Star Clippers C’est à bord du Star Flyer, un quatre-mâts de 172 pax de la compagnie fondée par le suédois Mikael Krafft, que nous avons pu tester une croisière maritime dans les « îles au trésor » de l’arc caraïbe. Une aventure inoubliable, en communion avec la nature et en harmonie avec les personnes à bord.
Dès le quai d’embarquement dans le port de Philipsburg, côté néerlandais de l’île de St Martin, le contraste est saisissant. D’un côté le Carnival Victory dont les 2 700 passagers rentrent par flots d’une escapade en ville, de l’autre le Star Flyer que gagnent petit à petit les 151 participants de cette croisière en voilier pour les « Îles au trésor », qui forment un arc au nord des Antilles. Le quatre mâts de Star Clippers a beau être le plus haut du monde en culminant à 63 m, il semble bien petit à côté du mastodonte blanc amarré en face. Pourtant, une fois seul en mer, il ne paraîtra plus aussi minuscule avec ses 115 mètres de long et ses 15 mètres de large. Tout est relatif finalement. Et cette réplique d’à peine 20 ans des grands navires de commerce du XIXe siècle a la fierté d’un paon quand, toutes voiles hissées, il glisse en majesté sur les eaux limpides des Caraïbes.
Avant de prendre la mer, les passagers ont profité du taxi ou de l’autocar (12 €) à leur disposition pour aller de l’aéroport de Sint Maarten au terminal croisières de Philipsburg. Martin, un jeune Danois qui sera plus tard responsable de la plongée et de la gym du matin, accueille les passagers du Star Flyer. Autour de lui, les valises s’amoncellent. Elles seront ultérieurement livrées dans les cabines par le personnel de bord. Martin fait signer une décharge pour les sports nautiques auxquels tout un chacun pourra participer au cours de la croisière. Une petite file d’attente se forme, le temps de remplir les formalités administratives. Pour patienter sous le chaud soleil antillais, des bouteilles d’eau et des fruits frais sont gracieusement offerts aux passagers. Chaque participant doit en effet remettre son passeport à Yuliya et Tatiana, deux Ukrainiennes en charge de l’administration de la croisière. Il ne sera restitué que le samedi suivant, tandis qu’Andy, le jeune Péruvien qui les assiste, prend en photo tous ceux qui monteront à bord. “Cela facilite les formalités douanières à chaque escale”, explique Yuliya avant de remettre la clé de la cabine. Parallèlement, l’équipe d’accueil enregistre une empreinte de la carte bancaire de chaque participant ou chef de famille. Elle sera débitée ultérieurement, en fonction des consommations de chacun, en euros, monnaie de référence à bord des navires de Star Clippers.
L’échelle de coupée gravie, nous voilà sur le pont abrité par une épaisse toile blanche tendue entre le Tropical bar et la bibliothèque. Ce sera en quelque sorte la « grand place » du village, celle où seront données avant le départ les consignes de sécurité, annoncés les programmes du jour, servis les goûters de fin d’après-midi ou organisés les divertissements du soir. Annonces au micro, animations, programmes de la journée à venir sont en trois langues: anglais, allemand et français. Originaire d’Antibes, Philip, jeune chef de croisière franco-suédois, les maîtrise à la perfection. Sur le navire, une bonne douzaine de nationalités se côtoient, pour ce qui est des passagers, une bonne quinzaine en ce qui concerne l’équipage. Si les francophones sont rares, bien des Néerlandais, des Allemands, voire des Américains, peuvent s’exprimer en français. Ce mélange des cultures et des langues rend la croisière encore plus savoureuse. Au gré des activités, des repas, des humeurs et des affinités, les échanges s’avèrent vite enrichissants. Nous sommes entre gens de bonne compagnie, de 30 à 60 ans pour la plupart. Quelques familles avec enfants sont également à bord. Les adolescents se révèleront aussi charmants que leurs parents, tout contents de raconter leurs exploits de plongée ou leurs découvertes de la journée entre deux parties de cartes, trempettes dans l’une des deux piscines du pont soleil ou lectures, tranquillement allongés sur les transats.
