mhadjeb, crêpes algériennes farcies à base de tomates concassées et d’oignons. La ville blanche possède aussi des plages de verdure comme le Jardin d’essai où fût tourné Tarzan en 1932. Après quatre ans de fermeture pour travaux, il vient de rouvrir ses portes arborant un nouveau visage. Les week-ends d’été ou d’hiver, ce jardin reste le rendez-vous favori des Algérois. On y vient en famille immortaliser un moment de bonheur dans la partie tropicale ou dans le jardin français au parfum versaillais. C’est une Algérie moderne et joyeuse qui trépigne d’impatience à l’idée de sortir de l’ombre après la décennie noire des années 90, marquées par des attentats à répétition.

Se perdre dans la magie d’Alger

Si les Algérois restent très méfiants et vigilants, on ne ressent plus d’insécurité dans le centre d’Alger. L’idéal est de se déplacer en bus ou en voiture. Une partie de la ville a été construite sur un plateau au niveau de la mer, et l’autre, sur la colline. Les distances sont importantes. En montant jusqu’à Notre-Dame d’Afrique, qui domine le quartier Saint-Eugène, on peut admirer le dégradé des petites maisons aux toits orangés, offrant un joli contraste avec le bleu azur et tranchant de la mer. Plus bas, on arrive dans le très populaire Babel Oued (la petite rivière), célèbre notamment pour sa place des trois horloges. À quelques encablures, la grande poste, au style hispano-mauresque d’Andalousie, demeure incontournable. Construit sur un ancien fort turc, cet édifice représente la diversité architecturale, si spécifique à Oran et Alger. À soixante-dix kilomètres de la capitale (1 h 45 en bus), on rejoint Tipaza. Ce site antique qui signifiait “l’escale” en phénicien est tourné vers la Méditerranée. On y croise de nombreux Algériens qui, depuis un vestige romain, contemplent l’horizon, oubliant toute notion de temps. À 13 kilomètres de là, sur les collines verdoyantes du Sahel, il faut s’arrêter quelques minutes au Mausolée royal (appelé aussi Tombeau de la Chrétienne). Construit à 250 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce mystérieux caveau fut un temps attribué à la fille de Cléopâtre. Ce n’est qu’en 1865, que des chercheurs découvriront une double chambre funéraire… vide. Aujourd’hui encore, il reste une énigme.

On rejoint ensuite Oran (à 450 km d’Alger) par l’autoroute. Surnommée, El Bahia (la coquette), la ville a été occupée dès la préhistoire par une tribu berbère. La légende raconte qu’au Xe siècle, des lions vivaient dans la région pour protéger la ville. Aujourd’hui, il ne reste que deux grands fauves sculptés devant la mairie, place d’armes. Tout près, dans le vieux quartier de La Marine, à deux pas du port, les maisons aux couleurs passées évoquent un décor de cinéma en carton-pâte des années 30.

Oran, ville jeune et branchée

Toujours considérée comme la ville la plus joyeuse et la plus cosmopolite d’Algérie, Oran est aussi le berceau du Raï. La majorité des filles portent des jupes courtes et les habitants sont plus détendus que dans la capitale. Pour s’en rendre compte, il suffit de déambuler rue de la Bastille à l’heure du marché entre les vendeurs d’épices, d’olives et goûter la Calentica (galette à base de pois chiches). Aussi vivantes que sportives, les ruelles en pente offrent parfois des points de vue spectaculaires sur le front de mer. Mais le plus beau se trouve sur les hauteurs de Santa Cruz. La vierge y fut construite en 1849 après une épidémie de choléra. La maladie disparaît quelques jours après son édification. C’est cette terrible histoire qui inspira Albert Camus, l’auteur de La peste, prix Nobel en 1957. Quelques années auparavant, le lecteur pouvait lire dans Le Minotaure la plus belle déclaration d’amour jamais faite à la ville: “Sur les plages d’Oranie, tous les matins d’été ont l’air d’être les premiers du monde. Mais ceci ne peut se partager, il faut l’avoir vécu.

L’Algérie tente l’aventure du tourisme

Il y a un voyage qui brillera toujours en particulier pour moi. Un voyage où j’ai rencontré un pays qui m’est cher. L’hospitalité et la générosité y sont toujours sincères. Les paysages y sont spectaculaires”, raconte Zinedine Zidane. L’un des plus grands joueurs de football de tous les temps, d’origine algérienne, né à Marseille, a prêté sa voix à un spot de publicité vantant les richesses de l’Algérie. Une grande première qui en dit long sur la volonté des dirigeants de miser sur le tourisme. Après avoir été présent sur des salons à Madrid, Milan, Berlin et, plus récemment, à la 37e édition du Salon mondial du tourisme à Paris, l’Algérie participera même prochainement à l’Exposition internationale de Yeosu en Corée du Sud.