Même si l’on n’y trouve pas la multitude d’équipements des gros navires de croisières, il est difficile de s’ennuyer à bord du Star Flyer. Albin, un Suédois de 20 ans aussi blond que le sable des îles Vierges, et Fredrik, son compatriote à peine plus âgé, s’occupent chaque jour des activités nautiques organisées sur les plages où sont déposés les croisiéristes. La liberté qui leur est laissée n’a d’égale que la diversité des possibilités offertes: aquagym dans la mer, ski nautique, planche à voile, kayak, exploration de la vie sous-marine avec masque et tuba, football, volleyball, freesbee, tout est envisageable et gratuit. Seule la plongée avec bouteille est payante en supplément, de même que les massages proposés par une discrète Thaïlandaise. Ceux que cela n’intéresse pas peuvent toujours partir à la découverte de l’île du jour (Anguilla, puis Virgin Gorda, Norman Island, Tortola, Jost van Dyke, Saint-Kitts, St Barth avant de revenir à Sint Maarten) ou se faire gentiment bronzer. Durant la journée, deux tenders assurent toutes les demi-heures la liaison entre le bateau et la terre ferme, laissant à chacun la liberté de choisir le moment de son départ et celui de son retour.
Pour bon nombre de croisiéristes, la qualité des repas servis à bord finit par avoir raison des velléités de manger à terre. Les repas se suivent et aucun ne se ressemble. Le chef indonésien et son équipe font merveille. Après un petit-déjeuner varié, avec cuisson des omelettes ou des œufs au plat sous les yeux des convives dès 6 h 30 du matin et jusqu’à 10 h 30, les passagers du Star Flyer se servent librement à midi autour d’un alléchant buffet comptant, outre les hors d’œuvre, fromages, fruits et pâtisseries, plusieurs viandes, poissons et légumes chauds. Après le goûter proposant autour de 17 h quelques en-cas sucrés et salés, le dîner ressemble chaque soir entre 19 h et 22 h à une fête avec un choix considérable qui n’interdit d’ailleurs pas le cumul: 2 entrées, puis potage et/ou sorbet, viandes ou poisson du jour, en plus de ceux proposés en permanence à la carte, plats végétariens, fromages, 2 desserts ou glaces… Il y avait de la langouste au dîner du commandant, une crème Chantilly irrésistible un autre jour, un onctueux potage au pistou un autre soir, bref des tentations quotidiennes dont les salades de fruits ne parviennent pas vraiment à déculpabiliser de sa gourmandise. Quant au service, il était tout simplement remarquable, rapide, efficace, enjoué et attentionné. Dans les premiers jours, avant que chacun ne se lie d’amitié avec d’autres passagers, le placement à table se fait en fonction des langues maîtrisées, histoire de ne pas se retrouver isolé. Très vite, le personnel de bord connaît les goûts de chacun, son prénom parfois, ses habitudes ou son numéro de cabine. Chaque consommation prise au bar est en effet attribuée à sa cabine, à charge de le vérifier lors de la présentation du total en milieu de croisière et le jour du débarquement. Il est plaisant de constater qu’une clientèle aussi captive ne soit pas abusivement matraquée par le prix des boissons hors repas ou des vins pendant les repas. Le soda est facturé 2 €, le cocktail du jour est à 4,50 €, le vin (rouge, rosé ou blanc), très bien sélectionné, est à tous les prix, généralement entre 20 et 35 € la bouteille. Le client apprécie d’autant plus de pouvoir s’accouder au bar tout en profitant des animations de soirée, orchestre local ou musicien de bord, jeux et show des talents repérés parmi les passagers ou les membres d’équipage. Ceux qui préférent se retirer dans leur cabine peuvent piocher parmi les livres de la bibliothèque, dont une partie en français, la revue de presse quotidienne ou les films en DVD de quoi se distraire.
Les cabines, de 11 à 22 m2, sont admirablement agencées, avec salle de bain (douche, lavabo et wc), lits jumeaux, superposés ou grand lit, bureau, table de chevet, téléviseur et magnétoscope, radio, sèche-cheveux, fil à linge, coffre-fort, multiples coins rangement, gilets de sauvetage, le tout dans un décor à l’ancienne en harmonie avec le voilier. Le nettoyage bi-quotidien et la préparation au couchage, avec chocolat sur l’oreiller et éclairage tamisé, sont assurés avec discrétion et efficacité. Un savoir-faire à copier quand le moment vient de refaire sa valise, préalable à un retour à une réalité qu’on avait finie par oublier…
Les passagers débarquent du Star Flyer, légers et encore étourdis par leur croisière hors du commun, avant de retrouver leurs valises, là où ils les avaient laissées une semaine plus tôt. En face, le Carnival Victory est lui aussi revenu à quai.
Il n’y avait qu’un seul groupe à bord du Star Flyer pour cette croisière d’île en île dans les Caraïbes du 7 au 14 avril. Une bonne vingtaine de professionnels du tourisme, allemands et autrichiens, découvraient ainsi les prestations de Star Clippers et les Antilles. Leur présence à bord est longtemps passée inaperçue jusqu’à ce qu’un panonceau indique que la bibliothèque leur était réservée le temps d’un court meeting. De même, le cocktail réservé aux « repeaters », qui avaient déjà effectué une croisière à bord d’un des trois voiliers de la compagnie monégasque (Star Flyer, Star Clipper, Royal Clipper), s’est fait discrètement au deuxième soir. Cela correspond à l’esprit qui anime Star Clippers, qui peut, certes, personnaliser ses prestations pour les groupes mais dans certaines limites. « Nous tenons à maintenir un équilibre entre nos passagers individuels et nos passagers groupes », explique Béatrice Frantz-Clavier, responsable commerciale de Star Clippers France. Bien entendu, ces restrictions n’ont pas cours si le navire est affrété spécialement pour un groupe. Outre des conditions tarifaires spécifiques, les groupes bénéficient d’un traitement particulier selon leur demande. « Nous pouvons réunir les membres d’un groupe lors des repas, rédiger un journal de bord personnalisé, disposer des fanions ou des banderoles avec le logo de la société, organiser des cocktails privés, y compris sur certaines plages, réserver, en fonction de leur taille, la bibliothèque ou la salle à manger pour des meetings », précise la responsable commerciale. Elle peut aussi organiser les transferts entre l’aéroport et le navire ou monter des excursions spécifiques. « En 2012, nous avons une forte activité groupes », indique encore Béatrice Frantz Clavier. Bon an, mal an, elle représente entre 20 et 50 % des ventes.
« Nous avons participé à d’autres croisières, sur de bien plus gros navires, mais celle-ci nous a plu pour son côté intimiste et la proximité que nous avons avec la mer. Nous finissons par connaître beaucoup d’autres passagers, de nationalité différente en plus, ce qui est particulièrement enrichissant. Les escales sont moins importantes finalement que la navigation en elle-même. Peu importe qu’on accoste ici plutôt que là. Quand ce sont de gros navires qui font escale dans des ports historiquement ou culturellement intéressants, on se sent obligé de les visiter. Là, c’est plus tranquille. Chacun vit la croisière à son rythme. Il en va des navires de croisières comme des hôtels: le meilleur est celui qui correspond à ses désirs ».
SYLVIANE ET MARC, concessionnaire automobiles, Namur
« J’ai fait deux autres croisières, mais celle-ci est différente par son esprit « clipper » justement. On est vraiment sur un voilier qui procure ce plaisir et cette sensation de naviguer comme les marins d’autrefois. Sylviane craignait que la fréquentation du bateau ne soit trop guindée mais nous nous sommes sentis très à l’aise finalement. Le service est très discret, très professionnel. La cabine est toujours impeccable. Dommage qu’elle soit située trop près des générateurs, dont on entend le ronronnement en permanence sans que cela nous empêche de bien dormir. L’itinéraire, le choix des plages, les activités sportives, tout était très bien. Le ski nautique était inclus dans le prix de la croisière, ça ne se voit jamais! Nous aurions bien aimé en savoir plus cependant sur les excursions, par exemple en les découvrant en vidéos avant de les choisir. À la fin, ils insistent un peu trop sur la possibilité de laisser un pourboire au personnel, même si nous sommes très satisfaits des prestations. C’est une croisière qu’on peut conseiller sans hésiter et qu’on referait bien aussi en Méditerranée ».