Dans le cadre d’un séjour de promotion destiné aux voyagistes français, le directeur général de l’office national du tourisme, Mohamed Amine Hadj Saïda, a affiché clairement ses intentions: “On connaît trop mal notre pays. Il est temps de mettre l’accent sur sa diversité. Peu de gens savent qu’il est l’un des plus grands réservoirs de vestiges romains dans le monde. Notre littoral fait 1 200 km. Nous ne montrons que 20 % de nos richesses. Il faut que cela change”, s’enthousiasme-t-il. Même discours au ministère du Tourisme. L’État vient d’attribuer 58 milliards de dinars (580 millions d’euros) pour la modernisation de 70 hôtels publics dont la construction remonte aux années 1970.

À titre d’exemple, l’hôtel Aurassi, l’un des plus célèbres et des plus luxueux d’Alger, a rouvert récemment après une rénovation de plus de deux ans pour la modique somme de 72 millions d’euros. Le lieu, qui surplombe la baie d’Alger, compte désormais 453 chambres dont 414 de luxe. Mais l’effort devrait aussi porter sur l’hôtellerie, plus accessible. Plus de 700 projets en cours de réalisation devraient faire passer la capacité en lits de 90 000 à 160 000. De quoi recevoir les touristes en plus grand nombre. Les revenus liés au tourisme représentent moins de 10 % du produit intérieur brut. Mais pour le directeur général de l’office national du tourisme, Mohamed Amine Hadj Saïd, cela ne va pas tarder à changer. Avec ses équipes, il veut s’employer à “mettre en valeur la véritable image touristique de l’Algérie qui n’a rien à voir avec celle pour l’instant présentée dans le monde.” Il insiste sur le potentiel de son pays en matière de tourisme balnéaire, de pêche, de sports nautiques et de plages accessibles dans des villes côtières comme Annaba, Bejaïa, Alger, Oran ou Mostaganem. La destination devrait donc au fil des années commencer à s’inscrire dans les circuits commerciaux internationaux. Ce qui permettra aussi de satisfaire les demandes de plus en plus croissantes du marché intérieur.

ROBERT CHARRIÈRE, consultant pour Selectour

Robert Charrière a découvert l’Algérie via un Eductour, il y a une trentaine d’années. L’occasion pour lui de traverser le Hoggar dans le Grand Sud. Il n’oubliera jamais les couchers de soleil à la belle étoile et les rencontres exceptionnelles avec les Touareg dans le désert. Tombé définitivement amoureux de la destination, il s’est lui-même lancé à son compte dans l’organisation de circuits dans le Grand Sud vers les Oasis (Adrar, Timimoun ou Ghardaïa) mais aussi dans les régions du Nord vers Oran, Alger et la Kabylie. Selon lui l’Algérie dispose d’un potentiel énorme qui ne demande qu’à être mieux exploité: "Son atout est la diversité de ses régions et de ses populations, Touaregs, Mozabites, Oasiens. L’Algérie couvre une superficie d’environ quatre fois celle de la France. Chacune de ses régions possède une spécificité bien propre. C’est un peu comme en France où l’Alsace n’a rien à voir avec le Pays basque et la Corse avec la Bretagne", résume, plein d’entrain, l’Ardéchois dont la clientèle est composée de gens qui veulent découvrir ce pays ou y retourner. C’est le cas des pieds-noirs, d’anciens militaires ou de coopérants: "Beaucoup avaient envie de revenir pour quelques jours en Algérie mais la plupart ne savaient pas très bien comment procéder." Robert Charrière est formel: "Ils sont très bien accueillis. Mon correspondant à Oran prend en charge les groupes et les particuliers, puis il les emmène en bus sur les lieux où ils ont vécu." Il faut compter environ 40 euros la nuit d’hôtel. À titre d’exemple, pour un séjour au départ de Marseille de sept nuits, dont deux à Oran, le coût ne dépasse pas les 700 euros. À signaler, la qualité du parc d’autocars quasiment neuf qui permet de faire de longues distances dans des conditions idéales. Si le consultant pour Selectour est persuadé que le tourisme va connaître un essor dans les décennies qui viennent, il estime malgré tout qu’il reste du travail à faire: "Depuis une dizaine d’années, je constate à chacun de mes voyages des progrès fulgurants. Mais le manque de structures d’accueil dans de nombreuses régions est encore criant et cette pénurie explique les tarifs exorbitants des hôteliers, en comparaison avec les autres destinations du Maghreb. Le personnel hôtelier manque encore de formation. Autre frein, les conditions d’obtention de visas (85 euros) auprès des consulats où il faut se rendre en personne à deux reprises pour la demande et le retrait." Il s’étonne encore: "Pourquoi la France n’abrite pas de représentations du pays, comme la Maison de l’Algérie, par exemple?"

Mais il est formel, l’attente sur place des acteurs touristiques est réelle. Et l’accueil des Algériens toujours excellent. Pour Robert Charrière: "Le bouche à oreille des voyageurs revenus enthousiastes est pour l’instant la meilleure des publicités."

Algérie pratique

Office du tourisme d’Algérie

50 rue de Lisbonne

75008 Paris

Tel: 01 53 93 20 20

www.amb-algerie.fr

Un TO groupe

Verdié Voyages

ZA Bel air

rue de la Ferronnerie

12000 Rodez

Tel: 05 65 77 10 70

voyages@verdie.com

www.verdie.com

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